Guerre soviéto-polonaise

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Guerre soviéto-polonaise
Carte polonaise
Carte polonaise
Informations générales
Date 1919–1921
Lieu Europe centrale et Europe de l'Est
Issue Paix de Rīga[1]
Belligérants
Flag of Russian SFSR (1918-1937).svg RSFS de Russie
Flag of Ukrainian SSR (1919-1929).svg République socialiste soviétique d'Ukraine
Flag of Poland.svg Pologne
Flag of Ukrainian People's Republic (non-official, 1917).svg République populaire ukrainienne
Commandants
Mikhaïl Toukhatchevski Józef Piłsudski
Edward Rydz-Śmigły
Simon Petlioura
Forces en présence
800 000 hommes 738 000 hommes
Pertes
estimé à 60 000 morts
80 000 prisonniers[2]
~ 60 000 morts
47 571-96 250 morts
113 518 blessés
51 351 prisonniers
Guerre soviéto-polonaise
Batailles
Offensive vers l'OuestOpération MinskDaugavpilsLetychivKoziatynOpération KievRadzyminVarsovieKomarówRivière Niémen

La guerre soviéto-polonaise, ou guerre russo-polonaise (février 1919- mars 1921) est l'une des conséquences de la Première Guerre mondiale. Les frontières entre les deux États naissants, la Russie soviétique et la Deuxième République de Pologne[3] n'avaient pas été clairement définies par le traité de Versailles. Cette lutte armée avait un double enjeu : politique (la Russie soviétique tentait de faire sa jonction avec la Hongrie soviétique et avec les révolutionnaires allemands en instaurant au passage une Pologne communiste) et territorial (désirs des Polonais de récupérer les territoires perdus lors des partages de la Pologne à fin du XVIIIe siècle, et des Soviétiques de récupérer ceux de la Russie impériale en 1914.

Les deux États revendiquent la victoire[1] dans ce conflit, mais le traité de 1921 satisfait davantage les objectifs de la Pologne que ceux des Soviétiques.

Noms et dates du conflit[modifier | modifier le code]

Cette guerre est connue sous différentes appellations. « Guerre soviéto-polonaise » est sans doute l'appellation la plus courante, mais l'URSS n'a été officiellement proclamée qu'en décembre 1922 : c'est donc la Russie soviétique qui fut l'adversaire de la Pologne dans ce conflit. D'autres noms comme « guerre russo-polonaise de 1919-1921 »[4] (pour la distinguer des précédents conflits) et « guerre bolchevique »[5] (en polonais : wojna bolszewicka) ainsi que « guerre de 1920 »[6] (en polonais : wojna roku 1920) sont souvent utilisés dans des sources polonaises, alors que les historiens soviétiques l'appellent plutôt « guerre contre la Pologne blanche », ou bien la considèrent tout simplement comme faisant partie de la « guerre contre l'interposition étrangère » ou de la guerre civile russe. Les historiens russes modernes parlent de « guerre contre la Pologne de 1920 ».

Il y a controverse autour de la date du début du conflit. Les historiens communistes, ainsi que l'Encyclopædia Britannica[7] considèrent que la guerre a commencé en avril 1920 par l'offensive polonaise en Ukraine appelée opération Kiev. Mais d'autres comme l'Encyclopédie libre Internetowa encyklopedia PWN ou l'historien Norman Davies[8] estiment l'offensive de l'Armée rouge de 1919 comme étant à l'origine du conflit, bien que la guerre n'ait été officiellement déclarée qu'en 1920 : les événements de 1920 seraient une conséquence logique, et prévisible, du prélude de 1919[9]. Tout dépend de la souveraineté considérée des territoires en litige : s'ils sont russes, l'Armée rouge est dans son droit et tente de mettre fin à une occupation étrangère, mais s'ils sont polonais, l'offensive polonaise est une riposte à l’agression de l'Armée rouge.

Prélude[modifier | modifier le code]

Le maréchal Józef Piłsudski.

En 1918, avec la fin de la Première Guerre mondiale, la carte de l'Europe centrale et de l'Europe de l'Est change radicalement[10]. La défaite de l'Allemagne et la guerre civile russe remettent au goût du jour une indépendance réelle des nouveaux États d'Europe centrale. Dans le même temps, la Russie avant de se transformer en Union soviétique, voit ces territoires comme des provinces russes en rébellion. Mais la révolution et la guerre civile, commencée en 1917, l'empêchent de réagir rapidement.

Partitions de la Pologne, en 1795.

Avec le succès du grand soulèvement de 1918, la Pologne regagne son indépendance perdue en 1795 lors de la Troisième partition de la Pologne. Après 123 ans de soumission à ses trois voisins impériaux, elle proclame la Deuxième République de Pologne, et songe à récupérer certains territoires occupés par la Russie, l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie.

La politique polonaise est sous l'influence de Józef Piłsudski et de sa vision d'une Fédération d'entre les mers (« Fédération Międzymorze »), conduite par la Pologne englobant la Lituanie, l'Ukraine et d'autres régions d'Europe centrale et de l'Europe de l'Est émergeant des ruines des empires défaits de la Première Guerre mondiale. La nouvelle union devait être un contrepoids aux intentions impérialistes de la Russie ou de l'Allemagne. Piłsudski prétendait qu'« il ne pouvait y avoir de Pologne indépendante sans Ukraine indépendante ». À cet effet, les forces polonaises se tournent vers les vastes territoires de l'Est. Sans pour autant, avoir l'intention de conquérir la Russie elle-même, ni se joindre à l'interposition occidentale à la guerre civile russe.[réf. souhaitée]

Renaissance de la Pologne, mars 1919 ; en bleu l'éphémère Galicie ukrainienne.

