Joseph Roth

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Joseph Roth

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Joseph Roth en 1918

Nom de naissance Moses Joseph Roth
Activités écrivain
Naissance 2 septembre 1894
Brody, Galicie, Drapeau de l'Autriche-Hongrie Autriche-Hongrie
Décès 27 mai 1939 (44 ans)
Paris, Drapeau de la France France
Langue d'écriture allemand

Œuvres principales

Juifs en errance (1927)
Le Poids de la grâce (1930)
La Marche de Radetzky (1932)
La Crypte des Capucins (1938)
La Légende du saint buveur (1939)

Moses Joseph Roth (2 septembre 1894[1], Brody, Galicie - 27 mai 1939, Paris) est un écrivain et journaliste autrichien.

Josef Roth est né en Galicie, aux confins de l'empire Autrichien (aujourd'hui en Ukraine) sous le règne de l' empereur François-Joseph, dans une famille juive modeste de langue allemande.

Il poursuit des études littéraires.

Âgé de 20 ans au début du premier conflit mondial, il participe à l"effort de guerre dans des unités non combattantes comme le service de Presse des armées impériales.

Il devient après la guerre journaliste et chroniqueur à Vienne et à Berlin et écrit ses premiers textes publiés à partir de 1918 après la chute de la monarchie et le démembrement de l'empire Austro-Hongrois, notamment Hôtel Savoy (1924), Le poids de la grâce (1930), La Crypte des Capucins (1938).

Ses textes, nombreux et divers, sont marqués par un regard particulièrement lucide sur son époque et ses contemporains et le regret d'un monde qui disparaît. Son œuvre est marquée par la nostalgie des villages juifs du « yiddishland » qui disparaissent avec le XXe siècle, alors que se remodèle l'Europe centrale et orientale. Son roman le plus connu demeure La Marche de Radetzky publié en 1932 qui raconte le destin d'une famille sur quatre générations sous la Monarchie austro-hongroise finissante et où transparaît la nostalgie monarchiste de l'auteur.

Joseph Roth s'exile en France dès l'arrivée au pouvoir des nazis - qui détruisent ses livres : il s'installe à Paris en 1934 et, malade, alcoolique et sans argent, il meurt le 27 mai 1939.

Il est inhumé au cimetière parisien de Thiais.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ses biographes ont dû séparer la réalité de certains récits mythomanes du romancier sur sa propre vie.

Origines[modifier | modifier le code]

Son père, représentant d'une firme de céréales de Hambourg, quitta sa mère et mourut en Russie. Ce père absent hantera sa vie durant l'écrivain qui se dira plus tard enfant illégitime, issu tantôt d'un officier autrichien, tantôt d'un comte polonais ou encore d'un fabricant de munitions viennois. Mais dans tous ces récits revient la perte précoce du père. Cette perte se prolonge comme un fil rouge dans toute l'œuvre de Roth, sous la forme de la perte de la patrie (la monarchie austro-hongroise).

Joseph Roth est né dans la petite ville galicienne de Brody, proche de la frontière Austro-Russe qui appartenait alors à l'Empire austro-hongrois (actuellement en Ukraine). Brody était une ville-frontière par rapport à la région russe de Volynie. Roth affirma plus tard être né à Schwaby, un petit village des environs de Brody dont les habitants étaient majoritairement d'origine allemande (Souabes, d'où le nom) contrairement à la population de Brody, majoritairement juive.

Sa mère Maria Grübel (Myriam) était issue d'une famille de commerçants juifs établie à Brody. Son grand-père était rabbin ; ses oncles faisaient commerce du houblon, l'un était tailleur. Son père, Nahum Roth, était d'un milieu hassidique orthodoxe.

Parmi les nombreuses versions de la disparition de son père, on racontait que, alors qu'il était représentant d'une firme de grains de Hambourg, des marchandises qu'il stockait à Katowice furent détournées, et il dut se rendre à Hambourg pour régler l'affaire. Sur le trajet de retour, à la suite d'un comportement étrange dans le train, il fut envoyé dans un établissement pour malades mentaux, avant d'être remis à sa famille de Galicie occidentale, qui le confia aux bons soins d'un « rabbin miraculeux » (Wunderrabbis) russo-polonais. C'est dans la cour de ce dernier que, des années plus tard, l'aurait découvert l'un des oncles Roth qui le décrivait comme « très beau, riant tout le temps et complètement irresponsable ».

Enfance et jeunesse à Brody[modifier | modifier le code]

Le collège de Brody où étudia Joseph Roth

Roth évoqua dans ses textes une enfance et une jeunesse marquées par la pauvreté. Les photographies de l'époque et les témoignages de ses proches montrent plutôt des conditions de vie qui sont celles de la petite bourgeoisie de l'Empire, à la fois modestes mais dignes : sa mère avait une servante, il reçut des cours de violon et fréquenta le lycée.

Le statut social de sa mère en revanche était effectivement précaire : elle n'était pas reconnue comme veuve, puisque son mari vivait encore - il passait pour disparu -, mais elle n'était pas non plus une épouse véritable, et elle ne pouvait pas divorcer, puisque cela aurait nécessité une lettre de séparation de son mari (mais il aurait fallu pour cela qu'il ait tous ses esprits). En outre, dans le judaïsme orthodoxe de Galicie, la démence était considérée comme une malédiction divine qui s'étendait à toute la famille, et altérait grandement les perspectives de mariage des enfants. C'est pourquoi dans le cercle proche on passa sous silence le destin du père, préférant se satisfaire de la rumeur selon laquelle Nahum Roth se serait pendu.

La mère vécut repliée sur elle-même, et s'occupa de l'entretien de la maison du grand-père jusqu'à la mort de celui-ci en 1907. Elle se concentra uniquement sur l'éducation de son fils, qui grandit à l'écart et protégé. Les relations entre mère et fils semblent avoir été difficiles dans les années ultérieures. En 1922, la mère tomba malade d'un cancer du col de l'utérus, et fut opérée à Lemberg, où son fils la vit une dernière fois peu avant sa mort.

Depuis 1901 (soit à sept ans), Roth avait fréquenté l'école du Baron Hirsch à Brody. Les écoles du Baron Hirsch étaient des écoles publiques (Handelsschulen) fondées par le magnat juif des chemins de fer et philanthrope Maurice von Hirsch (proche du feu prince impérial Rodolphe); à la différence des écoles traditionnelles orthodoxes nommées Cheder, elles ne s'appuyaient pas sur l'enseignement religieux mais au-delà de l'hébreu et de la thora, enseignaient aussi l'allemand, le polonais, et des matières pratiques. La langue d'enseignement était l'allemand.

