Yedisan

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Le Yédisan dans l'Ukraine actuelle.

Le Yédisan (en allemand Jedisan, en roumain Edisan) est une province historique et une région naturelle d'Ukraine correspondant à la contrée d'Odessa et à la moitié méridionale de ce qui était durant la Seconde Guerre mondiale le gouvernement roumain de Transnistrie (en), terme désormais réservé à la micro république sécessioniste du Dniestr.

Antique territoire des Scythes Axiacae[1] desservi par trois comptoirs grecs et connu à partir de la fin -IIIe siècle comme appartenant aux Scyres, il acquiert son nom au XIIIe, après seize siècles d'invasions, d'immigrants Nogaïs et le perd en 1792, à la suite de de sa cession à la Russie par l'Empire ottoman.


Frontières[modifier | modifier le code]

Le Yédisan recouvrait l'actuel oblast d'Odessa, hormis une frange septentrionale, le tiers occidental de l'oblast de Mykolaïv et la grande moitié méridionale de l'actuelle Transnistrie. Limité au sud par la mer Noire, à l'ouest par le Dniestr et à l'est par le Boug méridional, il touchait au nord à la Podolie, dont le séparait un affluent gauche de ce fleuve, la rivière Kodyma (uk), jusqu'au poste frontalier de Balta. De là, la frontière nord suivait au XVIIIe siècle le cours du Iagorlyk (uk), qui prend sa source sur les hauteurs sud ouest de Balta, se dirige vers le sud et se jette dans le Dniestr en amont de Dubăsari, à hauteur de l'île Goian (ro).

Étymologie[modifier | modifier le code]

La région tire son nom du nogaï yedi et san, qui signifient respectivement sept et cent mille[2]. L'expression désigne les sept fractions constitutives[2] d'un groupe de Tatars Nogaïs qui ont conquis la région en 1224. Ces sept fractions se nommaient Kineges, Mangit, Acigen, Alcin, Yaltir, Dersengi et Masgar et avaient chacune leur bey[2]. Leur tradition orale, riche de ces renseignements, survivait encore avant guerre, identique à celle de leurs lointains cousins installés dans l'ancien Khanat de Khiva, dans quelques familles de Dobrogée[2].

Au XVe siècle, la région est connue comme une partie de la marche méridionale et désertique du Grand-duché de Lituanie vaguement située au delà du Ros et appelée Dykra, équivalent lituanien du russe Ukraïna. C'est au XVIe siècle que l'administration ottomane restaure et fixe le terme, jusqu'alors inconnu des chancelleries étrangères, de Yédisan.

Histoire[modifier | modifier le code]

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Antiquité grécoscythique[modifier | modifier le code]

Habitée à partir du -XIIe siècle par les mythiques Cimmériens, que les archéologues repèrent à partir de -900 dans la civilisation de Novotcherkassk, la région, couverte de steppes, est envahie vers le -VIIe siècle par les Scythes. Comme les Scythes Borysthènes, qui sont leurs voisins orientaux, les habitants se nomment par le nom du fleuve dont ils peuplent les deux rives, l'Axiaces[1]. Les Axiaces (Axiacae) ont pour autres voisins les Crobyzes (Crobyzi) dont les séparent la rivière Rhodes[1], peut être l'actuel Ros, qui est au nord la frontière naturelle et historique du Yédisan.

Monnaie d'Olbia du Pont en forme de dauphin, témoignage de l'attachement de la colonie grecque au mythe fondateur de l'héraclide Scythès, fils de la mélusine Delphine et héros éponyme des Scythes installés par le légendaire Targitaos (uk) sur les deux rives du bas Borysthène.

Quelques décennies après l'apparition de la civilisation scythique, la côte accueille trois colonies milésiennes, filles d'Histria. Nikonion fait face à Tyras à l'embouchure du fleuve du même nom. Plus à l'est, Olbia du Pont est le port maritime où est entreposé le fret des bateliers de l'Hypanis, aboutissement de la route de l'ambre de Sambie et départ de caravanes pour la terra incognita des Issedones puis la Sérique. Transitaires et armateurs feront du terminal une grande foire aux esclaves, un important centre d'exportation du cuir, produit de transformation de l'élevage scythique, et un des principaux marchés du blé importé en Hellade. Borysthenes (en), vraisemblablement située à l'embouchure du fleuve du même nom, c'est à dire en face d'Olbia sur le golfe borysthénique, n'a pas laissé de traces archéologiques, peut être à cause d'une transgression marine. Les deux ports commandent un relai tourné vers la haute mer à l'entrée du golfe, Ordessos[1].

