Réunification du Yémen

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le Yémen avant l'unification.

La réunification du Yémen eut lieu le 22 mai 1990 lorsque la République démocratique populaire du Yémen (Yémen du Sud) fut intégrée à la République arabe du Yémen (Yémen du Nord). Cette réunification marque la fin de la guerre froide dans le monde arabe alors qu'en Europe se déroulait progressivement la chute du bloc de l'Est.

Contexte[modifier | modifier le code]

Contrairement, par exemple, aux deux Allemagnes (Allemagne de l'Est et Allemagne de l'Ouest), ainsi qu'aux deux Corées (Corée du Nord et Corée du Sud), les relations entre les deux Yémen étaient plutôt amicales, bien qu'elles fussent parfois tendues. De plus, les deux Yémen étaient séparés historiquement, et non du fait de la guerre froide.

Alors que le Yémen du Nord était devenu un État indépendant après la chute de l'Empire ottoman en 1918, le Yémen du Sud devint une colonie britannique, qui obtint à son tour l'indépendance en 1967 suite au retrait des troupes britanniques qui devaient faire face à deux grands partis nationalistes : le Front de libération de l'occupation du Yémen du Sud (FLOYS) et le Front de libération nationale (FLN)[1]. En 1972, un plan de réunification fut réalisé mais fut uniquement proposé en 1979 dans le cadre d'une réunion entre les deux chefs d'États respectifs au Koweït en mars 1979. Le Yémen du Sud refusa cette proposition et une guerre faillit éclater mais fut empêchée grâce à l'intervention de la Ligue arabe. Par la suite, le gouvernement sud-yéménite commença à armer les guérillas marxistes du Yémen du Nord afin de mener une lutte clandestine contre le Yémen du Nord et son armée.

En mai 1988, les négociations reprirent entre les deux Yémen afin de réduire considérablement les tensions. Elles permirent de reprendre les accords sur la réunification, d'établir une zone commune d'exploitation pétrolière près de la frontière, de démilitariser la frontière et de permettre à la population yéménite le libre passage de la frontière par le biais d'une carte d'identité nationale commune aux deux États. En novembre 1989, le président du Yémen du Nord, Ali Abdallah Saleh et le président du Yémen du Sud, Haider Aboubaker al-Attas, se mirent d'accord sur un projet de réunification établi initialement en 1981, le Yémen du Sud étant touché également par une baisse de l'aide soviétique[2].

Réunification[modifier | modifier le code]

Carte du Yémen réunifié.

La République du Yémen fut déclarée le 22 mai 1990[3]. Ali Abdallah Saleh devint le président du Yémen, Ali Salim al-Beidh le vice-président et Haider Aboubaker al-Attas le premier ministre du Yémen. Une période transitoire de 30 mois fut fixée afin de fusionner les deux systèmes politiques et économiques. Un conseil présidentiel fut élu par les parlements respectifs des deux anciens pays. Un nouveau parlement, commun aux deux pays, le Parlement provisoire unifié, fut fondé. Il était composé de 159 membres originaires du Nord, de 111 membres originaires du Sud et de 31 membres indépendants nommés par le président du conseil.

Une nouvelle constitution fut convenue en mai 1990 et ratifiée par le peuple en mai 1991[4]. Cette constitution prônait un système politique multipartite, des élections libres, le droit à la propriété privée, l'égalité devant la loi, et le respect des droits humains fondamentaux. Des élections législatives eurent lieu le 27 avril 1993 : le parlement résultant fut composé de 143 membres du Congrès général du peuple, de 69 membres du Parti socialiste yéménite, de 63 membres de l'Islaah (un parti yéménite réformiste composé de divers groupes religieux) et de quelques autres membres de divers partis politiques. Le leader de l'Islaah, Abdallah Bin Husayn Al-Ahmar, devint le président du parlement.

Guerre civile[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre civile de 1994 au Yémen.

