Russie blanche

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Carte de la République Democratique Blanche-Ruthénienne, 1918.
Bannière de la Ruthénie blanche.

La Russie blanche ou Ruthénie blanche est un nom qui a désigné différentes régions de l'Europe de l'Est, mais le plus souvent ce nom a été donné à la région qui correspond à l'actuelle Biélorussie. De nombreuses langues continuent à utiliser ce nom maintenant obsolète comme référence à la Biélorussie.

Nom[modifier | modifier le code]

Le nom de « Russie blanche » est la traduction littérale, bien qu'incorrecte, de Belaya Rus (biélorusse : Белая Русь). Le problème de cette traduction est que le nom de « Russie blanche » suggère que ce territoire fait référence à la moderne Fédération de Russie, alors qu'il n'a rien à voir avec elle, mais fait référence aux anciens territoires de la Ruthénie (ou Rus’ — voir étymologie de Rus et de ses dérivés).

Ruthénie est la version latinisée de la Rus' de Kiev, un État qui a existé du IXe au XIe siècle sur les territoires de la moderne Biélorussie, de l'Ukraine, des zones occidentales de la Russie, de l'est de la Pologne et de la Slovaquie.

Bien que Biélorussie se traduise par Russie blanche dans beaucoup de langues modernes pour des raisons historiques (du russe : Belorussiya à la plupart des langues germaniques), la correspondance entre Rus’ et Russie est sujette à controverse aujourd'hui et ne possède pas de base historique. De nombreux Biélorusses se sentent ulcérés par son impact sur leur auto-détermination nationale, particulièrement en raison de la rhétorique de la Russie impériale et de la Russie soviétique appelant à la réunification de l'« unique et indivisible Russie ».

De plus, il existe dans certaines langues une différence claire entre les deux mots ("Russie" et l'ancien "Rus'"). Par exemple :

  • en polonais: Białoruś (Rus blanc), mais Rosja (Russie);
  • en ukrainien: Білорусь Bilorus (Rus blanc), mais Росія Rosia (Russie);
  • en allemand avant 1945: Weißruthenien (Rus blanc), mais Russland (Russie).

Toutefois, cette différence constitue un cas classique de faux problème linguistique posé à dessein de nationalisme. Cette différence s'explique aisément par l'histoire phonétique du polonais, de l'ukrainien et du russe : il s'agit du même phonème qui a subi les variations régulières selon l'accentuation de ces trois langues. L'allemand a, pour lui, repris l'étymon avant les variations au sein du groupe linguistique slave et il lui a appliqué ses propres variations.

Histoire[modifier | modifier le code]

De nombreuses variantes apparaissent sur d'anciennes cartes : par exemple, Russia Alba, Russija Alba, Wit Rusland, Weiss Reussen, White Russia, Weiss Russland, Ruthenia Alba, Ruthénie blanche et Weiss Ruthenien (Weißruthenien), noms donnés à différents territoires, souvent éloignés de l'actuelle Biélorussie. Par exemple, ce nom a été donné une fois à Novgorod.

C'est seulement à la fin du XVIe siècle que ce nom s'est fixé pour désigner la zone de l'actuelle Biélorussie. Avant, les Biélorusses étaient connus comme des Litvins (Lituaniens), du nom du Grand-duché de Lituanie auquel les terres appartenaient aux XIIIe et XIVe siècles.

Les origines du nom sont incertaines, mais celles-ci pourraient provenir des efforts faits par le tsar de Russie pour se distinguer de ses prédécesseurs de Rome et de Byzance (dans l'idée que la Russie était la troisième Rome). Le Rerum Moscoviticarum Commentarii de Sigismund von Herberstein explique que les souverains moscovites portaient une robe blanche pour se différencier des robes pourpres des souverains romains et des robes rouges des souverains byzantins. Le tsar de Russie était appelé le "tsar blanc" : Sunt qui principem Moscovuiae Album Regem nuncupant. Ego quidem causam diligenter quaerebam, cur Regis Albi nomine appellaretur, ou Weisse Reyssen oder weissen Khünig nennen etliche unnd wöllen damit ain underscheid der Reyssen machen (du Rerum Moscoviticarum Commentarii).

Le tsar lui-même était souvent appelé le "Grand Tsar blanc", dans ses titres officiels (traduction littérale) : "le souverain de toutes les Rus' : la Grande, la Petite, et la Blanche". Cette appellation, combinée au terme solennel de "Tsarité blanche", était en usage jusqu'à la fin de l'Empire russe. Enfin, cette couleur fut appliquée au nom de l'armée contre-révolutionnaire, l'Armée blanche qui combattit l'Armée rouge.

Il n'y a pas de raison claire qui explique pourquoi le terme de « Russie blanche » s'est appliqué à la Biélorussie. Son cas n'est pas unique, car d'autres populations ont été désignées par des couleurs. Il y a eu des Croates blancs, rouges et noirs (Croates blancs et Croatie blanche se trouvaient dans l'actuelle Croatie, dans l'ouest de la Bosnie-Herzégovine et dans le sud-est de la Pologne et dans l'ouest de l'Ukraine, jusqu'aux Carpates ; Croates rouges et Croatie rouge se trouvaient dans le sud-est de l'actuelle Bosnie-Herzégovine et dans le sud du Monténégro, et dans la zone qui s'étend jusqu'au Don; Croates noirs dans le nord-est de l'actuelle République tchèque); Serbes blancs dans l'est de l'actuelle Allemagne mais aussi des Serbes rouges et noir. On connaît en Chine les Miao rouges, noirs et verts. Toutes ces appellations pourraient avoir une origine turco-mongole, les Turcs associant les points cardinaux à des couleurs[1] avec différentes variantes :

  • Kara, le « noir » (ou l'airelle) désigne le nord,
  • Ak, le « blanc » désigne le sud,
  • kızıl, le « rouge » désigne l’ouest,
  • Yeşil, le « vert » ou Sari, le « jaune » désignent l’est.

Aux XIIe et XIVe siècles il y avait sur le territoire de l'actuelle Biélorussie une zone connue comme Ruthénie noire (Rus' noire).

Seconde guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Le nom de Russie blanche est cité par l'historien militaire allemand Paul Carell dans son ouvrage "Opération terre brûlée : les Russe déferlent"[2]

« ... cette grande bataille surprise de l'été [1944] baptisée opération « Russie blanche ». »

— Paul Carell (1968) p. 261

. Il semble que cette opération ait été baptisée du côté soviétique "Opération Bagration", selon des sources plus récentes. C'était l'opération entreprise contre la Wehrmacht pour libérer le territoire biélorusse, qui marqua un tournant important de la Seconde Guerre mondiale.

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Rüdiger Schmitt, Considerations on the Name of the Black Sea, in : Hellas und der griechische Osten (Saarbrücken 1996), pp. 219–224
  2. Paul Carell (1969) p. 261 :

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Carell (trad. Raymond C. Albeck, ill. cartes de jean Thier), Les russe déferlent : septembre 1943 - août 1944 [« Verbrannte Erde »], Paris, J’ai lu, coll. « J’ai lu leur aventure » (no A230),‎ 1968, poche, 320 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]