Famille Sanson

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Le caveau des Sanson à Montmartre.

La famille Sanson est une célèbre famille de bourreaux normands qui ont exercé à Paris de 1688 à 1847.

Sommaire

L’origine de la lignée, Charles-Louis Sanson [modifier]

Sous le règne de Louis XIV, Charles Sanson ancien officier près de Rouen, devient aide du bourreau Pierre Jouenne à la suite de son mariage avec sa fille Marguerite Jouenne vers 1675. Le procès-verbal d’une exécution à Rouen, en 1675 mentionne que, ayant à « rompre » un condamné, « l’exécuteur des hautes œuvres ayant forcé son gendre, nouvellement marié, à porter un coup de barre au patient, ledit gendre tomba en pâmoison et fut couvert de huées par la foule. »

Marguerite accouche d’un fils, Charles, vers 1681, et, fin 1685, devenu veuf, Charles quitte Rouen. Il se retrouve avec le même emploi d’aide-bourreau à Paris vers 1687, puis monte en grade une année plus tard, à la suite de la destitution pour cause de proxénétisme de Nicolas Levasseur. Le 24 septembre 1688, Charles Sanson prend la succession de son beau-père et devient le premier représentant de la dynastie des bourreaux Sanson.

Vers 1696, son fils Charles Sanson II l’assiste déjà comme aide-bourreau. En 1699, le père démissionne et épouse, à Paris, Jeanne Renée Dubut, la sœur du bourreau de Melun. Le couple se retire en 1703 dans l’Aisne, à Condé-en-Brie, où Charles décède en 1707.

Charles Sanson II [modifier]

Charles Sanson II (fils de Charles et Marguerite Jouënne, sa première épouse), né vers 1681, après avoir aidé son père à Paris dès 1696 environ, reste aide-bourreau encore deux ans après la démission de celui-ci, n’accédant à la fonction qu’à sa majorité en 1701, et obtient ses « lettres de provision » de bourreau officiel de Paris en 1707, après le décès de son père.

La même année, il épouse à Paris la sœur de sa belle-mère, c’est-à-dire la sœur de la seconde épouse de son père, Anne Marthe Dubut (deuxième sœur du bourreau de Melun).

Charles Sanson fils, après avoir, en 1720, roué vif pour cause d’assassinat le comte de Horn, un cousin du duc d’Orléans, préside en 1721 à l’exécution de Cartouche, le célèbre bandit. Décédé à Paris en 1726, laissant un jeune fils de 7 ans (Charles Jean Baptiste), il est inhumé en grandes pompes dans l’Église Saint-Laurent, où il rejoint les dépouilles de ses parents.

Sa veuve se remarie avec celui qui devient ainsi en 1727 le « régent » de son fils, c’est-à-dire le titulaire par intérim de la charge de bourreau en attendant que ce dernier ait 20 ans. François Prudhomme est un bourreau spécialiste de la torture, dont la fonction le désigne comme « questionnaire-juré ». Il a son moment de gloire en réussissant en 1737 une décollation.

Charles Jean Baptiste Sanson [modifier]

Charles Jean-Baptiste Sanson débute au pied de l'échafaud à 7 ans. Né vers 1719 (fils de Charles et de Anne Marthe Dubut), il se voit restituer en 1739 par le second mari de sa mère, François Prudhomme, la charge officielle d' « Exécuteur de la Ville, Prévôté et Vicomté de Paris ».

Marié une première fois en 1737 à Paris avec Madeleine Tronson, il épouse à Étampes, en 1741, Jeanne Gabrielle Berger, elle-même fille du bourreau de Sens et petite-fille du bourreau d’Étampes.

Il est frappé par une attaque le laissant à demi-paralysé, en 1754. Il doit passer le flambeau à son fils, Charles-Henri, qui n’a alors que 15 ans, tout en devant recourir à nouveau à l’assistance de François Prudhomme (devenu depuis bourreau de Vannes) pour procéder en 1757 à l’exécution du régicide Damiens.

Il s'installe à Brie-Comte-Robert, en Seine-et-Marne mais, bien qu’invalide, il n’obtient pas du Parlement son remplacement officiel dans la fonction par son fils. Devenu veuf vers 1767, il revient habiter à Paris pour y mourir vers 1778, peu après avoir démissionné en bonne et due forme en faveur de Charles-Henri, son fils.

