Transnistrie

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République moldave du Dniestr

Приднестровская Молдавская Республика (ru)

Република Молдовеняскэ Нистрянэ (mo)

Придністровська Молдавська Республіка (uk)

Drapeau
Drapeau de la Transnistrie
Blason
Armoiries de la Transnistrie
Description de l'image  Location Transnistria Europe.png.
Hymne national Hymne national de la Transnistrie, adopté en 1991
Administration
Forme de l'État République
Revendiqué par Drapeau de la Moldavie Moldavie (Région autonome (ru) et municipalité de Tighina)
Reconnu par aucun pays de la communauté internationale
Président Evgueni Chevtchouk
Langues officielles roumain (cyrillique)
russe
ukrainien
Capitale Tiraspol
Géographie
Superficie totale 4 163 km2
Fuseau horaire UTC +2
Histoire
Démographie
Population totale (2004) 555 500 hab.
Densité 133 hab./km2
Économie
Monnaie Rouble de Transnistrie
Divers
Code ISO 3166-1
Domaine Internet aucun (les domaines .md et .ru sont utilisés)
Indicatif téléphonique +373 533

La Transnistrie, en forme longue la République moldave du Dniestr, moldave : Република Молдовеняскэ Нистрянэ en caractères roumains cyrilliques, soit en roumain : Republica Moldovenească Nistreană, en russe : Приднестровская Молдавская Республика, en ukrainien : Придністровська Молдавська Республіка et abrégé en RMN ou PMR sur les cartes éditées par son gouvernement, est un état non reconnu, indépendant de fait depuis la dissolution de l'URSS (1991). La Transnistrie est reconnue uniquement par les républiques d'Ossétie du Sud, d'Abkhazie et d'Artsakh elles-mêmes largement non reconnues internationalement.

Sa capitale est Tiraspol et son territoire constitue, selon le droit moldave et selon l'Organisation des Nations unies, cinq raions autonomes et une municipalité (ro) de la Moldavie dénommés Unités administratives territoriales de la rive gauche du Dniestr (ru), en roumain : Unitățile Teritoriale Autonome din stînga Nistrului et en abrégé UTAN[1].

Toponymie[modifier | modifier le code]

Territoire de facto de la RMN (avec Tighina mais sans Cocieri, Molovata, Corjova, Coșnița, Pârâta et Doroțca qui ont choisi l'obédience du gouvernement moldave).

Le territoire décrit ici est communément mentionné en français sous le nom de Transnistrie mais les autorités et populations russophones contestent cette dénomination roumaine, signifiant « au-delà du Dniestr » et utilisent la dénomination russe Pridniestrovie (Приднестровье) signifiant « près du Dniestr ».

En forme longue, le gouvernement de Tiraspol utilise un nom différent dans chacune de ses trois langues officielles (daco-roumain, russe, ukrainien). La dénomination moldave : Република Молдовеняскэ Нистрянэ en caractères roumains cyrilliques, est la même qu'en caractères latins (roumain : Republica Moldovenească Nistreană, soit littéralement « République Moldave Nistréenne »), tandis qu'en russe : Приднестровская Молдавская Республика et ukrainien : Придністровська Молдавська Республіка elle comporte le préfixe При (pri) dont la traduction française, en toponymie, donne lez, lès ou auprès de. La forme longue slave serait donc « République moldave près du Dniestr ».

La nuance est importante car Transnistrie « au-delà du Dniestr » sous-entend la définition moldave n'incluant que la rive gauche du fleuve, alors que Приднестровье, translittéré Pridnestrovie ou Pridniestrovie « près du Dniestr » sous-entend la définition russe incluant des territoires sur les deux rives du fleuve[2]. La meilleure traduction en français des noms slaves serait Cisdniestrie, et la meilleure transcription Pridniestrie. On trouve quelquefois la forme Transdniestrie, mélange entre la dénomination roumaine et la dénomination russe[3].

Géographie[modifier | modifier le code]

Étendue[modifier | modifier le code]

La "République du Dniestr" en rouge. Le territoire en jaune fait partie de l'UTAN, sou contrôle moldave ; le territoire violet fait partie de la République de Moldavie (non UTAN) mais est sous contrôle de la RMN.