De 1905 à 1913, Roth fréquenta le Lycée du Prince Impérial à Brody. On ne sait pas très bien si l'argent de l'école, 15 florins par semestre (une somme considérable à l'époque) était payé par son tuteur et oncle Siegmund Grübel, ou provenait d'une bourse. Roth était un bon élève : en tant qu'unique élève juif de sa promotion, il obtint au baccalauréat le titre sub auspiciis imperatoris. Sur ses camarades de lycée, il fit l'effet de quelqu'un de réservé, voire arrogant, une impression qu'il laissa derrière lui aussi plus tard sur ses camarades d'étude à l'Université de Vienne. C'est à cette période qu'apparaissent ses premiers travaux d'écrivains (poèmes).

Études à Lemberg et Vienne[modifier | modifier le code]

Après son baccalauréat en mai 1913, Roth alla s'établir à Lemberg (Lviv, Ukraine actuelle), où il s'inscrivit à l'Université. Il trouva à se loger chez son oncle Siegmund Grübel, mais il semble qu'entre le sobre commerçant et le poète débutant, les relations soient bientôt devenues tendues. Il trouva une amie maternelle pour plusieurs années en la personne de Hélène von Szajnoda-Schenk, âgée à l'époque de cinquante-neuf ans, une dame infirme mais spirituelle, très vivante et d'une grande culture, qui avait loué un appartement dans la maison de l'oncle. Il se lia aussi d'amitié avec ses cousines Resia et Paula.

De façon générale, l'atmosphère de Lemberg était marquée par des tensions qui s'aggravaient, non seulement entre nationalités (à l'Université, il y avait à l'époque des luttes entre les étudiants polonais et ruthènes), mais aussi au sein de la jeunesse, les discussions étaient agitées entre le Hassidisme, le Haskala (issu des Lumières) et le Mouvement Sioniste qui devenait de plus en plus puissant. La dernière année à Brody avait été pour Roth la dernière année où l'allemand était la langue d'enseignement; à l'Université de Lemberg, depuis 1871, le polonais était la langue d'enseignement. Roth avait manifestement trouvé sa patrie littéraire dans la littérature allemande, et c'est peut-être une des raisons pour lesquelles il quitta Lemberg et s'inscrivit à l'université de Vienne pour le semestre de l'été 1914. On ne sait pas dans quelle mesure Roth avait effectivement étudié à Lemberg. Il a en tous cas séjourné épisodiquement à Vienne dès l'automne 1913, où il a participé au XIe siècle Congrès Sioniste du 2 au 9 septembre 1913.

À Vienne, Roth prit une petite chambre dans la Leopoldstadt; au semestre suivant, il s'installa avec sa mère, qui face aux désordres de la guerre qui venait d'éclater, avait fui vers Vienne, dans un petit appartement du XXe arrondissement (14/16 rue Wallenstein). Roth et sa mère, chez qui vint aussi s'installer la tante Rebecca (Riebke)vivaient à cette époque dans une situation très misérable : Roth était sans revenus, sa mère percevait la maigre aide aux réfugiés, et pendant l'occupation russe de la Galicie, il ne pouvait bien sûr que rarement arriver des subsides de l'oncle Siegmund.

Roth semblait pourtant optimiste, et se lança avec enthousiasme dans l'étude de la germanistique. Il faisait grand cas de la réussite aux examens et de l'acquisition des connaissances grâce aux professeurs. Par la suite à vrai dire, il porta un jugement négatif sur les études et ses camarades d'université — comme tant de jeunes écrivains qui, à 'lUniversité, recherchaient la poésie et trouvaient la germanistique. Walther Brecht constitua une exception, titulaire de la chaire de la Nouvelle littérature allemande. Heinz Kindermann, l'assistant de Brecht, devint sans doute une sorte de rival. Dans les premiers récits paru en 1916, L'étudiant privilégié (Der Vorzugsschüler), Kindermann était le modèle du personnage principal Anton Wanzl, un caractère dépeint avec quelque haine et quelque expérience[2].

Bientôt la situation matérielle s'améliora. Des bourses et quelques places de précepteur (notamment chez la comtesse Trautmannsdorff) permirent à Roth de s'acheter de bons costumes. Les témoins de l'époque le décrivent avec pli au pantalon, canne et monocle, l'image même du dandy viennois.

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

La Première Guerre mondiale et la décomposition de l’Autriche-Hongrie qui s’ensuivit se transforma pour Roth en expérience cauchemardesque. Contrairement à de nombreux autres qui, lorsque la guerre éclata, furent saisis d’un enthousiasme national dont ils ne connurent jamais d’équivalent par la suite, Roth défendit d’abord une position pacifiste et réagit avec une sorte de désespoir épouvanté. Pourtant, le temps passant, il lui apparut — à lui qui avait été classé inapte à la guerre — que sa propre attitude était humiliante et pénible :

Lorsque la guerre éclata, je perdis les leçons que je donnais, progressivement, l’une après l’autre. Les avocats entrèrent en scène, les femmes devinrent d’humeur maussade, patriotique, elles se mirent à témoigner d’une véritable prédilection pour les blessés. Je me présentai finalement comme volontaire au 21e Bataillon de Chasseurs. [3]

Le 31 mai 1916, Roth se présenta au service militaire et débuta le 28 août 1916 sa formation en tant que Volontaire-Un-An (Einjährig-Freiwilliger) dans l’armée impériale et royale (KuK). Lui et son ami Józef Wittlin optèrent pour le Bataillon de Chasseurs à Pieds, dont l’école de formation en un an se trouvait dans le IIIe arrondissement de Vienne (originellement, il était prévu d’étudier pendant le temps libre). C’est pendant la période de formation que mourut l’Empereur François-Joseph, le 21 novembre 1916. Roth suivit en tant que membre de la chaîne de soldats tout le parcours du cortège d’enterrement :

L’ébranlement moral, provoqué par la prise de conscience qu’une Journée historique venait de s’achever, se joignait à l’affliction paradoxale pour le déclin d’une patrie qui avait elle-même enseigné l’opposition ses fils [4].

La mort de l’empereur de 86 ans apparaît à plusieurs reprises dans l’œuvre de Roth comme une métaphore centrale du déclin de l’Empire des Habsbourg et de la perte de la terre natale et de la patrie, notamment dans les romans La Marche de Radetzky et La Crypte des Capucins.