Article connexe : Tiare de Saïtapharnès.

En -512, la Scythie au delà des bouches de l'Istre est explorée en profondeur par Darius en personne à la tête de sept cent mil hommes[3]. Partie de l'Hellespont, l'expédition s'enfonce de plus de huit cent kilomètres jusqu'à Gélonos, comptoir hellénisé des Boudins situé près de l'actuel Bilsk (uk)[4], mais la steppe pontique, dépourvue de villes, se révèle incapable d'entretenir une armée stationnée et, face à une guérilla insaisissable, impossible à tenir.

Monnaie frappé du nom de Skyl (en) trouvée à Nikonion, où a été également retrouvé le tombeau du roi trahi par son demi frère Octamasadas (en)[5].

Monté sur le trône vers -465 à la suite du meurtre de son père Ariapeithes par le roi des Agathyrses Spargapeithes (uk), le roi métis Scyles (en) construit un palais à Borysthenes (en) et s'y initie aux mystères dionysiaques[6]. Il en est chassé par une faction qui rejette l'hellénisation[6] et la sédentarisation. Il se réfugie auprès du roi des Odryses Sitalcès, oncle maternel de son demi frère Octamasadas (en), puis échangé avec le frère aîné de Sitalcès, prince légitime des Odryses lui même réfugié chez les Scythes. Octamasadas (en) le fait exécuter aussitôt avant de monter à son tour sur le trône.

Au milieu du -IIIe siècle, la région est annexée par Ateas[7], tyran scythe de ce qui est aujourd'hui Kamianka-Dniprovska, jusqu'à la défaite fatale que lui inflige en -339 sur les rives méridionales de l'Istre Philippe de Macédoine. En -331, le général macédonien Zopyrion incendie Nikonion avant de trouver la mort durant le siège d'Olbia, ravitaillée par les Scythes et secourue par les Gètes.

A la suite de ces troubles, les Sarmates subjuguent l'arrière pays. Dès la fin du -IIIe siècle , la prospère Olbia est régulièrement assaillie par des coalitions de mercenaires conduits par quelques clans Germains, Celtes, Iraniens, cherchant à lui imposer tribut, Saïs, Thisamates, Saudarates... Les Scyres finissent, dans les brisées des Bastarnes, par s'emparer durablement de l'arrière pays. Au tout début du -IIe siècle, des Galates échouent dans leurs assauts grâce au secours de l'archonte Protogenes.

Amphore panathénaïque (en) en verre, exploit technique qui témoigne de la prospérité de l'Olbia du temps de Scilouros, soit un siècle avant son déclin.

Vers -130, Scilouros, héritier du roi des Tauriens Argotos (uk) et de la reine des Criméens Camasarye, règne sur Olbia à partir de sa capitale orientale de Neapolis mais il doit faire appel aux forces armées des Sarmates Roxolans quand il tente d'étendre son hégémonie sur la colonie pontique de Chersonèse. Après sa mort en -113, son fils Palacos, dernier roi scythe, étend son domaine vers l'ouest au delà de Nikonion et du Tyras jusque sur la Scythie mineure (uk). Quand en -111 Palacos est défait par Diophante (en), général du roi du Pont Mithridate, le roi des Roxolans Tasios (ru) transforme son alliance avec les Scythes en domination. Les ports de Nikonion et d'Olbia entrent alors dans la mouvance du Royaume du Bosphore de l'archonte spartocide Pairisadès V, petis fils ou arrière petit fils de Camasarye. Quand en -107, Mithridate hérite le Royaume du Bosphore du défunt Pairisadès, c'est avec ces deux cités, mais sans l'arrière pays, abandonné aux Roxolans.

