Histoire du Yémen

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

L'histoire du Yémen est mal connue car les sources sont relativement rares et parcellaires.

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Les premières traces archéologiques de présence humaine semblent remonter à 700 000 ans av. J.-C. comme l'atteste le site de Hadramaout dans le Wadi Dowan (est du pays). On a également découvert plusieurs sites rupestres à Saada datant de près de 7 000 ans av. J.-C., comportant également de nombreux outillages de pierres néolithiques dans le désert du Rub al-Khali (nord-est du Yémen). Enfin, les préhistoriens pensent que la domestication du bétail a dû se faire à la même époque, comme l'attestent les traces découvertes dans le Khawlan (nord-ouest du Yémen).

L'âge du bronze semble commencer entre 3 000 et 1 200 ans av. J.-C., car les archéologues ont retrouvé des idoles en bronze sur des sites de petits villages pratiquant déjà l'agriculture irriguée. Durant cette époque, des populations sémitiques (Sémites) achèvent leur longue immigration. Ainsi, le Yémen vit le développement de ce qu'on appelle la culture de Sabr le long du littoral.

Antiquité[modifier | modifier le code]

Ancien Yémen vers 100 ap. JC.
Royaumes yéménites vers 230 ap. JC.
Proche-Orient vers +565.

Le premier véritable royaume du Yémen est le premier royaume sabéen de Mareb vers -1500. Selon les spécialistes, l'épisode biblique de la visite de la reine de Saba à Jérusalem auprès du roi Salomon (fin Xe siècle av. J.-C.) tendrait à montrer sa puissance. L'identification du royaume de Sabé à celui de Saba n'est pas certaine, puisque la première réelle mention du celui-ci provient d'inscriptions assyriennes de -750. Du XIIe siècle av. J.-C. au Xe siècle av. J.-C. apparaissent les premières inscriptions monumentales dans les cités littorales qui connaissent vers -750 un essor architectural remarquable basé sur la pierre. Remarquable corrélation entre cette évolution, qui pourrait avoir nécessité un pouvoir central organisé, et l'apparition concomitante dans les inscriptions du titre de « Mukkarib » (unificateur).

Royaume sabéen historique[modifier | modifier le code]

Ruines du temple de Mahram Bilqis près de Marib

Les premiers jalons historiques avérés datent de -716 lorsque le Mukkarib Yâthiamar, roi de Saba, paie tribut à l'Assyrien Sargon II. Il a pu financer le creusement à la même époque d'une prise dans le rocher de la rive sud du wadi Dahana. Actuellement intégrée dans l'écluse méridionale de la digue de Mareb, cette prise d'eau constituerait peut-être un des premiers éléments d'un barrage, ce qui en ferait le premier barrage connu construit au monde.

Des forces centrifuges semblent rapidement menacer l'unité du royaume, puisque vers -700, Karib'il Watar Ier, fils de Dhamar'alî, lance deux campagnes contre la ville de Nashan pour réduire des velléités d'indépendance. Il demande l'aide de la cité d'Haram et de Dekaminahû. Puis, de -689 à -681, il fonde l'empire Sabéen avec pour capitale Maryab (ou Mareb), après avoir détruit le royaume d'Awsân. Il s'agit du premier État yéménite unifié réellement attesté.

Cet empire subit une attaque d'Hadramaout qui établit une brève domination au milieu du VIe siècle av. J.-C. avec deux rois étrangers qui siègent sur le trône de Maryab. Ils ont à faire aussi face à la pénétration d'une nouvelle tribu étrangère (d'origine arabe ?), celle de Ma'în qui s'installe à Qarnaw(u), et fonde un nouveau royaume concurrent. Elle domine les villes de Yathill (Barâqish) et Nashan (As-Sawdâ). Toutefois, ce royaume très commerçant reconnaît la suzeraineté du Royaume de Saba et en devient semble-t-il le vassal.

L'ère de Qataban[modifier | modifier le code]

Lion de bronze chevauché par un enfant. Sculpture de l'ère Qataban vers 75-50 avant JC.

