Alfred North Whitehead

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Alfred North Whitehead
Alfred North Whitehead. Photograph. Wellcome V0027330.jpg
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Alfred North Whitehead (15 février 1861 – 30 décembre 1947) est un philosophe, logicien et mathématicien britannique. S'il est connu pour son apport à la philosophie analytique, il est surtout le fondateur de l'école philosophique connue sous le nom de la philosophie du processus[1]. Un courant influent dans toute une série de disciplines : l'écologie, théologie, l'éducation, la physique, la biologie, l'économie et la psychologie, etc.

Au début de sa carrière Whitehead a écrit principalement sur les mathématiques, la logique et la physique. Son œuvre la plus remarquable dans ces domaines demeure les Principia Mathematica (1910-1913), en trois volumes, écrit en collaboration avec son ancien étudiant Bertrand Russell. Les Principia Mathematica sont considérés comme l'une des œuvres les plus importantes du XXème siècle en logique mathématique, et placé à la 23e position d'une liste des 100 meilleurs ouvrages documentaires anglais du XXème siècle par la Modern Library[2].

Durant la période allant de la fin des années 1910 au début des années 1920, Whitehead s'est progressivement tourné vers la philosophie des sciences, et la métaphysique. Il a développé un système métaphysique complet, radicalement nouveau dans la philosophie occidentale[3]. Aujourd'hui, les travaux philosophiques de Whitehead - notamment Procès et réalité - sont considérés comme les textes fondateurs de la philosophie du processus.

La philosophie du processus de Whitehead insiste sur le fait qu'«il est urgent de voir le monde comme un réseau de processus interdépendants dont nous sommes partie intégrante, et que tous nos choix et nos actions ont des conséquences sur le monde qui nous entoure.»[3] Pour cette raison, l'une des applications les plus prometteuses de la pensée de Whitehead au cours des dernières années a concerné l'écologie, notamment l'éthique de l'environnement de John B. Cobb, Jr[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

La Cour nord de Whewell au Trinity College, Cambridge. Whitehead a passé trente ans à Trinity, cinq en tant qu'étudiant, et vingt-cinq ans en tant que maître de conférences.
La Cour nord de Whewell au Trinity College, Cambridge. Whitehead a passé trente ans à Trinity, cinq en tant qu'étudiant, et vingt-cinq ans en tant que maître de conférences.

Alfred North Whitehead est né à Ramsgate, Kent, Angleterre, en 1861[5]. Son père, Alfred Whitehead, était à la fois pasteur et enseignant de la Chatham House Academy, une école pour garçons fondé par Thomas Whitehead, le grand père d'Alfred North[6].  Whitehead n'était apparemment pas particulièrement proche avec sa mère, Maria Sarah Whitehead, née Buckmaster, qu'il ne mentionne dans aucun de ses livre et dont il semble avoir eu une piètre opinion[7].

Whitehead est éduqué à Sherborne SchoolDorset, alors considéré comme l'un des meilleurs établissement privé du pays[8]. Son enfance a été très protégée[9]. A l'école il excellait en sport et en mathématiques[10].

En 1880, Whitehead entre au Trinity College, de Cambridge et devient Cambridge Apostle[11]. Dans cette université, il étudie les mathématiques[12] sous la direction d'Edward John Routh[13] et obtient son BA de Trinity en 1884 avec mention (quatrième wrangler[14]). Élu fellow du Trinity en 1884, Whitehead enseigne les mathématiques et la physique dans cet établissement jusqu'en 1910. De 1890 à 1898, il écrit son Treatise on Universal Algebra (1898). Dans les années 1900, il écrit en collaboration avec son ancien élève, Bertrand Russell, les Principia Mathematica.

En 1890, Whitehead a épousé Evelyn Wade, une femme irlandaise élevée en France dont il a une fille, Jessie Whitehead, et deux fils, Thomas North Whitehead et Eric Whitehead. Eric Whitehead est mort alors qu'il servait dans la Royal Flying Corps pendant la Première Guerre mondiale à l'âge de 19 ans[15].

Bertrand Russell en 1907. Russell était un élève de Whitehead au Trinity College, un collaborateur de longue date et un ami.
Bertrand Russell en 1907. Russell était un élève de Whitehead au Trinity College, un collaborateur de longue date et un ami.

En 1910, Whitehead démissionne du Trinity et déménage à Londres[16]. Comme il a démissionné sans avoir trouvé préalablement un autre emploi, il connait un an de chômage avant d'obtenir un poste de maître de conférences en mathématiques et mécanique appliqué à l'University College London[17].

En 1914, Whitehead devient professeur de mathématiques appliquées à l'Imperial College de Londres, où son vieil ami Andrew Forsyth vient d'être nommé responsable du département mathématique[18]. Fin 1918, Il est élu doyen de la Faculté des sciences de l'Université de Londres (un poste qu'il occupe pendant quatre ans), puis devient membre du Sénat de l'Université de Londres en 1919 et il en devient président un an plus tard, un poste qu'il a occupé jusqu'à son départ pour l'Amérique en 1924. Whitehead s'est servi de son influence pour rendre l'université plus accessible aux étudiants les moins riches[19].

À partir de la fin des années 1910, Whitehead se tourne vers la philosophie. Bien qu'il ait eu aucune formation avancée en ce domaine, son œuvre philosophique est rapidement appréciée. En 1920, il publie The Concept of Nature, plus devient président de la Société aristotélicienne de 1922 à 1923[20]. En 1924, Henry Osborn Taylor invite Whitehead, alors âgé de 63 ans, à se joindre au corps professoral de l'Université de Harvard en tant que professeur de philosophie[21].

C'est durant sa période passée à Harvard que Whitehead a produit ses contributions philosophiques les plus importantes. En 1925, il a écrit Science and the Modern World, qui a été immédiatement salué comme une alternative au dualisme cartésien[22]. Quelques années plus tard, il a publié son ouvrage Procès et réalité, qui a été comparé à la Critique de la raison pure de Kant. Les Whiteheads ont passé le reste de leur vie aux États-Unis. Alfred North a pris sa retraite de Harvard en 1937 et est resté à Cambridge, Massachusetts, jusqu'à sa mort le 30 décembre 1947[23].

Si la biographie en deux volumes de Whitehead par Victor Lowey[24] constitue la présentation la plus précise de la vie de Whitehead, de nombreux détails de la vie de Whitehead restent néanmoins obscurs. En effet, à sa demande, sa famille a détruit tous ses papiers personnelles après sa mort[25]. En outre, Whitehead était connu pour sa «croyance presque fanatique du droit à la vie privée», et aussi pour avoir écrit très peu de lettres personnelles qui permettraient de mieux comprendre sa vie[25],[5].

À l'heure actuelle, il n'existe aucune édition critique des écrits de Whitehead, bien que le projet de recherche Whitehead du Center for Process Studies travaille actuellement sur une telle édition[26].

