The Dinner Party

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The Dinner Party
Artiste Judy Chicago
Date 1974-1979
Type Installation
Dimensions (L) ~15 m
Localisation Brooklyn Museum, New York (États-Unis)
Propriétaire Brooklyn Museum

The Dinner Party (Le dîner festif) est une installation que l'artiste féministe américaine (en) Judy Chicago a réalisée entre 1974 et 1979.

Description[modifier | modifier le code]

The Dinner Party est une installation composée d'une table triangulaire d'environ 15 m de côté. Chaque place de la table comporte un chemin de table brodé du nom d'une femme célèbre ainsi que des images ou des symboles qui lui sont liées, une serviette, des ustensiles de cuisine, un verre ou un gobelet et une assiette.

La table comprend 39 places pour autant de femmes. Elle repose sur un socle, appelé « plancher de l'Héritage » (Heritage Floor), triangle équilatéral composé de 2 300 plaquettes de porcelaine sur lesquelles figurent les noms de 999 femmes mythiques et historiques associées aux 39 convives suivantes[1] :

Aile I : De la préhistoire à l'Empire romain
1. Déesse primordiale
2. Déesse de la fertilité
3. Ishtar
4. Kali
5. Déesse serpent
6. Sophie
7. Amazone
8. Hatchepsout
9. Judith
10. Sappho
11. Aspasie
12. Boadicée
13. Hypatie

Aile II : Des débuts du christianisme à la Réforme
14. Marcelle
15. Sainte Brigitte
16. Théodora
17. Hrosvitha
18. Trotula
19. Aliénor d'Aquitaine
20. Hildegarde de Bingen
21. Petronilla de Meath
22. Christine de Pisan
23. Isabella d'Este
24. La reine Élisabeth
25. Artemisia Gentileschi
26. Anna van Schurman

Aile III : De la Révolution américaine au féminisme
27. Anne Hutchinson
28. Sacagawea
29. Caroline Herschel
30. Mary Wollstonecraft
31. Sojourner Truth
32. Susan B. Anthony
33. Elizabeth Blackwell
34. Emily Dickinson
35. Ethel Smyth
36. Margaret Sanger
37. Natalie Barney
38. Virginia Woolf
39. Georgia O'Keeffe

Historique[modifier | modifier le code]

Réalisation[modifier | modifier le code]

Judy Chicago réalise The Dinner Party entre 1974 et 1979, avec l'assistance de plusieurs bénévoles, dans le but de « mettre fin au cycle continuel d'omissions par lequel les femmes sont absentes des archives de l'Histoire »[2].

L'œuvre est conservée au Brooklyn Museum de New York, aux États-Unis[3].

Réaction[modifier | modifier le code]

Premières réactions des critiques (1980-1981)[modifier | modifier le code]

The Dinner Party a provoqué diverses réactions. La critique féministe Lucy R. Lippard (en) a déclaré : « Ma propre expérience initiale a été fortement émotionnelle... Plus je passais de temps devant la pièce, plus je suis devenue accro à ses détails complexes et à ses significations cachées ». Elle a aussi défendu l'œuvre comme excellent exemple de l'action féministe[4]. Ces réactions ont aussi été exprimées par d'autres critiques, et nombreux sont ceux qui ont glorifié l'installation[5].

Cependant, les mauvaises critiques de l'œuvre ont été tout aussi catégoriques. Hilton Kramer (en), par exemple, a fait valoir que « The Dinner Party réitère son thème avec une insistance et une vulgarité plus appropriées, peut-être, à une campagne de publicité qu'à une œuvre d'art [6] ». Il a traité le travail non seulement d'objet kitsch, mais aussi d'art « grossier, solennel et arrêté », « très mauvais […] raté […] si embourbé dans les dévotions d'une cause qu'il n'arrive nullement à acquérir seul une vie artistique indépendante[6] ».

Maureen Mullarkey a également critiqué l’œuvre, la qualifiant de moralisatrice et de fausse pour les femmes qu'elle prétend représenter[6]. Elle a rejeté en particulier le sentiment qu'elle appelait « tournez-les la tête en bas et elles se ressemblent toutes », une « essentialisation » de toutes les femmes qui ne respecte pas la cause féministe[6]. Mullarkey a aussi contesté l'aspect hiérarchique de l'œuvre en affirmant que Chicago avait profité de ses bénévoles de sexe féminin[7]. De même, Roberta Smith (en) a déclaré, à propos de l'œuvre, que « sa portée historique et son importance sociale sont peut-être supérieures à sa valeur esthétique[8] ».

Mullarkey s'est concentrée sur quelques convives particulières dans sa critique de l'œuvre : Emily Dickinson, Virginia Woolf et Georgia O'Keeffe ; elle voit dans l'évocation de ces femmes un exemple de l'irrespect que Chicago leur montre dans son œuvre. Mullarkey affirme que « l'entrejambe à plusieurs passements roses » de Dickinson était à l'opposé de la femme qu'il était censé symboliser, vu le secret extrême dans lequel vivait Dickinson[7]. L'inclusion même de Woolf fait fi de sa frustration devant la curiosité du public pour le sexe des écrivains. De même, O'Keeffe avait des pensées semblables et niait que son œuvre avait un sens sexué ou sexuel[7].