En -55, cinq ans après la défaite infligée devant Histria au proconsul de Macédoine Caius Antoine par les Bastarnes qui fit renoncer Rome aux colonies grecques du rivage occidental du Pont Euxin, l'« empereur » dace Burebista, à la tête de l'armée gète, entreprend, avec succès, de soumettre l'ensemble de celles ci mais échoue, après quelques années de campagne, devant Olbia, qu'il doit se contenter d'incendier. Les échanges commerciaux avec l'arrière pays scyre interrompus, la cité, port désormais excentré à l'occident du Royaume du Bosphore, ne se remettra jamais tout à fait de ce sac.

« Invasions barbares »[modifier | modifier le code]

Les populations Sarmates, tels les Antes occidentaux vaincus en 376 par Withimer[8], sont assujetties dès le IIIe siècle par les Goths, dont les contingents appuyés par les Carpes commettent une première incursion dans l'Empire romain en 238 sur le bas Danube, en pillant Histria et en obtenant un tribut annuel, et qui, à partir de 255, imposent à l'est leur gouvernement au roi du Bosphore Rhescuporis IV, préfigurant la principauté des Goths de Crimée. Olbia du Pont, incendiée au moins deux fois, disparaît et avec elle, la présence grecque.

Du IVe siècle au Ve siècle, se développent à l'ouest du Dniepr pour s'étendre jusqu'au lime dace un type d'habitat paysan et un mode de sépulture associés à un profil de céramique et d'orfèvrerie appelés civilisation de Tcherniakhov. Cette diffusion est parfois interprétée comme le résultat local de l'expansion militaire des Sarmates libérés du roi Amales des Greuthunge (en) Ermanaric en 375 par l'invasion des Huns du légendaire Balamber. Un demi siècle plus tard, en 445, les Scyres, gouvernés par le roi turcilinge (de) Edecon au sein de l'empire « barbare », fomentent avec les Gépides le coup d'état qui conduit Attila à la tête de celui ci.

Du VIe siècle au VIIe siècle, la région voit apparaître un type de poterie, dit Ipotesti-Candesti (de), qui se répand dans la Valachie et la Transylvanie actuelles. C'est l'époque où se répandent successivement les Antes à partir de 518, suivis des Slaves, en 562 les Avars, en 680 les Onoghour de l'Etelköz, état vassal des Khazars dès 670, puis ceux de la Bulgarie en 803, en 915, les Petchenègues, en 1068, les Coumans.

Le Yédisan nogaï (1224-1412)[modifier | modifier le code]

Quand les Coumans abandonnent à leur tour cette zone, les Tatars Nogaïs s'y établissent sous le gouvernement de la Horde d'or. Partis du sud est de la Bachkirie[2] pour ce qui deviendra de son côté le khanat de Crimée, ces éleveurs nomades poussent leur chevaux plus vers l'ouest[2]. Ils y fixent leur capitale, la citadelle d'Özi, en 1224.

Ils affrontent deux siècle durant les armées du Grand Duché de Lituanie, dont l'objectif est d'établir la liaison entre la mer Baltique et la mer Noire. Les Lithuaniens conquièrent le rivage de celle ci en 1412.

Le Yédisan ottoman (1413-1791)[modifier | modifier le code]

Pour se libérer des Lithuaniens, les Nogaïs prêtent allégeance aux Turcs et se convertissent à l'Islam. Les Ottomans refoulent bientôt les chrétiens en Podolie.

Ils incluent le Yédisan avec la Dobrogée et la Bessarabie dans le pachalik de Silistra. Sur le plan religieux, ils le rattache sous le nom de diocèse d'Ukraine au métropolite de Proelavie. Ils élèvent les forteresses de Khadjibey (Odessa) et d'Özi (Otchakov), à partir desquelles ils s'emparent de la Podolie de 1672 à 1699. Ces placent servent de bases de repli aux Nogaïs après leurs expéditions de pillage en Pologne, Russie ou Moldavie qui leur permettent de s'acquitter du tribut dû au Caliphe.

Face aux Nogaïs, les Polonais et les Russes arment les Cosaques Zaporogues et leurs cèdent les terres conquises au nord du Yédisan et de la Crimée pour y établir leurs sitchs.

