Leopold von Sacher-Masoch

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Leopold von Sacher-Masoch

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Leopold von Sacher-Masoch vers 1860-70

Nom de naissance Leopold von Sacher-Masoch
Naissance
Lemberg (Empire d'Autriche)
Décès (à 59 ans)
Lindheim (Allemagne)
Langue d'écriture Allemand

Œuvres principales

La Vénus à la fourrure

Leopold Ritter von Sacher-Masoch (27 janvier 1836 à Lemberg – 9 mars 1895 à Lindheim) est un écrivain et journaliste autrichien. Le terme masochisme est dérivé de son nom.

Sa vie[modifier | modifier le code]

Leopold von Sacher-Masoch est le fils de Leopold von Sacher, préfet de police de Lemberg, et de Caroline Josepha von Masoch, fille d’un médecin ukrainien. Caroline, ne pouvant nourrir son fils elle-même, le confia à une nourrice ukrainienne dénommée Handscha. Les récits du folklore ukrainien de cette dernière et les mouvements révolutionnaires et nationaux dont il fut témoin marquèrent profondément le jeune Léopold, et par conséquent influencèrent ultérieurement son œuvre.

Après son doctorat en droit obtenu à l’université de Graz, Léopold von Sacher-Masoch étudie l’histoire. En 1856, il donne des cours à l’université de Graz et publie un ouvrage historique l’Insurrection de Gand sous l’empereur Charles Quint. Il a une liaison avec madame Kottowitz, laquelle, au bout de 4 ans, le quitte pour un autre homme. Cette expérience malheureuse lui inspire La Femme séparée. Il écrit des contes et des romans historiques, et forme le projet d’un cycle de nouvelles, Le Legs de Caïn, qui restera inachevé et devait comprendre six thèmes : l'amour, la propriété, l'État, la guerre, le travail, la mort.

Masoch avec Fanny Pistor.

En 1869, il fait la connaissance de Fanny Pistor dont il s'engage à exécuter tous les ordres et désirs pendant six mois. L'année suivante, ils partent en Italie pour mettre en pratique cet engagement. Mais Léopold rentre seul en Autriche et écrit la version définitive de La Vénus à la fourrure ; il en avait déjà rédigé une première version au début de sa liaison avec madame Kottowitz.

Il croit avoir trouvé l'incarnation de Wanda de Dunajew (héroïne du roman) en la personne d'Aurora Rûmelin qui devient sa femme en 1873. Leopold signe un contrat que « Wanda » (c'est ainsi que désormais il appelle Aurora) a rédigé, à son instigation : « Je m'oblige, sur ma parole d'honneur, à être l'esclave de Mme Wanda de Dunajew, tout à fait comme elle le demande, et à me soumettre sans résistance à tout ce qu'elle m'imposera. » (déclaration située à la fin du contrat). Pour que s'accomplisse pleinement son fantasme, il se met à chercher, mais en vain, l'homme (« le Grec » dans le roman) avec lequel Wanda le cocufierait et, en outre, le ferait battre. Dans le cadre de cette recherche, un étrange échange épistolaire se produit entre le couple et un mystérieux inconnu qui signe Anatole (peut-être Louis II de Bavière). Mais petit à petit le mariage se délite, Wanda ne parvenant pas à tenir son rôle. En 1882, elle le quitte pour vivre avec un journaliste du Figaro. La douleur qu'ils éprouvent à la mort de leurs fils ne parvenant pas à les réconcilier, le divorce est prononcé en 1886. La même année, Léopold fait un voyage à Paris où il est nommé dans l'ordre de la Légion d'honneur. Il termine sa vie à Lindheim en compagnie de Hulda Meister, sa nouvelle femme, avec laquelle il a eu deux filles (Olga et Marfa) et un fils (Ramon).

Son œuvre[modifier | modifier le code]

Vénus au miroir, Titien

Une grande partie de l'œuvre de Sacher-Masoch est constituée par des contes nationaux et des romans historiques regroupés en cycles. Ses récits ont généralement pour héroïne une femme dominatrice ou sadique (comme dans Eau de jouvence qui raconte l'histoire de la sanglante comtesse Bathory). Deux de ses romans, La Pêcheuse d'âmes[1] et Sacher-Masoch, La Mère de Dieu[2], concernent des sectes mystiques. Tandis que La femme séparée, qui eut à l'époque un grand succès, s'inspire de sa liaison malheureuse avec madame Kottowittz.