Mathématiques et logique[modifier | modifier le code]

En plus des nombreux articles sur les mathématiques, Whitehead a écrit trois grands livres sur le sujet: A Treatise on Universal Algebra (1898), Principia Mathematica (co-écrit avec Bertrand Russell et publié en trois volumes entre 1910 et 1913), et An Introduction to Mathematics (1911). Les deux premiers livres sont destinés exclusivement aux mathématiciens professionnels, tandis que le dernier ouvrage est destiné à un public plus large, couvrant l'histoire des mathématiques et de ses fondements philosophiques[27]. Les Principia Mathematica en particulier, sont considérés comme l'une des œuvres les plus importantes en logique mathématique du XXème siècle.

En plus de son héritage en tant que co-auteur des Principia Mathematica, la théorie de Whitehead de l'«abstraction extensive» est considérée comme fondamentale pour la branche de l'informatique et de l'ontologie connu sous le nom de la «méréotopologie», une théorie décrivant les relations spatiales entre les ensembles, les parties, les parties de parties, et les frontières entre ces parties[28].

A Treatise on Universal Algebra[modifier | modifier le code]

Dans A Treatise on Universal Algebra (1898) le terme «algèbre universelle» possède essentiellement le même sens qu'il a aujourd'hui. L'étude des structures algébriques elles-mêmes, plutôt que des exemples («modèles») de structures algébriques[29]. Whitehead crédite William Rowan Hamilton et Auguste de Morgan en tant que créateurs de la discipline[29],[30].

Les algèbres de Lie et quaternions hyperboliques ont attiré l'attention sur la nécessité d'élargir les structures algébriques au-delà de la classe associative multiplicatif. Dans une revue, Alexander Macfarlane a écrit: «L'idée principale de ce travail n'est pas l'unification des différentes méthodes, ni la généralisation de l'algèbre ordinaire de façon à les inclure, mais plutôt l'étude comparative de leurs structures.»[31] Dans une revue séparée, G. B. Mathews a écrit: «Il possède une unité de conception qui est vraiment remarquable, compte tenu de la variété de ses thèmes.» [32]

Principia Mathematica[modifier | modifier le code]

Couverture de la version abrégée des Principia Mathematica to *56

Principia Mathematica (1910-1913) est le plus célèbre travail mathématique de Whitehead. Co-écrit avec son ancien étudiant Bertrand Russell, les Principia Mathematica sont considérés comme l'une des œuvres les plus importantes du XXème siècle en mathématiques, et placé à la 23e position dans la liste des 100 meilleurs ouvrages documentaires anglais du XXème siècle par la Modern Library[2].

Le but des Principia Mathematica est de décrire un ensemble d'axiomes et de règles d'inférence dans la logique symbolique à partir desquels toutes les vérités mathématiques peuvent en principe être prouvées. Whitehead et Russell ont travaillé à un tel niveau fondamental des mathématiques et de logique qu'ils ne prouvent que 1+1=2 qu'à la page 86 du Volume II. Ils notent alors humoristiquement que «la proposition ci-dessus est parfois utile.» [33]

Whitehead et Russell avaient pensé à l'origine que les Principia Mathematica prendraient un an pour être achevés; ce projet leur prit 10 ans[34]. Au moment de la publication, l'ouvrage qui comprend trois volumes est si long (plus de 2000 pages), et son public si étroits (mathématiciens professionnels), que sa publication entraîne une perte de 600 livres, dont 300 sont supportés par Cambridge University Press, 200 par la Société royale de Londres, et Whitehead et Russell qui ont dût eux-mêmes mettre chacun 50 £ de leur poche[34]. En dépit de la perte initiale, il est probable qu'aujourd'hui aucune grande bibliothèque universitaire ne détient pas une copie des Principia Mathematica[35].

L'héritage des Principia Mathematica est variable. Il est généralement admis que le théorème d'incomplétude de Kurt Gödel de 1931 a définitivement démontré qu'il ne pouvait exister un ensemble d'axiomes et de règles d'inférence capable de rendre compte de l'ensemble des mathématiques, et que donc l'objectif des Principia Mathematica était inatteignable[36]. Cependant, Gödel n'a pu arriver à cette conclusion que grâce au livre de Whitehead et Russell. Le principal héritage des Principia Mathematica est donc d'avoir permis la réfutation de la possibilité d'atteindre ses propres objectifs[37]. Mais au-delà de cet héritage quelque peu ironique, ce livre a permis de populariser la logique mathématique moderne et a tissé des liens importants entre la logique, l'épistémologie, et la métaphysique[38].

An Introduction to Mathematics[modifier | modifier le code]

Contrairement aux deux précédents, An Introduction to Mathematics (1911) de Whitehead n'est pas destiné exclusivement aux mathématiciens professionnels. Il vise un public plus large et veut expliquer quelle est la nature des mathématiques, son unité, sa structure interne et son applicabilité à la nature[27]. Whitehead a écrit en ouverture de celui-ci:

«L'objet des chapitres suivants n'est pas d'enseigner les mathématiques, mais de permettre aux étudiants dès le début de leur cours de savoir ce que la science est, et pourquoi elle est nécessairement le fondement de la pensée exacte appliquée à des phénomènes naturels.»[39]

Cet ouvrage peut être considéré comme une tentative de comprendre la croissance dans l'unité et l'interconnexion des mathématiques avec la philosophie, la linguistique et la physique[40]. Bien que le livre soit peu lu, à certains égards, il préfigure certaines évolution concernant la philosophie et la métaphysique[41].

Philosophie et métaphysique[modifier | modifier le code]

Aquarelle datant de 1906 du paysage de Richard Rummell de l'Université Harvard, face au nord. Whitehead a enseigné à Harvard de 1924 à 1937.
Aquarelle datant de 1906 du paysage de Richard Rummell de l'Université Harvard, face au nord[42]. Whitehead a enseigné à Harvard de 1924 à 1937.

Si Whitehead n'a jamais eu de formation formelle en philosophie au-delà de ses études de premier cycle[5], il a montré dès le début un grand intérêt pour la philosophie et la métaphysique, bien qu'il se considéré lui-même comme un amateur. Dans une lettre à son ami et ancien élève Bertrand Russell, après avoir discuté du fait de savoir si la science devait être explicative ou simplement descriptive, il écrit: «Cette nouvelle question nous mène dans l'océan de la métaphysique, où ma profonde ignorance de cette science me défend d'y entrer.»[43] Malgré tout, Whitehead est devenu l'un des plus grands métaphysiciens du XXème siècle.

Whitehead montre un intérêt pour la métaphysique au moment même où elle est considérée comme démodée, au moment où les réalisations toujours plus impressionnantes de la science empirique font considérer les systèmes métaphysiques comme sans valeur car non soumis à des tests empiriques[44]. Dans les notes de l'un de ses élèves de 1927, on peut trouver la citation suivante de : «chaque scientifique, afin de préserver sa réputation, doit dire qu'il déteste la métaphysique. Ce qu'il veut dire par là, c'est qu'il déteste voir sa métaphysique se faire critiquer.»[45] Selon Whitehead, les scientifiques et les philosophes font constamment des suppositions métaphysiques sur la façon dont l'univers fonctionne, mais ces hypothèses ne sont pas facilement visibles parce qu'elles restent non formulées explicitement et donc non examinées et non contestées. Bien que Whitehead reconnaisse que «les philosophes ne peuvent jamais espérer formuler les premiers principes métaphysiques»[46], il soutient que les gens doivent sans cesse ré-imaginer leurs hypothèses de base sur la façon dont fonctionne l'univers pour que la philosophie et la science puissent faire de réels progrès. Pour cette raison, Whitehead considère les études métaphysiques comme essentielles pour une science et philosophie correcte[47].