La guerre entre la Pologne et la Russie, comme la plupart des conflits en Europe à cette époque, survient plus par accident que par dessein. Dans le chaos qui prévaut dans les premiers mois de 1919, en Russie, comme en Pologne, il est peu probable que quiconque souhaite délibérément une guerre. La Pologne, ligne de front importante durant la Première Guerre mondiale, instable politiquement, est déjà engagée dans des conflits de frontières avec l'Allemagne (insurrections de Silésie) et la Tchécoslovaquie (conflits de frontières entre la Pologne et la Tchécoslovaquie (en)). En Russie, l'attention des politiques est principalement dirigée à combattre la contre-révolution et l'opposition des puissances occidentales.

Cela commence à changer plus tard en 1919, quand Vladimir Lénine, chef du nouveau gouvernement de la Russie communiste, succombe à un élan d'optimisme, venant des victoires de l'Armée rouge sur les monarchistes russes blancs, anti-communistes et pro-occidentaux. Les Bolcheviks croient alors que toutes les nations du monde vont se soulever pour instaurer le système soviétique, pour créer une alliance communiste mondiale. La principale raison de la guerre imminente avec la Pologne est de lier la révolution bolchévique à la Révolution allemande. Lénine voit la Pologne comme un pont que l'Armée rouge doit franchir afin de lier les deux révolutions et aider d'autres mouvements communistes en Europe de l'Ouest. Selon lui « c'est le moment où tous les Allemands, même les pires réactionnaires et monarchistes, vont reconnaître les Bolcheviks comme leur salut ».

L'offensive soviétique sur la Pologne a pour but « d'explorer l'Europe », afin d'y faire pénétrer le bolchévisme, et d'exporter la Révolution prolétarienne par la force, grâce à l'Armée rouge. Dans un télégramme, Lénine déclare : « Nous devons diriger toute notre attention au renforcement des Révolutions bolchéviques occidentales ». Le but de l'Armée rouge n'est pas de vaincre l'Europe mais de provoquer une révolution à l'échelle du continent. Selon le général Mikhaïl Toukhatchevsky :

« À l’Ouest ! Sur le cadavre de la Pologne blanche se trouve la route à la révolution mondiale. Marchons sur Vilno, Minsk, Varsovie ! »

Chaos en Europe de l’Est[modifier | modifier le code]

Affiche de propagande soviétique : « Voilà comment mettre fin aux idées des maîtres. Longue vie à la Pologne soviétique ! »

En 1918, l'armée allemande à l'Est commence à battre en retraite vers l'Ouest. Les zones abandonnées par les puissances centrales deviennent le théâtre de conflits entre les gouvernements locaux mis en place par les Allemands, d'autres gouvernements qui ont éclos indépendamment après le retrait allemand, et les Bolcheviks, qui espèrent incorporer ces zones dans la Russie soviétique. Nombre de ces groupes sont fragmentés, et forment des alliances instables les uns avec les autres, et se combattent continuellement. Presque toute l'Europe de l’Est se retrouve dans le chaos.

Affiche de propagande polonaise : « Aux armes! Défendons le pays! Gardez à l'esprit notre destin ! »

En novembre 1918, Lénine ordonne à l'Armée rouge d'avancer vers l'Ouest, en occupant les territoires que quittent les Allemands. Le but poursuivi est d'atteindre l'Europe centrale, d'installer des gouvernements soviétiques dans les pays nouvellement indépendants de la région et de soutenir les révolutions communistes en Allemagne et Autriche-Hongrie.

Au début de 1919, des combats éclatent presque par accident et sans directives des gouvernements respectifs, quand les unités militaires polonaises autonomes de Vilnius (Samooborona, auto-défense de Vilnius), affrontent les forces bolcheviks, chacune essayant de contrôler le territoire pour son propre gouvernement. Les forces soviétiques, mieux organisées, prennent le dessus, et repoussent les forces polonaises vers l'Ouest.

Au printemps 1919, la conscription soviétique réunit une armée de 2 300 000 soldats. Toutefois, peu d'entre eux sont envoyés à l'ouest cette année-là, puisque la majorité de l'Armée rouge est engagée contre les russes blancs. En septembre 1919, l'armée polonaise dispose de 540 000 hommes sous les armes, dont 230 000 sur le front soviétique.

De petites unités de police polonaises sécurisaient la frontière orientale. Au 14 février, les forces polonaises ont pris position le long de la ligne formée par Kobryn, Pruzhany, les rivières Zalewianka et Niémen. À cette date, des unités polonaises commencent à rencontrer des éléments avancés de l'Armée rouge, et une ligne de front se forme lentement, à partir de la Lituanie et à travers la Biélorussie et l'Ukraine.

Début de l'avalanche : premiers conflits soviéto-polonais[modifier | modifier le code]

Europe centrale et Europe de l’Est en décembre 1919

Le premier sérieux conflit armé de la guerre a lieu le 14 février près des villes de Maniewicze et Biaroza en Biélorussie. Vers la fin février, la progression de l'offensive bolchévique s'arrête. Les forces soviétiques et polonaises sont également en conflit avec l'Ukraine et les troubles s’amplifient dans les pays baltes (guerre de libération d'Estonie, guerre de libération de la Lettonie, guerre d'indépendance de la Lituanie). L'escalade du conflit semble inévitable.

Début mars 1919, les troupes polonaises commencent une offensive et traversent le fleuve Niémen, capturent Pinsk et atteignent l'orée de Lida. L'avancée des Russes et des Polonais commence à peu près en même temps en avril, ce qui se traduit par une augmentation des soldats en garnison dans cette région. Ce même mois, les Bolcheviques capturent Grodna et Vilnius mais sont repoussés par une contre-offensive. La nouvelle armée polonaise se montre un adversaire bien plus coriace que les Russes ne l'avaient initialement considéré. Incapables d'accomplir leurs objectifs et devant faire face à des offensives de plus en plus vives des forces blanches, l'Armée rouge se retire de ses positions et se réorganise. La guerre russo-polonaise reprend plus sérieusement.

