Pontiques

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Pontiques

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Drapeau des grecs pontiques

Populations significatives par région
Population totale 3 000 000
Autres
Ethnies liées

Grecs

Les Grecs pontiques, ou Pontiques, sont les descendants des populations hellénophones (grecques ou hellénisées) du pourtour de la mer Noire, le Pont-Euxin de l'Antiquité.

Les Pontiques anatoliens dans l'Empire ottoman[modifier | modifier le code]

Principales colonies grecques de la mer Noire : les Pontiques y voient leurs origines.
Un Pontique de Trébizonde en habits traditionnels
Ruines de la forteresse de Doros, capitale de la principauté de Théodoros en Crimée
L'église des pontiques de Tomis (Constanza en Roumanie)

Au début du XXe siècle, il reste encore plusieurs centaines de milliers de Pontiques dans les provinces ottomanes, mais la quasi-totalité a disparu en 1924, soit massacrée pendant et à l'issue de la Première Guerre mondiale (on parle en Grèce de « génocide pontique » à l'instar du génocide arménien, car la moitié des 500 000 Pontiques résidents de 1919 auraient été massacrés ou auraient succombé au cours de leur déportation entre 1919 et 1923), soit expulsée vers la Grèce à la suite du traité de Lausanne de 1923, soit encore convertie à l'islam et passée à la langue turque (du moins en public) pour pouvoir survivre sur place.

L'ensemble des « Grecs » d'Anatolie est qualifié en Grèce de Micrasiates. Ce nom vient de Μικρά Ασία, Asie mineure. Cette catégorie inclut d'ailleurs aussi des chrétiens orthodoxes non-hellénophones, membres du « milliyet de "roum" » ou "rum" (anciens sujets de l'Empire byzantin, relevant du Patriarcat de Constantinople dans l'Empire ottoman). Ces orthodoxes pouvaient parler, le cappadocien, le laze ou d'autres langues anatoliennes. Lorsque la Turquie, sous la direction de Mustafa Kemal, expulse ces populations, elle joue sur la confusion entre « nation grecque » et le « milliyet de "rum" » , ce dernier n'étant en fait qu'une catégorie religieuse (chrétienne orthodoxe) et non nationale.

Parmi les Micrasiates, les Pontiques sont ceux dont le territoire d'origine est le "Pont" (Royaume du Pont) dont une partie descend des Ioniens (fondateurs de la plupart des villes le long le côte de la mer Noire) tandis que d'autres sont issus de populations autochtones hellénisées depuis l'Antiquité ou christianisées sous l'Empire romain d'orient. Le Royaume du Pont tire son nom du Pont-Euxin (Pontos Euxinos c'est-à-dire "mer accueillante" en grec), ancien nom de la Mer Noire (Karadeniz en turc, la couleur noire désignant traditionnellement pour ces dernier le nord. La Méditerranée étant désignée sous le nom de Akdeniz : la "mer blanche" c'est-à-dire la "mer au sud"). Entre 1204 et 1461, la majorité des pontiques ont vécu au sein de l'empire grec de Trébizonde, successeur de l'Empire byzantin autour de la Mer Noire.

Parmi les Grecs, les Pontiques sont identifiables d'une part par leur dialecte pontique, d'autre part par la terminaison en ίδη, rendue en français par idi ou idès, très fréquente dans leurs patronymes. Leur costume traditionnel, encore revêtu lors des commémorations ou festivals culturels, était assez différent de celui des autres Grecs et se rapprochait de ceux des peuples du Caucase, en tissu souvent noir ou indigo bardé de cartouchières.

Les Pontiques anatoliens en Turquie[modifier | modifier le code]

Avec l'échange de population du début des années 1920 entre la Turquie et la Grèce, environ 400 000 Grecs pontiques furent forcés d'émigrer vers la Grèce[1], tandis 65 000 autres choisirent de rejoindre l'URSS[2]. Si l'on ajoute à cela les centaines de milliers de Pontiques qui avaient déjà émigré vers la Russie au cours du XIXe siècle (notamment vers la région de Stavropol et l'Abkhazie), et les quelque 350 000 victimes du « génocide grec pontique »[3], on comprend à quel point la composition ethnique de la région se trouva en quelques années complètement bouleversée, l'élément grec et arménien ayant quasi totalement disparu au profit des seuls Turcs (qui se confondent en réalité bien souvent avec des Pontiques islamisés) et d'une poignée de Lazes musulmans des montagnes de l'arrière-pays que la politique kémaliste d'assimilation des minorités allait, comme le peuple kurde plus au sud, s'efforcer de turciser complètement avec plus ou moins de succès.

Les Pontiques de Russie et d'ex-Union soviétique[modifier | modifier le code]

Répartition des grecs pontiques.