Charles-Henri Sanson, quatrième du nom [modifier]

Article détaillé : Charles-Henri Sanson.
Portrait imaginaire de Sanson par Eugène Lampsonius.

Les débuts [modifier]

Fils de Charles Jean Baptiste et de Madeleine Tronson, Charles-Henri Sanson naît le 15 février 1739. Il épouse Marie Anne Jugier à Paris en 1766 qui lui donnera deux fils : Henri, né en 1767 à Paris, qui succédera à son père en 1795, Gabriel, né en 1769, aide-bourreau depuis 1790 environ, qui mourut en 1792, en tombant de l’échafaud, alors qu’il voulait exhiber la tête d’un supplicié à la foule. Charles Henri mourut le 4 juillet 1806.

En 1766, il rata la décapitation de Lally-Tollendal du premier coup. Son père n’étant pas décédé et se devant d’assister à chaque exécution en tant que chef bourreau, trancha le cou de Lally d’un coup supplémentaire.

Charles-Henri pratiqua nombre d’exécutions, dont celles de Robert François Damiens, l’agresseur du roi Louis XV, qui fut écartelé en 1757, du chevalier de La Barre le 1er juillet 1766 (jeune homme de 19 ans, accusé de blasphème, qui eut la langue coupée, le cou tranché et dont les restes furent brûlés), ainsi que de l’empoisonneur faux dévot Antoine-François Desrues en 1777.

À la suite de la démission de son père, Charles Henri devient officiellement le bourreau de la « Ville, Prévôté et Vicomté » de Paris, et la même année (1778) bourreau de la Cour du Roi à Versailles, la « Prévôté de l’Hôtel du Roy », charge exercée jusque là par son oncle Nicolas Charles Gabriel Sanson.

Quand éclate la Révolution, Charles Henri Sanson, qui a alors 50 ans, suit le mouvement sans y participer mais acquiert le titre de citoyen en 1789. En 1791, un projet vieux de deux ans refait surface. C’est l’œuvre du docteur Guillotin, qui réclame une exécution uniforme et sans douleur pour les condamnés à mort. Devant la décision de l’Assemblée de pratiquer la décapitation comme moyen unique de mise à mort, Sanson écrit un mémoire où il insiste sur la fatigue de l’exécuteur qui aurait à couper plusieurs têtes d’affilée, l’usure rapide des glaives de justice ainsi que leur coût d’entretien ou d’achat. On parle alors d’un dispositif mécanique. Le docteur Louis rédige un court descriptif de l’engin, mais le prix onéreux de la réalisation incite la réserve. Sanson fait alors part à un de ses amis, un facteur de clavecins d’origine prussienne, Tobias Schmidt, de ses préoccupations, au cours d’une soirée Schmidt esquisse les plans d’une machine à décapiter et se propose de la fabriquer.

La nouvelle machine [modifier]

Schmidt, assisté de Sanson, s’attelle à la fabrication de l’appareil. En avril 1792, la guillotine est prête, et Sanson porte les plans de la machine au docteur Louis, au palais des Tuileries en présence du roi Louis XVI. Le roi se penche sur les dessins, et juge bien mauvaise l’idée d’un tranchant convexe. D’une plume, il trace une lame triangulaire et demande de pratiquer les essais avec les deux formes de lame.[citation nécessaire] Le 17 avril, la machine, montée à Bicêtre, décapite avec succès deux moutons vivants, mais le troisième n’a la tête qu’à demi sectionnée. On pratique les changements de lame, et on décapite d’autres moutons, ainsi que trois cadavres : l’incision plus nette, plus propre, fait que le couperet oblique est approuvé. L’usage officiel a lieu le 25 avril, en Place de Grève, Sanson tranche parfaitement la tête du bandit Nicolas Pelletier.

Tomberont alors 2 918 têtes, dont celles du roi Louis XVI et de Marie-Antoinette, son épouse, des Girondins, d'Hébert, de Danton et des Indulgents, de Charlotte Corday puis de Lavoisier, et celles de Robespierre et des Montagnards. En 1793, Sanson, propose à son fils Henri de lui succéder. Officiellement, il reste le bourreau, mais n’exercera plus jusqu’à sa mort en 1804.

