Royaume du Bosphore

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45° 16′ N 37° 02′ E / 45.26, 37.04 ()

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Le Royaume du Bosphore est un royaume grec antique établi sur les rives du Bosphore cimmérien, nom antique de l'actuel détroit de Kertch, qui reliait le Pont-Euxin (l'actuelle mer Noire) au lac Méotide (l'actuelle mer d'Azov), et sur la Tauride. Il est fondé au Ve siècle av. J.-C. par les Archéanactides. Les Spartocides leur succèdent de 438 à environ 110 av. J.-C. Le royaume entre ensuite dans les possessions de Mithridate VI du Pont avant de retrouver son autonomie mais sous protectorat romain. Il succombe aux Ostrogoths et aux Huns à la moitié du IVe siècle.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le nom « Bosphore », tout comme dans le cas du détroit du Bosphore, vient des mots grecs bous (ou buzō), « resserrer », et poros, « passage ».

Histoire[modifier | modifier le code]

Influence grecque[modifier | modifier le code]

Colonies grecques de la mer Noire (dont Panticapée, Nymphaion, Kimmerikon, Théodosie, Chersonèse, Phanagoria, Hermonassa, Gorgippia et Tanaïs).

L'histoire de ce royaume est assez mal connue sur la période avant le Ve siècle av. J.-C. Lors de la fondation des cités, les contacts avec les tribus indigènes sont pacifiques, ce qui permet le développement rapide des relations de ces nouvelles villes avec le reste du monde grec. Les cités sont ensuite détruites vers la fin du VIe siècle av. J.-C. par l'expédition de Darius Ier (522-486 av. J.-C.), à laquelle elles participent, contre les Scythes. Puis, au début du Ve siècle av. J.-C., plusieurs poleis (cités-États) de la région du Bosphore Cimmérien se regroupent sous la domination de la dynastie des Archéanactides. Les spécialistes supposent que la pression qu'exerçaient les Scythes en est la cause.

Spartocides[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Spartocides.

En 438/437 av. J.-C. selon Diodore de Sicile[1], Spartokos Ier (ou Spartakos ou Spartocus) succède à cette dynastie, prend le pouvoir et s'installe à Panticapée, qu'il prend pour capitale de son nouveau royaume. De là, il peut contrôler le passage entre le Palus Méotide et le Pont-Euxin, ce qui fait prendre rapidement de l'importance à son royaume, les villes de Grèce ayant constamment à partir de ce moment des ambassadeurs auprès de lui. Les exportations du royaume du Bosphore reposent principalement sur le blé et le poisson. Les importations concernent la céramique, le vin, l'huile et le métal. Malgré sa position périlleuse, sa dynastie, les Spartocides, dure plus de trois siècles. Leur royaume s'agrandit peu à peu au fil des conquêtes, mêlant des peuples barbares, comme les Méotes ou les Torètes (en), et des cités grecques comme Panticapée. Succèdent à Spartakos Ier Séleucos et Satyros Ier, qui règnent conjointement, puis Satyros Ier seul jusqu'à sa mort[2]. Les échanges économiques se font surtout avec Athènes. L'importance athénienne dans le royaume du Bosphore se manifeste aussi au travers des privilèges que lui accordent les rois, ainsi que du soutien des nobles à Panticapée.

À la mort de Satyros Ier, son fils Leucon Ier arrive sur le trône. Celui-ci, qui entretient de bonnes relations avec les Athéniens, reçoit d'eux le titre de citoyen pour leur avoir expédié du blé lors de la famine de 357 av. J.-C., lors de la Guerre sociale. Ses fils, Spartokos II et Pairisadès Ier, prennent sa suite et règnent conjointement jusqu'en 344 av. J.-C., puis Pairisadès Ier seul[3]. Ce dernier est aussi connu pour avoir reçu des Athéniens le privilège d'enrôler au Pirée des soldats pour sa flotte. Au cours du IIIe siècle av. J.-C., à la suite de l'élargissement du monde grec grâce aux conquêtes d'Alexandre le Grand, les relations commerciales entre le Bosphore Cimmérien et Athènes déclinent doucement. Le royaume se tourne vers de nouvelles puissances comme Délos ou l'Égypte pour les échanges commerciaux. Arrive ensuite sur le trône Satyros II, qui règne un an conjointement avec Prytanis. Mais quelques mois après la mort de celui-ci, leur frère Eumélos s'empare du trône, qu'il garde jusqu'en 304 av. J.-C. À cette date, son fils Spartokos III lui succède et règne pendant 20 ans[4].