L'étendue précise de la Transnistrie n'est pas tout-à-fait la même selon le gouvernement de Tiraspol et celui de la Moldavie, car le territoire contrôlé par le premier inclut, en plus de 92 % la rive gauche du Dniestr, la ville de Bender-Tighina et quelques territoires adjacents sur la rive droite du fleuve, tandis que selon le gouvernement moldave l'« Unité territoriale autonome », dont il ne contrôle que 8 % (la moitié du raion de Dubăsari), se limite à la rive gauche du fleuve.

Le territoire de 4 163 km2 contrôlé par le gouvernement de Tiraspol, a une superficie équivalente à celle du département français des Pyrénées-Orientales ou de la province belge de Luxembourg, mais s'étire, tel un Chili-miniature, entre le fleuve Dniestr et la Frontière entre la Moldavie et l'Ukraine. La « République moldave du Dniestr » mais ne contrôle pas toute la rive gauche du fleuve (« Unités territoriales autonomes de la rive gauche du Dniestr ») car les communes de Cocieri, Molovata Nouă, Corjova, Coșnița, Pârâta et Doroțcaia du raion de Dubăsari ont choisi de se placer sous l'autorité internationalement reconnue du gouvernement de Chișinău. Bien que les deux gouvernements ne se reconnaissent pas mutuellement, la circulation des habitants locaux est possible, mais ralentie et coûteuse en raison des points de contrôle.

Régions administratives[modifier | modifier le code]

Carte des « Raions » (arrondissements) de la RMN.

La République moldave du Dniestr est subdivisée en cinq raions (arrondissements) et deux municipalités non rattachées (dont l'une, Tighina, ne fait pas partie des « Unités territoriales autonomes » internationalement reconnues) : les noms russes et leur translittération latine sont indiqués entre parenthèses :

  • raions :
    • Camenca (Кáменка : Kamenka) ;
    • Dubăsari (Дубоссáры : Doubossary) ;
    • Grigoriopol (Григориóполь : Grigoriopol') ;
    • Rîbniţa (Рыбница : Rybnitsa) ;
    • Slobozia (Слободзeя : Slobodzeïa) ;
  • municipalités non rattachées :
    • Tiraspol (Тирáсполь : Tiraspol'), la capitale ;
    • Tighina (Бендeры : Bendery), détachée de son ancien raion par la République moldave du Dniestr.

Situation politique[modifier | modifier le code]

Situation de la Transnistrie dans le jeu stratégique entre Russie et OTAN, entre la CEI et l'UE.
Siège de l'administration de la présidence de la république moldave du Dniestr à Tiraspol, 53 rue Gorki, en 2011.
Siège du parlement (Maison des Conseils) à Tiraspol, en 2013.

Aucun État membre de l'ONU ne reconnaît la République Moldave du Dniestr, qui selon le droit international fait partie de la Moldavie[4], même pour la Russie qui cependant délivre officieusement des passeports à ses habitants[5] et la soutient économiquement et militairement. Seules l'Ossétie du Sud, l'Abkhazie et l'Artsakh, eux-mêmes reconnus par la Russie et quelques autres états, la reconnaissent. Elle est, de fait, une enclave russe entre la Moldavie et l'Ukraine. La présence militaire russe maintient un statu quo qui bloque les communications entre la RMN et le reste de la Moldavie, mais elles sont ouvertes côté ukrainien.

La Russie y stationne le « groupe opérationnel des forces russes en Moldavie », nom donné en 2005 aux éléments de la XIVe armée des Forces armées de la Fédération de Russie, sur place pour empêcher la Moldavie de prendre le contrôle de cette région qui inclut la majeure partie de l'industrie moldave et la centrale hydroélectrique de Dubăsari. La tentative de la Moldavie de s'en emparer en 1992 s'est soldée par une cuisante défaite face à la XIVe armée russe alors commandée par le général Alexandre Lebed (décédé en 2002), qui était en poste en RMN depuis l'époque de l'Union soviétique.

La RMN possède sa propre constitution, son drapeau, son hymne, son président, son Parlement (Soviet Suprême), son gouvernement, son armée, sa monnaie (le rouble RMN ou Souvoriki) et utilise l'alphabet cyrillique, y compris pour la langue daco-roumaine appelée « moldave » en Moldavie et « roumain » en Roumanie, qui s'écrit en caractères latins dans ces deux pays (voir système moldave officiel de translittération des caractères cyrilliques).

