Zone de Résidence

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La Zone de Résidence (en russe : Черта оседлостиtcherta osedlosti) était la région ouest de l'Empire russe frontalière avec les puissances d'Europe centrale, où les Juifs étaient cantonnés par le pouvoir impérial de 1791 à 1917.

Ne représentant que 20 % du territoire de la Russie européenne, la Zone correspond aux frontières historiques de la République des Deux Nations (PologneLituanie) et inclut la plus grande partie de ce qui est à présent la Lituanie, la Biélorussie, la Pologne, la Moldavie, l'Ukraine et des parties ouest de la Russie. Les grandes villes à l'intérieur de la zone en sont exclues. Seul un nombre limité de Juifs est autorisé à vivre en dehors de la Zone de Résidence.

Carte de la Zone de Résidence

Histoire[modifier | modifier le code]

Article général Pour un article plus général, voir Histoire des Juifs en Russie.

La Zone de Résidence est créée par l'impératrice de Russie Catherine II en 1791, après plusieurs tentatives avortées par ses prédécesseurs, et plus particulièrement par l'impératrice Élisabeth Ire, de chasser les Juifs de Russie à moins qu'ils ne se convertissent au christianisme orthodoxe. Les raisons de la création de la Zone sont tout d'abord économiques et nationalistes. La société russe est alors traditionnellement divisée entre les nobles, les serfs et le clergé. Les progrès industriels conduisent à l'émergence d'une classe moyenne, composée d'une forte proportion de Juifs qui n'appartiennent à aucun des secteurs. En limitant leur zone de résidence, le gouvernement impérial permet la croissance d'une classe moyenne non juive. Catherine II peut dire qu'elle a établi la Zone comme un compromis entre les membres de son gouvernement qui réclament toujours l'expulsion des Juifs, ses propres tendance libérales et les intérêts de la population locale des provinces qui souffrent économiquement de l'absence d'une classe commerciale juive.

L'institution de la Zone devient particulièrement importante pour les autorités russes après la seconde partition de la Pologne en 1793. Jusqu'alors, la population juive de Russie était relativement limitée. L'annexion du territoire polonais augmente de façon substantielle la population juive. À son apogée, la Zone qui comprend les nouveaux territoires polonais, a une population juive supérieure à 5 millions, ce qui représente à cette époque, la plus grande concentration de Juifs (40 %) du monde.

Entre 1791 et 1917, date à laquelle la Zone cesse officiellement d'exister, celle-ci a subi de nombreuses modifications de ses limites, si bien que certaines régions, telle que le Caucase, ont été successivement ouvertes ou fermées à l'installation des Juifs. De la même façon, les Juifs ont l'interdiction de vivre dans des communautés agricoles ou dans des villes comme Kiev, Sébastopol ou Yalta), et sont forcés de s'installer dans de petites villes provinciales, favorisant l'émergence des shtetls (littéralement, « petite villes », diminutif du yiddish שטאָט - Shtot). Les commerçants juifs de la 1re corporation, les gens instruits ou avec une éducation spécialisée, les artisans ainsi que les soldats, incorporés conformément à la Charte de Recrutement de 1810 et leurs descendants ont le droit de vivre en dehors de la Zone de Résidence. À certaines périodes, des dérogations spéciales sont données aux Juifs pour vivre dans les grandes villes impériales, mais ces dérogations sont ténues et par exemple en 1891, plusieurs dizaines de milliers de Juifs sont expulsés de Moscou et de Saint-Pétersbourg vers la Zone de Résidence. Pendant la Seconde Guerre mondiale, toute l'ancienne Zone de Résidence se trouve sous contrôle de l'Allemagne nazie, entraînant des exécutions de masse par les SS, dans la plus grande opération planifiée d'extermination massive et systématique de Juifs.

La Shoah a conduit à la disparition quasi totale de toute la vie juive, dans une région qui autrefois comprenait la plus grande concentration de Juifs.

Vie dans la Zone[modifier | modifier le code]

La vie dans les shtetls (villages) de la Zone de Résidence est difficile et pénible en raison de la pauvreté. Un système sophistiqué d'organisations caritatives juives se développe pour venir en aide à la population, selon la tradition juive de tsedaka. Des associations fournissent des vêtements aux étudiants pauvres, de la nourriture cacher aux soldats juifs enrôlés dans l'armée tsariste, dispensent des soins médicaux gratuits aux pauvres, offrent des dots et des cadeaux ménagers aux épouses indigentes et organisent une éducation technique pour les orphelins. Selon l'historien Martin Gilbert, auteur de l'Atlas of Jewish History, toutes les provinces de la zone ont plus de 14 % de pauvres bénéficiant d'aides sociales. En Lituanie et en Ukraine, le pourcentage de la population juive aidée atteint 22 %[1].

La concentration de Juifs dans la Zone, fait d'eux une cible aisée pour les pogroms et les émeutes massives anti-juives (très souvent à l'initiative du gouvernement)[réf. nécessaire]. Ceci ainsi que les Lois de Mai répressives, dévastent l'ensemble des communautés. Bien que les pogroms se soient déroulés pendant presque toute l'existence de la Zone, des attaques particulièrement meurtrières entre 1881 et 1883 et de 1903 à 1906, ont ravagé des centaines de villages, tué des milliers de Juifs et causé des centaines de milliers de roubles de dégâts.