Au même moment, la guerre civile russe fait rage. Au début de l'été 1919, les Blancs prennent le dessus et les forces blanches dirigées par Anton Ivanovitch Dénikine marchent sur Moscou. Pour Piłsudski, les Bolcheviques sont les moins dangereux des adversaires de la guerre civile russe car les Blancs ne sont pas prêts d'accepter l'indépendance de la Pologne tandis que les Bolcheviques proclament que les partitions de la Pologne sont nulles et non avenues. Dans les mois à venir, Dénikine paye chèrement son refus de tout compromis sur la question.

Le 19 avril, les forces polonaises reprennent la grande ville de Vilnius et avancent régulièrement sur le front Est. Le 2 octobre, elles atteignent le fleuve Daugava et sécurisent la région de la Desna à Daugavpils (Dünaburg). Lors de la conférence d'Helsinki qui eut lieu du 15 au 22 janvier 1920, les Polonais tentent de rallier la Lituanie[11], mais celle-ci préfère négocier avec la Russie

Jusqu'au début 1920, l'offensive polonaise est plutôt réussie. Des batailles éclatent bien sporadiquement entre les forces polonaises et l'Armée rouge. Cette dernière est trop occupée par la guerre civile, même si les forces blanches antirévolutionnaires reculent lentement mais régulièrement de tout le front Ouest, de la Lettonie à l'Ukraine.

Les alliances[modifier | modifier le code]

Le général polonais Listowski (à gauche) et le leader des Ukrainiens en exil Symon Petlura (second à gauche) après l'alliance de Petlura avec les Polonais

En 1919, les deux camps tentent à plusieurs reprises de négocier la paix. En fait, les relations entre la Pologne et la Lituanie s'aggravent. Les dirigeants polonais sont réticents à céder aux demandes lituaniennes : une complète indépendance, et la ville de Vilnius, capitale historique de la Lituanie où vivent cependant une majorité de Polonais. Les négociateurs polonais font quelques avancées auprès du gouvernement provisoire letton, et les troupes polonaises et lettones mènent quelques opérations communes contre les bolcheviques au début de l'année 1920.

Du côté polonais, le plus grand succès reste la signature d'une alliance avec la République populaire ukrainienne de Simon Petlioura. Ce dernier, après que son gouvernement a été vaincu par les bolcheviques, obtint l'asile politique en Pologne et prend la tête d'une nouvelle armée ukrainienne. La guerre ukraino-polonaise s’achève en juillet 1919, et à partir du mois de septembre, les fidèles de Petlioura, qu'ils soient polonais ou ukrainiens, combattent ensemble.

Forces en opposition[modifier | modifier le code]

Général Mikhaïl Toukhatchevsky

Les forces soviétiques connaissent plusieurs succès face aux Blancs, battant Dénikine et signant des traités de paix avec la Lettonie et l'Estonie. Le front polonais devient le plus important théâtre militaire et la majorité des forces et des ressources soviétiques y sont consacrées. En janvier 1920, l'Armée rouge concentre 700 000 hommes près de la Bérézina et en Biélorussie. Durant l'année 1920, presque 800 000 soldats de l’Armée rouge sont envoyés vers le front polonais, dont 402 000 sur le front ouest et 355 000 aux armées du front sud-ouest et en Galicie. Les Soviétiques disposent de nombreux dépôts d'armes abandonnés par l'armée allemande durant sa retraite d'Europe de l’Est en 1918-19, et des armements modernes de fabrication française pris aux Armées blanches russes et aux forces expéditionnaires alliées de la guerre civile russe. Grâce à ces nouveaux moyens, le haut commandement soviétique prévoit une offensive en avril-mai.

Les généraux bolchéviques de l'offensive de l'Armée rouge comprennent Mikhaïl Toukhatchevski (le nouveau commandant du front ouest), Léon Trotsky, Joseph Staline et Félix Dzerjinski, Polonais de naissance et futur fondateur de la Tcheka, la police politique soviétique.

L'armée polonaise est formée de soldats ayant combattu dans les anciens empires (allemand, russe, austro-hongrois), suppléés par des volontaires et des recrues inexpérimentées. L'organisation logistique est très mauvaise, reposant sur des équipements récupérés de la Première Guerre mondiale. L'armée polonaise utilise des armes provenant de cinq pays différents, et des fusils issus de six pays, chacun utilisant un type de munition différent. Les forces polonaises croissent de 100 000 hommes en 1918 à 500 000 en 1920. Au 20 août, l'armée polonaise comprend 737 000 hommes, un nombre équivalent aux effectifs de ses adversaires.

Les services secrets polonais ayant appris que les Soviétiques préparent une offensive, le commandement polonais décide d'attaquer le premier. L'opération Kiev consiste à battre l'Armée rouge sur le front Sud de la Pologne et à établir un gouvernement allié en Ukraine.

L’avance polonaise : opération Kiev[modifier | modifier le code]

L'avance polonaise maximale lors de l'opération Kiev, en juin 1920

Jusqu'en avril, les forces polonaises avancent lentement mais sûrement vers l'est. Le nouveau gouvernement letton demande l'aide polonaise pour reprendre Daugavpils, qui tombe après de durs combats en janvier et est remise aux Lettons, qui voient les Polonais comme des libérateurs. En mars, les forces polonaises enfoncent un coin entre les forces soviétiques de Biélorussie et d'Ukraine.