Bien que n'étant plus économiquement communiste, le gouvernement ayant procédé à une libéralisation progressive à partir de 1992, la RMN a conservé les symboles soviétiques, notamment son drapeau et ses armoiries. Les dirigeants de la Transnistrie indiquent clairement ne pas renier leur passé soviétique et n'en être jamais officiellement sortis : le régime du parti unique y perdure.

Le 31 mars 2006[6], la RMN a organisé un référendum sur son avenir. Le 6e congrès extraordinaire des représentants au Soviet Suprême, présidé par Evgueni Chevtchouk, a proposé aux électeurs le choix entre l'indépendance et le rattachement à la Russie (le choix d'un accord avec la Moldavie, comme celui conclu par les séparatistes de Gagaouzie, n'était pas proposé). Chevtchouk a aussi demandé que la Russie et l'Ukraine reconnaissent officiellement les résultats du référendum et que des observateurs internationaux supervisent ce référendum. Le vote a mobilisé 78,6 % des électeurs, qui ont approuvé à 97,1 % le rattachement à la Russie. Les observateurs de la CEI ont déclaré que le référendum s'est déroulé de manière libre et démocratique, alors que ceux de l'Union européenne et de l'OSCE ont refusé de reconnaître les résultats en raison d'irrégularités[7].

En décembre 2011, Evgueni Chevtchouk, ex-président du Soviet suprême et réputé libéral, est élu président face à Anatoli Kaminski, président du Parlement et réputé soutenu par Moscou[8]. Le fondateur de la RMN Igor Smirnov, candidat à sa propre succession, est éliminé dès le premier tour. Ces résultats traduisent à ce moment l'aspiration des électeurs à une ouverture plus large du pays sur l'extérieur et à une moindre dépendance vis-à-vis de la Russie[9]. Mais le 18 mars 2014, soit deux jours après le référendum de 2014 en Crimée portant sur le rattachement de cette république à la Russie (96,77 % des votants s'étant prononcés en faveur de ce choix), le gouvernement de la RMN présidé par le même Evgueni Chevtchouk déclare vouloir rejoindre à son tour la Fédération de Russie[10].

Histoire[modifier | modifier le code]

La République moldave du Dniestr (RMN) s'étend sur les régions historiques ukrainiennes de Podolie et du Yédisan : à l'exception des villes de Dubăsari et de Tighina/Bendery, son territoire n'a appartenu ni à l'ancienne Principauté de Moldavie ni à l'ancienne Bessarabie.

En revanche, en 1924, il est inclus dans la République socialiste soviétique autonome moldave que les Soviétiques ont alors créée au sein de la République Socialiste Soviétique d'Ukraine. La République autonome moldave est formée par les districts peuplés majoritairement de roumanophones.

Le 28 juin 1940, suite à l'ultimatum russe du 26 juin 1940 avec délai de 24 heures, la Roumanie cède la Bessarabie à l'URSS : la Bessarabie est alors incluse dans la composition de la République autonome de Moldavie. Du 28 juin 1940 au 2 août 1940, pendant 5 semaines, la RSSA de Moldavie comprend l'ex-RSSA de Moldavie et la Bessarabie. Sa surface est de 53700 km2.

Le 2 août 1940, la République Socialiste Soviétique autonome de Moldavie est transformée en République Socialiste Soviétique de Moldavie. Certains districts à "majorité ukrainienne" restent cependant dans la RSS d'Ukraine en échange de la sortie de la RASS de Moldavie de la RSS ukrainienne. La RSS moldave perd 56% (4800 km2) de son territoire transnistrien. La RSS de Moldavie correspond à l'actuelle République de Moldavie. La République de Moldavie ne compte aujourd'hui à l'intérieur de ses frontières internationalement reconnues que 62,8% du territoire qu'elle possédait en juillet 1942.[11]

Pendant la Seconde Guerre mondiale, en juillet 1941, la Bessarabie est réoccupée par la Roumanie dans le cadre de la guerre des forces de l'Axe contre l'Union Soviétique. La même année, tous les territoires soviétiques compris entre le Dniestr et le Dniepr forment la Province de Transnistrie (gouvernorat roumain) avec Odessa pour capitale. Sa surface est de 44000 km2, 3700 km2 au sud de la RSS de Moldavie et 40300 km2 en RSS d'Ukraine. En 1942, le gouvernorat de Transnistrie compte 1,2 millions d'habitants avec 20% de roumanophones. Le gouvernorat est organisé en 13 districts. La Roumanie devenue fasciste, et le régime d'Antonescu, le « Pétain roumain », en fait une sorte de « Sibérie roumaine » où il déporte résistants, Juifs et Roms qu'on laisse mourir de froid et de dysenterie, quand ce n'est pas l'armée elle-même qui les fusille lorsqu'ils tentent de résister. Mais le toponyme de « Transnistrie » a été utilisé pour la première fois par les historiens roumains à la fin du XIXe siècle.