Après l’exécution de Louis XVI, Sanson exige et obtient le 13 février 1793 un droit de réponse du journal le Thermomètre du jour qui a relaté la mort du roi en accusant celui-ci de lâcheté au moment de monter sur l'échafaud. Le 7 juin 2006, cette lettre manuscrite a été adjugée 120 000 euros lors d’une vente aux enchères à Londres par la maison Christie's.

En 1830, il fait publier ses mémoires sous le titre Mémoires de Sanson (sous titrée pour servir à l'histoire de la Révolution française) qui furent en fait rédigées par Louis-François L'Héritier de l'Ain, et en partie par Honoré de Balzac. Balzac reprit son texte pour en faire un récit de fiction intitulé : Un épisode sous la Terreur (1845).

Henri Sanson [modifier]

En avril 1793, Henri devient le bourreau de Paris et entre dans l'histoire à son tour en guillotinant Marie Antoinette. En 1795, il exécute Fouquier-Tinville, l’ex-accusateur public du Tribunal Révolutionnaire. Il fut soldat durant la Révolution et il exerça durant trente-cinq ans cette charge. Il exécuta les protagonistes de l’affaire du courrier de Lyon. Les Sergents de La Rochelle, ou Louvel, assassin du duc de Berry, furent également exécutés par lui. En 1840, il meurt, son fils et aide Henry-Clément prend sa place.

Henri-Clément Sanson [modifier]

Durant la carrière d'Henry-Clément Sanson, seules dix-huit exécutions furent pratiquées à Paris. Les plus célèbres sont celles de Lacenaire et de son complice Avril, en 1836. Amateur de jeux d’argent, Henri-Clément Sanson fréquente régulièrement les casinos de l’époque et perd souvent. En 1847, il est incarcéré pour dettes à la prison de Clichy. Ses créanciers exigent, pour sa libération, un gage. Sanson gage la guillotine, l’instrument dont les bourreaux étaient responsables. Le règlement de sa dette par le ministère la justice permet la libération de Sanson. Mais le garde des sceaux Nicolas Martin du Nord, qui partageait peut-être certaines inclinations sexuelles de Sanson et le protégeait, menacé d’un scandale pour avoir été vu dans « une maison interlope », prend un congé pour raisons de santé, et, semble-t-il, se suicide. L’une des premières mesures du nouveau garde des sceaux Michel Hébert est de révoquer Henri-Clément Sanson, dont le nom figurait dans le registre de pédérastes de la Préfecture de police de Paris[1]. C’est l’exécuteur Charles-André Férey qui prend sa place. Sanson, sixième du nom, meurt à Versailles le 25 janvier 1889. Ses mémoires, ''Sept générations d'exécuteurs, 1688-1847 : mémoires des Sanson'', rédigés en partie par un publiciste nommé d’Olbreuse et par un écrivain doué d’une belle plume, dont l’identité n’a pas été révélée, contient un plaidoyer très émouvant contre la peine de mort.

À l'écran [modifier]

  • Dans le film "La Révolution française" (Robert Enrico & Richard T. Heffron, 1989) Charles Henri Sanson est interprété par Christopher Lee.
  • Dans la série "Nicolas Le Floch" (2008) qui se déroule sous le règne de Louis XV, Charles Henri Sanson (interprété par Michaël Abiteboul) joue un rôle d'investigation scientifique (il pratique les autopsies) en support de la police, en accord avec les livres desquels est tirée la série. Ce rôle semble avoir été inventé par l'auteur, qui ne cite pas de sources documentaires à ce sujet.
  • D'autres interprétations sont visibles à l'adresse suivante : http://www.imdb.com/character/ch0063428/


Créations radiophoniques [modifier]

Sur France-Cuture une mise en onde de la vie des Sanson (sur un texte de Virginie Mourthé), écoutable (en deux parties) aux dates des 16 et 23 février 2013 (21.00) http://www.franceculture.fr/emission-fictions-droles-de-drames-les-sanson-tueurs-en-serie-de-pere-en-fils-de-virginie-mourthe-1e http://www.franceculture.fr/emission-fictions-droles-de-drames-les-sanson-tueurs-en-serie-de-pere-en-fils-de-virginie-mourthe-2i

Article connexe [modifier]

Notes et références [modifier]

  1. Jean-Claude Féray – Henri-Clément Sanson in Le Registre infamant, Quintes-feuilles, 2012. pp. 402-416.

Bibliographie [modifier]