Le 24 avril, la Pologne déclenche son offensive générale, l'opération Kiev, avec pour objectif la création d'une Ukraine indépendante, qui deviendrait une des composante de la fédération Międzymorze comprenant la Pologne, la Lituanie et la Biélorussie et d'autres États d'Europe centrale[12] émergeant de la Première Guerre mondiale, proposée par Piłsudski[13], et une alliée dans le combat contre les Soviétiques. Durant l'offensive, la Pologne est appuyée par l'armée de la République populaire ukrainienne dirigée par Simon Petlioura.

Soldats polonais entrant à Kiev le 7 mai 1920

La 3e Armée polonaise vainc facilement l'Armée rouge en Ukraine lors de combats frontaliers. Les forces combinées polono-ukrainiennes s'emparent de Kiev le 7 mai, ne rencontrant qu'une faible résistance. L'avancée militaire polonaise fait bientôt face aux contre-attaques de l'Armée rouge. Se préparant à une offensive vers Żłobin, l'armée polonaise parvient à les repousser, mais est incapable de suivre ses plans initiaux. Plus au nord, la situation était encore plus mal engagée pour les Polonais. La 1re Armée polonaise essuie une défaite, et doit battre en retraite, poursuivie par la 15e Armée russe, qui reprend les territoires entre Dzwina et Berezina. Les forces polonaises tentent de tirer avantage des flancs exposés de leurs adversaires, mais échouent à stopper l'avance soviétique lors de leur manœuvre d'enveloppement. Fin mai, le front est stabilisé près de la rivière Auta, et les forces soviétiques commencent à préparer leur prochaine poussée.

Le 24 mai, les forces polono-ukrainiennes, au sud, affrontent pour la première fois la fameuse 1re Armée de cavalerie (Konarmia) de Semion Boudienny. Le 5 juin, les assauts répétés des cosaques brisent le front polono-ukrainien. Les Soviétiques déploient ensuite des unités de cavalerie mobile pour harceler l'arrière-garde polonaise, avec l'objectif de couper les lignes de communications. Le 10, les Polonais et leurs alliés ukrainiens battent en retraite sur l'ensemble du front. Kiev est abandonnée le 13.

Les victoires soviétiques[modifier | modifier le code]

L'avance soviétique en août 1920

Le commandant de la 3e Armée polonaise en Ukraine, le général Edward Rydz-Śmigły, décide de basculer vers le nord-ouest. Ses forces se retirent en bon ordre, sans trop de pertes, mais ne sont pas capables de renforcer le front Nord et les défenses de la rivière Auta, où s'apprête à se jouer une bataille décisive.

Sur 320 kilomètres, le front polonais n'est tenu que par une maigre ligne de 120 000 soldats appuyés par 460 pièces d'artillerie, sans réserves stratégiques. La pratique de l'établissement d'une ligne fortifiée de défense avait fait la preuve de son efficacité, lors de la Première Guerre mondiale, sur un front occidental saturé de troupes et de matériel. Le front polonais est quant à lui faiblement pourvu en hommes, avec une artillerie inadéquate et quasiment pas de fortifications.

Pour briser la ligne polonaise, l'Armée rouge forme le front du Nord-Ouest, dirigé par le jeune général Mikhaïl Toukhatchevsky. Son effectif se monte à 108 000 fantassins et 11 000 cavaliers, appuyés par 722 pièces d'artillerie et 2 913 mitrailleuses. À certains endroits stratégiques, les Soviétiques sont quatre fois plus nombreux que les Polonais.

Toukhatchevsky lance son offensive le 4 juillet, sur l'axe Smolensk-Brest-Litovsk, franchissant l'Auta et la Bérézina. Le 3e corps de cavalerie de Gayk Bzhishkyan enveloppe les forces polonaises depuis le nord, en longeant la frontière avec la Lituanie et la Prusse-Orientale, hostiles à la Pologne. Les 4e, 15e et 3e armées opèrent une poussée décisive vers l'ouest, appuyées par la 16e Armée et le Groupe Mozyrska. Pendant trois jours, l'issue de la bataille est indécise, mais la supériorité numérique des Russes finit par faire la différence. Toutefois, la défense acharnée des Polonais contrarie les plans de Toukhatchevsky, qui consistent à repousser l'adversaire vers le sud-ouest dans les marais du Pripet. Mais le 7 juillet, les forces polonaises reculent sur l'ensemble du front.

La résistance polonaise s'appuie sur la ligne des « tranchées allemandes », une ligne fortifiée datant de la Première Guerre mondiale, susceptible de bloquer l'offensive soviétique. Mais encore une fois, les troupes polonaises sont numériquement trop faibles. Les Soviétiques attaquent sur les points les moins défendus du front. Les forces de Gaïk Bjichkyan soutiennent les forces lituaniennes, lorsqu'elles reprennent Vilnius le 14 juillet, obligeant les Polonais à battre à nouveau en retraite. Au Sud, en Galicie, la cavalerie du général Boudienny s'avance jusqu'aux arrières polonaises, capture Brodno et s'approche de Lwów et Zamość. Début juillet, il devient évident pour les Polonais que les Russes ne veulent pas se contenter de retrouver les frontières d'avant la guerre. L'indépendance de la Pologne est en jeu.

Les forces russes se déplacent à raison de 30 kilomètres par jour. Grodno, en Biélorussie, tombe le 19 juillet, Brest-Litovsk le 1er août. Les Polonais tentent d'arrêter l'avancée soviétique sur le Bug, avec la 4e Armée et le groupe Poleska, mais ne stoppent l'Armée rouge qu'une semaine. Après avoir franchi la rivière Narew le 2 août, les unités du front russe du Nord-Ouest ne sont plus qu'à 90 kilomètres de Varsovie. La forteresse de Brześć, siège du quartier général polonais, est occupée dès la première attaque par la 16e armée. Le front russe du Sud-Ouest fait reculer les forces polonaises hors de l'Ukraine, près de Zamość et de Lwów, plus grande ville du sud-est de la Pologne, et centre industriel important, défendu par la 6e Armée polonaise. Lwów assiégée, cinq armées soviétiques approchent de Varsovie. Le chemin vers la capitale est grand ouvert.