L'Armée rouge revient en mars 1944 et la Transnistrie est réintégrée à l'Union soviétique qui l'industrialise dans les années 1960.

La République moldave du Dniestr fait sécession de la Moldavie en 1991 lorsque cette dernière prend son indépendance vis-à-vis de l'URSS (au sein de laquelle la RMN souhaite demeurer).

Article détaillé : Guerre civile de Moldavie.

Alors que l'Union soviétique commence à se démocratiser à la fin des années 1980, il se produit en Moldavie, avec la future RMN et la Gagaouzie, un phénomène similaire à celui observé en Ukraine avec la Crimée, en Géorgie avec l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, ou en Azerbaïdjan avec le Haut-Karabakh[12] : face aux mouvements centrifuges et indépendantistes des Républiques unionales (Moldavie, Ukraine, Géorgie, Azerbaïdjan), le pouvoir russe encourage et soutient l'autonomie des minorités locales (russe en Ukraine et Moldavie, abkhaze et ossète en Géorgie, arménienne en Azerbaïdjan). Cela a pour effet de dresser les habitants les uns contre les autres, et de poser l'armée soviétique en arbitre.

Les tensions ethniques augmentent d'autant et en juin 1990, lorsque le Parlement de la République de Moldavie adopte l'utilisation du roumain (langue de la majorité autochtone) comme seule langue officielle de la république, les Russo-Ukrainiens, déjà alarmés depuis 1989 par la réintroduction de l'alphabet latin et la volonté moldave de sortir du giron soviétique, expriment leur crainte de devoir apprendre la langue locale et de perdre leur situation privilégiée pour raison linguistique, comme dans les pays baltes. De plus, une éventuelle réunification entre la Roumanie et la Moldavie paraît inacceptable pour les slavophones (25,4 % de la population en République de Moldavie, mais qui ne seraient plus que 8 % dans une Roumanie-Moldavie unie). Aussi, les slavophones de Transnistrie rassemblés par Igor Smirnov, réclament le maintien de leur région au sein de l'URSS et son rattachement à la République soviétique de Russie, comme l'enclave de Kaliningrad. Le 2 septembre 1990, ils proclament une « République socialiste soviétique moldave du Dniestr » qui n'est pas reconnue par le Soviet Suprême de l'URSS, car elle n'existait pas auparavant, la Moldavie ayant une structure unitaire au sein de l'URSS, avec 41 raions égaux en droits et tous bilingues.

En novembre, des violences éclatent entre les forces armées de la République de Moldavie et les milices russophones de la RMN, ces dernières étant alors appuyées par la XIVe armée russe qui est stationnée en permanence sur le territoire. La journaliste Olga Căpăţînă note qu'il y a dans chaque armée des russophones et des roumanophones, et qu'à son avis il s'agit d'un conflit politique et non pas ethnique[13]. La nouvelle République moldave du Dniestr choisit Tiraspol comme capitale et demande son rattachement à la Russie.

En novembre 1991, dans le contexte de la dislocation de l'URSS et de l'abandon du communisme, le pays est renommé par les autorités de Tiraspol en « République moldave du Dniestr » (RMN) et abandonne officieusement et partiellement l'idéologie communiste (du moins dans le domaine économique) pour s'orienter vers un passage progressif à l'économie de marché. À l'occasion d'un premier référendum organisé en décembre 1991, la population de la RMN se prononce pour l'indépendance du territoire.

En juin 1992, les combats reprennent. Le 3 juillet 1992, un violent tir d'artillerie sur les garde-frontière moldaves (et sur un bus civil qui passait par là, tirs filmés par Olga Căpăţînă) près de la forêt de Hârbovăţ/Gerbovetskii fait 112 morts dans les rangs moldaves et signe la fin effective des hostilités à la suite de cette démonstration de force[14].