Cet âge de prospérité semble se terminer au Ve siècle av. J.-C. avec une violente période de guerre et d'instabilité. Les royaumes sudarabiques de Saba, Qataban, Maïn et Hadramaout luttent les uns contre les autres pour asseoir leurs dominations sur la région, et provoquent un abandon massif des sites de Kuhâl, Arârat, Kutal, Inabba, ce qui prouve l'importance de cette lutte violente. Finalement, le royaume Qataban l'emporte et fonde une hégémonie, qui dure de ‑500 à -110.

Durant l'ère Qataban, période d'apogée artistique pour le Yémen, une nouvelle monnaie est fabriquée au milieu du IVe siècle av. J.-C., ce qui tend à montrer la vitalité des échanges commerciaux caravaniers entre le Yémen et l'ensemble de la péninsule arabique. Mais la puissance de Qataban doit composer avec les autres royaumes certes assujettis mais relativement autonomes, et qui entretiennent des relations complexes entre eux. Cela limite leur efficacité face à des périls extérieurs. Ainsi, vers -200, le royaume de Haram est détruit par l'invasion de plusieurs tribus arabes, notamment celle d'Amîr. Ces tribus, rapidement soumises sous la tutelle sabéenne, introduisent et imposent de nouveaux cultes, comme le montre le temple principal de Haram dans lequel le culte de Matabnatiyân est remplacé par celui de Halfân, divinité des nouveaux venus.

Finalement, au IIe siècle av. J.-C., s'unifient réellement les royaumes yéménites, sous la domination de Saba. Bien qu'incapable d'empêcher l'intrusion de nouvelles tribus arabes dans le Jawf, Saba impose peu à peu son pouvoir. Avec la disparition en -120 du royaume de Ma'in, l'ensemble du Jawf est sous le contrôle de Saba. L'aristocratie sabéenne s'approprie les régions de Nashan, Nashq et Manhiyat ; le reste est abandonné aux tribus nomades. Qataban sombre et éclate avec la sécession de Himyar en -110, qui le supplante et met fin à son hégémonie.

L'hégémonie d'Hadramaout[modifier | modifier le code]

La chute de Qataban entraîne de nombreux bouleversements importants, dont la destruction de nombreux sites majeurs, comme celle de Raybun au Hadramaout, mais aussi l'éclosion du petit royaume d'Awsan.

Finalement, une nouvelle ère de prospérité commerciale et caravanière s'ouvre, grâce à deux facteurs majeurs : l'expansion croissante de l'Empire romain qui, avec la prise de l'Égypte et de l'Asie Mineure, offre un débouché commercial gigantesque, et, d'autre part, le développement de la Chine et de l'Inde. De fait, le Yémen se découvre une place de carrefour central majeure qui dynamise ses villes. Cela explique la tentative avortée de Rome de mettre sous tutelle cette région en lançant en -26 une expédition dirigée par Aelius Gallus, qui occupe un temps Nashan et Yathill.

Dès lors, le royaume d'Hadramaout se lance dans une politique hégémonique, au début du Ier siècle après J.-C., sous le règne de Yashurîl Yuharish, qui étend son pouvoir désormais jusqu'au Zafâr omanais. Devant sa puissance, les petits royaumes encore indépendants s'unissent, à l'instar de Himyar et de Zafâr. Cette hégémonie se fait dans une certaine violence, avec des destructions dans le Jawf : seuls Nashan, Nashq et Manhiyat sont encore habités de manière permanente. De plus, Himyar se lance dans une politique de colonisation, en fondant en Érythrée des colonies sur la côte vers 45 après J.-C. qui ne subsistent guère.

Le premier signe d'affaiblissement d'Hadramaout semble apparaître en 74 avec la fondation de la principauté de Radmân, suivi vers 100 après J.-C. de la restauration du Royaume de Saba. Les conflits sont violents, d'autres sites sont abandonnés comme Haram et Kaminahû.

Mais Hadramaout reprend son contrôle en détruisant définitivement en 175 le Qataban. Seul Himyar semble avoir été suffisamment puissant pour contrer son hégémonie. Sous le règne d'Ilî'azz Yalut, Hadramaout connaît son apogée politique et culturel.