Phiale retrouvée à Hermonassa, IVe siècle av. J.-C.

À partir de ce roi, du fait de la perte de l'œuvre de Diodore de Sicile, les informations manquent sur la succession des souverains et la chronologie selon laquelle elle s'est effectuée. Les seules informations certaines reposent sur l'épigraphie et les émissions monétaires. Le dernier prince de la lignée est Pairisadès V qui, ne pouvant résister aux attaques des Scythes du roi Saumakos, demande l'aide de Mithridate VI, roi du Pont[5]. Celui-ci réussit à mettre un terme au conflit et, à la mort de Pairisadès V, récupère le trône du Bosphore Cimmérien, qu'il confie en 82 av. J.-C. à son fils, Macharès. En 66 av. J.-C., pendant la grande invasion de Pompée lors de la troisième guerre mithridatique, le fils du roi déserte son père pour se ranger du côté romain. À cette époque commencent les défaites successives de Mithridate VI (Ier comme roi du Bosphore) jusqu'à sa mort en 63 av. J.-C.

Protectorat romain[modifier | modifier le code]

Son autre fils, Pharnace II, est alors couronné par les habitants du Pont roi du Pont et roi du Bosphore. Il est soutenu par les Romains, mais il les trahit. Rome envoie alors une armée commandée par César qui le bat à Zéla en 47 av. J.-C. ; il est tué peu après. Son royaume du Pont est ensuite partagé par Rome : une partie est rattachée à la province romaine de Bithynie et une autre attribuée sous Marc Antoine (83/30 av. J.-C.) à une dynastie vassale de Rome, les Polémons (royaume du Pont Polémoniaque) avec au départ Trébizonde pour capitale. Le royaume du Bosphore (Regnum Bospori) garde alors son autonomie interne, mais l'influence romaine s’exerce de diverses façons selon les régions.

Le gendre de Pharnace II, Asandros, prend le pouvoir[6], mais il est détrôné par César qui nomme à sa place Mithridate II de Pergame[7], puis, après la mort du prétendant, il est rétabli sur son trône. Son fils Aspourgos lui succède. Il va se chercher de nouveaux alliés et se tourne vers la Thrace, dont il épouse Gepaepyris, la fille du roi Cotys VIII (12-19) et petite-fille par sa mère, Antonia Tryphaena, de Polémon Ier du Pont. Il signe aussi en 14 un premier traité d’amitié avec l'empereur romain Tibère, puis un deuxième peu de temps après (selon Natwoka). Ces traités engagent les rois du Bosphore à reconnaître comme leurs souverains les empereurs romains. Ses deux fils Claudius Mithridate III et Cotys Ier lui succèdent.

Le premier à prendre le pouvoir est Mithridate III. À la mort de Tibère en 37, Caligula, le nouvel empereur romain, veut réunifier le royaume du Pont et le royaume du Bosphore sous la tutelle du roi du Polémon II du Pont. Mais les habitants du Bosphore se rebellent, ne voulant pas d'un roi étranger (38). Cela pousse l'empereur Claude, successeur de Caligula, à renoncer au projet de réunification. Polémon II décide alors d'attaquer le Bosphore, mais son action est contrecarrée par Rome, et Mithridate est confirmé sur son trône, tandis que la Cilicie lui est donnée en compensation.

Ruines de Panticapée, la capitale du royaume.