L'annexion par la Russie impériale (1792-1916)[modifier | modifier le code]

Carte du Yédisan publiée à Vienne vers 1790

La Tsarine Catherine II régnante, la Russie cherche un débouché méditerranéen. Au terme de la guerre russo-turque de 1768-1774, le traité de Küçük Kaynarca fixe la frontière de l'Empire russe au Yédisan. Au terme de la septième guerre russo-turque, le traité de Iaşi cède le Yédisan à la Russie le 9 janvier 1792.

La population est alors très majoritairement roumaine. En 1793, quarante neuf des soixante sept villages du Yédisan le sont. Les Nogaïs sont alors déportés vers l'Asie centrale mais une partie d'entre eux se réfugient dans le Boudjak et en Dobrogée, restés ottomanes. Les Tzars repeuplent la région en offrant des terres aux colons Russes, Ukrainiens, mais aussi Bulgares, Moldaves et Allemands, qui viennent rejoindre les Cosaques déjà établis à la place des Tatars.

Le duc de Richelieu, un Français, est chargé de bâtir un port face à la citadelle de Khadjibey qui serve de nouvelle capitale. Pour celle ci, on choisit le nom d'une colonie grecque de la mer Noire, l'antique Odessos, actuelle Varna en Bulgarie. Pour honorer la tsarine, Odessos est féminisé en Odessa. Le Yédisan intègre alors le Gouvernement de Kherson, et le nom cesse d'être usité. Odessa, pendant méridional de Saint-Pétersbourg, devient la quatrième ville de l'Empire, après Varsovie.

Le ralliement à la Russie soviétique (1917-1940)[modifier | modifier le code]

Le 9 juin 1917, à la suite de la Révolution de Février, se met en place à Odessa une assemblée législative régionale, le Roumtcherod[9], qui reconnaît le Gouvernement provisoire mais bientôt devient de fait un gouvernement autonome. Le 22 novembre, deux semaines après la Révolution d'Octobre, Simon Petlioura, ministre de la défense de la nouvelle République populaire ukrainienne, qui a son siège à Kiev, ordonne le rassemblement, dans l'ancien Yédisan comme dans tout le sud ouest du territoire revendiqué par son gouvernement, des soldats de langue ukrainienne dans des unités distinctes, semblables à celles qu'il a déjà sous ses ordres et qu'il nomme « haïdamaks ». A Odessa, c'est le député Victor Paplavko (ru), élu à la Rada le 7 août[9], qui est chargé de se coordonner avec un Roumtcherod menchévique et d'administrer la garnison et son important matériel. Six semaine plus tard, le 3 janvier 1918, le Roumtcherod, où les bolchéviques viennent d'acquérir une majorité relative, déclare Odessa ville libre.

L'éphmère République soviétique d’Odessa au 1er mars 1918.

Le 22 janvier, la République populaire ukrainienne proteste officiellement et revendique sa souverainété territoriale[9]. Le 26, un soviet de soldats, piloté par le Comité des 15, s'empare des installations militaires de la ville. Cadets, junkers et haïdamaks qui résistent sont écrasés le 29 par l'artillerie de la flotte de la mer Noire, le croiseur Almaz et les cuirassés Sinop et Rostislav. Le 31, le Roumtcherod rallie la république soviétique de Russie naissante, et proclame son rattachement au gouvernement de la République soviétique de Kharkov. Toute la région entre le delta du Danube et le bas Dniepr, Bessarabie incluse malgré l'opposition du Sfatul Țării et l'intervention de la mission Berthelot, se constitue sous la présidence de Vladimir Iodovsky (ru) en une République soviétique d’Odessa. Quatre cents officiers sont exécutés[10], transformés en bloc de glace sur le pont de l'Almaz à force de jets d'eau ou jetés dans la chaudière. Deux mil « bourgeois » sont massacrés par une foule incontrôlable[11].