Ensuite, c'est un long déclin : en 230, le roi de Saba Sha'r Awtar rompt son alliance avec le Hadramaout, et s'empare de Shabwa et de Qâni, puis lance les premières expéditions contre les Arabes du désert. Mais le retour en force de Saba est éphémère, et brisé définitivement par les rois himyarites Yâsir Yuhan'm et son fils Shammir Yuharish qui annexent Saba. Ensuite, l'Hadramaout ne peut empêcher l'Abyssinie d'occuper de 200 à 275 les côtes du Yémen occidental. Enfin, le conflit inévitable d'Hadramaout contre la puissance montante d'Himyar voit l'anéantissement du premier. Le souverain himyarite, Shammir Yuharish, conquérant l'Hadramaout, unifie pour la première fois la totalité de l'Arabie méridionale, formant ainsi l'Empire himyarite au début du IVe siècle[réf. souhaitée].

Le Yémen préislamique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de l'Arabie préislamique.

L'Empire himyarite inaugure la grande période faste du Yémen préislamique tant du point de vue de l'étendue du territoire, recouvrant une grande partie du sud de la péninsule d'Arabie, que culturel ou commercial.

Économiquement, il est certain que les échanges se poursuivent même s'il y a de sévères revers. En effet, au IVe siècle, le monnayage sud-arabique cesse. Pire, le système d'agriculture irriguée pluriséculaire qui permettait de stopper la désertification croissante de la région tend à être moins bien entretenu : la première rupture de la digue de Mareb eut lieu sous le règne de Tharan Yuhanim en 360 ; la seconde en janvier 456 sous le règne de Sharahbi'îl Ya'far, fils d'Abîkarib As'ad. Mais les contacts diplomatiques et commerciaux avec Rome se multiplient comme l'ambassade de 339-344 de Théophile envoyé par l'empereur romain Constance II.

Politiquement, l'Empire s'étend de 440 à 450 avec les expéditions d'Abîkarib As'ad, fils de Malkîkarib Yuhanim, et son fils Hassân Yuhanim qui étendent le pouvoir de Himyar sur l'Arabie centrale. Pour mieux assurer leur contrôle, ils y fondent une principauté confiée à Hujr, prince kindite.

La question religieuse montre combien le Yémen fut le théâtre de multiples influences. D'abord, en 380, Abîkarib As'ad et ses corégents se convertissent au judaïsme. Cette première révolution met un terme définitif au polythéisme ancestral ; les grands temples sont non seulement abandonnés mais détruits. Puis, peu à peu se diffuse le christianisme qui est vu comme une secte et combattu comme tel. Ainsi, vers 470 a lieu le martyr d'Azqir sous le règne de Sharahbi'îl Ya'far. Une lutte religieuse éclate entre chrétiens et juifs sur fond de guerre civile. Dès 519, le roi d'Éthiopie Caleb Ella Asbeha soutient activement le coup d'État du chrétien Madîkarib Yafur sur le trône. En juin 522, il sera exécuté par le monarque juif Yusuf As'ar Yath'ar qui s'empresse d'asseoir son pouvoir en lançant une grande persécution des chrétiens dont le comble se situe en novembre 523 avec le martyre de saint Aréthas à Najrân.

Le VIe siècle voit donc se développer des troubles religieux d'importance mais aussi un déclin politique de l'Empire. Déjà, dès 500, les sites de Nashan, Nashq et Manhiyat sont peu à peu abandonnés, signes d'un déclin manifeste. Puis, le chrétien Madîkarib Yafur doit [réf. nécessaire] lancer une expédition punitive en Arabie centrale pour châtier la révolte en juin 521 du Kindite juif Al-Hârith qui refusait de reconnaître son usurpation. Avec le roi juif Yusuf As'ar Yath'ar, c'est Najrân qui refuse de se soumettre en juillet 523. Enfin, l'Empire demeure impuissant à contrer la grande invasion par les Abyssins mandatés par le Basileus en 525. Le roi Yusuf se suicide.

Le christianisme s'implante ainsi grâce aux forces étrangères, balayant les derniers foyers judaïques forcés à se convertir ou à partir. Le roi Sumûyafa Ashwa est intronisé. Les troubles poussent ce dernier à fortifier dès 531 Qâni (Bir-Ali) mais il est renversé en 535 par le chef du corps expéditionnaire Abyssin toujours présent, Abraha, qui transfère la capitale de Zafâr à Sanaa.