L'idée soutenue par Descartes selon laquelle la réalité est construite de morceaux de matière totalement indépendants les uns des autres est certainement celle que Whitehead considérait comme la plus fautive de toutes les hypothèses métaphysique. Il opte lui pour l'hypothèse d'un «processus» ontologique fondamentalement basé sur des événements qu'il considère comme liés et dépendants les uns des autres[48]. Il soutient également que les éléments les plus fondamentaux de la réalité peuvent être «expériencés». Ce faisant, il utilise le terme «expérience» de façon très large. Par exemple pour lui, les processus inanimés tels les collisions d'électrons sont dits manifester un certain degré d'expérience. Tout cela l'amène à s'opposer au dualisme cartésien entre l'esprit et la matière[49]. Whitehead voit la métaphysique comme une «philosophie de l'organisme», ou encore «philosophie du processus[49]

Eckhart Hall, Université de Chicago. L'arrivée de Henry Nelson Wieman, un grand vulgarisateur de Whitehead, en 1927, à la Divinity School de cette université en a fait durant trente ans un des hauts lieux de sa pensée[50].

Si la philosophie de Whitehead très originale a très vite suscitée un fort intérêt, cela ne signifie pas que sa pensée était largement acceptée et comprise. Son œuvre philosophique est généralement considérée comme l'une des plus difficiles à comprendre dans tout le canon occidental[4]. Il est possible de se demander si une partie de l'intérêt de ses pairs n'est pas liée à leur perplexité face à son œuvre. Le théologien Shailer Mathews de la Divinity School de Chicago a dit un jour du livre de 1926 de Whitehead Religion in the Making: «Il est frustrant, et embarrassant de lire page après page des mots relativement familiers, sans comprendre une seule phrase.»[51] En fait l'intérêt de la divinity School pour l'œuvre de Whitehead doit beaucoup à une conférence où Henry Nelson Wieman a "expliqué" la pensée de Whitehead[51]. La conférence de Wieman a été si brillante qu'il a rapidement été engagé à la faculté et que, grâce à lui, durant au moins une trentaine d'années, la Divinity School est resté étroitement associé à la pensée de Whitehead[50]. Peu après la parution du livre de Whitehead Procès et réalité en 1929, Wieman a écrit dans la revue The Journal of Religion de 1930:

« Dans cette génération, peu de gens vont lire le livre de Whitehead. Mais son influence va rayonner à travers des cercles concentriques de plus en plus larges jusqu'à ce que l'homme commun pense et travaille à la lumière de ce livre, ne sachant d'où la lumière vient. Après plusieurs décennies de discussion et d'analyse, il sera en mesure de le comprendre plus facilement que de nos jours.»[52]

Les paroles de Wieman se sont révélées prophétique. Bien que Procès et réalité a été appelé «sans doute le texte métaphysique le plus impressionnant du XXe siècle»[53], il a été peu lu et peu compris, en partie parce qu'il exige - comme le souligne Isabelle Stengers - «que ses lecteurs acceptent l'aventure des questionnements qui les sépare de tous les consensus»[54]. Whitehead mit en doute les hypothèses les plus fondamentales de la philosophie occidentale sur la façon dont fonctionne l'univers, mais, ce faisant, il anticipe un certain nombre de problèmes scientifiques et philosophiques du XXIe siècle et aide à trouver de nouvelles solutions[55].

Conception de la réalité selon Whitehead[modifier | modifier le code]

Whitehead était convaincu que la notion scientifique de la matière était une façon trompeuse de décrire la nature ultime des choses. Dans son livre Science and the Modern World de 1925, il écrit que

«Il persiste ... [une] cosmologie scientifique déterminée qui suppose le fait ultime d'une matière brute irréductible, ou matérielle, émerge dans l'espace à travers un flux de configurations. En soi un tel matériau est dénué de sens, sans valeur, sans but. Il fait juste ce qu'il fait, suivant une routine fixe imposée par des relations extérieures qui ne surgissent pas de la nature de son être. C'est cette hypothèse que j'appelle le «matérialisme scientifique». En outre, c'est une hypothèse que je vais contester comme étant tout à fait inadaptée au monde scientifique auquel nous sommes maintenant arrivés»[48]

D'après Whitehead, la notion de «matière brute irréductible» pose un certain nombres de problèmes. Tout d'abord, elle obscurcit et minimise l'importance du changement. En pensant toute chose matérielle (comme une roche, ou une personne) comme étant fondamentalement la même chose à travers le temps, et toute modification comme secondaire à sa «nature», le matérialisme scientifique occulte le fait que rien ne reste jamais le même. Pour Whitehead, rappelons-le, le changement est fondamental et incontournable. Il insiste sur le fait que «toutes les choses coulent.»[56]

Selon Whitehead, les concepts tels que la «qualité», la «matière» et la «forme» sont problématiques. En effet, ils ne prennent pas en compte de façon adéquate, le changement et font oublier la nature active et expérimentale des plus basiques éléments du monde. Ils sont des abstractions utiles, pas des blocs de construction de base du monde[57]. Ce qui est habituellement conçu comme une seule personne par exemple, doit être philosophiquement décrit comme un continuum d'événements se chevauchants[58]. Ces changements, qui interviennent à travers ce continuum d'événements sont occasions d'expérience et forment ce que Whitehead appelle une «société» d'événements[59],[49],[60].

Pour le dire d'une autre manière, une chose ou une personne est souvent considérée comme ayant une «essence définie», ou une «identité de base» immuable qui décrit ce que la chose, la personne, est vraiment. De sorte que les choses et les gens sont considérés comme fondamentalement les mêmes à travers le temps, les modifications étant seulement qualitatives et secondaires par rapport à l'identité de base (par exemple, «les cheveux de Mark sont devenus gris quand il a vieilli, mais il est toujours la même personne»). Au contraire, dans la cosmologie de Whitehead, les seules choses fondamentalement existantes sont les «occasions d'expérience» discrètes qui se chevauchent les uns les autres dans le temps et l'espace, et qui, ensemble, constituent ce qui est durable dans la personne ou la chose. D'un autre côté, on pourrait dire que ce que la pensée ordinaire considère souvent comme «l'essence d'une chose» ou «l'identité d'une personne» est une généralisation abstraite de ce qui est considéré comme les caractéristiques les plus importantes de chose à travers le temps. L'identité ne définit pas les gens, les gens définissent leur identité. Mais Whitehead, lui, veut insister sur le fait que tout change à chaque instant, et que de penser à quoi que ce soit comme ayant une «essence durable» cache ce qui pour lui est central à savoir que «toutes les choses coulent», qu'on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve.