Les forces polonaises en Galicie, près de Lwów, lancent avec succès une contre-offensive pour ralentir les Soviétiques. La retraite du front Sud s'arrête, mais la situation empire près de Varsovie, empêchant les Polonais de poursuivre leur contre-offensive vers l'est. Après la prise de Brest-Litovsk par les Soviétiques, toutes les forces polonaises disponibles sont dirigées vers la capitale, pour la bataille à venir.

Jeux politiques[modifier | modifier le code]

Le général Józef Haller et l'Armée bleue

Avec cette marée se retournant contre la Pologne, le pouvoir politique de Piłsudski est affaibli et ses adversaires, y compris Roman Dmowski se soulèvent. Cependant Piłsudski réussit à regagner la confiance de l'armée, quand les forces soviétiques s'approchent de Varsovie et que la classe politique polonaise commence à déserter. Sur ordre du Parti communiste soviétique un gouvernement polonais, le « Tymczasowy Komitet Rewolucyjny Polski, » (TKRP : Comité Révolutionnaire Provisoire polonais) est créé le 28 juillet à Bialystok, pour administrer les territoires polonais pris par l'Armée rouge.

Le TKRP n'a que très peu l'appui de la population polonaise et recrute ses partisans essentiellement dans les rangs biélorusses et juifs. De plus, les intrigues politiques entre les commandants soviétiques grandissent au fur et à mesure des victoires. Le manque de coopération entre les commandants supérieurs finira par coûter très cher dans la décisive bataille de Varsovie.

David Lloyd George, qui n'a jamais été enthousiaste à l'idée de soutenir les Polonais, subit cependant les pressions des membres de l'aile droite du Cabinet, tels que George Curzon et Winston Churchill pour offrir des fournitures à la Pologne. Le 11 juillet 1920, le gouvernement britannique envoie de facto un ultimatum aux Soviétiques. Ceux-ci reçoivent l'ordre de cesser les hostilités contre la Pologne et l'armée russe (l'Armée blanche dans le sud de la Russie, dirigée par le baron Wrangel) et d'accepter ce qui sera plus tard appelé la ligne Curzon comme frontière temporaire avec la Pologne, jusqu'à ce que des négociations aboutissent au tracé d'une frontière permanente. En cas de refus soviétique, le gouvernement britannique menace d'aider la Pologne par tous les moyens disponibles.

La ligne Curzon en 1919-1920 (bleu clair) et sa variante soviétique de 1945 (bleu foncé)

En réalité, les moyens d'action en question sont très limités par la situation politique du Royaume-Uni. Le 17 juillet, les bolcheviks refusent et font une contre-proposition pour négocier un traité de paix directement avec la Pologne. Les Britanniques menacent à leur tour de couper les relations commerciales si les Soviétiques poursuivent leurs offensives contre la Pologne. Mais ces menaces demeurent ignorées.

L'opinion publique occidentale, influencée par la presse et par des politiciens de gauche, est fortement anti-polonaise. Beaucoup d'observateurs étrangers s'attendent à ce que la Pologne soit rapidement défaite et devienne une nouvelle république soviétique. En juillet 1920, le Royaume-Uni annonce qu'il enverra les énormes excédents d’armes de la Première Guerre mondiale en Pologne, mais le Trade Union Congress, fédération des syndicats britanniques, s'insurge contre le soutien britannique à « la Pologne blanche », et menace de faire grève en assurant que pas une seule arme ne sortirait des ports.

La menace de grève générale fournit une excuse à Lloyd George pour tourner le dos à ses engagements. Le 6 août, le Parti travailliste publie une brochure incitant les travailleurs à ne jamais prendre part à la guerre comme alliés de la Pologne. Les syndicats bloquent l'approvisionnement de la force expéditionnaire britannique chargée d'aider les Russes blancs à Arkhangelsk. En France, dans l'Humanité, les socialistes déclarent : « Pas un homme, pas un sou, pour la Pologne réactionnaire et capitaliste. Vive la révolution russe ! Longue vie à l'Internationale du Travail ! »

La Pologne commence à subir de sérieux revers, en raison de sabotages et de retards dans les livraisons de fournitures de guerre lorsque les travailleurs autrichiens, tchèques et allemands en refusent le transit vers la Pologne.

En juillet 1920, la Lituanie, majoritairement anti-polonaise, décide d'appuyer les Soviétiques. Cette décision est dictée par le désir de récupérer Vilnius et ses environs. Cette décision est d'autant plus facile à prendre que la présence de l'Armée rouge stationnée sur les frontières de la Lituanie constitue une menace. Les différends entre Pologne et Lituanie aboutissent à une guerre, souvent considérée comme faisant partie de la guerre russo-polonaise, qui débute en août 1920.

Face aux Soviétiques, en 1919, la Pologne est bien isolée, mais elle possède quand même quelques alliés. Maintenant que les Blancs sont presque totalement vaincus en Russie, la France poursuit sa politique de lutte contre le bolchevisme et envoie, en avril 1919, un groupe de 400 conseillers militaires, commandé par le général Paul Prosper Henrys. Ce groupe constitue la mission militaire française pour la Pologne. Charles de Gaulle en fait partie, il en reviendra décoré de la médaille de l'ordre de Virtuti Militari, la plus haute décoration militaire polonaise. La mission française travaille en parallèle avec la mission militaire britannique pour la Pologne, dirigée par le lieutenant général Adrian Carton de Wiart. En plus des conseillers, la France a aussi facilité le retour en Pologne de l'Armée bleue, commandée par le général polonais, Józef Haller. Cette unité est composée de soldats polonais et de quelques volontaires d'origines diverses qui servirent sous commandement français pendant la Première Guerre mondiale.