Au lieu de pouvoir servir dans le 21e Régiment de Chasseurs à Pieds avec ses amis, Roth fut bientôt transféré vers la Galicie, à la 32e Division de Troupes d’Infanterie. En 1917 et manifestement jusqu’à la fin de la guerre, il fut affecté au Service de Presse au local de Lemberg.

Selon les dires de Roth, il aurait été officier et prisonnier par les Russes ; en fait, il ne semble pas avoir fait partie des unités combattantes.

Après la fin de la guerre, Joseph Roth dut arrêter ses études et se consacrer à gagner sa vie. De retour vers Vienne, il trouva d’abord à se loger chez Leopold Weiss, le beau-frère de son oncle Norbert Grübel. Peu de temps après, il retourna à Brody, mais sur le chemin il tomba dans des démêlés entre troupes polonaises, tchécoslovaques et ukrainiennes, dont il ne put se sortir qu’à grand peine pour retourner à Vienne.

Déjà pendant son service militaire, il avait commencé à écrire des comptes rendus et des feuilletons pour les journaux Der Abend et Der Friede, et dans le journal Österreichs Illustrierter Zeitung étaient parus des poèmes et des textes en prose. À partir d’avril 1919, il devint rédacteur à Der Neue Tag, un quotidien qui comptait aussi parmi ses collaborateurs Alfred Polgar, Anton Kuh et Egon Erwin Kisch. Dans ce milieu professionnel, il faisait vite partie des devoirs de service que d’être un habitué du Café Herrenhof, où Roth, à l’automne 1919, fit la connaissance de sa future épouse Friedrike (Friedl) Reichler.

Journaliste à Vienne et Berlin[modifier | modifier le code]

À la fin du mois d‘avril 1920, Der Neue Tag cessa sa parution. Roth s’installa à Berlin. Là, il connut d’abord des difficultés avec son permis de séjour, car la confusion et les fantaisies de ses papiers faisaient presque rire en Autriche, mais à Berlin, tout d’un coup, elles étaient prises au sérieux[5]. Bientôt parurent ses premières contributions dans différents journaux, parmi lesquels la Neuen Berliner Zeitung ; à partir de janvier 1921, il travailla principalement pour le Berliner Börsen-Courier.

À l’automne 1922, il rompit sa collaboration au Börsen-Courier. Il écrit : Je ne peux plus partager les égards pour un public bourgeois et rester son causeur du dimanche, si je ne veux pas renier chaque jour mon socialisme. Peut-être aurais-je malgré tout été suffisamment faible pour réprimer mes convictions afin d’obtenir des appointements supérieurs ou pour des louanges plus fréquentes de mon travail. [6](5). Certes, Roth signait des contributions au journal socialiste Vorwärts sous le nom de Joseph le Rouge , mais il n’était certainement pas socialiste, ses convictions reposaient sur des fondements théoriques. Il apparaît surtout dans ses reportages et feuilletons comme un observateur précis, qui tire des fragments de vie qu’il perçoit et des manifestations immédiates du malheur humain des conclusions importantes (et souvent clairvoyantes) en ce qui concerne les malaises sociaux et les circonstances politiques. Pour ce qui est de la force de ses convictions face aux attraits financiers, il en donna lui-même un exemple (violemment critiqué par ses amis et collègues), lorsqu’en 1929, il se fit payer très cher par le Münchner Neuesten Nachrichten, une feuille nationaliste, pour écrire très peu[7].

À partir de janvier 1923, il travailla comme chroniqueur pour le renommé Frankfurter Zeitung dans lequel une bonne partie de ses travaux journalistiques devaient paraître au cours des années suivantes. Selon la situation économique qui, du fait de l’inflation, s’aggravait alternativement en Allemagne ou en Autriche, Roth fit la navette à plusieurs reprises entre Vienne et Berlin à cette époque, et il écrivit en dehors du Frankfurter Zeitung, des articles pour le Wiener Sonn-und Montagszeitung (Vienne), pour le Neues 8-Uhr-Blatt (Vienne), pour Der Tag (Vienne) et pour Prager Tageblatt (Prague). Pendant cette période, il travaillait à son propre roman (La Toile d’Araignée) qui parut à l’automne 1923 comme roman feuilleton dans le journal viennois Arbeiter-Zeitung, mais resta inachevé.

Ses rapports avec le Frankfurter Zeitung et avec Benno Reifenberg, alors chargé des chroniques, ne furent pas sans heurts. Roth se sentait insuffisamment estimé et cherchait à compenser cela par des exigences sous forme d’honoraires. Lorsqu’il voulut se séparer du journal, on le pria de continuer à travailler pour le FZ comme correspondant à Paris. Roth accepta, alla s’établir à Paris en mai 1925 et dans ses premières lettres, il se montra enthousiaste pour la ville. Mais un an après, quand il fut remplacé comme correspondant par Friedrich Sieburg, il fut très déçu. En compensation, il obtint d’être mandaté par le FZ pour des séries de grands reportages. De septembre à décembre 1926, il parcourut à ce titre l’Union Soviétique, de mai à juin 1927 l’Albanie et la Yougoslavie, à l’automne 1927 le territoire de la Sarre, de mai à juillet 1928 la Pologne et en octobre-novembre 1928 l’Italie.

Mariage et tragédie matrimoniale[modifier | modifier le code]

Le 5 mars 1922, Roth avait épousé à Vienne Friederike (Friedl) Reichler. Friedl était certes une femme séduisante et intelligente, mais elle n’était pas une intellectuelle, et la vie mondaine, sans repos, aux côtés d’un journaliste vedette sans cesse en déplacement ne correspondait pas non plus à ses besoins. En outre, Roth faisait preuve d’une jalousie presque pathologique. Déjà en 1926, les premiers symptômes d’une maladie mentale s’étaient manifestés chez Friedl, et en 1928, la maladie devint évidente : la schizophrénie. Friedl fut d’abord traitée à la clinique psychiatrique Westend, puis elle habita un temps chez un ami de Roth – soignée par une infirmière. La maladie de son épouse précipita Roth dans une crise profonde. Il n’était pas prêt à accepter l’incurabilité de la maladie, espérait un miracle, se rendait coupable de la maladie – la démence était considérée, et est considérée, chez les Juifs pieux comme une punition divine. L’éventualité d’une possession par un dibbuk le poussa à consulter (sans succès) un rabbin miraculeux hassidique. À cette époque, il se mit sérieusement à boire. Sa situation financière elle-même empira.