Une force trilatérale de la mission PFK de maintien de la paix de la CEI (russe, moldave et transnistrienne) est déployée le 29 juillet 1992 le long du Dniestr et autour de Tighina. Dans cette force, Russes et Transnistriens sont 894 (402 soldats russes et 492 transnistriens), les Moldaves sont 355, et il y a aussi 10 observateurs militaires ukrainiens[15].

À l'automne 1992, les négociations aboutissent à un accord entre le président de la République de Moldavie Mircea Snegur et le président de la Fédération de Russie, Boris Eltsine : la Russie resterait neutre si la RMN bénéficiait d'un statut de région autonome dans le cadre de la République de Moldavie : c'est la naissance de l'« Unité territoriale autonome de la rive gauche du Dniestr » (UTAN). En échange, la République de Moldavie s'engage à ne plus revendiquer son identité roumaine, à ne pas demander son rattachement à la Roumanie ou, dans ce cas, à accorder le droit à l'autodétermination à l'UTAN.

La position du président russe, Vladimir Poutine, soutient aussi la création d'une région intégrée à la République de Moldavie, à condition que cette dernière soit bilingue russe-moldave, ne revendique pas sa roumanophonie et reste liée à la Fédération de Russie par des accords bilatéraux[16].

En décembre 2011 le nouveau président Evgueni Chevtchouk déclare qu'il cherchera « la reconnaissance internationale de l'indépendance de la RMN » mais en mars 2014 il déclare vouloir rattacher la RMN à la Fédération de Russie[17].

Solutions proposées pour sortir du statut de facto[modifier | modifier le code]

Igor Smirnov, président de la République moldave du Dniestr de sa création à 2011.

En 2003, Dmitri Kozak, l'envoyé du président russe Vladimir Poutine, appuie une « fédéralisation » de la République de Moldavie garantie par la Russie et l'Ukraine. Les partis qui revendiquent l'union avec la Roumanie, minoritaires, estiment que toutes ces propositions visent en réalité à russifier la Moldavie entière et que si elles sont adoptées, ce serait en fait une annexion de la Moldavie par la République moldave du Dniestr[18]. Cela détermine l'Ukraine à proposer d'accorder à la RMN le statut de « République autonome » dans le cadre de la République de Moldavie : l'Ukraine avait fait la même chose sur son propre territoire en Crimée pour empêcher la Russie d'en prendre le contrôle, et cette solution avait alors la faveur de la population russophone majoritaire locale. Quant à la Moldavie, son parlement à majorité communiste a adopté au mois de juillet 2005 une loi qui accorde à l'« Unité territoriale autonome de la rive gauche du Dniestr » (UTAN) une large autonomie. Ces plans acceptent comme garants la Russie et l'Ukraine, mais le plan moldave prévoit aussi les États-Unis et l'Union européenne.

Toutefois, la RMD n'a reconnu aucune de ces dispositions, et c'est pourquoi elle n'est à son tour reconnue par aucun état membre de l'ONU et n'existe donc que de facto : seule l'UTAN bénéficie d'un statut de jure. Pour tenter de débloquer la situation après que les communistes aient également acquis la majorité à Chișinău, une première rencontre directe entre les deux présidents communistes de Moldavie (Vladimir Voronine) et de la République moldave du Dniestr (Igor Smirnov) a lieu à Bendery (Tighina) (ville sous administration de la RMN) le 11 avril 2008. Mais la relance du processus de négociations dit « 5+2[19] » échoue, car Smirnov, son gouvernement et, pour autant qu'ils puissent s'exprimer, ses électeurs souhaitent un rattachement à la Russie[20], que ni le Kremlin ni la Moldavie, ni l'Organisation des Nations unies n'admettent. L’intransigeance de la RMN se durcit à l'été 2013 en même temps que la crise de Crimée et pour la même raison : l'approche de la signature d'un accord d'association avec l'Union européenne dont la Russie ne veut pas[21].

Démographie[modifier | modifier le code]

Selon les statistiques de 2005, la composition ethnique de la RMN est la suivante :

Il y a également des minorités polonaises, notamment dans le nord du pays.