Le règne d'Abraha semble marquer une pause dans le long déclin de l'Empire, très éprouvé par la guerre civile et religieuse. De nouveaux travaux d'ampleur sont mis en œuvre qui attestent du renouveau de l'Empire Himyarite : on répare en mars 549 le barrage de Marib avant d'effectuer un curage complet de la vieille digue en 558.

L'occupation abyssine n'est cependant pas bien acceptée. Ainsi, en 570, un prince juif yéménite, Sayf Ibn Dhi-Yaz'an, fait appel aux Perses pour chasser les Abyssins, ce qui entraîne l'invasion perse sassanide du pays, qui renverse le roi abyssin Masrûq.

De 571 à 632, c'est la grande période de la domination perse sassanide. Celle-ci semble contrôler même nominalement le pays, qui ne connaît plus de révolte, mais son déclin perdure. La catastrophe de 620 marque la rupture définitive du barrage de Mareb, qui met fin à l'agriculture irriguée à grande échelle. Le pays subit de plein fouet en quelques années la désertification longtemps interrompue par l'ingénieux réseau de canaux qui le rendait verdoyant.

Ère musulmane[modifier | modifier le code]

Le califat (632–897)[modifier | modifier le code]

Ayhala le Noir est un dirigeant yéménite, dans les débuts de l'islam, considéré comme imposteur, parce que rejetant l'umma. Il s'empare, à la tête d'une partie de sa tribu des Madhhij, de Sanaa, et constitue une chefferie, plus qu'un État, allant d'Aden et Tâ'if à Najran, pour peu de temps.

Les Sulaihides (1047–1138)[modifier | modifier le code]

XIIe siècle : Épître aux Juifs du Yémen de Moïse Maïmonide.

Les Ayyoubides (1175–1229)[modifier | modifier le code]

En 1174, l’Ayyoubide Saladin se révolte plus ou moins ouvertement contre Nur ad-Din, et envoie son frère Shems ad-Dawla Turan-Shah faire la conquête du Yémen, pour pouvoir disposer d’une position de repli en cas de défaite face à Nur ad-Din. Ce dernier meurt opportunément juste avant d’envahir l’Égypte, mais le Yémen reste une possession ayyoubide, qui permet à Saladin de contrôler les routes menant à la Mecque. À la mort de Shems ad-Dawla, Saladin confie le Yémen à un autre frère Saif al-Ishim Tughtebin. Ce dernier meurt en 1202, pendant l’annonce de la venue d’une nouvelle croisade et les luttes entre Al-Adel, frère de Saladin, et les fils de ce dernier, et le Yémen passe aux deux fils de Tughtebin, qui meurent peu après, puis à Ghazi ibn Jebail, marié à la veuve de Tughtebin. Bien que le Yémen soit ainsi passé à un non-Ayyoubide, il ne semble pas qu’Al-Adel ait tenté une action pour reprendre le Yémen, bien qu’il soit alors en paix avec les Francs.

À la mort de Ghazi, sa veuve se remarie avec Suleyman, un Ayyoubide d’une branche cadette, mais Al-Kamil, alors gouverneur d’Égypte au nom de son père, envoie son fils Malik al-Ma’sud Yusuf pour reprendre le contrôle du Yémen. Il semble qu’à sa mort en 1229, son fils ait continué à y régner, mais les Rassoulides commençaient alors à contrôler le sud du pays et Yusuf, le dernier émir, ne devait contrôler que le nord du Yémen.

Liste des émirs ayyoubides du Yémen 
  • 1174–1181 : Shems ad-Dawla Turan-Shah († 1181), frère de Saladin
  • 1181–1202 : Saif al-Ishim Tughtebin († 1202), frère du précédent
  • 1202–1203 : Malik el-Mu’izz Ismail († 1203), fils du précédent
  • 1203–1203 : El-Nasir († 1203), frère du précédent
  • 1203–1214 : Ghazi ibn Jebail, second époux de la veuve de Tughtebin
  • 1214–1216 : Suleiman († 1250), ayyoubide (arrière-petit-neveu de Saladin), troisième époux de la veuve de Tughtebin
  • 1216–1229 : Malik al-Ma’sud Yusuf († 1229), fils d’Al-Kamil
  • 1229–1240 : Yusuf, fils du précédent

[réf. souhaitée]

Les Rassoulides (1226–1454)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Rassoulides.