Pour Whitehead les limites de la langue constituent le principal soutient de la pensée matérialiste et rend difficile l'exposition de sa pensée[61]. Il est difficile de donner un nom différent pour chaque instant de la vie d'une personne. Ainsi, il est plus facile de penser que les choses restent fondamentalement les mêmes que l'inverse. Cependant, les limitations de la langue de tous les jours ne doit pas nous empêcher de nous rendre compte que les «substances matérielles» ou «essences» ne sont que la description générale d'un continuum de processus particuliers et concrets. Personne ne conteste qu'une personne de dix ans est tout à fait différente au moment où elle atteint l'âge de trente ans, et à bien des égards, n'est pas la même personne du tout; Whitehead souligne qu'il n'est pas philosophiquement ou ontologiquement juste de penser qu'une personne est la même d'une seconde à l'autre.

John Locke a été l'une des principales influences de Whitehead. Dans la préface de Procès et réalité, Whitehead a écrit: "L'auteur qui a le plus pleinement anticipé les principales positions de la philosophie de l'organisme est John Locke dans son essais."
John Locke a été l'une des principales influences de Whitehead. Dans la préface de Procès et réalité, Whitehead a écrit de lui: «L'auteur qui a le plus pleinement anticipé les principales positions de la philosophie de l'organisme est John Locke dans son essais[62]

Le second problème avec le matérialisme, pour Whitehead, est qu'il obscurcit l'importance des relations. Il voit tout objet comme distinct et discret des autres objets. Chaque objet est tout simplement un bouquet inerte de matière qui est seulement extérieurement lié à d'autres choses. L'idée de la matière comme primaire conduit les gens à penser les objets comme fondamentalement séparés du temps et de l'espace, et pas nécessairement lié à quoi que ce soit. Pour Whitehead au contraire, les relations sont primaires[63]. À ce sujet, on trouve dans les notes d'étudiant de l'une des classes de Whitehead d'automne 1924:

«La réalité s'attache aux connexions, et seulement relativement aux choses liées. (A) est réel pour (B) et (B) est réel pour (A), mais [ils ne sont] pas absolument réellement indépendants les uns des autres.»[64]

Whitehead décrit toute entité comme rien de plus et rien de moins que la somme de ses relations avec d'autres entités - sa synthèse de et la réaction au monde autour d'elle[65]. Une vraie chose est ce qui oblige le reste de l'univers à s'y conformer[66]. Les relations ne sont pas secondaires à ce qu'est une chose, elles sont ce que la chose est.

Il faut souligner, cependant, que l'entité est non seulement une somme de ses relations, mais aussi une évaluation et une réaction envers elles[67]. Pour Whitehead, la créativité est le principe absolu de l'existence, et chaque entité (qu'elle soit un être humain, un arbre ou un électron) a un certain degré de nouveauté dans la façon dont elle répond aux autres entités, et n'est pas entièrement déterminée par les lois mécaniques et causales[68]. Bien entendu, la plupart des entités n'ont pas de conscience[69]. Comme les actions d'un être humain ne peuvent pas toujours être prédites, de même on ne peut prédire où les racines d'un arbre se développeront, ou comment un électron se déplacera, ou s'il va pleuvoir demain. De plus, l'incapacité de prédire le mouvement d'un électron (par exemple) n'est pas dû à une mauvaise compréhension ou à une technologie inadéquate; mais plutôt à la créativité/liberté fondamentale de toutes entités[70].

L'autre face de la créativité/liberté comme principe absolu, est que chaque entité est limitée par la structure sociale de l'existence (c.-à-d. ses relations) - chaque entité réelle doit être conforme aux conditions établies dans le monde autour d'elle[66]. La liberté existe toujours, mais avec certaines limites. Mais l'individualité et l'unicité d'une entité proviennent de leur propre auto-détermination quant au fait de tenir compte du monde et des limites qui lui ont été fixés[71].

En résumé, Whitehead rejette l'idée de blocs séparés et immuables, en faveur de l'idée d'une réalité où les événements sont interdépendants dans un processus. Il conçoit la réalité comme étant composé de processus de dynamiques "devenant" plutôt que statiques "étant", soulignant ainsi que toutes choses physiques changent et évoluent, et que les «essences» immuables telles que la matière ne sont que des abstractions d'événements interdépendants qui sont les choses réelles[49].

Théorie de la perception[modifier | modifier le code]

Puisque la métaphysique de Whitehead décrit un univers dans lequel toutes les entités vivent des expériences, il a besoin d'une nouvelle façon de décrire une perception qui n'est pas limitée à la vie des êtres auto-conscient. Le terme qu'il invente «préhension», vient du latin prehensio, qui signifie «saisir»[72]. Ce terme est destiné à indiquer une perception qui peut être consciente, ou inconsciente, s'appliquer aussi bien aux personnes qu'aux électrons[72]. Pour Whitehead, le terme «préhension» indique que la perception incorpore en elle-même les aspects de la chose perçue[72]. De cette façon, les entités sont constituées par leurs perceptions et leurs relations et ne leurs sont pas indépendantes. En outre, pour Whitehead la perception se produit selon deux modes : l'efficacité causale (ou «préhension physique») et l'immédiateté présentationnelle (ou «préhension conceptuelle»)[69].

Whitehead décrit l'efficacité causale comme « l'expérience dominant les organismes vivants primitifs, qui ont un sens en fonction du destin donc ils ont émergé et en fonction du destin vers lequel ils se dirigent. »[73] Il est, en d'autres termes, le sens de la causalité des relations entre les entités, un sentiment d'être influencé et affecté par l'environnement, sans médiation des sens. L'immédiateté présentationnelle, d'autre part, est ce qui est habituellement appelé la « perception pure de sens », sans médiation par une causalité ou une interprétation symbolique ou inconsciente. En d'autres termes, c'est une apparence pure, qui peut ou peut ne pas être trompeuse (comme l'est par exemple, l'image dans un miroir pour «la vraie chose»)[74].

Chez les organismes supérieurs (comme les personnes), ces deux modes de perception se combinent en ce que Whitehead nomme la «référence symbolique», qui relie l'apparence à la causalité dans un processus qui est tellement automatique que les personnes et animaux ont du mal à s'en passer. À titre d'illustration, Whitehead utilise l'exemple de la rencontre d'une personne avec une chaise. Une personne ordinaire regarde, voit une forme colorée, et déduit immédiatement que c'est une chaise. Cependant selon Whitehead, un artiste «pourrait ne pas passé directement à la notion d'une chaise», et plutôt s'arrêté à la simple contemplation d'une belle couleur ou d'une belle forme.»[75]. Mais, ce n'est pas la réaction humaine normale; la plupart des gens placent des objets dans des catégories par l'habitude, et par instinct, sans même y penser. Les animaux font la même chose. En utilisant le même exemple, Whitehead souligne qu'un chien «aurait agi en fonction de l'hypothèse que ce soit une chaise et aurait sauté dessus pour l'utiliser en conséquence.»[76]. Aussi pour Whitehead une référence symbolique est une fusion de la perception pure des sens d'une part, et des relations causales de l'autre[77].

Évolution et valeur[modifier | modifier le code]

Whitehead soutient que les questions sur les faits de base de l'existence débouchent inévitablement sur des questions portant sur la valeur et le but. Ceci est confirmé dans la façon dont il aborde l'origine de la vie, ou le processus naturel hypothétique par lequel la vie survient à partir de composés organiques simples.