La Vénus à la fourrure fait partie du thème de l’Amour de son cycle principal, Le Legs de Caïn (seul les thèmes de l'Amour et de la Propriété furent achevés). Le narrateur de ce roman, ayant rêvé d'une Vénus vêtue d'une fourrure, décide d'aller raconter son rêve à son ami Séverin. Chez celui-ci, il comprend vite que deux peintures (une reproduction de La Vénus au miroir du Titien et un tableau représentant une femme dominatrice avec un homme à ses pieds) ornant le salon de son ami sont à l'origine de son expérience onirique. Séverin lui remet alors un manuscrit intitulé Confessions d’un suprasensuel ; dorénavant et presque jusqu'à la fin du roman le lecteur aura sous ses yeux ces confessions. Roman dans le roman, Confessions d’un suprasensuel raconte comment Séverin devient volontairement l'esclave d'une femme, Wanda von Dunajew, qui, à sa demande, le maltraite et l'humilie. À la fin du roman, Séverin affirme à son ami : « la femme, telle que la nature l'a faite, et telle qu'elle attire l'homme de nos jours, est son ennemie et ne saurait être que son esclave ou bien son tyran, mais jamais sa compagne. Cela, elle ne pourra l'être que lorsqu'elle sera son égale en droits, son égale aussi par son éducation et par son travail ».

Masochisme[modifier | modifier le code]

C'est Krafft-Ebing qui qualifie le premier le nom de « masochisme » comme symptôme qu'il considérait comme une pathologie : « L'invention du masochiste : un psychopathe au féminin ».

« Ou comment Krafft-Ebing, docte inventeur de perversions en tout genre, change Masoch en criminel du sexe pour avoir commis le pire des crimes : renier le primat du phallus (le privilège de la virilité). (...) Krafft-Ebing en fait un pervers, c'est-à-dire un exclu, un réprouvé (...). Dans Psychopathia sexualis le masochisme est décrit comme monstrueux[3]. » Le masochisme vieux comme le monde n'a été identifié en tant qu'anomalie sexuelle qu'au XIXe siècle par Krafft-Ebing.

Il faudra le courage et la liberté du philosophe Gilles Deleuze pour libérer Sacher-Masoch de l'indignité.

Œuvres traduites en français[modifier | modifier le code]

  • Le Fou de Firleiouwka, Femmes slaves XXX, Revue des Deux Mondes (15 août 1889), LX° Année, Troisième période, t. CII, Paris, 1890, pp. 918-922
    • Parution 1995, Préface Emmanuel Dazin, Fouets et Fourrure, éditions Le Castor Astral
  • La Mère de Dieu, trad. Strebinger, préf. Jean-Paul Corsetti, , Champ Vallon, Seyssel, 1991.
  • La Pêcheuse d'âmes, trad. L.-C. Collomb, préf. Jean-Paul Corsetti, Champ Vallon, Seyssel, 1991
  • La Vénus à la fourrure : et autres nouvelles, prés. Daniel Leuwers, Presses Pocket, Paris, 1985, (ISBN 2-266-03879-6)
  • Œuvres maîtresses : La Vénus à la fourrure, Le Cabinet noir de Lemberg, La Pêcheuse d'âmes, Les Batteuses d'hommes, La Pantoufle de Sapho et autres contes, préface Cécile Guilbert, éd Robert Lafont, sortie le 21 novembre 2013
  • La Vénus à la fourrure, trad. N. Waquet, préface de N. Waquet, Paris, Petite Bibliothèque Rivages, 2009
  • La Madone à la fourrure, trad. V. Piveteau, postface de J. Allouch et V. Piveteau : « Où le mariage moderne réduit le masochisme à la portion congrue », Paris, Epel, 2011
  • Un testament insensé, Paris, Autrement, 2009 (ISBN 9782746713550)
  • Contes juifs, 2007
  • La Femme séparée, trad. Strebinger, Marseille, Via Valerino, 1991
  • L’Amour de Platon, trad. J.-F. Boutout, Lagrasse, Verdier, 1991.
  • Esthétique de la laideur, suivi de Diderot à Petersbourg (Diderot in Petersburg) Traduit et introduit par Georges-Paul Villa, Paris, Buchet-Chastel, 1967
  • Les Batteuses d'hommes (sept nouvelles), vol. I, éd. Claude Tchou, 1967
    • (La Dompteuse, Kasimira, Krach en amour, Un duel à l'américaine, Martscha, La Hyène de la Puszta, La Dame blanche de Machow.)
  • Le Legs de Caïn, contes galiciens (cycle inachevé), vol. I, éd. Claude Tchou, 1967
    • (Dont L'Errant, Don Juan de Kolmea, Frinko Balaban, Clair de lune, Marcella. Le Conte bleu du bonheur.)
  • L'Amour cruel (sept nouvelles), vol. II, éd. Claude Tchou, 1967
    • (La Tsarine noire, La Vénus de Murany, Les Noces sanglantes de Kiev, La Pantoufle de Sapho, La Judith de Bialopol, Eau de Jouvence, La Fontaine aux larmes.)

Études et essais sur Sacher-Masoch[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • La Vénus à la fourrure : et autres nouvelles, prés. Daniel Leuwers, Presses Pocket, Paris, 1985, (ISBN 2-266-03879-6).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La Pêcheuse d'ames - préface Jean-Paul Corsetti, éditions Champ Vallon
  2. La Mère de Dieu préface Jean-Paul Corsetti, éditions Champ Vallon
  3. Michel Régis, L'Anti Masoch. Essai sur les errements de la maso(miso)analyse., consulter en ligne.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]