Royaume du Pont

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Royaume du Pont (en foncé) et empire à son extension maximale.

Le royaume du Pont (en grec Πόντος) est un royaume antique situé sur la côte méridionale de la mer Noire, dont il contrôlait aussi plus ou moins le pourtour. Aujourd'hui, cette région se trouve en Turquie.

Le royaume du Pont tire son nom de la mer Noire, anciennement appelée Pont-Euxin par les Grecs. Le premier à mentionner est Xénophon dans son Anabase.

Le Pont est une région sauvage de l'Asie Mineure, montagneuse, très boisée et peu peuplée à l'est, bien que riche en minerais, tandis que les vallées du Halys, de l'Iris et de leurs affluents font de la partie occidentale une zone riche et cultivable, la communication et le commerce étant facilités par les routes construites sous différents empires.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Peuplé initialement de Casquéens[1], le Pont a vu s'élever sur sa côte les colonies grecques de Sinope, Amaseia, Cerasus et Trébizonde au VIe siècle av. J.-C..

Il fut rattaché en 546 à la satrapie d'Axaïna de l'Empire perse. Axaïna (« Indigo ») était le nom iranien de la mer Noire. La région fut conquise par Alexandre le Grand en 331. Après sa mort, lors du partage de Triparadisos (321 av. J.-C.), elle est attribuée avec le reste de l'Anatolie à un général d'Alexandre : Antigone Monophtalmos (le Borgne). Celui-ci est vaincu par Séleucos Ier Nicator (le Victorieux) à la bataille d'Ipsos en 301 av. J.-C. Mais Séleucos n'ajoute pas immédiatement l'Anatolie à ses possessions : l'ouest (Asie Mineure) et le centre sont gouvernés par Lysimaque, qui détient déjà la Thrace.

Fondation[modifier | modifier le code]

Pendant que les diadoques Antigone, Séleucos et Lysimaque se disputent, Mithridate, Perse hellénisé, (fils de Mithridate de Cios, un Perse au service d'Antigone, tué en 301 av. J.-C.) s'empare du Pont au début du IIIe siècle av. J.-C. et se déclare indépendant. Il lui faut de longues guerres, mal connues, pour s’affranchir définitivement des Séleucides.

La langue officielle du royaume du Pont était le grec ancien. Lors de la création du royaume, la capitale est placée à Amaseia ; elle est déplacée à Sinope quand cette ville est rattachée au royaume en 183 av. J.-C. Le royaume est très prospère : il dispose de terres fertiles et d'importantes mines d'argent, qui permettent un monnayage abondant et répandu à partir de Mithridate III du Pont.

En orange, l'empire du Pont vers 100 av. J.-C. : il comprend le royaume du Bosphore gréco-scythique, et ses alliés figurent en hachuré orange.

Le royaume est relativement homogène territorialement, grâce aux communications faciles, terrestres et maritimes. Devenu une thalassocratie en mer Noire, il s’agrandit progressivement vers la côte est, puis au nord de la mer, incluant la Crimée. Les colonies grecques de la côte ouest, autour des bouches du Danube, deviennent ses alliées. À l'intérieur de l'Anatolie, Mithridate V reçoit de Rome la Phrygie, mais son successeur Mithridate VI doit la restituer.

Sous l'Empire romain[modifier | modifier le code]

La Bithynie et le Pont dans l'Empire romain, vers 120

Mithridate VI entame alors une lutte de longue haleine contre Rome. Le Pont est finalement vaincu par Pompée et progressivement annexé à Rome. La partie occidentale est d’abord rattachée à la province de Bithynie, désormais connue comme province de Bithynie et Pont. La partie orientale est confiée au Galate Dejotarus, allié romain. En 47, Pharnace II, roi du Bosphore et fils de Mithridate VI, profite de la guerre civile à Rome pour étendre ses possessions en envahissant la Colchide et une partie du royaume de Galatie. Le roi Dejotarus, client romain, réclame alors l’aide de Cneius Domitius Calvinus, proconsul d’Asie nommé par César. L’affrontement tourne à l’avantage de Pharnace qui obtient la victoire à Nicopolis et occupe le reste des territoires de l’ancien royaume paternel, le Pont et le nord de la Cappadoce.