La Hongrie a également offert d'envoyer un corps de 30 000 cavaliers. Le gouvernement tchécoslovaque tentera bien de leur refuser le passage sur son territoire, mais le contingent hongrois arrivera tout de même en Pologne.

Au milieu de l'année 1920, les missions britannique et française se regroupent dans une mission interalliée pour la Pologne qui comprend notamment le diplomate français, Jean Jules Jusserand, le diplomate britannique Edgar Vincent d'Abernon. Le général Weygand, chef d'état-major du maréchal Foch, en est le commandant en chef.

La mission interalliée à peine constituée, les Polonais remportent la cruciale bataille de Varsovie. Certains prétendront, que c'est l'arrivée opportune des forces alliées qui sauva la Pologne. Pour le moins, l'assistance militaire et les livraisons de matériel ont été déterminantes dans la bataille. La coopération franco-polonaise se poursuivra pour aboutir, le 21 février 1921 à l'entrée de la France dans une alliance militaire formelle avec la Pologne. Cette alliance sera un facteur important au cours des négociations entre la Pologne et l'Union soviétique.

Le miracle de la Vistule[modifier | modifier le code]

Défenses polonaise à Miłosna, près de Varsovie en août 1920

Le 10 août 1920, les unités cosaques russes sous le commandement de Hayk Bzhishkyan (en) traversent la Vistule. Ce dernier prévoit de prendre Varsovie par l'Ouest tandis que l'attaque principale viendra de l'Est. Mais la 1re Armée Polonaise résiste à l'offensive russe sur Varsovie qui est stoppée le 13 août, à la bataille de Radzymin.

Mikhaïl Toukhatchevsky, commandant en chef des armées soviétiques, est sûr que tout se passe suivant les plans. Cependant grâce à des informations du renseignement militaire polonais qui a décrypté les messages radio de l'Armée rouge, Piłsudski et son chef d'état-major Tadeusz Rozwadowski (en) parviennent à lui tendre un piège.

Dans le nord du pays, les Soviétiques traversent la Vistule, en pure perte car il n'y a personne en face d'eux, alors qu'au sud de Varsovie, où le sort de la guerre est sur le point de se décider, Toukhatchevsky n'a laissé que quelques forces pour maintenir ses communications. Par ailleurs, la 1re armée de cavalerie de Boudienny, pourtant redoutée des Polonais, a été contre toute attente, neutralisée à la bataille de Lwów (en).

Le Haut Commandement soviétique a pourtant ordonné à la 1re armée de cavalerie de marcher sur Varsovie et Lublin, mais Boudienny a désobéi. Il faut y voir le jeu politique de Staline, à la recherche d'un triomphe personnel : le commissaire politique du front du sud-ouest est obnubilé par la prise de Lwów qui résiste depuis trop longtemps aux assauts des forces bolcheviques. C'est lui qui aurait incité Boudienny à désobéir, prétextant d'un désaccord entre Toukhatchevski et Alexander Yegorov, commandant en chef du front sud-ouest.

Soldats polonais se partageant les drapeaux soviétiques après la bataille de Varsovie.

La 5e armée polonaise du général Władysław Sikorski contre-attaque le 14 août en traversant la rivière Wkra dans la région de la forteresse de Modlin (Modlin Twierdza, à 30 km au nord-ouest de Varsovie, au confluent du Narew et de la Vistule) . Elle fait face aux forces combinées des 3e et 15e armées soviétiques, très supérieures numériquement et matériellement. En une journée, l'avance soviétique vers Varsovie et Modlin est stoppée et se transforme bientôt en retraite. Dans un mouvement éclair, la 5e armée repousse les formations soviétiques épuisées loin de Varsovie. Les forces polonaises avancent de plus de 30 km par jour et ruinent la manœuvre soviétique dans le nord.

Le 16 août, la contre-offensive polonaise rejoint l'armée de réserve du maréchal Piłsudski. Exécutant précisément le plan, les forces polonaises progressent du sud du pays vers le nord, profitant de l'écart considérable entre les fronts ennemis et de la faiblesse du Groupe Mozyrska censé maintenir le faible lien entre les armées soviétiques. Elles parviennent ainsi à l'arrière de l'armée de Toukhatchevsky, qui est en grande partie encerclée le 18 août.

Ce même jour, Toukhatchevsky, dans son quartier général de Minsk à 480 km à l'est de Varsovie, prend seulement conscience de la défaite soviétique et ordonne la retraite vers le fleuve Bug, dans l'espoir de redresser sa ligne de front, pour mettre fin à l'attaque polonaise et reprendre l'initiative. Mais, il a déjà perdu le contact avec la plupart de ses forces et ses ordres ne parviennent même pas à leurs destinataires. Par manque de communication, tous ses plans sont ruinés.

La retraite se déroule dans le plus grand désordre. Des divisions entières se désintègrent dans la panique. La défaite de l'Armée rouge est si grande et si inattendue que les détracteurs de Piłsudski qualifient la bataille de Varsovie de « Miracle de la Vistule ». Des documents provenant des archives militaires polonaises, inconnus jusqu'en 2004, ont révélé que le décryptage des communications radio de l'Armée rouge avait joué un grand rôle dans la victoire.

La défaite de Boudienny[modifier | modifier le code]

L'avance de la 1re Armée de cavalerie de Boudienny, vers Lwów est interrompue une première fois du 29 juillet au 2 août, à la bataille de Brody et ensuite le 17 août lors de la bataille de Zadwórze (en), où une petite unité polonaise se sacrifie pour empêcher la prise de Lwów, vitale pour les renforts polonais se dirigeant vers Varsovie.