Même le placement chez les parents de Friedl n’apporta pas la moindre amélioration, et la malade tomba dans une apathie qui s’accroissait ; on l’amena alors en novembre 1930 au sanatorium Rekawinkel à côté de Vienne ; en décembre 1933, elle vint à l’asile de soins de santé du Land « Am Steinhof » à côté de Vienne ; enfin à l’été 1935 dans la clinique du Land Mostviertel Amstetten-Mauer. Les parents de Friedl émigrèrent en 1935 en Palestine et Roth demanda la séparation. En 1940, Friedl Roth fut expédiée en direction de Linz ; il n’y a aucun document attestant de son arrivée là-bas. Elle fut une des victimes du programme d’euthanasie des Nazis (action T4). Son acte de décès porte la date du 15 juillet 1940.

Liaisons[modifier | modifier le code]

Sybil Rares[modifier | modifier le code]

Même si dans les années qui suivirent, la maladie de son épouse demeura une source de culpabilité et de déprime, sur un autre plan, il prit relativement tôt ses distances par rapport à la situation devenue désespérée. En 1929, il fit la connaissance de Sylbil Rares, une comédienne juive de Bucovine qui à cette époque avait été engagée au Théâtre de Francfort. La relation ne dura cependant pas longtemps.

Andrea Manga Bell[modifier | modifier le code]

Les relations se présentèrent tout autrement avec Andrea Manga Bell, dont il fit la connaissance en août 1929 et qui devait pendant les six années suivantes, partager son destin et le suivre dans l’émigration. Andrea Manga Bell était née à Hambourg, fille d’une huguenote hambourgeoise et d’un Cubain de couleur. Elle était mariée avec Alexandre Manga Bell, Prince de Douala et Bonanjo, de l’ancienne colonie allemande du Cameroun, fils du roi douala Rudolf Manga Bell exécuté en 1914 par les Allemands, mais il l’avait quittée et était retourné au Cameroun. Quand Roth fit sa connaissance, elle était rédactrice au magazine du groupe Ullstein Gebrauchsgraphik et assurait ainsi la subsistance des deux enfants issus de son mariage malheureux avec le « prince Nègre ». Roth fut aussitôt fasciné par la belle exotique sûre d’elle et indépendante, et l’intérêt fut réciproque. Bientôt, ils partagèrent tous deux un appartement commun avec les enfants Manga Bell[8].

Lorsque Roth fut obligé d’émigrer, Andrea Manga Bell le suivit avec ses enfants. Au fil du temps, il y eut des frictions que Roth attribuait aux problèmes financiers dus à la prise en charge de la famille Manga Bell (« Je suis obligé de nourrir une tribu nègre de neuf personnes ! » [9].) La cause probable des différends et de la brouille définitive fin 1938 fut sans doute la jalousie extrême de Roth, qui est présente aussi dans sa vie matrimoniale et dans les autres relations.

Irmgard Keun[modifier | modifier le code]

Au début juillet 1936, Roth était allé, à l’invitation de Stefan Zweig, à Ostende où il rencontra la femme de lettres Irmgard Keun qui vivait depuis peu dans l’émigration. Les deux s’intéressèrent immédiatement l’un à l’autre. Irmgard Keun :

« … J’eus alors la sensation de voir un être humain qui pouvait mourir de tristesse dans les heures qui venaient. Ses yeux ronds et bleus fixaient le vide presque sans regard, de désespoir, et sa voix semblait comme ensevelie sous le poids du chagrin. Plus tard, l’impression s’estompa, car Roth n’était pas seulement triste à l’époque, il était aussi l’esprit haineux le talentueux et le plus vivant[10]. »

Ce portrait de Joseph Roth est fait par une femme qui était elle aussi un esprit haineux de talent. Mais Keun et Roth ne se rencontrèrent pas seulement sur ce point mais aussi dans la tendance aux excès d’alcool : «… tous deux picolent comme des trous » dit du couple Egon Erwin Kisch[11].

De 1936 à 1938, ils habitèrent ensemble à Paris. Keun accompagnait aussi Roth dans ses voyages, entre autres lors de sa visite à Lemberg à Noël 1936, où il lui présenta son ancienne amie Helene von Szajnoda-Schenk.

Mais cette relation aussi finit par ses briser, aux dires d’Irmgard Keun, la cause en était à nouveau la jalousie de Roth :

« Pas une fois je ne pus sortir sans qu’il soit inquiet. M’endormais-je, il enfouissait alors ses doigts dans mes cheveux, et ils y étaient encore quand je m’éveillais. … Du fait de sa jalousie démentielle, je me sentais toujours poussée dans mes derniers retranchements, jusqu’à ce que je ne le supporte plus, jusqu’à ce que je sois absolument obligée de rompre. A Paris, je le quittai avec un profond soupir de soulagement et je partis avec un officier de Marine français pour Nice[12]. ».

L’émigration[modifier | modifier le code]

Le 30 janvier 1933, le jour de la nomination de Hitler comme chancelier du Reich, Roth quitta l’Allemagne. Dans une lettre à Stefan Zweig, il fait preuve d’une étonnante clairvoyance :

« À présent il vous sera évident que nous allons vers de grandes catastrophes. Abstraction faite du privé – notre existence littéraire et matérielle est déjà anéantie - l’ensemble conduit à une nouvelle guerre. Je ne donne pas cher de notre vie. On a réussi à laisser la Barbarie prendre le pouvoir. Ne vous faites pas d’illusions. C’est l’Enfer qui prend le pouvoir.[13] »

Bientôt, ses livres aussi furent brûlés. Roth choisit d’abord Paris comme lieu d'exil, mais au cours des années suivantes, il ne séjourna pas souvent en France. Il entreprit différents voyages, certains de plusieurs mois comme aux Pays-Bas, en Autriche et en Pologne. Le voyage en Pologne eut lieu en février-mars 1937, où il donna une série de conférences, à l’invitation des PEN Clubs polonais. Il fit à cette occasion un détour par Lemberg pour rendre visite aux membres de sa famille qui y vivaient[14]. De juin 1934 à juin 1935, Roth séjourna, comme de nombreux autres émigrants sur la Riviera française. Avec Hermann Kesten et Heinrich Mann, Roth et Manga Bell avaient loué une maison à Nice.

