Charles-Henri Sanson

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Portrait de Sanson par Eugène Lampsonius.

Charles-Henri Sanson, né le 15 février 1739 et mort le 4 juillet 1806, était un bourreau français, officiellement exécuteur des hautes œuvres de Paris, pour la cour du roi Louis XVI et pour la Première République française. Il est surtout connu pour avoir décapité le roi Louis XVI ainsi que différents révolutionnaires comme Danton ou Robespierre. Issu d'une famille de bourreaux, il a administré la peine capitale durant plus de quarante années et a exécuté de sa propre main près de 3 000 personnes.

Historique[modifier | modifier le code]

Charles-Henri Sanson est le quatrième bourreau issu d'une dynastie familiale d'exécuteurs officiels. Son arrière-grand-père, Charles Sanson (1658-1695), soldat dans l'armée française, fut nommé en 1684 en tant qu'exécuteur des hautes œuvres par le roi Louis XIV. Il légua le flambeau à son fils Charles (1681-1726) peu avant sa mort. Lorsque ce dernier mourut, une régence fut instaurée jusqu'à ce que son jeune fils, Charles-Jean-Baptiste Sanson (1719-1778), puisse le remplacer. Charles Henri, l'aîné des dix enfants de Charles-Jean-Baptiste apprit à son tour le métier et travailla avec son père durant une vingtaine d'années, puis prêta serment lors de la mort de ce dernier. Il acheta le presbytère de Vert-le-Petit et y vécut.

Charles-Henri[modifier | modifier le code]

Charles-Henri Sanson naquit à Paris de Charles-Jean-Baptiste Sanson et de sa première femme Madeleine Tronson. Il fut élevé dans un premier temps dans un couvent à Rouen jusqu'en 1753, quand le père d'un autre élève se rendit compte qu'il était fils de bourreau, ce qui le contraignit à quitter l'école pour ne pas entacher sa réputation. Charles-Henri reçut ensuite une éducation privée, puis intégra l'Université de Leyde dans le but de devenir physicien. Durant tout ce temps, il montra une aversion marquée envers la profession familiale.

Carrière de bourreau[modifier | modifier le code]

Article connexe : Exécution de Louis XVI.
Exécution de Louis XVI le 21 janvier 1793

Du fait de la paralysie de son père, il dut abandonner ses études pour le remplacer malgré le dégoût qu'il éprouvait pour cette profession, car il devait assurer la subsistance de sa famille. Il se fit dès lors connaître en tant que « Monsieur de Paris ». Le 10 janvier 1765, il épousa sa seconde femme, Marie-Anne Jugier, avec laquelle il eut deux fils : Henri (1767–1830), qui lui succéda, et Gabriel (1769–1792), qui travailla également avec lui, mais mourut dans un accident.

En 1757, Sanson assista son oncle Nicolas-Charles-Gabriel Sanson, exécuteur de Reims (1721–1795), lors de l'exécution particulièrement épouvantable de Robert-François Damiens. Ce dernier fut écartelé à la suite d'une tentative de régicide sur Louis XV et il fallut une intervention efficace de Sanson pour faire cesser le supplice du condamné. Son oncle décida d'interrompre son activité à la suite de cet incident. Le 1er juillet 1766, il exécuta le chevalier de La Barre, accusé de blasphème, qui eut la langue coupée, le cou tranché et dont les restes furent brûlés. Il fut également le bourreau de l’empoisonneur Antoine-François Desrues qui périt sur le bûcher en 1777. En 1766, il rata totalement la décapitation de Thomas Arthur de Lally-Tollendal. Son père, qui se devait d’assister à chaque exécution en tant que chef bourreau, dut lui-même trancher le cou de la victime d’un coup supplémentaire.

En 1778, Charles-Henri reçut de son père Charles-Jean-Baptiste, et à la suite de la démission de ce dernier, le manteau rouge sang, symbole de son passage en tant que maître exécuteur. Il garda ce titre durant 38 ans, jusqu'à ce que son fils Henri lui succède. Il acquit le titre de citoyen en 1789 après s'être véhémentement insurgé contre l'opprobre dont étaient victimes les exécuteurs des hautes œuvres publiques. Lors de sa carrière, il eut jusqu'à six assistants pour accomplir sa tâche.