Selon Whitehead « la vie est relativement pauvre en valeur de survie. »[78]. Si la vie des êtres humains est limitée à une centaine d'années, tandis qu'une pierre peut perdurer huit cent million d'années, la question du pourquoi les organismes complexes n'ont jamais évolué de façon à remédier à cela se pose[79]. Il observe alors que la marque des formes supérieures de vie est d'être activement engagées dans la modification de leur environnement, une activité qu'il voit dirigée vers un triple objectif : vivre, bien vivre, et vivre mieux[80]. En d'autres termes, selon Whitehead, la vie est dirigés vers la finalité d'augmenter sa propre satisfaction. Sans un tel objectif, la vie serait totalement inintelligible.

Pour Whitehead, la matière inerte n'existe pas. Au lieu de cela, toutes les choses ont, dans une certaine mesure, de la liberté ou de la créativité, ce qui leur permet d'être en partie auto-dirigé. Le philosophe du processus David Ray Griffin a inventé à ce propos le terme de «panexpérientialisme» pour décrire l'idée selon laquelle toutes les entités vivent des expériences, et distinguer ainsi le point de vue de Whitehead du panpsychisme (l'idée que toute la matière a une conscience)[81].

Dieu[modifier | modifier le code]

« Je suis aussi grandement redevable à Bergson, William James et John Dewey. L'une de mes préoccupations a été de préserver leur type de pensée de la charge de l'anti-intellectualisme, qui à tort ou a raison leur est associée » – Alfred North Whitehead, Procès et réalité, préface[82].

L'idée de Whitehead de Dieu diffère fortement des notions monothéistes traditionnelles[83]. Dans ce qui est peut-être sa critique la plus célèbre de la conception chrétienne de Dieu, il accuse « l'Église d'avoir donné à Dieu les attributs qui appartenaient exclusivement à César. »[84] Selon lui cette conception a deux conséquences néfastes: d'une part elle conduit à considérer que l'attribut le plus important de Dieu est le pouvoir, et d'autre part elle promeut une façon de voir Dieu comme une monarque divin qui impose sa volonté au monde. Au contraire, pour lui, il faut voir Dieu comme une « la brève vision galiléenne d'humilité (The brief Galilean vision of humility) » qui selon lui :

« ne se focalise pas sur le César qui gouverne au pouvoir, ou sur le moraliste impitoyable, ou sur le moteur non mû. Au contraire, elle traite des éléments tendres du monde qui lentement et calmement opèrent par amour; et qui trouvent leur but dans le présent immédiat d'un royaume qui n'est pas de ce monde. L'amour ne gouverne pas et n'est pas immobile; il est également un peu oublieux de la moralité. Il ne regarde pas vers le futur car il trouve sa propre récompense dans le présent immédiat. »[85]

Pour Whitehead, Dieu n'est pas nécessairement lié à la religion[86]. Son dieu ne jaillit pas de la foi religieuse, il est surtout nécessaire à son système métaphysique[86]. En effet, il voulait justifier l'existence d'un ordre qui permette la nouveauté, l'émergence du neuf, tout en donnant un but à toutes les entités. Pour Whitehead, tous les ordres potentiels existent dans ce qu'il appelle la nature primordiale de Dieu. Cependant, comme Whitehead voulait également prendre en compte l'expérience religieuse, il a du introduire ce qu'il appelle la seconde nature de Dieu ou la « nature conséquente ». La conception de Whitehead de Dieu comme entité «dipolaire»[87] a apporté de l'air frais, de la nouveauté, dans la pensée théologique.

Il décrit la nature primordiale de Dieu comme «la réalisation conceptuelle illimitée d'une richesse absolue en termes de potentialité»[85], à savoir, la possibilité illimitée de l'univers. Cette nature primordiale est éternelle et immuable, fournissant aux entités de l'univers diverses possibilités de réalisation. Whitehead appelle également cet aspect primordial «le leurre pour le sentiment, l'envie éternelle du désir»[88].

La nature conséquente de Dieu, d'autre part, est tout sauf immuable - c'est la réception par Dieu de l'activité du monde. Whitehead soutient, que « Dieu sauve le monde car il passe dans l'immédiateté de sa propre vie. C'est un jugement de tendresse qui ne perd rien de ce qui peut être sauvé.»[89] En d'autres termes, Dieu sauve et chérit toutes les expériences pour toujours, et ces expériences changent la façon dont Dieu interagit avec le monde. De sorte que Dieu interagit avec ce qui se passe dans l'univers.

Whitehead voit ainsi Dieu et le monde comme se complétant l'un l'autre. Il voit les entités du monde comme des choses fluides et changeantes qui aspirent à une permanence que Dieu seul peut donner en les prenant dans le soi de Dieu, mais, ce faisant Dieu change et cela affecte le reste de l'univers à travers le temps. D'un autre côté, il voit dieu comme permanent mais déficient enferme de réalité et de changement; seul, Dieu est simplement un ensemble de possibilités non réalisées et il a besoin du monde pour faire devenir réalité. Dieu donne aux créatures permanence, tandis que les créatures donnent à Dieu réalité et changement. Ici, il vaut la peine de citer longuement Whitehead:

De cette façon, Dieu est complété par l'individu, satisfactions fluides de fait finie, et les occasions temporelles sont complétées par leur union éternelle avec leurs mêmes transformés, purgés en conformation avec l'ordre éternel qui est la 'sagesse' finale absolue. Le résumé final ne peut être exprimée qu'en termes d'un groupe d'antithèses, dont l'auto-contradiction apparente dépend des défauts des diverses catégories d'existence. Dans chaque antithèse il y a un changement de sens qui convertit en contraste l'opposition.

«Il est aussi vrai de dire que Dieu est permanent et que le monde change, et que le monde est permanent et que Dieu change.»

«Il est aussi vrai de dire que Dieu est un et le monde beaucoup, et que le monde est un et que Dieu beaucoup.»

«Il est aussi vrai de dire que, en comparaison avec le monde, Dieu est réelle éminemment, et que, par rapport à Dieu, le monde est réel éminemment.»

«Il est aussi vrai de dire que le monde est immanent en Dieu, et que Dieu est immanent dans le monde.»

«Il est aussi vrai de dire que Dieu transcende le monde, et que le monde transcende Dieu.»

«Il est aussi vrai de dire que Dieu crée le monde, et que le monde crée Dieu ...»[90]

Ce qui précède ci-dessus est une partie des écrits le plus évocateur de Whitehead à propos de Dieu, qui étaient assez puissant pour inspirer le mouvement connu comme la théologie du processus, une école théologique dynamique de la pensée qui continue à prospérer aujourd'hui[91],[92].

Autres traits importants de la pensée de Whitehead[modifier | modifier le code]

Éducation[modifier | modifier le code]

Whitehead a montré durant sa vie un fort intérêt pour les réformes éducatives. En plus de ses nombreux travaux sur ce sujet, il a été membre d'une commission nommée en 1921 par le Premier Ministre anglais David Lloyd George chargée d'étudier le système d'éducation du Royaume-Uni et de proposer des réformes[93].