À la différence de nombreux écrivains émigrés, Roth réussit non seulement à rester productif mais aussi à trouver des opportunités de publications. Ses œuvres parurent dans les maisons d’éditions d’exil néerlandaises Querido et de Lange, comme dans la maison d’édition chrétienne De Gemeenschap. C’est une des raisons pour lesquelles il séjourna à plusieurs reprises aux Pays-Bas pendant son exil (en mai 1935 à Amsterdam et en 1936 des séjours plus longs à Amsterdam et Ostende). En outre, il rédigea des articles pour le magazine d’exil publié par Leopold Schwarzbild Das neue Tage-Buch.

Dernières années[modifier | modifier le code]

Dans les dernières années, la situation des finances et de la santé de Roth se détériora rapidement mais il bénéficie d'après Dominique Bona d'un appui financier conséquent de la part de Stefan Zweig. En novembre 1937, on avait démoli l’Hôtel Foyot, 33 rue de Tournon, à cause de sa vétusté. Roth avait vécu dix années durant dans cet hôtel au cours de ses séjours à Paris. Il vécut donc cela une dernière fois comme une perte de sa patrie. Il prit en face une petite chambre, au-dessus de son café habituel, le Café Tournon.

Le 23 mai 1939, Roth fut conduit à l’hôpital pour indigents l’Hôpital Necker, après qu’il se fut effondré devant le Café Tournon (soi-disant en recevant la nouvelle du suicide d’Ernst Toller). Le 27 mai il mourut d’une double inflammation des poumons. L’évolution fatale de la maladie fut favorisée par le sevrage alcoolique abrupt (délirium alcoolique). Auparavant il paraît qu'Otto de Habsbourg, lors d’une rencontre, lui avait interdit de boire.

Le 30 mai, il fut inhumé au cimetière de Thiais au sud de Paris. L’enterrement eut lieu suivant le rite « catholique-modéré» car aucun justificatif de baptême de Roth ne put être fourni. À l’occasion de l’enterrement, les groupes très hétérogènes de la communauté endeuillée ne tardèrent pas à entrer en collision : les légitimistes autrichiens, les communistes et les juifs réclamèrent respectivement le défunt comme un des leurs.

La tombe se trouve dans la section catholique du cimetière. L’inscription sur la pierre tombale dit : « écrivain autrichien – mort à Paris en exil. »

Dans sa ville d’origine de Brody, une petite plaque commémorative, rédigée en ukrainien et en allemand, perpétue le souvenir du grand fils de la ville.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Une œuvre inclassable[modifier | modifier le code]

Il semble difficile de ranger l’œuvre de Roth dans une tendance précise ou un groupe de la littérature contemporaine. En premier lieu, on l’associe à la Nouvelle Objectivité, et ce classement peut avant tout être pertinent pour ses premières œuvres. Ainsi, La Fuite sans fin porte non seulement le sous-titre Un compte-rendu, mais dans la préface, l’auteur assure : « Je n’ai rien inventé, rien composé. Il ne s’agit plus de « faire des vers ». Le plus important est ce qui est observé. »

Toutefois, c’est ce même Roth qui dans En finir avec la Nouvelle Objectivité rejette cette tendance[15]. Il critique avec un point de vue de journaliste l’absence de forme d’une littérature qui veut s’appuyer sur des « faits bruts », en mettant en parallèle avec les témoignages le compte-rendu journalistique (mis en forme) :

« Le Fait et le Détail sont le contenu du témoignage. Ils sont le matériau brut du compte-rendu journalistique. « Restituer » l’événement rend d’abord possible une expression mise en forme, donc artistique, dans laquelle le matériau brut contenu est comme le minerai dans l’acier, comme le mercure dans le miroir. [15] »

Et il reproche à la Nouvelle Objectivité de faire sienne la position du lecteur naïf :

« Le lecteur primitif soit restera tout entier dans la réalité, soit la fuira tout entier. [15]. »

D’où sa préférence pour la prétendue authenticité des rapports non mis en forme des témoins oculaires. Roth, en tant que journaliste, connait le travail pour former un article à partir d’une simple déposition, et comme poète, il sait :

« … en premier lieu est « l’œuvre d’art », vraie comme la vie.  »[15].

Un programme direct pour son œuvre, la phrase :

« Le narrateur est un observateur et quelqu’un qui comprend les choses. Son œuvre ne rompt jamais avec la réalité, mais elle est en vérité (par la médiation de la langue) la réalité transformée.  »[15]

Roth défendait ici la position de l’"artisan" journaliste. Il était connu de ses contemporains en premier lieu comme journaliste, et les travaux journalistiques représentaient bien la moitié de son œuvre. L’appartenance de Roth à la Nouvelle Objectivité – qui était déjà un mouvement de réaction à l’Expressionnisme qui dominait la littérature de la période de Weimar – dérive peut-être justement du fait que Roth n’était pas un expressionniste. Roth ne prit pas part à l’expérience linguistique de l’ "Expressionnisme" , il resta au contraire conservateur dans les moyens linguistiques qu’il utilisait le plus souvent.

Mythomanie ou mystification[modifier | modifier le code]

La vérité et l’équité sont – en tant qu’attributs divins- des concepts centraux dans la culture juive. Roth se sentait sans aucun doute profondément attaché à ces valeurs. Cependant, si l’on observe le Roth «fanatique de vérité» , on ne peut manquer d’être irrité par le Roth «mythomane» et «mystificateur ».

Par exemple, il faisait le récit d’injustices subies pendant sa captivité - jusqu’à ce que Kisch fasse des recherches sur son passé et prouve que Roth n’avait jamais été en captivité. Mais Franz Tunda dans La Fuite sans fin avait été en captivité, et Roth s’identifiait avec son personnage de roman. Roth disait :

« Ca ne dépend pas de la véracité, mais de la vérité intérieure[16]. »

Toutefois, la « vérité intérieure » de son autoportrait se heurtait souvent à la véracité :

- Il n’était pas né à Schwaben en Hongrie, mais à Brody en Galicie. Les légendes qu’il racontait sur son père ont été mentionnées au début.

- Il ne fut pas officier autrichien, mais Volontaire-Un-An. Après la guerre, il se transforma d’abord en porte-drapeau, puis en lieutenant. Au fil du temps, par le langage et le vêtement, il s’adaptait parfaitement à l’image de l’Officier impérial et royal. Son attitude paraissait absolument convaincante à son entourage (même à d’anciens officiers autrichiens)[17].