Les Tahérides (1446–1717)[modifier | modifier le code]

Les Ottomans (1538–1635)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Empire ottoman.

Les Ottomans (1872–1918)[modifier | modifier le code]

Au cours du XIXe siècle on assiste à des affrontements entre Zaydites et Ottomans. En 1872, Sanaa est prise par les troupes du sultan Abdulaziz, le Yémen entre en tant que province au sein de l'Empire ottoman. Cependant, de 1904 à 1911 des guérillas entre Ottomans et Zaydites se perpétuent.

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Le Yémen du Nord indépendant (1918–1990)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Royaume mutawakkilite du Yémen.

La partie septentrionale du Yémen est soumise nominalement à l'Empire ottoman jusqu'en 1918. L'imam des zaïdites, Yahya Muhammad Hamid ed-Din, qui dirige de fait le nord du pays depuis 1904, crée le royaume mutawakkilite du Yémen. Il affirme l'indépendance du pays en signant des traités avec l'Italie, et parvient à maintenir les frontières malgré une défaite militaire contre l'Arabie saoudite. Après son assassinat en 1948, son fils Ahmad bin Yahya devient roi et se rapproche du bloc soviétique. En 1949, une importante émigration des juifs du Yémen vers Israël se produit.

Articles détaillés : République arabe du Yémen et Guerre du Yémen.

Après l'assassinat d'Ahmad bin Yahya, l'arrivée de son fils Muhammad al-Badr en 1962 sur le trône marque le début de la guerre civile. La monarchie chiite (imamat) y est abolie le 27 septembre 1962, date à laquelle le pays prend le nom de République arabe du Yémen (communément nommée « Yémen du Nord »), dirigée par des sunnites et soutenue par les forces armées égyptiennes qui emploient entre autres l'arme chimique contre les royalistes [réf. souhaitée]. La guerre de procuration entre l'Égypte et l'Arabie saoudite s'arrête de fait avec la reconnaissance du gouvernement rebelle en 1970 par l'Arabie saoudite, suivie par les puissances occidentales.

Décolonisation du Yémen du Sud (1967–1990)[modifier | modifier le code]

La partie méridionale correspond à l'ancien hinterland britannique [réf. souhaitée], et se forme progressivement à partir de 1839 autour du port d'Aden[1]. Après le départ des troupes britanniques, la Fédération d'Arabie du Sud et le Protectorat d'Arabie du Sud se regroupent, officiellement le 30 novembre 1967, pour former un nouvel État indépendant, la République populaire du Yémen du Sud (communément nommée « Yémen du Sud »). Trois ans plus tard, celle-ci adopte le nom de République démocratique populaire du Yémen. Le régime marxiste mis en place entraîne un appauvrissement du pays et une fuite des bourgeois commerçants, mais les systèmes tribaux restent en place. [réf. nécessaire]

En 1977 le Yémen adopte la conduite à droite[2].

Unification du pays (après 1990)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Réunification du Yémen.

Le 22 mai 1990, la République arabe du Yémen (Yémen du Nord) et la République démocratique populaire du Yémen (Yémen du Sud) fusionnent pour former un seul État, la République du Yémen. Ali Abdallah Saleh en devient le président, la Constitution instaure un multipartisme et la liberté de la presse : c'est la naissance de la première démocratie dans le monde arabe, mis à part Israël[3].

Lorsque, le 2 août de la même année l'Irak envahit le Koweït, le Yémen réunifié est très dépendant du commerce et de l'aide irakienne, de plus l'opinion populaire est majoritairement favorable à Saddam Hussein[4].