The Aims of Education and Other Essays de 1929 est son livre le plus complet sur ce thème. Il reprend de nombreux essais et conférences publiés par Whitehead entre 1912 et 1927. Ce livre dérive d'un discours de Whitehead de 1916 alors qu'il était président de la branche londonienne de la Mathematical Association. dans cette adresse, il met en garde contre l'enseignement de ce qu'il appelle les idées inertes des libres d'informations déconnectées, sans application dans la vie réelle et la culture. Il soulignait que l'éducation d'idées inertes est non seulement inutiles mais également dangereux[94].

L'une des caractéristiques majeures de ses écrits éducatifs est l'importance qu'il accorde à l'imagination et au libre jeu des idées. Dans son livre "Universities and Their Function", Whitehead écrit à ce propos:

« L'Imagination ne doit pas divorcer des faits: Elle est une façon d'illuminer les faits. Elle travaille en découvrant les principes généraux qui s'appliquent aux faits, comme ils existent, puis par une étude des alternatives possibles consistantes avec ces principes. elle rend les hommes capables de construire une vision intellectuelle d'un monde nouveau[95]. »

Sa phrase "La connaissance ne conserve rien mieux que le poisson"[96] peut être vue comme résumant sa philosophie de l'éducation. Elle indique que pour lui toute connaissance doit trouver une application dans les vies des étudiants.

Religion[modifier | modifier le code]

L'individu selon Whitehead est au cœur de la religion. Même si selon lui, les individus ne peuvent être totalement séparés de la société, la vie est pour lui d'abord un fait interne qui concerne son propre soi, avant d'être un fait externe qui nous relie aux autres[97] Sa remarque la plus connue en ce qui concerne ce sujet énonce que la « religion est ce que les individus font avec leur propre solitude... et si vous n'être jamais solitaire, vous ne serez jamais religieux »[98]. Pour Whitehead, la religion est un ensemble de vérités générales qui transforme le caractère d'une personne[99]. Il prend soin de souligner que si la religion a souvent une bonne influence, elle n'est pas nécessairement bonne, idée qu'il qualifie de dangereuse illusion. Il rappelle à cet égard, qu'une religion peut encourager la destruction violente des adhérents d'une religion concurrente[100].

Toutefois, si pour Whitehead la religion débute dans la solitude, elle s'étend nécessairement au delà de l'individu. Comme pour sa métaphysique du process, la relation est première pour lui la religion nécessite la réalisation « de la valeur du monde objectif qu'il voit comme une communauté dérivant des interactions entre ses composants individuels. »[101] En d'autres termes, l'univers est une communauté qui se fabrique elle-même à travers les relations d'une entité individuelle avec tous les autres – la signification et la valeur n'existent pas pour un individu seul, mais seulement dans le contexte d'une communauté individuelle. Whitehead précise que chaque entité « ne peut trouver une telle valeur jusqu'à ce elle ait fusionné sa revendication individuelle avec celle de l'univers objectif. La religion est loyauté au monde ( Religion is world-loyalty). L'esprit se rend à la revendication universelles et se l'approprie » [102]. De sorte que les aspects individuels et universels (ou sociaux) d'une religion sont mutuellement dépendants.

Whitehead décrit plus techniquement la religion comme "désirant ultimement d'infuserdans l’insistence particulatité de l'émotion la généralité non-temporelle qui appartient d'abord à la pensée conceptuelle."[103]. En d'autres termes, la religion part d'émotions profondément ressenties, les contextualise à l'intérieur d'un système de vérités générales sur le monde, et aide les gens à identifier leur signification profonde. Selon Whitehead, la religion est une sorte de pont entre la philosophie, les émotions et les buts d'une société particulière[104]. La tâche de la religion est de rendre la philosophie applicable à la vie de tous les jours des gens ordinaires.

Influence et héritage[modifier | modifier le code]

Jusque dans les années 1970-1980, la pensée de Whitehead est restée confinée à un petit groupe de philosophes et de théologiens, principalement Américains. Ce n'est que durant les dernières décennies que son travail a fait l'objet d'une attention plus large en provenance d'un large sceptre de champs d'études : écologie, physique, biologie, éducation, économie et psychologie.

Philosophie du processus et théologie[modifier | modifier le code]

Le philosophe Nicholas Rescher. Rescher est un promoteur de la philosophie du processus de Whitehead et du pragmatisme américain.
Le philosophe Nicholas Rescher. Rescher est un promoteur de la philosophie du processus de Whitehead et du pragmatisme américain.

L'un des premiers théologiens à avoir tenté d'interagir avec la pensée de Whitehead a été le futur archevêque de Canterbury, William Temple[105]. Les premiers adeptes de Whitehead se trouvaient principalement à la Divinity School de l'université de Chicago où la pensée de Whitehead est demeurée influente pendant une trentaine d'années[50]. sous l'influence des professeurs Henry Nelson Wieman, Charles Hartshorne, Bernard Loomer, Bernard Meland, et Daniel Day Williams[106]. Après Chicago, Cobb a fondé, avec David Ray Griffin, le Center for Process Studies en 1973 à la Claremont School of Theology[107]. En grande partie en raison de l'influence de Cobb, Claremont reste aujourd'hui encore fortement marqué par la pensée de Whitehead[108],[109]. Le travail de Whitehead a historiquement profondément marqué la théologie progressive américaine[91],[109]. Le plus important des premiers promoteurs de la pensée de Whitehead en théologie a été Charles Hartshorne, qui a été assistant de Whitehead en 1925. Il est en général crédité crée la théologie du processus à partir de la philosophie du processus de Whitehead[110]. Parmi les autres théologiens du processus notable, il est possible de citer John B. Cobb, Jr., David Ray Griffin, Marjorie Hewitt Suchocki, C. Robert Mesle, Roland Faber, et Catherine Keller.

La théologie du processus insiste sur la nature relationnelle de Dieu. Plutôt que de voir Dieu comme impassible ou non-émotionnel, les théologiens du processus considèrent Dieu comme «le compagnon d'infortune qui comprend», et comme l'être qui est suprêmement affecté par les événements temporels[111]. Cependant, la théologie du processus a été formulé de bien des manières. C. Robert Mesle, par exemple, préconise un «naturalisme du processus», à savoir une théologie du processus sans Dieu[112].

En fait, la théologie du processus est difficile à définir, car les théologiens du processus sont divers et sont à cheval sur plusieurs disciplines. John B. Cobb, Jr., par exemple, a écrit sur la théologien du processus mais aussi sur la biologie et l'économie. Charles Birch est à la fois un théologien et un généticien. Franklin I. Gamwell a écrit sur la théologie et la théorie politique.

La philosophie du processus est encore plus difficile à cerner que la théologie du processus. Dans la pratique, les deux champs ne peuvent pas être distinctement séparés. La série de l'Université d'État de New York composé de 32 volumes dans la pensée postmoderne constructive éditée par le philosophe du processus et théologien David Ray Griffin expose la gamme de domaines dans lesquels les différents philosophes du processus travaillent. Ils comprennent la physique, l'écologie, la médecine, la politique publique, la non-violence, la politique et la psychologie[113].