- Il n’était pas catholique. Le catholicisme est bien sûr la religion de l’officier autrichien. Lors de son enterrement, on ne put fournir aucune preuve effective d’une éventuelle conversion. Roth s’est aussi reconnu alternativement comme juif ou comme catholique. Il faut ici faire remarquer qu’on ne trouve pas le moindre cas où Roth ait tiré de ses mystifications un avantage personnel. Il était plutôt connu comme quelqu’un de libéral et désintéressé qui aide, avec ses propres moyens, tous ceux qui sont tombés dans la misère[18]. Néanmoins le remodelage poétique de sa biographie par Roth a provoqué une certaine irritation non seulement à l’époque parmi ses amis et relations, mais aussi parmi ses biographes.

« Joseph le rouge » et le légitimiste autrichien[modifier | modifier le code]

De manière générale, on note chez Roth pour l’année 1925-1926 une mutation du socialisme vers le monarchisme. Que Roth ait été auparavant un écrivain « socialiste » ou en tous cas « de gauche », en attestent ses articles socialement critiques et socialement engagés des premières années. Il apparaît clairement dans ces écrits que le malaise social n’était pas pour lui un point de départ pour élaborer des théories, ou la preuve d’une théorie déjà formulée ; Roth reste dans le concret et se révèle là comme un observateur très précis.

Même le fait que quelques articles de Roth soient parus dans le journal social-démocrate Vorwärts sous le pseudonyme de « Joseph le Rouge »[19], ne justifie pas la caractérisation absolue du Roth des débuts comme socialiste.

Là où, dans les études littéraires, il est pris au mot comme « Joseph le Rouge »[20], on le démasque d’abord comme un social-romantique ; son supposé abandon du socialisme est ensuite considéré comme typique d’un intellectuel bourgeois dont la théorie socialiste est insuffisamment consolidée.

Même son appartenance au Groupe 1925, une association d’écrivains de gauche, ne prouve rien : Roth apparaît comme signataire des résolutions du Groupe, mais il ne prit pas part aux rencontres de l’association. Néanmoins, il semble avoir suivi avec intérêt les activités du Groupe pendant la courte période de l’existence de celui-ci.

En ce qui concerne le Roth monarchiste : dans ses premiers travaux journalistiques, Roth s’était montré vraiment critique à l’égard de la monarchie. Cette position se transforma en une idéalisation de la Monarchie des Habsbourg, qui certes ne méconnaissait pas ni n’ignorait les erreurs et les négligences de l’État corporatif autrichien qui avait réellement existé (mais n’existait plus), mais qui peignait l’Utopie d’une Autriche dans une transfiguration romantique, telle qu’elle aurait pu être ou dû être. Roth n’était ici pas le seul représentant de cette nostalgie spécifique royale et impériale : de Fritz von Herzmanovsky-Orlando (Tarockanie) à Robert Musil (Kakanie), quelques poètes travaillaient au transfert de l’Autriche vers le Mythe et l’Utopie.

Pour Roth, cela changea avec l’ascension du National-socialisme. Il voyait dans la Monarchie et l’Église catholique les seules forces qu’il croyait capables d’opposer une résistance suffisante à la « peste noire » - si elles pouvaient s’y décider. En conséquence, non seulement il renforça sa propre stylisation en tant qu’officier autrichien (catholique, naturellement), mais il soutint aussi concrètement la cause monarchiste par des articles et un travail politique[21].

Dans ses dernières années, il cherchait le contact avec les cercles légitimistes autour du prétendant au trône Otto de Habsbourg ; dans cette perspective il partit pour Vienne le 24 février 1938 (quelques jours avant l’Anschluss de l’Autriche) avec l’objectif de convaincre le chancelier fédéral autrichien Kurt Schuschnigg d’abdiquer en faveur d’Otto de Habsbourg. Le projet n’était peut-être pas aussi illusoire qu’il apparaît rétrospectivement; quoi qu’il en soit, Roth échoua : il ne réussit pas à parler à Schuschnigg et le président de la Police de Vienne Michael Skubl lui conseilla de retourner au plus vite à Paris.

La patrie et la perte de la patrie[modifier | modifier le code]

Dans ces années-là parurent certaines œuvres de Roth, au centre desquelles le déclin de l’Autriche est purement et simplement une métaphore de la perte de la patrie. En font partie les grands romans La marche de Radetzky (1932) et La crypte des capucins(1938) (dont le récit s’enchaîne avec le premier), tout comme la nouvelle Le buste de l’Empereur (1934). Dans sa préface à la première publication de La marche de Radetzky dans le Frankfurter Zeitung, Roth écrit :

"Une volonté cruelle de l’Histoire a réduit en morceaux ma vieille patrie, la Monarchie austro-hongroise. Je l’ai aimée, cette patrie, qui me permettait d’être en même temps un patriote et un citoyen du monde, un Autrichien et un Allemand parmi tous les peuples autrichiens. J’ai aimé les vertus et les avantages de cette patrie, et j’aime encore aujourd’hui, alors qu’elle est défunte et perdue, ses erreurs et ses faiblesses. Elle en avait beaucoup. Elle les a expiées par sa mort. Elle est passée presque directement de la représentation d’opérette au théâtre épouvantable de la guerre mondiale."[22]

Le déclin de l’Autriche comme perte de la patrie et sa réinterprétation par Roth renvoie à la perte précoce du père. Mais ce sentiment d’égarement et de déracinement est aussi représenté ailleurs, en l’occurrence comme sentiment dominant dans la vie des juifs galiciens, et des juifs en général, par exemple dans l’essai Juifs en errance.

Sa fin déjà proche, Roth a la nostalgie d’un retour au pays, dans le sentiment de sécurité (également religieux) de la culture juive des « Schtetl », transformée miraculeusement en culture catholique dans La légende du saint buveur, où le buveur sans abri Andreas Kartak, directement frappé par des miracles et la Grâce divine, trouve dans la mort la délivrance et le retour au pays. Encore à propos de l'exil, en 1933, il écrit « Comme si le passeport et le document qui garantissent à l’écrivain sa nationalité avaient beaucoup plus de valeur que le livre qu’il a écrit ; pis encore, comme si le passeport était une distinction toute particulière que l’Etat décerne à son poète bien qu’il ne l’ait pas mérite ! Comme si l’industrie, l’armée, les ministères, la police, les compagnies de [[Sturmabteilung SA]] étaient l’Etat : eux tous mais pas le poète !! … Aussi vrai qu’un écrivain dont la vie physique est mise en danger et émigre pour cette raison… ne cesse pas pour autant d’être un écrivain allemand, de même la littérature allemande ne connaît pas de frontières territoriales… Ah ! Quelle ironie ! »[23].

