Boulevards parisiens

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Boulevard Haussmann avec les magasins du Printemps

Les boulevards constituent une part importante de l'identité urbaine et sociale de Paris. Ils ont été construits à l'initiative du pouvoir central, à l'emplacement des fortifications concentriques successives de la ville lorsque celles-ci devenaient obsolètes. Le nom de « boulevard » vient du néerlandais bolwerc, ouvrage de planches, désignant d'abord le rempart, puis le terre-plein du rempart[1].

Les boulevards sont associés à un certain état d'esprit de flânerie et de légèreté. Cette vocation au divertissement se manifeste au XVIIIe siècle par l'installation de nombreux théâtres autour de la porte Saint-Martin. L'esprit « boulevardier » se développe dans les théâtres de boulevard, qui donnent des pièces légères et divertissantes, éloignées de l'académisme des théâtres officiels. Le boulevard du Temple reçoit ainsi le surnom de « boulevard du Crime » à l'époque de la Restauration, allusion aux innombrables forfaits commis non dans la rue mais sur les scènes de théâtre. C'est aussi sur les Grands Boulevards qu'aura lieu la première représentation publique de cinématographe.

Sur la rive droite, Paris comporte trois rangés de boulevards :

  1. les Grands boulevards
  2. les boulevards construits à la place du mur des fermiers généraux (sans nom générique particulier)
  3. les boulevards des Maréchaux, construits après la destruction de l'enceinte de Thiers.

Le boulevard périphérique conserve de l'idée de boulevard, celle de ceinture, mais ne comporte aucune des caractéristiques sociales et culturelles des boulevards parisiens.

Les Grands Boulevards[modifier | modifier le code]

Les boulevards sur le plan de Turgot (1736) quelques années après leur création sur l'emplacement des murailles arasées
Le boulevard des Capucines, peu après sa création : un terrain inégal et une double rangée d'arbres pour la circulation des voitures

Les Grands Boulevards désignent les boulevards parisiens par excellence. Ils se situent sur la rive droite, en lieu et place des anciennes fortifications de Charles V et de Louis XIII. Les Grands Boulevards sont constitués aujourd’hui (exhaustivement) par les boulevards Beaumarchais, des Filles-du-Calvaire, du Temple, Saint-Martin, Saint-Denis, de Bonne-Nouvelle, Poissonnière, Montmartre, des Italiens, des Capucines et de la Madeleine.

La seconde enceinte construite autour de Paris était celle de Charles V construite de 1370 à 1382. Elle allait de la porte Saint-Antoine sur l’actuelle place de la Bastille à la porte Saint-Denis puis au Louvre. Dans la partie nord-ouest, elle avait été remplacée par l'enceinte de Louis XIII construite de 1633 à 1636 et allant de la porte Saint-Denis à la porte Saint-Honoré (place de la Madeleine actuelle).

Vers 1660, ces fortifications sont en mauvais état et devenues inutiles après les victoires de Louis XIV. Les murailles sont rasées et les fossés comblés. Sur la chaussée nouvellement créée, quatre voitures peuvent rouler de front et des contre-allées sont plantées d'une double rangée d'arbres. Certaines portes fortifiées sont remplacées par des arcs de triomphe (porte Saint-Denis, porte Saint-Martin).

C'est le « Nouveau Cours » construit de 1668 à 1705 sous Louis XIV par l’architecte Pierre Bullet. Dans la partie ouest, la noblesse et la finance font construire de magnifiques hôtels dans les quartiers attenants. Par contre, dans la partie est, ce sont des attractions populaires (théâtres, bals, acrobates, restaurants…) qui s'implantent.

La chaussée est pavée en 1778. L'éclairage au gaz fait son apparition en 1817 dans le passage des Panoramas et s'étend au boulevard en 1826. Le premier omnibus à cheval « Madeleine-Bastille » se met en place le 30 janvier 1828

Les Parisiens en font un lieu de promenade dont le succès persiste à travers les siècles et les transformations urbaines. Le Bel-Ami de Maupassant déambulait sur les boulevards en quête de plaisirs et, dans les années 1950, c'est encore sur les boulevards que Fred Astaire ressentait le mieux le plaisir d’être à Paris dans Funny Face. Au XXe siècle, surtout dans la partie ouest, de nombreux cafés et restaurants sont remplacés par des immeubles de bureau ou des sièges de sociétés.