Bien que la réunification soit pacifique, une guerre civile éclate en mai 1994 suite à la détérioration des relations entre marxistes et unionistes. Les dirigeants sud-yéménites proclament la création de la République démocratique du Yémen, dirigé par Haider Aboubaker al-Attas, État reconnu par aucun pays de la communauté internationale, correspondant au territoire de l'ancien Yémen du Sud. Les Sud-Yéménites étaient soutenus par l'Arabie saoudite qui était inquiète d'avoir à ses frontières un Yémen unifié[5] alors que les États-Unis demandèrent à plusieurs reprises un cessez-le-feu, sans succès. La guerre prend fin le 7 juillet 1994 lorsque l'armée nord-yéménite reprend le contrôle de l'ensemble du pays. Le bilan est particulièrement lourd : de 7 000 à 10 000 morts selon les sources[6]. Les combattants (plusieurs milliers) et les dirigeants sudistes sont contraints à l'exil. Si cette guerre marque la réunification finale des deux États, le pays doit cependant faire face à de nombreuses reconstructions, suite aux dégâts provoqués par la guerre.

Après-réunification[modifier | modifier le code]

La première élection présidentielle eut lieu le 23 septembre 1999 et vit l'ancien président du Yémen du Nord, Ali Abdallah Saleh, être élu avec 96,3 % des voix[7]. Les amendements constitutionnels adoptés à l'été 2000 étendirent le mandat présidentiel de 2 ans, déplaçant ainsi la prochaine élection présidentielle en 2006. Le Yémen est aujourd'hui un État à parti dominant avec le Congrès général du peuple (à majorité nordiste) au pouvoir.

En 2010, des troubles continuent encore, dans ce que certains voient comme un traitement injuste de la part du Nord[8]. Ainsi, en 2007, un nouveau mouvement, le Mouvement du Yémen du Sud (MYS, également appelé le Mouvement pacifique du Sud ou encore le Mouvement séparatiste du Sud) est créé, réclamant le retour d'un État indépendant au Sud et allant même parfois jusqu'à attaquer l'armée gouvernementale[9]. Le 22 mai 2010, le Yémen fête le 20e anniversaire de la réunification du pays[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) La réunification du Yémen, par Raymond Goy. Consulté le 24 octobre 2010
  2. (fr) Processus de la réunification yéménite, SABA News. Mis en ligne le 22 mai 2010, consulté le 24 octobre 2010
  3. (en) Unification of Yemen, 1990, AL-BAB. Mis en ligne le 28 mai 2009, consulté le 24 octobre 2010
  4. (fr) 22 mai 1990 - Réunification du Yémen, Perspective Monde. Consulté le 24 octobre 2010
  5. (fr) Histoire du Yémen durant la guerre froide. Consulté le 24 octobre 2010
  6. (en) « Saleh down plays Yemeni war death toll. », Agence France-Presse, 12 juillet 1994.
  7. (en) The presidential Elections, SABA News. Mis en ligne le 8 janvier 2004, consulté le 24 octobre 2010
  8. (en) « In south of Yemen, talk of rebellion is rife », Haley Edwards, dans Los Angeles Times, 18 mai 2010, p. 3.
  9. (en) 18 killed in south Yemen violence this year: report, Agence France-Presse. Mis en ligne 17 avril 2010, consulté le 24 octobre 2010
  10. (fr) Le Yémen célèbre samedi 22 mai le 20e anniversaire de son unification, RFI. Mis en ligne le 21 mai 2010, consulté le 24 octobre 2010.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Robert D. Burrowes, Historical dictionary of Yemen, The Scarecrow press, Lanham (Md.) ; Toronto ; Plymouth (UK), 2010 (2e éd.), LXXXII-533 p. (ISBN 978-0-8108-5528-1)
  • (fr) Rémy Leveau, Franck Mermier et Udo Steinbach (dir.), Le Yémen contemporain, Karthala, Paris, 1999, 459 p. (ISBN 2-86537-893-4)

Liens externes[modifier | modifier le code]