Parmi les œuvres explicitement juives ou plus précisément qui étudient la thématique juive, on peut citer la nouvelle Le Léviathan et le roman Job (Le Poids de la grâce)[24].

Liste des œuvres[modifier | modifier le code]

Son œuvre la plus célèbre est son roman La Marche de Radetzky, qui retrace la chute de l'Empire austro-hongrois et la désintégration de la société autrichienne à travers trois générations de la famille von Trotta.

Liste (non exhaustive) par ordre chronologique de parution :

  • Der Vorzugsschüler (Vienne 1916) ;
  • Barbara (Vienne, 1918) ;
  • La Toile d'araignée - Das Spinnennetz, (Vienne, 1923);
  • Hôtel Savoy - Hotel Savoy. Ein Roman (Berlin, 1924);
  • La Rébellion - Die Rebellion (Berlin, 1924) ;
  • L'Histoire d'un amour- April, Die Geschichte einer Liebe (Berlin, 1925) ;
  • Le Miroir aveugle - Der Blinde Spiegel, ein kleiner Roman (Berlin, 1925) ;
  • Juifs en errance - Juden auf Wanderschaft (Berlin, 1927) ;
  • La Fuite sans fin - Die Fluch ohne Ende - Ein Bericht (Munich, 1927;
  • Zipper et son père -Zipper und sein Vater (Munich, 1928);
  • Gauche et droite - Rechts und links (Berlin, 1929) ;
  • Le Prophète muet - Der stumme Prophet (extraits, Berlin, 1929 ; première édition posthume avec une préface de Walter Lenning, Kiepenheuer & Witsch, Köln, 1966);
  • Briefe aus Deutschland (Hambourg, 1929) ;
  • Job. Roman d'un homme simple[2] - Hiob. Roman eines einfachen Mannes (Berlin, 1930) ; repris en livre de poche sous le titre Le poids de la grâce (1987) ; nouvelles traductions françaises sous le titre Job. Roman d'un homme simple, l'une par Silke Hass et Jean-Pierre Boyer aux éditions Panoptikum (2011), l'autre par Stéphane Pesnel aux éditions du Seuil (Paris, 2012) ;
  • Panoptikum. Gestalten und Kulissen (Munich, 1930) ;
  • La Marche de Radetzky - Radetzkymarsch (Berlin, 1932); "La Marche de Radetzky", traduction française par Blanche Gidon, revue par Alain Huriot, avec une présentation de Stéphane Pesnel et l'avant-propos de 1932 traduit par Stéphane Pesnel (Paris, éd. du Seuil, mai 2013).
  • Stationschef Fallmerayer (Amsterdam, 1933) ;
  • Tarabas - Tarabas, ein Gast auf dieser Erde (Amsterdam, 1934);
  • Triumph des Schönheit (Paris, 1934) ;
  • Le Buste de l'Empereur - Die Büste des Kaisers (Paris, 1934);
  • L'Antéchrist - Der Antichrist( Amsterdam, 1934) ;
  • Le Léviathan - Der Leviathan (Amsterdam, 1940 ;
  • Le Roman des cent-jours - Die hundert Tage (Amsterdam, 1935) ;
  • Notre assassin - Beichte eines Mörders, erzählt in einer Nacht (Amsterdam, 1936) ;
  • Les Fausses Mesures- Das falsche Gewicht. Die Geschichte eines Eichmeisters (Amsterdam, 1937) ;
  • La Crypte des Capucins (où le dernier des von Trotta cherche en vain refuge dans la Crypte des Capucins où gisent ses empereurs) - Die Kapuzinergruft (Bilhoven, 1938);
  • Conte de la 1002ee nuit - Die Geschichte von der 1002. Nacht (Bilthoven, 1939);
  • La Légende du saint buveur - Die Legende vom heiligen Trinker (Amsterdam, 1939).

Autres titres parus en français :

- Recueils de nouvelles :

  • Le Marchand de corail

- Recueils de chroniques et lettres :

  • Une heure avant la fin du monde ;
  • À Berlin ;
  • La Filiale de l'enfer (Écrits de l'émigration) ;
  • Le Genre féminin ;
  • Symptômes viennois ;
  • La Deuxième Vie ;
  • Lettres ;
  • Croquis de voyage ;
  • Cabinet des figures de cire, précédé d'Images viennoises, Esquisses et portraits

Adaptations cinématographiques[modifier | modifier le code]

  • Le nid de l'araignée :

Film allemand, Bernhard Wicki, 1989 ;

  • La Rébellion :

Téléfilm allemand de Wolfgang Staudte, 1962 ; Téléfilm autrichien de Michael Haneke ;

  • La fuite sans fin :

Téléfilm austro-allemand avec Helmuth Lohner ;

  • Le poids de la grâce :

Sins of Man, USA 1936 ; Hiob, téléfilm austro-allemand en 3 parties, de Michal Kehlmann;

  • La Marche de Radetzky :

Téléfilm allemand de 1965; Téléfilm austro-germano-français en trois parties de 1995 avec Max von Sydow et Charlotte Rampling ;

  • Stationschef Fallmerayer :

Film austro-allemand de 1975 ;

  • Tarabas :

Téléfilm germano-autrichien, avec Helmut Lohner;

  • La Crypte des Capucins :

Trotta, Johannes Schaf, Allemagne, 1971 ;

  • Les fausses mesures :

Téléfilm allemand de Berhard Wicki, 1971 ;

  • Conte de la 1002ee nuit :

Téléfilm allemand de 1969 ;

  • La légende du saint buveur :

Film italo-français de Ermanno Olmi, 1988, voir La Légende du saint buveur)