Le pragmatisme américain est une école philosophique qui a toujours eu une relation étroite avec la philosophie du processus. Charles Hartshorne (avec Paul Weiss) a édité les documents de Charles Sanders Peirce, l'un des fondateurs du pragmatisme. Le néo-pragmatiste Richard Rorty était également un élève de Hartshorne[82]. Aujourd'hui, Nicholas Rescher est un exemple de philosophe qui prône à la fois la philosophie du processus et le pragmatisme.

Science[modifier | modifier le code]

Physicien théoricien David Bohm. Bohm est un exemple de scientifique influencé par la philosophie de Whitehead[114].

L'œuvre de Whitehead a connu ces dernières années un regain d'intérêt notamment avec le livre Physics and Whitehead (2004) de Timothy E. Eastman et Hank Keeton, et celui de Michael Epperson Quantum Mechanics and the Philosophy of Alfred North Whitehead. L'intérêt des biologistes envers l'œuvre de Whitehead s'est manifestée au travers des livres Beyond Mechanism de Brian G. Henning, Adam Scarfe, et Dorion Sagan (2013) et Science Set Free de Rupert Sheldrake (2012)

Parmi les autres scientifiques que l'œuvre de Whitehead a inspiré on peut citer le chimiste physique Ilya Prigogine, le biologiste Conrad Hal Waddington, et les généticiens Charles Birch et Sewall Wright[115].

Écologie, économie et durabilité[modifier | modifier le code]

Théologien, philosophe, et environnementaliste, John B. Cobb est souvent considéré comme le chercheur prééminent dans le domaine de la philosophie du processus et de la théologie du process[116],[117],[118],[119].

L'une des applications les plus prometteuses de la pensée de Whitehead au cours des dernières années concerne le domaine de la civilisation écologique, de la durabilité et de l'éthique environnementale.

«Parce que la métaphysique holiste des valeurs de Whitehead peuvent se prêter à une interprétation écologique, beaucoup voient son travail, comme leur fournissant une image métaphysique d'un monde constitué d'un réseau de relations interdépendantes propre à se substituer à la vision du monde mécaniste traditionnelle.»[4]

À ce niveau, le livre Est-Il Trop Tard? Une théologie de l'écologie (1971) de son disciple John B. Cobb, Jr., comme l'un des premiers livres sur l'éthique de l'environnement[120]. Cobb a également co-écrit un livre avec l'économiste théoricien Herman Daly intitulé For the Common Good: Redirecting the Economy toward Community, the Environment, and a Sustainable Future (1989), où il tente d'appliquer la pensée de Whitehead à l'économie. Cobb a dans un deuxième livre, Sustaining the Common Good: A Christian Perspective on the Global Economy (1994) qui conteste «La foi zélée des économistes devant le grand dieu de la croissance»[121].

Éducation[modifier | modifier le code]

L'influence de Whitehead sur la théorie de l'éducation est bien connue. Sa philosophie a inspiré la création de l'Association pour la Philosophie du Processus de l'Éducation (APPE), qui a publié onze volumes sur la philosophie et l'éducation d'une revue intitulée Process Papers de 1996 à 2008[122]. Les théories de Whitehead sur l'éducation ont également conduit à la formation de nouveaux modes d'apprentissage et modèles d'enseignement. La pensée de Whitehead continuent d'être présente de nos jours tant qu'au Canada, qu'en Chine, notamment à travers un modèle d'éducation développé par Xie Banxioet aux États-Unis où deux livres parus récemment s'inspirent de la philosophie de l'éducation de Whitehead : Modes of Learning: Whitehead's Metaphysics and the Stages of Education (2012) par George Allan; et The Adventure of Education: Process Philosophers on Learning, Teaching, and Research (2009) par Adam Scarfe.

Influence sur la philosophie[modifier | modifier le code]

Par ses travaux avec Bertrand Russell et par son rôle dans la formation de Willard Van Orman Quine[123] dont il a dirigé la thèse, Whitehead est associé à deux des figures majeurs de la philosophie analytique – le courant principal philosophique dans les pays anglo-saxons au XXe siècle[124].

Sur le continent, et particulièrement en France, il a marqué Gilles deleuze et Bruno Latour. Deleuze le considère comme « comme le dernier grand philosophe anglo-américaine, avant que les disciples de Wittgenstein répandent leur confusion brumeuse, et leur terreur.»[125]. Bruno Latour le considère comme «le plus grand philosophe du XXe siècle.»[126]

Toutefois, il s'agit là de philosophes relativement marginaux. Whitehead n'est pas réellement influent dans les écoles philosophiques les plus dominantes[127]. Pour Andrew David Irvine, les raisons probables sont ses idées métaphysiques sont quelque peu contre-intuitive (son affirmation que la matière est une abstraction par exemple), l'inclusion d'éléments théistes dans sa philosophie[128], et plus simplement la densité de son écriture qui rendent son œuvre difficile d'accès[4].

Sciences de gestion et théorie des organisations[modifier | modifier le code]

Sous l'influence de Whitehead, les philosophies des sciences de gestion et de la théorie des organisations ont a été amenées à se focaliser sur l'identification et l'investigation des effets temporels des événements à l'intérieur des organisations à travers un discours sur les études d'organisation[129]. Mark Dibben, une des figures majeures de ce courant se revendique explicitement whiteheadien et panexperientialiste[130]. Dans deux de ses livres: Applied Process Thought I: Initial Explorations in Theory and Research (2008), et Applied Process Thought II: Following a Trail Ablaze (2009), ainsi que d'autres documents dans les domaines de la philosophie de l'éthique de gestion et d'affaires[131], il travaille sur ce qu'il appelle « la pensée appliquée au process (applied process thought) » qui vise à articuler la philosophie du management de l'administration des affaires, avec la vision plus large des sciences sociales à travers le prisme de la métaphysique de Whitehead.

Margaret Stout et Carrie M. Staton, de leur côté, ont travaillé sur l'influence réciproque entre Whitehead et Mary Parker Follett, une pionnière dans les domaines de la théorie de l'organisation et du comportement organisationnel. Stout et Staton soutiennent que Whitehead et Follett partagent une ontologie qui « comprend le devenir comme un processus relationnel; la différence comme quelque chose de liée, mais unique; et le but du devenir comme harmonisation des différences »[132]. Cette connexion est en outre analysé par Stout et Jeannine M. Love dans Integrative Process: Follettian Thinking from Ontology to Administration[133]

Publications[modifier | modifier le code]

En langue anglaise[modifier | modifier le code]

  • A Treatise on Universal Algebra (1898)
  • On Mathematical Concepts of the Material World (1906)
  • The Axioms of Projective Geometry (1906)
  • The Axioms of Descriptive Geometry (1907)
  • Principia Mathematica (avec Bertrand Russell) (1910, 1912, 1913)
  • An Introduction to Mathematics (1911)
  • An Enquiry concerning the Principles of Natural Knowledge (1919)
  • The Concept of Nature (1920)
  • The Principle of Relativity with Applications to Physical Science (1922)
  • Science and the Modern World, revised edition - En français : La Science et le Monde moderne (1925)
  • Religion in the Making (1926)
  • Symbolism, Its Meaning and Effect (1927)
  • The Aims of Education and Other Essays (1929)
  • The Function of Reason (1929)
  • Process and Reality - En français : Procès et Réalité (1929)
  • Adventures of Ideas - En français : Aventures d'idées (1933)
  • Nature and Life (1934)
  • Modes of Thought (1938)
  • Essays in Science and Philosophy (1947)

Traductions françaises[modifier | modifier le code]

  • La Fonction de la raison et autres essais, préf. Philippe Devaux, trad. P. Devaux, E. Griffin & N. Thyssen-Rutten, Paris, Payot, coll. « Bibliothèque scientifique », 1969, 226 p.