Économie[modifier | modifier le code]

Symboles soviétiques dans une rue de Tiraspol.
50 roubles de Transnistrie (billet de 2007).
Siège de la banque de la république de Transnistrie (PRB) en 2011

La RMN a bénéficié jusqu'à l'effondrement de l'Union soviétique de la majeure partie des investissements faits en Moldavie[23]. Ainsi, en 1990, 40 % du PNB total de la Moldavie était assuré par la RMN sur le territoire de laquelle se trouvaient la plupart des industries moldaves. Cette situation est toujours d'actualité en 2014 mais la République moldave du Dniestr, enclavée, doit faire transiter ses marchandises par l'Ukraine ou, plus rarement, la Moldavie.

Parmi les principales entreprises du pays : Tirotex, deuxième entreprise textile d'Europe, est un héritage soviétique. Elle emploie 6 100 salariés et est le principal employeur de main-d'œuvre féminine du pays depuis qu'elle s'est modernisée avec des machines-outils allemandes et chinoises, et traite l'ensemble de la chaîne textile, de la fibre jusqu'au vêtement fini. Cette modernisation et le faible coût de la main-d'œuvre lui permet d'être compétitive en Europe, où elle écoule une grande partie de ses produits, face aux produits chinois ou du Maghreb. Faute de reconnaissance officielle du pays, ses produits sont étiquetés Made in Moldova.

L'autre grande entreprise de la RMN est le groupe Sheriff, fondé par Viktor Gouchane (Ukrainien de RMN) et Ilya Kazmaly (Russe d'origine gagaouze), tous deux anciens officiers des services de renseignement soviétiques. Le groupe possède une chaîne de supermarchés, des usines agro-alimentaires, le principal réseau de station-service, des concessions automobiles, une agence de publicité, une chaîne de télévision, un opérateur de téléphonie mobile et est également propriétaire de l'équipe de football de Tiraspol où elle a construit en 2000 un complexe sportif de plus de 200 millions de dollars. Oleg Smirnov, fils du fondateur de la RMN Igor Smirnov, est l'un des dirigeants du groupe Sheriff, qui bénéficie d'avantages tels des réductions de taxes d'import-export.

Autrefois État pauvre et ultra-militarisé, marqué par la guerre civile de 1992 (200 morts côté moldave et une trentaine côté russe), la RMN a, depuis, bénéficié d'investissements russes substantiels et aujourd'hui elle est plus industrialisée et plus moderne que les autres régions moldaves[24]. Le partenaire économique le plus important de la RMN est toujours la Russie qui maintient le pays sous perfusion afin de bénéficier dans la région, entre Moldavie et Ukraine, et près des frontières orientales de l'Union européenne et de l'OTAN, d'une « tête de pont » marquant sa zone d'influence exclusive : des usines Gazprom sont d'ailleurs implantées dans le pays[25].

Trafic d'armes[modifier | modifier le code]

Le 8 mai 2005, The London Times a publié un article sur les ventes d'armes par des réseaux mafieux en RMN, y compris des missiles à tête « radioactive ». Si cette information était fondée, il ne s'agirait évidemment pas de têtes nucléaires, mais de têtes contenant une très petite quantité de matériau fissile, probablement utilisée dans les capteurs, ou encore forgées en métal contenant de l'uranium appauvri, comme celles que l'OTAN utilisa contre la Serbie. Les ventes d'armes représenteraient une source majeure de revenus pour l'économie « informelle » en RMN. Selon Zaur Borov et Stephen Bowers (dans Illegal Weapons Traffic in Eastern Europe), on trouverait de l'armement léger mais aussi des missiles Stinger, armes anti-aériennes fabriquées aux États-Unis.

Un Français, Xavier Deleu, a collecté de nombreux témoignages dans le livre Transnistrie, la poudrière de l'Europe, mais cet ouvrage manque de données chiffrées, ce qui a suscité des controverses semblables à celles concernant les réalités de l'URSS avant 1989, et a fait dire à Jean-Baptiste Naudet du Nouvel Observateur que « la Transnistrie est un territoire de l'Europe géographique où l'URSS, son système, son administration, son décorum et ses méthodes sont encore en place : un véritable conservatoire historique ». Le livre plus récent de Frédéric Delorca (qui s'y est rendu en 2007) : Transnistrie : voyage au pays des derniers soviets, nuance pour sa part les témoignages de Deleu et insiste sur les récents efforts de Tiraspol pour s'aligner sur les normes juridiques internationales.