Mais le pays reçoit aussi beaucoup d'aide de l'Arabie saoudite[4]. Il fait son choix lorsqu'en août, au Caire, lors d'un sommet des dirigeants des pays membres de la Ligue arabe, il vote contre l'envoi de troupes militaires arabes au sein d'une coalition multinationale pour protéger l'Arabie saoudite face à l'Irak[4]. En novembre, au Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies (ONU), le Yémen vote contre la résolution permettant l'intervention militaire à l'encontre de l'Irak[5] si celui-ci n'a pas quitté le Koweït d'ici le 15 janvier 1991[4], sans pour autant valider son annexion du Koweït. En décembre, présidant alors le Conseil de sécurité de l'ONU, le Yémen multiplie ses tentatives de médiation[4].

Le 14 janvier 1991, reçu par Saddam Hussein, le premier ministre du Yémen propose à ce dernier, sans succès, un plan de paix pour éviter la guerre (évacuation du Koweït par l'Irak, et remplacement des troupes occidentales par des troupes arabes) qui fut pourtant accepté par l'Égypte, la France et les États-Unis[6].

À la fin de la guerre, le rétablissement de bonnes relations avec les puissances occidentales se révèle plus facile qu'avec les pays arabes. Ainsi, dès août 1991, les États-Unis autorisent la vente de 300 000 tonnes de blé subventionné au Yémen[7]. Comme punition, l'Arabie saoudite expulse, en quelques semaines, entre 500 000[4] et plus de 800 000 travailleurs yéménites de son territoire[5], suspend son aide au développement de 600 millions de USD et impose désormais l'obligation aux ressortissants du Yémen d'avoir un visa pour effectuer le hajj[7].

Article détaillé : Guerre civile au Yémen de 1994.

Du 21 mai au 7 juillet 1994, le Yémen du Sud tente vainement de faire sécession sous le nom de « République démocratique du Yémen », avant de retomber sous le contrôle du gouvernement de Sanaa.

XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Au début du XXIe siècle, le gouvernement doit faire face à des revendications tribales et des mouvements rebelles islamistes, en particulier des Jeunes Croyants et des attentats d'Al-Qaida (notamment l'attentat de l'USS Cole en 2000, l'explosion du pétrolier géant français Limburg en octobre 2002). En 2004, les affrontements près de la frontière avec l'Arabie saoudite font environ 400 morts. Depuis 2004, le Yémen est aussi confronté à une rébellion armée de la minorité chiite zaïdite dans la province de Saada (nord-ouest), qui ne reconnaît pas le régime du président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 1990. Au début du mois d'avril 2005, les forces du gouvernement attaquent la position des rebelles islamistes dans les montagnes du nord-est du pays ; trois semaines de combats dans la province de Saada provoquent la mort d'environ 200 personnes. [réf. souhaitée]

Article détaillé : Guerre du Saada.

En août 2009, une nouvelle offensive gouvernementale aurait fait au moins 100 morts parmi les rebelles et au moins 35 000 déplacés (150 000 depuis 2004)[8].

Depuis le 4 novembre 2009, l'armée saoudienne intervient contre les rebelles[9].

Malgré un ancrage officiel dans le camp occidental et une coopération pour le contrôle de ses côtes, le pays reste un foyer d'instabilité.

Son étendard, c'est la paix. Le 18 mars 2012, une femme aux immenses yeux noirs et à l'assurance tranquille s'est rendue en Turquie, dans le camp de réfugiés de Boynuyogun, pour apporter son soutien à l'opposition syrienne. Tawakul Karman peut jouer de son aura internationale : la « mère de la révolution » yéménite, devenue prix Nobel de la paix, c'est elle. Elle a été récompensée à Oslo le 7 octobre 2011. À 33 ans, elle est la plus jeune, mais aussi la première femme arabe, à recevoir cette distinction.

Cette journaliste est célèbre pour avoir mené les manifestations pacifiques qui se sont multipliées à Sanaa en février 2011 et qui ont conduit au départ du président Ali Abdallah Saleh un an plus tard. « Le Yémen avait besoin d'un leader non-violent. Dans ce pays, la situation était potentiellement plus explosive qu'en Tunisie ou en Égypte, car une proportion importante de familles possède des armes », explique Laurent Bonnefoy, de l'Institut Français du Proche-Orient (IFPO).