La paix, à la suite de la décision de l'empereur Claude, est de courte durée. De nouvelles discordes apparaissent, mais cette fois entre Mithridate et les Romains, Mithridate voulant rompre le traité le liant à eux. Selon Dion Cassius (Histoire romaine), il aurait même préparé une offensive militaire contre Rome, mais aurait été trahi par son frère Cotys Ier. Les Romains doivent dépêcher une armée en Chersonèse et, en 44, le légat de Mésie, Aulus Didius Gallus, est envoyé à Panticapée avec des troupes. Mithridate est battu, il doit fuir sa capitale, et son frère Cotys Ier est proclamé roi du Bosphore[8]. Didius Gallus repart alors vers Rome, ne laissant à Panticapée que quelques hommes sous les ordres de Julius Aquila. Mithridate profite de la situation pour essayer de reprendre son royaume. Il rassemble des partisans et, avec l’appui des Siraces (en) (tribu sarmate), marche sur la capitale. Cotys Ier et Aquila, en infériorité numérique, passent alors alliance avec les Aorses (autre tribu), les ennemis traditionnels des Siraces. Cette coalition l'emporte et Mithridate, vaincu, doit de nouveau prendre la fuite. Puis il choisit de se rendre au roi des Aorses, Eunonès, mais l'empereur Claude le fait emmener en captivité à Rome. Après la victoire sur son frère, Cotys Ier accentue ses rapports avec les Romains qui lui donnent le gentilice de « Tibérius Julius » Cotys. Lors de son règne, on peut assister à un afflux important d'Aorses dans le royaume.

Son fils Rhescuporis Ier lui succède, mais seulement en 68, en raison d'un interrègne de cinq ans pendant lequel Rome aurait annexé le royaume. Sauromatès Ier est son successeur. Il est contemporain des empereurs romains Trajan et Hadrien.

La période qui suit, jusqu'à la fin du royaume, est assez imprécise. Les rois du Bosphore ne sont connus essentiellement que par l'épigraphie et leurs pièces de monnaie. Celles-ci représentent plus généralement sur le revers la tête de l'empereur romain régnant et sur l'avers celle du roi du Bosphore. À partir de ce constat, les historiens spécialistes tentent de définir la chronologie des rois suivants, qui est très approximative et très discutée ; de plus, il semble qu'il y ait eu des règnes conjoints.

Après Sauromatès Ier[9], son fils Cotys II monte sur le trône, suivi par Rhœmétalkès, fils de Cotys II, puis Eupator, frère de Rhœmétalkès Ier et son neveu, Sauromatès II. Son fils Rhescuporis II[10] lui succède, puis le fils de celui-ci, Cotys III pour un règne très court et conjoint avec son frère Sauromatès III.

Fils de Sauromatès III, Rhescuporis III est le roi suivant, régnant conjointement avec Ininthimeos. Suit Rhescuporis IV, qui doit se plier aux commandements des Boranes et des Goths, qui envahissent le royaume, et leur laisser l'usage des ports, d'où leur flotte part pour des raids de piraterie en Asie Mineure[11]. Rhescuporis IV a un fils (ou un frère), Teiranès, qui lui succède. Teiranès remporte une victoire contre les Goths, mais, en fin de règne, il doit faire face à un prétendant, son frère (?) Sauromatès IV, et régner conjointement avec lui. Sous son règne, les relations avec Rome se dégradent et des accrochages ont lieu entre les deux États. Thothorsès, fils de Rhescuporis IV, lui succède[12].

Selon l'empereur Constantin VII[13], sous le règne de Dioclétien, donc chronologiquement pendant celui de Thothorsès sur le royaume du Bosphore, un certain « Sauromatès, fils de Kriskoronos »[14] lève une armée avec l'aide des Sarmates, qui vivent près de la mer d'Azov, et attaque d'abord la Lazique puis le Pont en 291, puis le Bosphore et sa capitale. Thothorsès le repousse et Sauromatès est obligé, en 292, de signer la paix. Nana, la fille de Thothorsès, épouse le roi d'Ibérie Mirian III. Suivent deux rois, Rhescuporis V, qui est peut-être fils de Sauromatès IV, et Rhadamsadès, fils de Thothorsès (?)[15].