Forces armées[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Forces armées transnistriennes.

L'armée de la RMD est forte d'environ 25 000 hommes au total[26].

L'effectif du groupe opérationnel des forces russes en Moldavie en septembre 2009 était de 1 500 militaires[27] et sont chargés de la protection des entrepôts de munitions ex-soviétiques. Il est composé, en 2005, de la 8e brigade des fusiliers motorisés de la Garde, du 1162e régiment de roquettes anti-aériennes, du régiment de transmissions, et d'autres éléments de soutien[28].

Culture[modifier | modifier le code]

Religions[modifier | modifier le code]

Basilique orthodoxe de Tiraspol

91 % de la population de la Transnistrie est de religion orthodoxe, rattachée au Patriarcat de Moscou[29]. Seulement 4 % de la population est catholique (principalement des Polonais) et vit notamment dans le nord de la RMN[30].

Le gouvernement de la RMN co-finance la construction de nouvelles églises dans le pays : la Constitution du pays affirme respecter la liberté de religion et celle-ci est effective, du moins pour l'église orthodoxe russe. Dans les fêtes officielles, ses hiérarques orthodoxes figurent en bonne place aux côtés des militaires et des membres du gouvernement[31].

Droits de l'homme[modifier | modifier le code]

Le parlement de la République moldave du Dniestr est signataire d'un traité visant à garantir les droits de l'homme en septembre 1992[32].

Toutefois, il est difficile d'en vérifier le respect, même si récemment des liaisons quotidiennes par autobus entre Chișinău et Tiraspol ont été autorisées pour les citoyens moldaves, russes, ukrainiens et de la RMN (dont beaucoup d'habitants ont également des passeports russes ou ukrainiens). La frontière de fait entre Transnistrie et Moldavie sépare des familles et est donc traversée quotidiennement par de nombreuses personnes. De nombreux contrôles ont lieu qui peuvent constituer une atteinte aux droits de la personne humaine et parfois comporter des réactions violentes de la part des forces armées[33].