L'engagement de Tawakul Karman est donc associé aux « Printemps arabes ». En réalité, il lui est antérieur. En 2004, lors d'un discours à Washington, l'activiste, pourtant membre du parti islamiste Al-Islah, avait ôté son niqab. Un geste fort qu'elle expliqua ainsi. « Le port du voile n'est pas prescrit par ma religion, c'est une pratique traditionnelle ». Et ses coups d'éclat ne se limitent pas à la cause féminine. Dès 2007, avec son association Femmes journalistes sans chaînes, elle avait organisé des sit-in hebdomadaires à Sanaa, réclamant la liberté d'expression pour tous et la libération de prisonniers politiques. Pour dénoncer les tyrannies locales, elle avait aussi fait venir dans la capitale des villageois spoliés de leur terres par leur cheikh. En réaction à son insoumission, le pouvoir l'avait menacée, et arrêtée. En vain.

Sans doute est-ce cette abnégation qui lui a assuré l'appui d'une large partie de la population. Mais pas seulement. « Son progressisme est modéré, ce qui la rend légitime aux yeux de la société yéménite, souligne Laurent Bonnefoy. Il est probable que certaines aspirations occidentales, comme la législation de l'avortement ou les droits des homosexuels, la choquent encore ». Ces positions nuancées pourraient expliquer les relations ambiguës de la militante avec Al-Islah. Fin 2011, la rumeur courait qu'elle n'était plus membre de ce parti lié aux Frères musulmans, ce qu'elle n'a jamais démenti à ce jour.

En revanche, son implication dans la société civile est plus forte que jamais. Depuis son prix Nobel, Tawakul Karman a fait campagne auprès du Conseil de sécurité de l'ONU pour que Saleh soit jugé. De retour au pays en février 2012, elle s'est remise à camper place du Changement, à Sanaa. Et le fera « jusqu'à la réalisation d'un nouveau Yémen ». Car une certitude l'anime : la démocratie ne verra pas le jour tant que les fils et les neveux du dictateur n'auront pas quitté les services de sécurité[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Port d'Aden vu de la mer », sur World Digital Library,‎ 1894-12 (consulté le 2013-06-11)
  2. www.rue89.com/2009/09/06/samoa-des-aujourdhui-je-conduis-a-contresens, Rue89, 6 septembre 2009
  3. Rémy Leveau & al., Le Yémen contemporain, édition Karthala, 1997
  4. a, b, c, d, e et f (en) Europa Publications Staff, Europa Publications Staff Europa Publications, The Middle East and North Africa 2003, Londres, Routledge,‎ 2002, 49e éd., 1286 p. (ISBN 978-1-85743-132-2, lire en ligne), p. 1205
  5. a et b Olivier Da Lage, Géopolitique de l'Arabie saoudite, Bruxelles, Complexe,‎ 2006, poche, 143 p. (ISBN 978-2-8048-0121-2, lire en ligne), p. 14
  6. guerredugolfe.free.fr
  7. a et b The Middle East, op. cit., p. 1206
  8. « Yémen : un affrontement indirect entre les États-Unis et l'Iran ? » http://pourconvaincre.blogspot.com/2009/08/yemen-un-affrontement-indirect-entre.html
  9. (fr) « Yémen: conflit entre Ryad et les rebelles », le Figaro,‎ 5 novembre 2009 (lire en ligne)
  10. GEO n° 400 de juin 2012 p. 26

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • (fr) L'Arabie heureuse : de l'Antiquité à Ali Abdallah Saleh, le réunificateur du Yémen de Charles Saint-Prot, édition Ellipses Marketing, Paris, 1998
  • (fr) L'Arabie heureuse au temps de la reine de Saba • VIIIe-Ier siècles avant J.‑C., de Jean-François Breton, collection « La vie quotidienne », édition Hachette, Paris, 1998
  • (fr) Arabie du Sud : histoire et civilisation : le peuple yemenite et ses racines, tome 1, de Joseph Chelhod, édition Maisonneuve & Larose, Paris, 1995
  • (en) Andrey Korotayev. Ancient Yemen. Oxford : Oxford University Press, 1995. (ISBN 0-19-922237-1).
  • (en) Robert D. Burrowes, Historical Dictionary of Yemen, Scarecrow Press, Lanham Md[Quoi ?], 2010 (2e éd.), 616 p. (ISBN 978-0-8108-5528-1)