La présence des Pontiques en Crimée est très ancienne et remonte, sinon à l'Antiquité (Royaume du Bosphore), au moins au Moyen Âge (Thème de Cherson et Principauté de Théodoros). Quelle que soit l'ancienneté de leur implantation, les Pontiques sont présents au XIXe siècle non seulement en CriméeEupatoria, Sébastopol, Soudak et Feodosia) mais aussi dans des villes portuaires comme Odessa en Ukraine, ou Soukhoumi en Abkhazie (région de la Géorgie). Staline en fit déporter 36 000 ou 37 000 vers l'Ouzbékistan et le Kazakhstan en 1949. En novembre 1955, Khrouchtchev supprima les discriminations héritées de l'ère stalinienne pour 5 000 Grecs pontiques de Géorgie. Ils représentaient encore 3 % de la population de l'Abkhazie en 1989. Les Pontiques tatarophones de Crimée et les Pontiques turcophones de la Géorgie sont connus sous le nom d’urums qui vient du turc rum.

Les Pontiques de Roumanie et Bulgarie[modifier | modifier le code]

Les Pontiques de Dobrogée (Dobrogea en roumain, Dobroudja en bulgare) et de la Thrace bulgare, au nombre de 120 000 en 1938 selon les recensements roumain et bulgare de l'époque, étaient pour partie autochtones (issus de colons ioniens et de thraces hellénisés) et pour partie venus de Constantinople, Sinope et Trébizonde lors du développement économique du XIXe siècle, avec la construction des voies ferrées Roussé-Varna et Axiopolis (Cernavodă)-Tomis (Constanța) pour écouler les grains des principautés danubiennes. Ils parlaient un dialecte grec local mêlé de roumain, de bulgare et de turc, évoqué par Panaït Istrati. Ils ne furent pas inquiétés jusqu'en 1945, mais par la suite, lorsque leurs commerces furent nationalisés, beaucoup d'entre eux quittèrent ces pays, profitant de la "Loi du retour" grecque. La Roumanie ne compte plus aujourd'hui que 6 513 Grecs sur son territoire, et tous ne sont pas des Pontiques, car il y a aussi des personnes d'origine "Phanariote" et des "Koukoués" : communistes réfugiés dans les pays du pacte de Varsovie à l'issue de la guerre civile grecque. En 2002, seuls 450 Grecs de la mer Noire (Constanța et Mangalia) ont déclaré le pontique comme langue maternelle[4]. En Bulgarie, ils seraient encore 350 (sur 1 520 Grecs)[5] mais des villes grecques entières telles que Messémbrie, Anchialos, Agathoupolis ou Vassiliko ont été presque entièrement abandonnées et repeuplées de Bulgares.

Les Pontiques en Grèce[modifier | modifier le code]

D'une manière générale, les Micrasiates, dont les Pontiques, ont été utilisés par l'État grec pour peupler les régions vidées de leurs populations slavo-macédoniennes, aroumaines, albanaises, turques ou grecques islamisées ("Turcs hellénophones"). Il s'agit d'"échanges de populations" institués (et rendus obligatoires) par le Traité de Lausanne : 400 000 personnes ont dû quitter la Grèce, tandis que 1 500 000 Micrasiates (et aussi Grecs de Thrace, de Bulgarie et d'URSS dans les années suivantes) ont été contraints de quitter leurs foyers pour venir en Grèce.

Depuis 1923, la plupart des Pontiques anatoliens vivent donc en Grèce, où beaucoup ont maintenu leur langue, un dialecte du grec, le pontique (ou "roum" ou "rum" en turc comme mentionné dans les registres de population de l'État turc) ayant évolué vers une langue distincte, peu compréhensible par les locuteurs du grec moderne, tout comme le cappadocien récemment (juin 2005) redécouvert en Chalcidique.

Les Pontiques font souvent l'objet de plaisanteries à caractère raciste de la part des autres Grecs. Le personnage du Pontique dans les blagues grecques, comme celui du Valaque (Aroumain), est toujours un peu ridicule, pas dégourdi.

La loi grecque prévoit des facilités pour le "retour" des Grecs de la diaspora vers la "mère-patrie" sur le modèle des "lois du retour" israélienne et allemande. Entre 1988 et 1994, environ 60 000 Pontiques de l'ex-Union soviétique (du Kazakhstan, par exemple), dont des couples mixtes souvent qualifiés de "Russo-Pontiques" (Ρωσσοπόντιοι en grec), ont ainsi atterri dans les banlieues déshéritées d'Athènes et dans le Nord de la Grèce, où beaucoup les considèrent en réalité plus comme des immigrés russes que comme des "compatriotes" grecs, d'autant que certains ne parlaient plus que le russe et avaient des patronymes russifiés (par exemple Kharizomenev ou Rybolov pour Χρισομένος/Chrisoménos ou Ψαράδος/Psarados).