Toujours selon Constantin VII[13], le dernier roi du Bosphore, Sauromatès VI, est tué dans un combat contre Pharnace, fils de Pharnace, « protevon & stéphanophoros », c'est-à-dire premier magistrat & porte-couronne, qui s'était mis à la têtes des Chersonites[16].

Liste des rois[modifier | modifier le code]

Dynastie des Archéanactides[modifier | modifier le code]

Dynastie des Spartocides[modifier | modifier le code]

Divers et Odryses[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Diodore de Sicile, livre XII, chapitre 31.
  2. (de) Hatto H. Schmitt, Ernst Vogt, Lexikon des Hellenismus, Otto Harrassowitz Gmbh & Co, Wiesbaden, 2005 (ISBN 3477048425), « Bosporanishes Reich 4 », c.206.
  3. (de) Hatto H. Schmitt, Ernst Vogt, op. cit., c.207.
  4. a et b (en+de) Peter Truhart, Regents of Nations, K. G. Saur Münich, 1984-1988 (ISBN 978-3-598-10491-6), s.v. « Crimea/Krim » (p. 2635).
  5. Strabon, Géographie [détail des éditions] [lire en ligne], VII, 4 (« La Chersonnèse »).
  6. Appien, Guerre mithridatique, XVII, chapitre 120.
  7. Appien, op. cit., chapitre 121.
  8. Dion Cassius, livre LX, chapitre 28, § 7.
  9. Sergeï Saprykin, « Le roi Sauramace Ier du Bosphore Cimmérien », p. 47-52 dans l'ouvrage collectif de Michel Kazanski & Vanessa Soupault, Les sites archéologiques en Crimée et au Caucase durant l'antiquité tardive et le haut Moyen Âge, Brill, Leiden et Boston, 2000 (ISBN 978-9004117464).
  10. Gregori Bongard-Levine, Gennadi Kochelenko, Vladimir Kouznestov, « Les fouilles de Phanagorie : nouveaux documents archéologiques et épigraphiques du Bosphore », dans Comptes-rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 150e année, N. 1, 2006, p. 278.
  11. Zosime, livre I, chapitre 31.
  12. Selon une chronologie différente, après Rhescuporis IV, son frère Teiranès puis un usurpateur sarmate (?), Pharsanzès, enfin Thothorsès, le fils de Rhescuporis IV.
  13. a et b Constantin VII Porphyrogénète, De Administrando Imperio, chapitre LIII.
  14. Si l'on admet que « Criscoronès » est une déformation de « Rhescuporis », il s'agit en fait de Sauromatès IV rétabli.
  15. Selon Christian Settipani, Continuité des élites à Byzance durant les siècles obscurs. Les princes caucasiens et l'Empire du VIe au IXe siècle, Paris, de Boccard,‎ 2006, 634 p. (ISBN 978-2-7018-0226-8), p. 408, ils sont tous deux fils de Thothorsès.
  16. (en) Benjamin Nadel, « Literary Tradition and Epigraphical Evidence: Constantine Porphyrogenitus' Information on the Bosporan Kingdom of Emperor Diocletian Reconsidered », dans Dialogues d'histoire ancienne, vol. 3, 1977, p. 87-114.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) R. D. Barnett, The Sea Peoples dans The Cambridge Ancient History, vol. II, partie 2, 1975.
  • G. Kochelenko et V. Kouznetsov, « La colonisation grecque du Bosphore Cimmérien », dans Lordkipanidzé.
  • (en) Michel Rostovtzeff, Pontus, Bithynia and the Bosporus, Annual of the British School at Athens, 22, 1916-1918.
  • Pauline Schmitt-Pantel et Claude Orrieux, Histoire grecque, PUF, 2004.
  • (en) Neal Ascherson, Black Sea, New Ed, 1996.
  • Christel Müller, D'Olbia à Tanaïs. Territoires et réseaux d'échanges dans la mer Noire septentrionale aux époques classique et hellénistique, Paris, 2010.

Liens externes[modifier | modifier le code]