Pour faire face à l'offensive commencée trois jours plus tôt sur le front roumain par l'armée austro-hongroise, la république d’Odessa est contrainte de se coordonner avec la Rada centrale, alors même que celle ci poursuit séparément de la Russie et pour son compte les négociations qui préparent le Traité de Brest-Litovsk. Celui ci, signé le 3 mars, autorise l'inéluctable invasion par les troupes roumaines assujetties à l'état major allemand dès avant la signature du Traité de Bucarest et attendues avec soulagement par une grande partie de la population[11] que les pillages et la politique du gouvernement soviétique a terrorisée. Le 11 mars, ceux des soldats russes démobilisés qui s'opposent aux bolchéviques sont rassemblés par le colonel Drozdovski et, dans le sillage de la Deutsches Heer, entament à travers le nord du Yédisan leur marche de Iași au Don pour rejoindre l'armée blanche du général Kornilov. Le 13 mars, le gouvernement de la République d’Odessa, que l'armée roumaine promettait de laisser gérer les affaires intérieures, s'enfuit sans combat[11] pour Ieïsk, sur la rive orientale de la Mer d'Azov, et le Yédisan est occupé par l'administration militaire austro-allemande.

L'Hetmanat, gouvernement soutenu par le IIe Reich qui renverse la République populaire ukrainienne le 29 avril, revendique le territoire mais c'est la guerre civile qui y règne, les bandes armées dans la campagne, l'agitation politique dans les villes. Le 18 décembre, quatre jours après la chute de l'Hetmanat, la marine française débarque à Odessa. En but à l'hostilité de la population et au caractère vain des négociations avec le général Grékoff (ru), gouverneur de la région de Kherson et ministre de la défense d'un Directoire d'Ukraine confiné dès février par l'Armée rouge et l'Armée noire à la Podolie, elle commence l'évacuation du port le 1er avril 1919, lequel est investi le 7 par les troupes de l'ex « ataman » Grigoriev au nom de la République socialiste soviétique d'Ukraine.

Article connexe : Mutineries de la mer Noire.

Occupation roumaine (1941-1944)[modifier | modifier le code]

Le 8 juillet 1941, seize jours après le déclenchement par Adolf Hitler de l'opération Barbarossa, la IIIe armée (ru) du Conducator de Roumanie Ion Antonescu, partie de la frontière du Prout le 2, fait la jonction avec la XIe armée de la Wehrmacht à Khotyn, en Bucovine. C'est l'Opération Munich (ro). Plus au sud, les soixante mil hommes de la IVe armée roumaine (en) envahissent la République socialiste soviétique moldave et atteignent le Dniestr le 27 juillet. A la mi août, ils occupent le Yédisan ainsi que le territoire qui le sépare de la Podolie abandonné par la XVIIIe armée soviétique (ru). Seul le port d'Odessa, où près de la moitié des cent quatre vint mil habitants est ashkénaze, résiste. Le siège d'Odessa dure jusqu'au 16 octobre.

Le 19 août 1941, le Yédisan est incorporé dans le Gouvernement de Transnistrie (en) au sein du Royaume de Roumanie. Le gouverneur de la nouvelle province est George Alexianu (ro). Un recensement conduit en décembre montre[12], en excluant les ashkénazes, que si les grandes villes, Odessa et Tiraspol principalement, sont russophones, la campagne est majoritairement ukrainienne, sauf dans plusieurs zones proches de l'ancienne frontière du Dniestr où elle est moldave, ce qui a servi de prétexte à l'irrédentisme roumain. Le Yédisan abrite une forte minorité d'Allemands de la mer Noire, soixante trois colonies, dix huit autour de Glücksthal (ru) le long du bas Dniestr, dix autour de Straßburg (ru), le long du bas Koutchourhan, treize autour de Großliebenthal (ru), le long du fleuve Akkarja qui coule à l'ouest d'Odessa, dix huit autour Landau (de), en amont du Bérésan (de). Organisés dès 1941 par la VoMI en une milice d'auto défense des nationaux allemands (de) qui compte sept mil hommes, ils dépouilleront et brûleront quelques cinquante deux mil « Artfremd ».

Enfant rescapé photogarphié en 1944[13].