Se déplaçant à travers des zones faiblement défendues, la cavalerie de Boudienny atteint Zamość le 29 août et tente de s'en emparer au cours de la bataille de Zamość. Cependant elle est bientôt confrontée au nombre grandissant d'unités polonaises rendues disponibles après la contre-offensive sur Varsovie.

Le 31 août, la cavalerie de Boudienny lève le siège de Lwów et tente de porter secours aux forces soviétiques qui battent en retraite de Varsovie. Celles-ci ont été interceptées et défaites par la cavalerie polonaise au cours de ce qui fut la plus grande bataille de cavalerie depuis 1813 et l'un des derniers combats de cavalerie dans l'histoire, à la bataille de Komarów (1920) (en) près de Zamość. Bien que l'armée de Boudienny ait réussi à éviter l'encerclement total, elle a subi de lourdes pertes et son moral est au plus bas. Le reste de la 1re armée de cavalerie se retire vers Volodymyr-Volynskyï le 6 septembre et est encore repoussé peu de temps après, à la bataille de Hrubieszów.

Toukhatchevsky réussit à réorganiser la retraite vers l'est et, en septembre, il établit une nouvelle ligne de défense près de la frontière entre la Pologne et la Lituanie, au nord de la Polésie, avec pour principal point d'appui de la ville de Grodno en Biélorussie. Pour briser cette ligne, l'armée polonaise remporte la bataille du Niemen. Le fleuve traversé, elle déborde les forces soviétiques, de nouveau forcées de se retirer. La progression continue sur tout le front de l'est. Vers la mi-octobre, l'armée polonaise atteint la ligne Ternopil-Doubno-Minsk-Drisa.

Dans le sud, les forces ukrainiennes de Petliura battent la 14e armée soviétique et le 18 septembre prennent le contrôle de la rive gauche du fleuve Zbroutch. Le mois suivant, elles se déplacent vers l'est jusqu'à la ligne Yaruha sur le Dniestr-Charhorod-Bar-Lityn

Les Soviétiques demandent alors la paix. Sous la pression des gouvernements occidentaux et de la Société des Nations, les Polonais, épuisés, acceptent de négocier. Une première proposition soviétique est faite le 21 septembre suivie d'une autre le 28. La délégation polonaise fait une contre-proposition le 2 octobre. Le 5, les Soviétiques proposent des amendements que la Pologne accepte. L'armistice, entre la Pologne d'un côté, la République socialiste soviétique d'Ukraine et la République socialiste fédérative soviétique de Russie de l'autre, est signé le 12 octobre et entre en vigueur le 18 octobre. De longues négociations de paix s'ensuivent.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Le seconde république polonaise, 1922-1938

Après les négociations de paix la Pologne n'occupe pas tous les territoires qu'elle contrôlait à la fin des hostilités. En raison des pertes subies pendant et après la bataille de Varsovie, les Soviétiques offrent à la délégation de paix polonaise de substantielles concessions territoriales. Les nouvelles frontières ressemblent étroitement à ce qu'elles étaient entre la Russie impériale et la République des Deux Nations, avant la première partition de la Pologne en 1772.

De nature éminemment politique, les négociations de paix sont menées par la Sejm (Diète polonaise) contrôlées par le national-démocrate Roman Dmowski. D'autres nationaux-démocrates, comme Stanisław Grabski, qui plus tôt avait démissionné de son poste pour protester contre l'alliance de la Pologne et de l'Ukraine, exercent beaucoup d'influence sur les négociateurs polonais. Cette situation marque la fin du rêve de Fédération Międzymorze de Józef Piłsudski. Plus d'un million de Polonais appartenant aux minorités polonaises de l'Union soviétique sont livrés à eux mêmes et systématiquement persécutés par les autorités soviétiques en raison de facteurs politiques, économiques ou religieux.

En raison de leur désastreuse défaite militaire, les Soviétiques avaient offert à la délégation polonaise de substantielles concessions territoriales. Toutefois, pour certains observateurs, les négociateurs polonais ont conduit les pourparlers de Riga comme si la Pologne avait perdu la guerre. Sous la pression de l'opinion publique et de la Société des Nations, la paix de Riga, est signée le 18 mars 1921 officialisant le partage des territoires contestés en Biélorussie et Ukraine entre la Pologne et la Russie.

Piłsudski a considéré ce traité comme une lâcheté et présentera ses excuses aux Ukrainiens car il violait les termes de l'alliance militaire entre la Pologne et l'Ukraine qui interdisait une paix séparée. Les Ukrainiens s'estimant effectivement trahis, les relations entre la Pologne et sa minorité ukrainienne s'en trouvèrent très dégradés. Ce ressentiment, largement exacerbé par la propagande soviétique, explique peut-être les massacres des Polonais en Volhynie par l'armée ukrainienne dans les années 1930 et 1940.

La guerre et ses séquelles ont donné lieu à d'autres controverses sur la situation des prisonniers de guerre des deux parties, le comportement de certains commandants comme Stanisław Bułak-Bałachowicz ou Vadim Yakovlev vis-à-vis de la population civile.

Les succès militaires de l'automne de 1920 en Lituanie ont permis à la Pologne de récupérer la région de Vilnius, où la République de Lituanie centrale (Komisja Rządząca Litwy Środkowej) est formée. Le 20 février 1922, la région de Vilnius et la Sejm décident par référendum de l'incorporation à la Pologne. Cette décision affectera durablement les relations entre la Pologne et la Lituanie pendant plusieurs décennies.

Toutefois, la perte de Vilnius pourrait avoir sauvegardé l'existence même de l'État lituanien pendant l'entre-deux-guerres. En effet, malgré l'alliance avec les Soviétiques (Traité de paix lituano-soviétique de 1920) et la déclaration de guerre contre la Pologne, la Lituanie passa très près d'être envahie par les Soviétiques au cours de l'été 1920 et d'être convertie de force en république socialiste. La victoire de la Pologne dans le conflit de 1920 et le fait que les Polonais ne se soient pas opposés à une certaine indépendance lituanienne, empêchèrent probablement les Soviétiques de réaliser leur plan.