Le percement d’autres axes de grande capacité (boulevard Richard-Lenoir, boulevard Haussmann, avenue de la République…) a pourtant réduit la lisibilité dans la topographie parisienne de l’ancienne enceinte de Louis XIII. La notion de « Grands Boulevards » est devenue un peu plus floue. De nombreux Parisiens y incluront sans doute spontanément le boulevard Haussmann, parce que les vitrines des grands magasins qui attirent les promeneurs conviennent bien à l’esprit boulevardier.

Un haut lieu de la grande fête parisienne[modifier | modifier le code]

Bataille de confetti et arbres enrubannés de serpentins sur les Grands Boulevards en 1896.
Article détaillé : Carnaval de Paris.

Au XIXe siècle, les Grands Boulevards deviennent un lieu de rendez-vous incontournable du Carnaval de Paris, alors très grand. Ils voient la foule en carnaval les envahir au point que, autour de 1900, les trois jours gras avec Mardi Gras, et le jeudi de la Mi-Carême, on doit détourner la circulation des véhicules et interrompre le passage du célèbre omnibus Madeleine-Bastille. Durant leurs défilés dans Paris, les cortèges du Bœuf Gras et des reines de la Mi-Carême passent forcément par là.

Sur les Grands Boulevards ont lieu de gigantesques batailles de confetti, vendus au verre ou au kilogramme, depuis 1892 jusqu'à 1914. Au début des années 1890, au moment de la fête, les serpentins rendent les arbres des Grands Boulevards « tout chevelus et multicolores ».

Le dernier très grand cortège carnavalesque parisien sorti à ce jour, le jeudi de la Mi-Carême 28 mars 1946, ne manquera pas d'emprunter tous les Grands Boulevards.

Les boulevards du « mur murant » Paris[modifier | modifier le code]

Nouvelle ligne de fortification, nouvelle ceinture de boulevards : à partir de 1784, Ledoux construit le mur des Fermiers généraux, bordé d'une ligne de boulevards sur le côté extérieur. Ce mur d'octroi, détesté des Parisiens, disparaîtra lors de l'édification de l'enceinte suivante, mais les boulevards, eux, sont restés. Les plans d'urbanisme des années 1950 tenteront, sans y parvenir, de les transformer en autoroute urbaine.

Les boulevards des Maréchaux[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Boulevards des Maréchaux.

Dans les années 1920, la destruction de l'enceinte de Thiers permit de créer une troisième ceinture de boulevards faisant le tour complet de Paris. On baptisa ces nouvelles voies des noms de maréchaux d'Empire. Ils constituèrent la "frontière" de Paris pour beaucoup de Parisiens, jusqu'au temps du "Périphérique". N.B. : les Parisiens ne dénomment jamais « Grands Boulevards » les boulevards des Maréchaux.

Les boulevards haussmanniens[modifier | modifier le code]

Boulevard Poissonnière

Les boulevards « haussmanniens » constituent un type particulier de boulevards quant à leur origine. Ils résultent de larges percées dans le tissu parisien et non de l'exploitation de l'espace vacant d'une ancienne enceinte. Ils s'apparentent aux autres boulevards par leurs caractéristiques géographiques (artères concentriques), sociales et culturelles. Exemples : boulevard Saint-Germain, boulevard Haussmann.

Les grands travaux du Second Empire imposent le boulevard au cœur même de Paris, alors qu'il n'a été construit jusque-là que dans des zones peu ou pas habitées. Le boulevard, qui ne servait auparavant qu'à contourner la capitale, devient alors l'axe structurant de la circulation.

C'est sur le plan de l'architecture que la période haussmannienne, dans les anciens boulevards comme dans les nouveaux, contribue à l'image de Paris : les alignements d'immeubles contrôlés par les règlements, avec leurs balcons filant tout le long d'un îlot, font du boulevard parisien un axe immédiatement reconnaissable.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Danielle Chadych et Dominique Leborgne, Atlas de Paris, Parigramme, 2002 (ISBN 2-84096-249-7).

Référence[modifier | modifier le code]

  1. Danielle Chadych et Dominique Leborgne, Paris pour les Nuls, 27, rue Cassette - Paris, First Editions, coll. « Les Nuls »,‎ 1 T 2006, 459 p. (ISBN 2-75400-168-9).