Au total, Charles-Henri exécuta 2918 condamnés entre le 14 juillet 1789 et le 21 octobre 1796 (y compris Louis XVI)[1]. Bien qu'il ne fût jamais un sympathisant de la monarchie, il hésita avant d'exécuter le roi, étant même persuadé jusqu'au dernier instant que des partisans de la royauté tenteraient de libérer le souverain déchu. Il dit même au roi-citoyen « Savez-vous que derrière vous se trouve près de 800 ans d'histoire dont je vais en mettre un terme ? », ce à quoi le roi répondit « Taisez-vous et faites votre travail. »[réf. nécessaire] La reine Marie-Antoinette, quant à elle, fut décapitée par son fils Henri. Il fit signe à son fils d'exécuter la tâche qui lui était normalement dévolue, étant encore au bas de l'échafaud. Par la suite, il mena à la guillotine des vagues successives de révolutionnaires, dont Danton, Robespierre, Saint-Just, Hébert, et Desmoulins.

Partisan de la guillotine[modifier | modifier le code]

Répliques de guillotines à l'échelle 1:6

Lors de la convocation des États généraux de 1789, la question du mode d'exécution fut longuement abordée ; on décida finalement d'adopter le mode de décollation présenté dans le discours de Joseph Ignace Guillotin. Ce dernier avait proposé une machine capable d'éviter la souffrance des suppliciés. Sanson milita alors en faveur de l'adoption de la guillotine en tant que méthode d'exécution officielle. Il délivra un memorandum éclairé et perspicace à l'Assemblée nationale législative. Sanson, qui achetait et entretenait lui-même ses outils de travail, avança en effet que les multiples exécutions de la peine capitale, dorénavant devenues la norme, étaient trop exigeantes pour les méthodes conventionnelles et que ses outils, qui n'étaient pas adaptés initialement à cette utilisation intensive, s'usaient prématurément, ce qui lui imposait des dépenses prohibitives (et donc des charges injustes pour le bourreau). D'autre part, les efforts physiques consentis pouvaient résulter en des accidents et les victimes elles-mêmes étaient susceptibles de recourir à des actes désespérés et imprévisibles pendant les longues procédures.

Quand le prototype de guillotine fut essayé pour la première fois, le 17 avril 1792 à l'hôpital de Bicêtre à Paris, Sanson l'inspecta lui-même. Des essais tentés sur des ballots de paille, puis sur des moutons vivants et enfin sur des cadavres humains montrèrent la rapidité et l'efficacité de la technique. Sanson et les inspecteurs furent pleinement satisfaits des résultats. La semaine même, l'Assemblée approuva leurs conclusions et, le 25 avril 1792, Sanson inaugura l'ère de la guillotine lors de l'exécution du voleur Nicolas Jacques Pelletier sur la Place de Grève.

Vie privée[modifier | modifier le code]

Sanson appréciait disséquer et autopsier ses victimes, ainsi que cultiver des herbes médicinales. Quand il avait du temps libre, il aimait également jouer du violon et du violoncelle, ou encore entendre du Christoph Willibald Gluck. Il rencontrait souvent son ami Tobias Schmidt, un fabricant allemand d'instruments de musique, qui allait par la suite construire la guillotine de Sanson.

Héritage[modifier | modifier le code]

Gabriel (1769–1792), le plus jeune fils de Sanson, fut son assistant et héritier à partir de 1790. Cependant, il mourut des suites d'une chute de l'échafaud en voulant présenter une tête à la foule. Avec cette mort, la tâche héréditaire incomba à son fils aîné, Henri (1767–1840), un soldat durant la Révolution (sergent, puis capitaine de la garde nationale de Paris), qui se maria à Marie-Louise Damidot. Henri accepta ce rôle en avril 1793. Il resta à son tour l'exécuteur officiel de Paris durant 47 ans. On lui attribue parfois faussement l'exécution de Marie-Antoinette et de Fouquier-Tinville alors qu'il n'était à cette période que l'assistant de son père (1795). Une anecdote rapporte qu'il rencontra Napoléon sur le chantier de Madeleine, et lui assura que si des insurgés venaient à renverser son trône, il exécuterait son office comme son père l'avait fait avec Louis XVI.

Le petit-fils de Charles-Henri, Henry-Clément Sanson qui œuvra jusqu'en 1847, fut le sixième et dernier d'une dynastie de bourreaux.

Charles-Henri Sanson mourut le 4 juillet 1806, et fut enterré au cimetière de Montmartre à Paris.

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. La Révolution française vue par son bourreau, édité et préfacé par Monique Lebailly, Le Cherche midi, coll. « Documents », 2007.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christophe Robert, Les Sanson, bourreaux de père en fils, pendant deux siècles, Arthème Fayard, Paris, 1960.
  • Charles-Henri Sanson, La Révolution française vue par son bourreau, édité et préfacé par Monique Lebailly, Le Cherche midi, coll. « Documents », 2007.
  • Henri-Clément Sanson, Sept générations d'exécuteurs, mémoires des bourreaux Sanson, Futur Luxe Nocturne, 2003.