Selon Amnesty International[34] les libertés fondamentales (association, élections libres, presse) n'y sont pas garanties car les habitants subissent en permanence la pression du gouvernement : personne n'oserait critiquer la politique indépendantiste ou rattachiste à la Russie de la RMN depuis 1990, position assimilée à une trahison (et juridiquement passible de lourdes peines) étant donné que l'identité même de l'État a été construite dès le départ sur l'opposition à la Moldavie, la "russité" du pays, l'isolationnisme et la méfiance vis-à-vis de toute influence occidentale. La Transnistrie reste relativement coupée du monde, et de nombreuses personnes ont déjà été arrêtées pour avoir simplement manifesté pour des motifs sociaux ou économiques, sans même être des opposants au régime de Tiraspol[35]. Les médias sont également contrôlés par le gouvernement, il n'y a pas de liberté de presse[36].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ainsi cité dans la loi n° 764-XV de 2001 sur l'organisation territoriale de la Moldavie.
  2. Exemple sur le site Internet Pridnestrovie
  3. Une rapide recherche sur le site Internet du Conseil de l'Europe relève 1248 occurrences pour « Transnistrie/Transnistria », 134 occurrences pour les mots « Transdniestrie/ Transdniestria » et 22 occurrences pour « Transdnistrie/Transdnistria ».
  4. La Transnistrie, un État de facto à la frontière de l'UE, diploweb.com, 1er janvier 2007
  5. «Qui suis-je ? Il paraît que je suis transnistrien», Libération, 6 avril 2009
  6. « Dniester region to hold referendum on independence », ITAR-TASS, 31 mars 2006.
  7. Résultats du référendum du 17 septembre 2006
  8. « Transnistrie : un opposant élu président face au candidat de Moscou », Le Monde, 26 décembre 2011.
  9. Evgueni Chevtchouk élu à la présidence sur [1].
  10. (en) Moldova's Trans-Dniester region pleads to join Russia, BBC News, 18 mars 2014
  11. Sorobrion O., Autour de la Mer Noire, géopolitique de l'espace pontique, Perpgnan, Artège,‎ 2010, p.237-238.
  12. Hélène Carrère d'Encausse, La gloire des nations ou la fin de l'Empire soviétique, Paris, Fayard, 1990, et Victorieuse Russie, Paris, Fayard, 1992.
  13. Olga Căpăţînă: Книга воинам / Cartea războiului, Association des mères des soldats abattus, Chisinău 2000, (ISBN 9975-9562-0-3)
  14. (ru) Кровавое Лето В Бендерах (записки походного атамана) Часть 13. "Геноцида не допустим". Часть 14. Конец войны., Art Of War, 2 février 2010
  15. PKF - Force conjointe de maintien de la paix sur la frontière moldavo-transnistrienne, ROP, juillet 1992
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  17. (en) After Crimea, secessionist Transnistria filed request to join Russia, Moldova.org, 18 mars 2014
  18. Déclaration de Iurie Rosca au VIIIème congrès du PPCD
  19. N. Gros-Verheyde, « Entre la Moldavie et la Transnistrie, un timide rapprochement », Bruxelles2, 25 avril 2008
  20. En 2007, un plébiscite montre que 97,1 % de la population a voté pour un rattachement à la Fédération de Russie : voir « La Transnistrie vote à 97,1 % pour le rattachement à la Russie », Le Figaro, 15 octobre 2007.
  21. N. Gros-Verheyde, Tension à la frontière moldave avec la Transnistrie. Et à l’arrière-plan un bras de fer Moscou-Bruxelles ?, Bruxelles2, 22.06.2013.
  22. (ru) ОГЛАШЕНЫ ПРЕДВАРИТЕЛЬНЫЕ ИТОГИ ПРИДНЕСТРОВСКОЙ ПЕРЕПИСИ НАСЕЛЕНИЯ
  23. François Grünenwald et Anne Rieu, « La Transnistrie », revue Diplomatie, n° 30, janvier-février 2008.
  24. La Transnistrie : Politique de légitimité d’un État de facto, Cairn.info, 2007
  25. Gazprom-Transnistrie: les paiements pour le gaz au menu d'une rencontre Miller-Smirnov, dans RIA Novasti du 16 septembre 2009, sur [2]
  26. Law enforcement and armed forces of Pridnestrovie, Pridnestrovie.net
  27. List of Russian military bases abroad (en)
  28. (ru) Что такое современная армия России, Kommersant, 21 février 2005
  29. World Directory of Minorities and Indigenous Peoples - Transnistria (unrecognised state) : Overview, UNHCR, 2007
  30. Groupes ethniques en Transnistrie
  31. Moldova : International Religious Freedom Report 2005, U.S Departement of State, 2005
  32. Human rights treaties signed, ratified by parliament, Pridnestrovie.net
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  34. Amnesty International : rapport annuel 2012, [4]
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  36. OSCE Mission to Moldova, OSCE.org

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Xavier Deleu, Transnistrie, la poudrière de l'Europe, Hugo, Paris, 2005 (ISBN 2755600551).
  • (fr) Frédéric Delorca, Transnistrie, voyage officiel au pays des derniers soviets, Éditions du Cygne, Paris 2009 (ISBN 9782849241301)
  • (fr) Victor-Yves Ghebali, L'OSCE dans l'Europe post-communiste, 1990-1996, Éditions Bruylant, 1996, 741 p. (ISBN 2802707469)
  • (fr) Marc Ferro, L'état de toutes les Russies, Éditions La Découverte, 1993, 446 p.
  • (fr) Florent Parmentier, La Moldavie à la croisée des chemins, Editoo.com, 2003, 178 p. (ISBN 2747700712)
  • (fr) Matei Cazacu, La Moldavie ex-soviétique : histoire et enjeux actuels, Acratie, 1993, 271 p. (ISBN 2909899012)
  • (fr) P.Loubière, Autoproclamation de la Transnistrie. Quelle révolution orange pour la Moldavie ?, Paris, décembre 2005 - janvier 2006
  • (fr) André Sellier, Atlas des peuples d'Europe centrale, Éditions La Découverte, 2002, 200 p. (ISBN 2707136395)
  • (fr) Jean Radvanyi, L'URSS : régions et nations, Masson, Paris, 1990, 294 p. (ISBN 2225820465)
  • (fr) Jean Radvanyi, Les États postsoviétiques : Identités en construction, transformations politiques, trajectoires économiques, Armand Colin, 2003, 235 p. (ISBN 2200264623)