Un Melamed (Maître d'école) en Podolie au XIXe siècle. La plupart des écoles primaires n'enseigne que les textes religieux dans des écoles à une classe.

Une des conséquences positives de la concentration des Juifs dans une zone limitée, est le développement du système moderne de yechiva. Jusqu'au début du XIXe siècle, chaque ville subvient aux besoins de ses propres étudiants supérieurs qui étudient à la synagogue locale avec l'équipe rabbinique de la communauté. Chaque étudiant mange ses repas, chaque jour dans une maison différente, un système connu sous le nom yiddish de « essen teg » (jours de repas).

En 1803, le rabbin Chaim Volozhin, premier disciple du Gaon de Vilna, ouvre la Yechiva Volozhin qui attire de jeunes hommes de toute la Zone. La yechiva est financée par des donations de nombreuses communautés et par des collectes effectuées en Europe et en Amérique. La yechiva accueille à son maximum jusqu'à 450 étudiants et leur procure aussi le gite et le couvert. Mais quand en 1892 le gouvernement russe impose à tout le personnel enseignant de posséder un diplôme reconnu par un établissement d'éducation russe et que des cours de langue et de culture russe fassent partie du programme enseigné, la yechiva qui était orientée purement vers l'étude de la Torah, décide alors de fermer ses portes. Ses rabbins et ses étudiants partent vers d'autres yechivot en Russie ou aux États-Unis.

Les quotas de Juifs existent dans l'enseignement depuis 1886 : le pourcentage d'étudiants juifs ne peut dépasser 10 % dans la Zone, 5 % en dehors de la Zone et seulement 3 % dans les capitales (Moscou, Saint-Pétersbourg et Kiev). Les quotas dans les capitales seront légèrement augmentés en 1908 et 1915.

Malgré les conditions difficiles de vie et de travail de la population juive, des cours de dynasties hassidiques prospèrent dans la Zone. Des milliers de disciples de rebbe (mot yiddish pour désigner un rabbin, un maître), tels que le rebbe de Gour (Góra Kalwaria actuellement en Pologne), Yehouda Leib Alter, aussi connu sous le nom du Sfat Emet), le rebbe de Tchernobyl (aujourd'hui en Ukraine) et le rebbe de Vyjnytz (Vyjnytsia, aujourd'hui en Ukraine), se rendent en foule dans leurs villes pour les fêtes juives et suivent les minhaggim (coutumes) de leur rebbe dans leur propre foyer.

Les tribulations de la vie juive dans la Zone de Résidence sont immortalisées par des écrivains yiddishs tels l'humoriste Cholem Aleichem dont les histoires de Tevye der Milchiger (Tevye le laitier) dans le shtetl imaginaire d'Anatevka ont été popularisées plus tard dans la comédie musicale Un violon sur le toit. En raison des conditions de vie journalières très rudes dans la Zone, environ 2 millions de Juifs, principalement des non-religieux, émigrent entre 1881 et 1914, principalement vers les États-Unis. Cette forte émigration n'eut cependant que peu d'influence sur le nombre d'habitants juifs de la Zone qui reste stable aux environs de 5 millions de personnes, en raison d'une natalité élevée.

Pendant la Première Guerre mondiale, la Zone perd son emprise rigide sur la population juive quand une grande quantité de Juifs s'enfuient vers l'intérieur de la Russie pour échapper à l'invasion des troupes allemandes. Le 20 mars 1917, la Zone est abolie par le décret du Gouvernement provisoire russe sur l'abolition des restrictions confessionnelles et nationales (Об отмене вероисповедных и национальных ограничений). Une grande partie de la Zone avec sa population juive devient une partie de la Pologne. La révolution bolchevique et la guerre civile de 1918-1920 conduisent à des pogroms et des exactions militaires de grande ampleur. Plus de 1 236 pogroms sont répertoriés uniquement en Ukraine, au cours desquels plus de 31 000 Juifs sont massacrés[2].

Territoires de la Zone[modifier | modifier le code]

La Zone de Résidence a évolué au cours du temps. Elle comprend les territoires suivants :

1791[modifier | modifier le code]

Oukase de Catherine II du 23 décembre 1791 :

1794[modifier | modifier le code]

Après la deuxième partition de la Pologne, l'oukase du 23 juin 1794 ajoute les territoires suivants :

1795[modifier | modifier le code]

Après la troisième partition de la Pologne, les territoires suivants sont ajoutés :

1805–1835[modifier | modifier le code]

La Zone se rétrécit graduellement et se limite à :

Les Juifs n'ont plus le droit de s'installer dans les zones rurales situées à moins de 50 verstes (environ 50 kilomètres) de la frontière ouest.

Final[modifier | modifier le code]

En 1882, il est interdit aux Juifs de s'installer dans les zones rurales.

Les villes suivantes sont exclues de la Zone de Résidence :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) La Zone de Résidence, où l'oppression des Juifs était la plus forte, a donné de stupéfiantes bonnes choses.
  2. (en) Henry Abramson, « Jewish Representation in the Independent Ukrainian Governments of 1917-1920 », Slavic Review, vol. 50, no 3 (automne 1991), pp. 542–550.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]