Notes et Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

En allemand
  • Michael Amon, Joseph Roth packt seine Koffer, verläßt Berlin und läßt ein Manuskript unvollendet zurück, Essai, Wiener Monat (mensuel devenu plus tard supplément du Wiener Zeitung, mai 1999 ;
  • Heinz Ludwig Arnold (dir), Text + Kritik. Sonderband Joseph Roth, Munich, 1982 ;
  • Michael Bienert (dir), Joseph Roth in Berlin, Cologne, Kiepenheuer & Wisch, 1996 ;
  • David Bronsen, Joseph Roths lebenslange Auseinandersetzung mit dem Zionismus, in : Zeitschrift für die Geschichte der Juden, Olamenu, Tel Aviv, 1970, fasc. 1, p. 1-4 ;
  • —, Joseph Roth. Eine Biographie, Cologne, Kiepenheuer & Wisch, 1974, nelle éd. revue 1993 ;
  • Geza von Cziffra, Der heilige Trinker. Erinnerungen an Joseph Roth, Berenberg Verlag, 2006 ;
  • Eleonore Fronk et Werner Andreas, "Besoffen, aber gescheit". Joseph Roths Alkoholismis in Leben und Werk, Athena, Oberhausen 2002 ;
  • Sebastian Kiefer , Braver Junge - gefüllt mit Gift. Joseph Roth und die Ambivalenz, thèse, Metzler, Stuttgart und Weimar, 2001 ;
  • Bernd M. Kraske (dir), Joseph Roth - Werk und Wirkung, Bonn, 1988 ;
  • Heinz Lunzer et Victoria Lunzer-Talos, Joseph Roth - Leben und Werk in Bildern, Cologne, 1994, nelle éd revue 2009 ;
  • Dietmar Mehrens, Vom göttlichen Auftrag der Literatur. Die Romane Hoseph Roths. Ein Kommentar (thèse), Halbourgn, 2000 ;
  • Soma Morgenstern, Josep Roths Flucht und Ende. Erinnerungen, zu Klampen, Lünegurg, 1994 ;
  • Helmuth Nürnberger, Joseph Roth mit Selbstzeugnissen und Bilddokumenten, Reinbek bei Hamburg, 1981 ;
  • Eva Rafferl, Vertraute Fremde. Das östliche Judentum im Werk von Joseph Roth und Arnold Zweig, Thèse, Narr. Tübingen, 2002 ;
  • Rainer-Joachim Siegel, Joseph Roth - Bibliographie, Cicero-Press, Morsum, 1994 ;
  • Wilhelm von Sternburg, Joseph Roth. Eine Biographie. Kiepenheuer & Wisch, Cologne, 2009 ;
  • Volker Weidermann, Die Hölle regiert ! Stefan Zweig une Joseph Roth - eine Freundschaft in Briefen. in Das Buch der verbrannten Bücher, Cologne, Kiepenheuer & Wich, 2008, p. 232-240.
En français
  • David Bronsen, Joseph Roth, éd. rev. et abrégée par Katharina Ochse, trad. de l'allemand par René Wintzen, Paris, Seuil, 1994, 372 p.
  • Philippe Chardin, Le roman de la conscience malheureuse, Genève, Droz, 1982.
  • Stéphane Pesnel, Totalité et fragmentarité dans l’œuvre romanesque de Joseph Roth, Bern, Peter Lang, coll. « Contacts », 2000.
  • Géza von Cziffra, Joseph Roth, le saint buveur : souvenirs, trad. de l'allemand par Jean Ruffet, Paris, Éditions du Rocher, 2003, 163 p.
  • Jacques Le Rider et Heinz Raschel (dir.), La Galicie au temps des Habsbourg (1772-1918). Histoire, société, cultures en contact, Tours, Presses Universitaires François-Rabelais, 2010.
En néerlandais
  • Els Snick, Waar het me slecht gaat is mijn vaderland. Joseph Roth in Nederland en België, Amsterdam, Bas Lubberhuizen, 2013.
En anglais
  • Martin Mauthner: German Writers in French Exile, 1933-1940, Vallentine Mitchell, Londres, 2007(ISBN : 978 0 85303 540 4).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fiche éditeur[1]
  2. Que Kindermann fut le modèle d'Anton Wanzl est affirmé par Józef Wittlin dans ses souvenirs de Joseph Roth (Gedächnisbuch, p. 52)
  3. « A Gustave Kiepenheuer pour son 50e anniversaire ». Werke in drei Bänden (1956), p. 835.
  4. Sa Majesté apostolique K. et K . in Werke in drei Bänden (1956). P. 328-329.
  5. À titre d’exemple, un curé de ses amis lui avait établi un extrait de baptême, dans lequel son lieu de naissance n’était pas Szwaby près de Brody (ce qui était déjà une fiction) mais Schwaben en Hongrie.
  6. Lettre à Herbert Ihering du 17 septembre 1922.
  7. En juin 1929, sa collaboration au Frankfurter Zeitung avait cessé. Du 18 août 1929 au 1er mai 1930, il rédigea une trentaine de contributions pour le Münchner Neuesten Nachrichten. Son contrat y prévoyait 2000 Marks mensuels pour la livraison d’au moins deux contributions. Voir David Bronsen, Joseph Roth. Eine Biographie, Cologne, Kiepenheuer & Wisch, 1974.
  8. Andrea Manga Bell fut peut-être le modèle du personnage de Juliette Martens dans le roman à clé de Klaus Mann Mephisto.
  9. Andrea Rebuffé, cité dans Bronsen, p. 466.
  10. Irmgard Keun : Wenn wir alle gut wären. Erinnerungen und Geschichten. Progress Verlag, Düsseldorf 1954, p. 146.
  11. Egon Erwin Kisch : Briefe an den Bruder Paul und an die Mutter. Berlin 1987, p. 297
  12. Bronsen, op. cit., p. 502.
  13. Briefe 1911-1939, Cologne, 1970, p. 249
  14. Tous les membres de la famille de Roth à Lemberg furent victimes de la Shoa
  15. a, b, c, d et e Schluβ mit der « Neuen Sachlichkeit », in Literarische Welt, 17 et 24 janvier 1930.
  16. Cité in Geza von Cziffra, Der heilige Trinker, Berlin, 2006, p. 53.
  17. Voir Bronsen, Joseph Roth p. 175
  18. Roth avait une véritable vocation de mendiant. Cependant, on raconte certaines histoires dans lesquelles il transmettait immédiatement l’argent mendié à un étranger tombé dans la misère.
  19. Un simple jeu de mot sur son nom : « Joseph Roth (rouge) » devient « Joseph le rouge ». A d’autres endroits, il signe « Josephus », ce qui n’en fait pas non plus un membre des historiographes juifs.
  20. Notamment par Uwe Schweikert : Der rote Joseph in : Heinz Ludwig Arnold (dir) : Joseph Roth Text + Kritik Sonderband. Munich 1982, p. 40-55.
  21. Référence???
  22. Frankfurter Zeitung , 17 avril 1932, in Bronsen, op. cit., p. 400.
  23. Joseph Roth : Une heure avant la fin du monde(1933), Ed.: Liana Levi, Coll.: Piccolo, 2009, ISBN 2867465273
  24. Almuth Hammer : Erwählung erinnern. Literatur als Medium jüdischen Selbstverständnisses, Vandenhiesck & Ruprecht, 2004, p. 103.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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