Aharon Appelfeld

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Appelfeld en 2014

Aharon Appelfeld, en hébreu אהרן אפלפלד, né le 16 février 1932 à Jadova, près de Czernowitz (alors en Roumanie) est un romancier et poète israélien. Il est considéré comme le plus grand écrivain israélien de langue hébraïque de la fin du XXe siècle. Il se définit lui-même « comme un Juif qui écrit en Israël ». Il a reçu de nombreux prix littéraires, dont le Prix Médicis étranger en 2004, et le Prix Israël.

Biographie[modifier | modifier le code]

Aharon Appelfeld est né le 16 février 1932 en Roumanie de parents juifs assimilés germanophones, parlant aussi le ruthène, le français et le roumain. Il vit d'abord une petite enfance heureuse, entre une mère tendre, un père plus lointain, et des séjours à la campagne auprès de ses grands-parents qui lui apprennent le yiddish des Juifs pratiquants. Sa mère est tuée en 1940 alors que le régime roumain commence sa politique meurtrière envers les Juifs. Le nord de la Bucovine, dont Czernowitz, est annexé en juin 1940 par l’Union soviétique en conséquence du pacte Molotov-Ribbentrop, avant d’être occupé par la coalition germano-roumaine en 1941. Aharon Appelfeld connait le ghetto puis la séparation d'avec son père et la déportation dans un camp à la frontière ukrainienne, en Transnistrie, en 1941. Aharon Appelfeld parvient à s'évader à l'automne 1942. Il se cache dans les forêts d'Ukraine pendant plusieurs mois au milieu de marginaux de toutes sortes. Il trouve refuge pour l'hiver chez des paysans qui lui donnent un abri et de la nourriture contre du travail, mais il est obligé de cacher ses origines juives. Dans Histoire d'une vie, il explique :

« Plus de cinquante ans ont passé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le cœur a beaucoup oublié, principalement des lieux, des dates, des noms de gens, et pourtant je ressens ces jours-là dans tout mon corps. Chaque fois qu'il pleut, qu'il fait froid ou que souffle un vent violent, je suis de nouveau dans le ghetto, dans le camp, ou dans les forêts qui m'ont abrité longtemps. La mémoire, s'avère-t-il, a des racines profondément ancrées dans le corps. Il suffit parfois de l'odeur de la paille pourrie ou du cri d'un oiseau pour me transporter loin et à l'intérieur. »

Il est ensuite recueilli par l'Armée rouge. Il traverse l’Europe pendant des mois avec un groupe d’adolescents orphelins, arrive en Italie et, grâce à une association juive, s’embarque clandestinement pour la Palestine où il arrive en 1946.

Le jeune garçon est pris en charge par l’Alyat Hanoar et se retrouve dans un camp de jeunesse, puis dans une école agricole. Il doit faire ensuite son service militaire en 1949. Il tient épisodiquement pendant ces années un journal qui reflète sa difficulté à se reconstruire. Il se heurte aussi au problème du rapport à la langue : il est en effet passé, sans espoir de retour, de l'allemand et du yiddish, à l'hébreu. Il est diplômé de l'Université hébraïque de Jérusalem. il y renoue avec sa culture d'origine, en étudiant au département de yiddish. Ses professeurs sont Martin Buber, Gershom Scholem, Ernest Simon, Yehezkiel Kaufman. Comme lui, ils ont une double culture.

Sa rencontre avec Shmuel Yosef Agnon le convainc que « le passé, même le plus dur, n’est pas une tare ou une honte mais une mine de vie ». À la fin des années 1950, il décide de se tourner vers la littérature et se met à écrire, en hébreu, sa « langue maternelle adoptive ». Il a longtemps enseigné la littérature à l'Université Ben Gourion du Néguev. Homme de gauche, de tout temps ancré dans le Parti travailliste, il observe avec amertume l'impasse d'un certain sionisme et le rejet du monde arabe qui veut supprimer son pays. Il voit s'élargir les failles dans la société israélienne. Appelfeld est marié à Judith, juive argentine, et a trois enfants, Meir, Yitzak et Batya.

Une littérature en creux[modifier | modifier le code]

Aharon Appelfeld a écrit plus de 40 livres, principalement des recueils de nouvelles et des romans. Bien qu'ayant appris l'hébreu sur le tard, Appelfeld est un des auteurs les plus brillants en langue hébraïque (sa langue maternelle est l'allemand). Appelfeld fait souvent ce cauchemar: « Parfois je me réveille, avec l'angoisse que cet hébreu acquis avec tant de peine disparaît. Je veux l'attraper, je ne peux pas ».