César apprend ces événements alors qu’il se trouve en Égypte et part affronter Pharnace dans le Pont. La rencontre a lieu au nord de la Cappadoce, près de la ville de Zéla. La bataille aboutit à une victoire romaine rapide qui anéantit complètement les forces ennemies. Pharnace doit fuir jusqu’au Bosphore avec une fraction de sa cavalerie. Désormais impuissant, il est assassiné par un concurrent au trône du Bosphore. Revenu à Rome après sa victoire, César déclare au Sénat : « Veni, vidi, vici », allusion à sa victoire complète et rapide.

La partie orientale du Pont est de nouveau confiée à Dejotarus de Galatie en 47. Après sa mort en 41 avant J.-C., le Pont oriental reste dépendant de la Galatie avant d’être confié à des rois clients par Rome, qui le rattache définitivement à la province de Galatie-Cappadoce en 63 après J.-C. À cette occasion, Néron divise la région en trois districts :

  • à l’ouest le Pont galatique, voisin de la Galatie ;
  • au centre le Pont polémoniaque, qui prend le nom de sa métropole Polemonium ;
  • à l’est le Pont cappadocien, voisin de la Cappadoce et correspondant à l’Arménie Mineure.

Sévère Alexandre sépare le Pont de la Bithynie entre 222 et 235 et l'érige en une province distincte confiée à un procurateur de rang équestre, remplacé en 248 par un vir perfectissimus de rang sénatorial dépendant de la province de Galatie. Lors de la réorganisation du système provincial sous Dioclétien vers 295, les districts pontiques sont répartis au sein de quatre provinces faisant partie du nouveau diocèse du Pont :

Entre 384 et 387 apparaît la nouvelle province d’Honoriade. Justinien modifie l’organisation provinciale encore une fois en 536 :

  • le Pont polémoniaque est dissout, sa partie occidentale (Polemonium et Néocésarée) est réunie à l’Hélénopont, Comana à la nouvelle province d’Arménie seconde, le reste (Trapèze et Cerasus) à celle de Grande Arménie première ;
  • l’Hélénopont reçoit Polemonium et Néocésarée, tandis que Zela est rattachée à l’Arménie seconde. Le gouverneur de la province prend le nom de modérateur ;
  • la Paphlagonie absorbe l’Honoriade et est placée sous l’autorité d’un préteur.

Le système des districts militaires (les thèmes byzantins) remplacera à son tour cette organisation à partir de la fin du VIIe siècle.

L’intégration à l’Empire romain ne changea que très peu la vie de cette société, fondée sur une oligarchie hellénisée gouvernant des habitants d'origine casquéenne ou caucasienne (Chaldiens, Chalybes, Colchides, Mossynoèques, Tibarènes[2]) qui eux aussi adoptent progressivement la langue grecque. La religion gréco-romaine se généralise, non sans de nombreux apports orientaux (cultes de Mithra et d'Isis, du serpent guérisseur Glaucos…). La région n'est pas linguistiquement latinisée.

Durant cette période, le christianisme se substitue progressivement aux religions antérieures. Devenus chrétiens de langue grecque et citoyens romains, les habitants du Pont sont désormais des « Romées » (Ῥωμαίοι) : ils deviendront, après l'effondrement de la partie occidentale de l'Empire, des sujets de l'« empire des Romées » (Βασιλεία Ῥωμαίων, que nous appelons « byzantin ») ; plus tard, les Turcs les appelleront « Roum » (nom qui, en turc, signifie « Grecs »).

Listes des dirigeants du Pont[modifier | modifier le code]

Satrapes perses[modifier | modifier le code]

Rois hellénistiques[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les Casquéens, Kaska, Gasgas ou Kašku en cunéiforme, étaient un peuple non-indo-européen d'origine caucasienne probablement apparenté aux Hattis, pêcheurs, bûcherons et guerriers mercenaires, impliqués dans les guerres entre Hittites, Égyptiens puis Assyriens, Mèdes et Perses.
  2. Westermann Grosser Atlas zur Weltgeschichte, pages 11, 15, 20 à 23, 27 à 29 et 39, ISBN 3-14-100919-8

Sources[modifier | modifier le code]

  • Bernard Rémy, article « Royaume du Pont », in Jean Leclant dir. Dictionnaire de l’Antiquité, PUF, Paris, 2005, collection Quadrige, 2464 pages, (ISBN 2-13-055018-5).
  • Maurice Sartre, article « Province romaine du Pont », in Jean Leclant dir. Dictionnaire de l’Antiquité, PUF, Paris, 2005, collection Quadrige, 2464 pages, (ISBN 2-13-055018-5).

Articles connexes[modifier | modifier le code]