Réactions postérieures[modifier | modifier le code]

Des critiques comme Mullarkey sont revenus plus tard sur The Dinner Party et ont déclaré que leurs opinions n'avaient pas changé. Bien des réactions postérieures ont toutefois été plus modérées ou plus accueillantes, même si ce n'est que par une valorisation de l’œuvre fondée sur son importance continue.

Amelia Jones (en), par exemple, situe l'œuvre dans l'histoire de l'art et l'évolution du féminisme pour expliquer les réactions des critiques[9]. Elle voit dans l'objection de Hilton Kramer à cette œuvre un prolongement des idées modernistes sur l'art ; elle déclare : « l'œuvre est une subversion flagrante des systèmes modernistes de détermination de la valeur, où l'on préfère l'objet esthétique pur à la sentimentalité dégradée des arts ménagers et populaires »[9]. Jones aborde également l'argument de critiques que The Dinner Party n'est pas du grand art en raison de son immense popularité et de l'attrait du public. Alors que Kramer jugeait que la popularité de l'œuvre en révélait la qualité inférieure, Lippard et Chicago elle-même pensaient qu'il fallait considérer comme une qualité la capacité que l'œuvre avait de parler à un grand public[9].

L'image du « vagin papillon » continue à être à la fois très critiquée et très estimée. Beaucoup de conservateurs l'ont critiquée pour des raisons que le représentant Robert K. Dornan (en) a résumées en déclarant qu'il s'agissait de « pornographie 3D en céramique », mais certaines féministes ont aussi jugé que cette image posait problème en raison de sa nature passive, « essentialisante »[9]. Cependant, l'œuvre s'inscrit dans le mouvement féministe des années 1970, qui a glorifié le corps féminin et s'est concentré sur lui. D'autres féministes n'acceptent pas l'idée principale de cette œuvre, car celle-ci montre une expérience féminine universelle, qui n'existe pas selon bien des gens. Par exemple, les lesbiennes et les femmes d'ethnies non blanches et non européennes ne sont pas bien représentées dans l'œuvre[9].

Jones expose l'argument sur la réalisation de l'œuvre en collaboration. Bien des critiques ont blâmé Chicago de prétendre que l'œuvre était le fruit d'une collaboration alors que l'artiste en était maître. Cette dernière n'avait toutefois jamais prétendu que le travail serait un genre de collaboration idéale et elle a toujours assumé l'entière responsabilité de l'œuvre[9].

L'artiste Cornelia Parker a dit qu'elle aimerait voir l'œuvre « mise aux ordures » en ces termes :

« À mon goût, il y a trop de vagins. Je trouve que tout cela traite plutôt de l'ego de Judy Chicago que des pauvres femmes qu'elle est censée élever - nous sommes toutes réduites à des vagins, ce qui est un peu déprimant. C'est presque comme si c'était la plus grande œuvre d'art d'opprimé que vous ayez jamais vu. De plus, elle prend tellement de place ! J'aime bien l'idée d'essayer de l'emboîter dans une minuscule benne à ordures — ce n'est pas un geste très féministe, mais je ne crois pas non plus que l'œuvre le soit[10]. »

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Brooklyn Museum, « Elizabeth A. Sackler Center for Feminist Art: The Dinner Party: Heritage Floor ».
  2. Chicago, p. 10.
  3. (en) « Elizabeth A. Sackler Center for Feminist Art: The Dinner Party », Brooklyn Museum
  4. (en) Lucy Lippard, « Judy Chicago's Dinner Party" », Art in America, no 68,‎ avril 1980, p. 114-126.
  5. (en) Susan H. Caldwell, « Experiencing The Dinner Party », Woman's Art Journal, no 1.2,‎ automne 1980-hiver 1981, p. 35-37.
  6. a, b, c et d (en) Hilton Kramer, « Art: Judy Chicago's Dinner Party Comes to Brooklyn Museum », The New York Times,‎ 17 octobre 1980.
  7. a, b et c (en) Maureen Mullarkey, The Dinner Party is a Church Supper: Judy Chicago at the Brooklyn Museum, Commonweal Foundation,‎ 1981.
  8. (en) Roberta Smith, « Art Review: For a Paean to Heroic Women, a Place at History's Table », New York Times,‎ 20 septembre 2002.
  9. a, b, c, d, e et f (en) Amelia Jones, « The ‘Sexual Politics’ of The Dinner Party: A Critical Context », dans Norma Broude (dir.) et Mary D. Garrard (dir.), Reclaiming Female Agency : Feminist Art History After Postmodernism, Berkeley, University of California Press,‎ 2005 (lire en ligne), p. 409-433.
  10. (en) Hermione Hoby, « Michael Landy: modern art is rubbish... », The Observer,‎ 17 janvier 2010 (lire en ligne).

Source[modifier | modifier le code]

  • (en) Judy Chicago, The Dinner Party: From Creation to Preservation, Londres : Merrell, 2007. ISBN 1-85894-370-1.