La majorité de ses écrits concerne la vie de la population juive en Europe avant et durant la Seconde Guerre mondiale. Il y livre à chaque fois un pan de sa propre vie. Ses héros sont des Juifs assimilés, qui ne se reconnaissent pas dans une identité juive. Ils sont d'autant plus désarmés lorsqu’ils doivent affronter leur destin de Juifs. Pour montrer l'écroulement du monde autour de ses personnages il décrit un monde d'inquiétante étrangeté, d'espaces qui se rétrécissent, d'horaires qui se dérèglent, de trains sordides qui roulent dans des paysages indistincts. Il évoque en particulier, sa propre expérience de survie dans la forêt de Bukovine, alors âgé d'une dizaine d'années seulement, peut se retrouver dans certains de ses livres comme Tsili ou L'Amour, soudain. Aharon Appelfeld décrit aussi des rescapés incapables de se libérer d’un passé douloureux qui les poursuit, incapables de se forger une vie nouvelle. Aharon Appelfeld peut être défini comme un arpenteur de la trace et surtout de l'absence qu'il fouille jusqu'à la moelle du grand vide. Il refuse cependant d'être considéré comme un écrivain de la Shoah : « Je ne suis pas un écrivain de l'holocauste et je n'écris pas sur cela, j'écris sur les hommes juifs. »

L'écriture d'Appelfeld est à la fois claire et à double-fond : elle est symbolique tout en faisant référence à des actions du quotidien apparemment les plus anodines ; elle évoque les événements de l'histoire mais de manière souvent vague et comme détournée ; en même temps elle s'ouvre aux mythes du peuple juif. Appelfeld est soucieux de détails troublants mais presque cliniques, ce qui lui permet de créer un monde proche et étrange. Il utilise une écriture par petites touches, subtiles, précises, où parfois surgit la violence la plus cauchemardesque. Ses scènes sont souvent brèves, ses héros des narrateurs parfois muet comme Tzili, le plus souvent inaccomplis, étranger qui ne peut revenir dans le pays de son enfance. Le poids des silences est important dans son œuvre. Appelfeld capte surtout des regards, des sourires ou de larmes. L'écriture d'Appelfeld n'est pas réaliste, mais elle refuse le lyrisme et la poésie.

Appelfeld est également l'ami de l'écrivain américain Philip Roth, et apparaît dans un de ses romans (Opération Shylock). Pour Roth, ce qu'Appelfeld nous apprend de la nature humaine est à la hauteur littéraire de Franz Kafka et de Bruno Schulz. Les écrivains qui ont influencé Appelfeld sont Kafka, Proust et Tchekhov mais la Bible sur le plan esthétique surtout.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Fumée, Ashan, (nouvelles), Achshav, 1962
  • Dans la vallée fertile, Ba-Gai Ha-Poreh, (nouvelles), Schocken, 1963
  • Gel sur la terre, Kfor Al Ha-Aretz, (nouvelles), Massada, 1965
  • Au rez-de-chaussée, Be-Komat Ha-Karka, (nouvelles), Daga, 1968
  • Les piliers du fleuve, Adanei Ha-Nahar, (nouvelles), Hakibbutz Hameuchad, 1971
  • La robe et la peau, Ha-Or Ve-Ha-Kutonet, (roman), Am Oved, 1971
  • Comme la prunelle de son œil, Ke-Ishon Ha-Ayin, (nouvelle), Hakibbutz Hameuchad, 1973
  • Cent témoins, Ke-Meah Edim, (recueil de nouvelles), Hakibbutz Hameuchad, 1975
  • Des années et des heures, Shanim Ve-Shaot, (nouvelles), Hakibbutz Hameuchad, 1975
  • Le Temps des prodiges, Tor Ha-Plaot, (roman), Hakibbutz Hameuchad, 1978, Seuil, 2004
  • Premiers essais d'une personne, Masot Be-Guf Rishon, (essais), WZO, 1979
  • Badenheim 1939, Badenheim Ir Nofesh, (roman), Hakibbutz Hameuchad, 1979, Seuil, 2004
  • Lumière incandescente, Makot Ha-Or, (roman), Hakibbutz Hameuchad, 1980
  • Tsili, Ha-Kutonet Ve-Ha-Pasim, (nouvelle), Hakibbutz Hameuchad, 1983
  • En même temps, Be-Et U-Be-Ona Ahat,(roman), Hakibbutz Hameuchad, 1985
  • Langue de feu, Ritzpat Esh, Keter, 1988
  • Katerina, (roman), Keter, 1989, Gallimard
  • Le chemin de fer, Mesilot Ha-Shahar, (roman), Keter, 1991
  • Laish, Keter, 1994
  • Perdu, Timion, Keter, 1995
  • Jusqu'à la lumière de l'aube, Ad She-Ya'ale Amud Ha-Shahar, Keter, 1995
  • La mine de glace, Michreh Ha-Kerah, Keter, 1997
  • Tout ce que j'ai aimé, Col Asher Ahavti, Keter, 1999
  • Histoire d'une vie, Sipur Haim, Keter, 1999, L'Olivier, 2004, Prix Médicis étranger 2004
  • Floraison sauvage, roman, 2005
  • L'héritage nu, penser/rêver n°7 , Retours sur la question juive, printemps 2005
  • L'Amour, soudain, Éditions de l'Olivier, 2004
  • L'immortel Bartfuss, Gallimard, 2005
  • La chambre de Mariana, Éditions de l'Olivier, 2008
  • Et la fureur ne s'est pas encore tue, Éditions de l'Olivier, 2009
  • Le garçon qui voulait dormir, Éditions de l'Olivier, 2011
  • Les eaux tumultueuses, Éditions de l'Olivier, 2013
  • Adam et Thomas, L’École des loisirs, 2014

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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