Charles de Gaulle, instructeur de l'armée polonaise et Władysław Sikorski furent les seuls officiers qui, sur la base de leur expérience dans cette guerre, prédirent correctement le déroulement du prochain conflit. Mais ils ne réussirent pas à convaincre leur gouvernement respectif de tenir compte de ces leçons et de mettre l'accent sur la mobilité des unités de cavalerie. Au début de la Seconde Guerre mondiale tous deux prirent le commandement des forces armées en exil de leur pays.

En 1943, lors de la conférence de Téhéran, Churchill, Roosevelt et Staline examinèrent le tracé des frontières de la Pologne. Winston Churchill plaida pour le retour au tracé de la ligne Curzon, qui avait servi de base au pacte germano-soviétique de 1939, plutôt que de revenir à celui de la paix de Rīga. En 1945, à la conférence de Yalta Roosevelt se rallia à cet avis.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b La question de la victoire n'est pas universellement convenue. Les historiens russes et polonais ont tendance à attribuer la victoire à leurs pays respectifs. Les évaluations varient la plupart du temps entre une victoire de la Pologne, à une issue indécise. Lénine, dans son rapport secret à la 9e Conférence des partis bolcheviques du 20 septembre 1920, parle ainsi de l'issue de la guerre « En un mot, une gigantesque et inouïe défaite » (voir The Unknown Lénine, ed. Richard Pipes, Yale University Press (ISBN 0-300-06919-7) Document 59, Google Print, p. 106).
  2. (en) Conclusions sur la situation des soldats de l'Armée Rouge en captivité en Pologne (1919–1922). Archives du gouvernement polonais [1]
  3. L'État polonais est créé par regroupement de morceaux venant des empires russe, austro-hongrois et allemand. Ses nouveaux territoires possédaient de fortes minorités germanophones et le couloir de Dantzig qui lui donne accès à la mer est bien étroit, mais sépare l'Allemagne de la Prusse-Orientale
  4. Russo-Polish War Encyclopædia Britannica
    Guerre russo-polonaise (1919-20), conflit militaire entre la Russie soviétique et la Pologne, qui cherchait à s'emparer de l'Ukraine (...) Bien qu'il n'y pas d'hostilités entre ces deux pays au cours de l'année 1919, le conflit débute lorsque le chef de l'État polonais Józef Pilsudski forme une alliance avec le leader nationaliste ukrainien Simon Petlioura (21 avril 1920). Tous deux unissent leurs forces pour envahir l'Ukraine, et occupent Kiev le 7 mai. C'est aussi la position officielle de l'Union soviétique, non reconnue en Pologne.
  5. (pl) Wojna polsko-bolszewicka dans l'Internetowa encyklopedia PWN
  6. Comme par exemple :
    • Janusz Cisek, Sąsiedzi wobec wojny 1920 roku. Wybór dokumentów. (Neighbours Attitude Towards the War of 1920. A collection of documents.), Polish Cultural Foundation Ltd, 1990, London (ISBN 0-85065-212-X)
    • Janusz Szczepanski, Wojna 1920 roku na Mazowszu i Podlasiu (War of 1920 in Mazowsze and Podlasie), Wyższa Szkoła Humanistyczna, 1995 (ISBN 83-86643-30-7),
    Władysław Sikorski, Nad Wisłą i Wkrą. Studium do polsko - radzieckiej wojny 1920 roku, (At the Vistula and the Wkra), 1928; réedition, Warsaw, Agencja Omnipress, 1991 (ISBN 83-85028-15-3)
  7. Voir: Russo-Polish War
  8. Norman Davies, White Eagle, Red Star: the Polish-Soviet War, 1919–20, Pimlico, 2003 (ISBN 0-7126-0694-7). (première édition: New York, St. Martin's Press, inc., 1972.) Page 22
  9. Voir article principal (en anglais) : en:Causes of the Polish-Soviet War
  10. Thomas Grant Fraser, Seamus Dunn, Otto von Habsburg, Europe and Ethnicity: the First World War and contemporary ethnic conflict, Routledge, 1996 (ISBN 0-415-11995-2), Google Print, p.2
  11. Anne-Claire de Gayffier-Bonneville, Sécurité et coopération militaire en Europe, 1919-1955, 2004, p. 193.
  12. David Parker, The Tragedy of Great Power Politics, W. W. Norton & Company, 2001 (ISBN 0-393-02025-8), Google Print, p. 194.
  13. « Pilsudski rêvait d'unir toutes les nations situées entre l'Allemagne et la Russie dans un énorme fédération. La Pologne, en vertu de sa taille, en serait le chef de file, tandis que Dmowski voulait voir un d'État polonais unitaire, dans laquelle d'autres peuples slaves seraient assimilés. »
    Andrzej Paczkowski, The Spring Will Be Ours: Poland and the Poles from Occupation to Freedom, p. 10, Penn State Press, 2003 (ISBN 0-271-02308-2)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Isaac Babel, Конармия (original 1926), Cavalerie rouge, Gallimard, 1959 ; roman
  • Norman Davies, White Eagle, Red Star: the Polish-Soviet War, 1919-20, Pimlico, 2003 (ISBN 0-7126-0694-7). (First edition: New York, St. Martin's Press, inc., 1972.)
  • Jeremy Keenan, The Pole: the Heroic Life of Jozef Pilsudski, Gerald Duckworth & Co. Ltd, 2004 (ISBN 0-7156-3210-8).
  • Richard M. Watt, Bitter Glory: Poland and Its Fate, 1918-1939, New York, Hippocrene Books, 1998 (ISBN 0-7818-0673-9).
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