A la suite d'un attentat, cinq mil « juifs », athées et croyants dénoncés comme communistes, sont pendus en grappes aux lampadaires d'Odessa dans la nuit du 22 octobre 1941. Le lendemain matin, dix neuf mil sont fusillés ou brûlés dans les neufs magasins à poudre du port, où ils ont été enfermés. L'après midi, vingt mil personnes sont emmenées pour être fusillées méthodiquement par lot à Dal'nyk (ro), qui est à une journée de marche au sud ouest d'Odessa. Cinq mil femmes, enfants, vieillards restants sont enfermés dans les quatre entrepôts, qui sont mitraillés. Le 24 à dix sept heures, trois des entrepôts sont incendiés. Le 25, c'est au tour des hommes. Les entrepôts sont canonnés.

Les massacres d'Odessa ont alors fait au moins quarante mil morts. Ils durent jusqu'à l'ouverture d'un ghetto, le 3 novembre. 33 182 personnes, originaires d'Odessa ou chassées de la campagne, en seront déportées jusqu'au 10 avril 1942 par trains vers trois camps de concentration ouverts à Bogdanovka (de), Domanivska (ru) et Ahmedtchéka (uk), aux confins nord est du Yédisan. Quelques cent quinze mil ashkénazes[14] et quinze mil tziganes, déportés de Bucovine, de Bessarabie et de Transylvanie roumaine par les « trains de la mort »[15], mourront dans ces mêmes camps.

Le 1er février 1944, George Alexianu (ro) remet le pouvoir au Gouvernement militaire entre Dniestr et Boug. Au 16 avril, l'offensive (ru) Ouman-Botoşani a libéré la totalité du Yédisan.

Sources[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XXIX.
  2. a, b, c, d, e et f A. S. Walid Togan (ru), trad. H. B. Paksoy, Memoirs: National Existence and Cultural Struggles of Turkistan and Other Muslim Eastern Turks, p. 476, Create Space, North Charleston, 2012 (ISBN 9781468005684).
  3. Hérodote, IV, 87.
  4. (uk) V. Mourzin, R. Pollé & O. Souprounenko, Більське городище, Poltava, 1999.
  5. (uk) N. V. Metelkyn, Сокровища и ненайденые клады Украины, p. 56, Olma Media Group, Krasnogorsk, 2006, (ISBN 978-5-373-00246-2).
  6. a et b Hérodote, IV, 78-80.
  7. Strabon, VII, 3-18.
  8. Jordanès, Getica, CXIX.
  9. a, b et c V. P. Malakhoff & B. A. Stépanenko, Одесса, 1900 - 1920 / Люди... События... Факты...., pp. 311-361, Optimum, Odessa, 2004 (ISBN 966-8072-85-5).
  10. (ru) S. Volkoff, Трагедия русского офицерства: Офицерский корпус России в революции, Гражданской войне и на чужбине, p. 60, Centrepolygraphe (ru), Moscou, 2002 (ISBN 5-227-01562-7).
  11. a, b et c (ru) М. А. Elizarov, Левый экстремизм на флоте в период революции 1917 года и гражданской войны: февраль 1917 — март 1921 гг. - thèse de doctorat, Faculté d'histoire de l'université d'État, Saint-Pétersbourg, 2007.
  12. Institutul Central de Statistică, Populaţia Transnistriei după originea etnică pe judeţe, medii şi oraşe (rezultatele inventarierii Transnistriei din 1941), Fonds de la Conférence de Paix, vol. CXXV, p. 472, Ministère des Affaires étrangères, Paris, 1946.
  13. M. Carp, Cartea neagră. Suferinţele evreilor din România: 1940—1944. III: Transnistria., Dacia Traiană, Bucarest, 1947.
  14. J. Ancel, Documents Concerning the Fate of Romanian Jewry during the Hollocaust, I-XII, New York, 1985-1986, cité in C. Iancu, La Shoah en Roumanie, PULM, Montpellier, 1998.
  15. L. Gyemant (ro), « The Romanian Jewry: Historical Destiny, Tolerance, Integration, Marginalisation », Journal for the Study of Religions and Ideologies, n° 3, p. 95, Faculté d'Histoire et de Philosophie de l'Université Babeș-Bolyai, Cluj, mars 2002 (ISSN 1583-0039).