Les Pontiques dans la diaspora[modifier | modifier le code]

Plus nombreux que les Turcs quittant la Grèce, de nombreux Micrasiates, dont des Pontiques, n'ont pas trouvé de terroir d'accueil dans le cadre des échanges de populations (comme l'évoque le roman: Le Christ recrucifié de Níkos Kazantzákis), et ont émigré vers l'Occident, l'Afrique ou l'Australie (le phénomène avait commencé avant le génocide, comme le raconte le film : America, America d'Elia Kazan). C'est aussi le cas des couples mixtes gréco-turcs ou gréco-arméniens, mal acceptés dans leurs communautés d'origine. Au milieu du XXe siècle, dans les communautés helléniques des États-Unis et d'Australie, mais aussi à Marseille ou Lyon en France, les Micrasiates et les Pontiques étaient proportionnellement plus nombreux qu'en Grèce. La plupart ont été assimilés dans leurs pays d'accueil. On estime leur nombre initial à un demi-million, et leur descendance dans la diaspora de l'an 2000 à plus de deux millions[6]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pery Lafazani et Myron Myridis, « L’installation des Grecs du Pont en Macédoine, le cas du département de Kilkis », Les Grecs pontiques, diaspora, identité, territoires (sous la direction de Michel Bruneau), Paris, C.N.R.S. Éditions, 1998, p. 189.
  2. Kostas Fotiadis, « Grecs de l'ex-U.R.S.S., genèse d'une diaspora », Les Grecs pontiques, diaspora, identité, territoires (sous la direction de Michel Bruneau), Paris, C.N.R.S. Éditions, 1998, p. 65.
  3. Michel Bruneau, Les Grecs pontiques, diaspora, identité, territoires, Paris, C.N.R.S. Éditions, 1998, p. 31.
  4. D'après le recensement roumain de 2002 pour les départements de Constanţa et Tulcea, dans « Structura Etno-demografică a României », Centrul de Resurse pentru Diversitate Etnoculturală (consulté le 2007-05-02)
  5. Source : recensement de 2010 Население по местоживеене пол и етническа група (Population par lieu de résidence, sexe et groupe ethnique) éd.: NSI, sur [1]
  6. * L'église orthodoxe de Grèce par Sophie Stavrou, Maître de conférences de grec à l'Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge (Paris).


Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Asie centrale et Sibérie territoires de la déportation » de Agtsidis V..
  • « Diaspora grecque pontique et Grecs de l'ex-URSS »
  • « Les monastères pontiques en Macédoine, marqueurs territoriaux de la diaspora » de Bruneau M.
  • « Conclusion, entre Europe et Asie » de Bruneau M.
  • « Les Grecs d'Arménie et de Kars aux XIXe et XXe siècles » de Charatsidis E.
  • « Les Grecs du Pont dans le royaume de Mithridate » de Counillon P.
  • « La langue pontique comme objet identitaire: questions de représentations » de Drettas G.
  • « Les Grecs turcophones de Géorgie. Territoires et tradition orale à Tsalka et Tetriskaro » de Eloeva F.
  • « Les Grecs de l'ex-URSS, genèse d'une diaspora » de Fotiadis K.
  • « Les Grecs de la province de Stavropol. Origine historique et processus actuels de peuplement » de Galkina T.
  • « Les Grecs du sud de la Russie et du Caucase. Peuplement, répartition territorialité » de Kolossov V, Galkina T. et Krindatch A.
  • « L'installation des Grecs du Pont en Macédoine. Le cas du département de Kilkis » de Lafazani P., Myridis M.
  • « État et société hellénique face au problème pontique » de Notaras G..
  • « Pourquoi les Grecs pontiques » de Prévélakis G..
  • « Les communautés grecques et leurs territoires en Géorgie (XIXe et XXe siècles) » de Tsatsanidis P.
  • « L'identité pontique en Grèce. Le lien des générations avec leur territoire de référence » de Vergeti M.
  • « Émigration d'émigrants. Du Caucase russe à la Macédoine » de Xanthopoulou-Kyriakou A..

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Le film de Yeşim Ustaoğlu: En attendant les nuages (2005) avec Ismail Baysan, Ruşan Kaliskur, Ridvan Yağçi, raconte comment, dans les années 1970, une Pontique rescapée, restée sur place après avoir été adoptée enfant par une famille turque, retrouve ses racines à la suite de la rencontre fortuite d'un Pontique émigré en visite, désireux de revoir sa terre natale. Elle découvre qu'elle a un frère émigré à Salonique et court l'y retrouver, alors qu'elle a quasiment oublié le grec. Tout en nuances, le film dépasse les clichés manichéens et lève un coin de voile sur un passé aussi complexe que tragique, instrumentalisé par le nationalisme grec et nié violemment par le nationalisme turc (le film n'a pas été distribué dans les cinémas turcs et les médias se sont déchaînés contre l'auteur, accusé de trahison comme avant lui Ömer Asan qui avait soulevé le même "lièvre").
  • La situation des Pontiques en Grèce est notamment décrite dans le film Garçons d'Athènes (titre anglais From the edge of the city, dialogues en grec et en russe) du réalisateur Constantínos Giánnaris, sorti en 1998 et comparé par certains critiques au film américain My Own Private Idaho.

Liens externes[modifier | modifier le code]