Contient une traduction des essais : Symbolism, Its Meaning and Effect(1927), The Function of Reason (1929), Nature and Life (1934).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

En langue française[modifier | modifier le code]

Autres langues[modifier | modifier le code]

  • (de) Chul Chun, Kreativität und Relativität der Welt beim frühen Whitehead: Alfred North Whiteheads frühe Naturphilosophie (1915-1922) - eine Rekonstruktion, mit einem Vorwort von Michael Welker, Neukirchen-Vluyn: Neukirchener Verlag, 2010 (ISBN 978-3-7887-2352-1)
  • (de) (en) Whitehead und der Prozeßbegriff / Whitehead and The Idea of Process. Beiträge zur Philosophie Alfred North Whiteheads auf dem Ersten Internationalen Whitehead-Symposion 1981. Proceedings of The First International Whitehead-Symposion. Edited by Harald Holz and Ernest Wolf-Gazo. Verlag Karl Alber, Freiburg i. B. / München, 1984 (ISBN 3-495-47517-6)
  • (de) Whiteheads Metaphysik der Kreativität. Internationales Whitehead-Symposium Bad Homburg 1983. Edited by Friedrich Rapp and Reiner Wiehl. Verlag Karl Alber, Freiburg i. B. / München, 1986 (ISBN 3-495-47612-1)
  • (en) Michel Weber and Will Desmond (eds.), Handbook of Whiteheadian Process Thought, Frankfurt / Lancaster, Ontos Verlag, Process Thought X1 & X2, 2008 (ISBN 978-3-938793-92-3).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. David Ray Griffin, Reenchantment Without Supernaturalism: A Process Philosophy of Religion (Ithaca: Cornell University Press, 2001), vii.
  2. a et b "The Modern Library's Top 100 Nonfiction Books of the Century", New York Times, http://www.nytimes.com/library/books/042999best-nonfiction-list.html.
  3. a et b C. Robert Mesle, Process-Relational Philosophy: An Introduction to Alfred North Whitehead (West Conshohocken: Templeton Foundation Press, 2009), 9.
  4. a, b, c et d Philip Rose, On Whitehead (Belmont: Wadsworth, 2002), preface.
  5. a, b et c Victor Lowe, Alfred North Whitehead: The Man and his Work, Vol I (Baltimore: The Johns Hopkins Press, 1985), 2.
  6. Victor Lowe, Alfred North Whitehead: The Man and his Work, Vol I (Baltimore: The Johns Hopkins Press, 1985), 13.
  7. Victor Lowe, Alfred North Whitehead: The Man and his Work, Vol I (Baltimore: The Johns Hopkins Press, 1985), 27.
  8. Victor Lowe, Alfred North Whitehead: The Man and his Work, Vol I (Baltimore: The Johns Hopkins Press, 1985), 44.
  9. Victor Lowe, Alfred North Whitehead: The Man and his Work, Vol I (Baltimore: The Johns Hopkins Press, 1985), 32–33.
  10. Victor Lowe, Alfred North Whitehead: The Man and his Work, Vol I (Baltimore: The Johns Hopkins Press, 1985), 54–60.
  11. Victor Lowe, Alfred North Whitehead: The Man and his Work, Vol I (Baltimore: The Johns Hopkins Press, 1985), 112.
  12. Victor Lowe, Alfred North Whitehead: The Man and his Work, Vol I (Baltimore: The Johns Hopkins Press, 1985), 72.
  13. (en) Alfred North Whitehead sur le site du Mathematics Genealogy Project
  14. Victor Lowe, Alfred North Whitehead: The Man and his Work, Vol I (Baltimore: The Johns Hopkins Press, 1985), 103.
  15. Victor Lowe, Alfred North Whitehead: The Man and his Work, Vol II (Baltimore: The Johns Hopkins Press, 1990), 34.
  16. Victor Lowe, Alfred North Whitehead: The Man and his Work, Vol II (Baltimore: The Johns Hopkins Press, 1990), 2.
  17. Victor Lowe, Alfred North Whitehead: The Man and his Work, Vol II (Baltimore: The Johns Hopkins Press, 1990), 6-8.
  18. Victor Lowe, Alfred North Whitehead: The Man and his Work, Vol II (Baltimore: The Johns Hopkins Press, 1990), 26-27.
  19. Victor Lowe, Alfred North Whitehead: The Man and his Work, Vol II (Baltimore: The Johns Hopkins Press, 1990), 72-74.
  20. Victor Lowe, Alfred North Whitehead: The Man and his Work, Vol II (Baltimore: The Johns Hopkins Press, 1990), 127.
  21. Victor Lowe, Alfred North Whitehead: The Man and his Work, Vol II (Baltimore: The Johns Hopkins Press, 1990), 132.
  22. Victor Lowe, Alfred North Whitehead: The Man and his Work, Vol I (Baltimore: The Johns Hopkins Press, 1985), 3–4.
  23. Victor Lowe, Alfred North Whitehead: The Man and his Work, Vol II (Baltimore: The Johns Hopkins Press, 1990), 262.
  24. Victor Lowe, Alfred North Whitehead: The Man and his Work, Vols I & II (Baltimore: The Johns Hopkins Press, 1985 & 1990).
  25. a et b Victor Lowe, Alfred North Whitehead: The Man and his Work, Vol I (Baltimore: The Johns Hopkins Press, 1985), 7.
  26. "Critical Edition of Whitehead", Whitehead Research Project, http://whiteheadresearch.org/research/cew/press-release.shtml.
  27. a et b Christoph Wassermann, "The Relevance of An Introduction to Mathematics to Whitehead's Philosophy", Process Studies 17 (1988): 181. Disponible en ligne : http://www.religion-online.org/showarticle.asp?title=2753
  28. "Whitehead, Alfred North", Gary L. Herstein, Internet Encyclopedia of Philosophy, http://www.iep.utm.edu/whitehed/.
  29. a et b George Grätzer, Universal Algebra (Princeton: Van Nostrand Co., Inc., 1968), v.
  30. Cf. Michel Weber et Will Desmond (eds.). Handbook of Whiteheadian Process Thought (Frankfurt / Lancaster, Ontos Verlag, Process Thought X1 & X2, 2008) et Ronny Desmet & Michel Weber (édité par), Whitehead. The Algebra of Metaphysics. Applied Process Metaphysics Summer Institute Memorandum, Louvain-la-Neuve, Les Éditions Chromatika, 2010.
  31. Alexander Macfarlane, "Review of A Treatise on Universal Algebra", Science 9 (1899): 325.
  32. G. B. Mathews (1898) A Treatise on Universal Algebra de Nature 58:385 à 7 (#1504)
  33. Alfred North Whitehead, Principia Mathematica Volume 2, Second Edition (Cambridge: Cambridge University Press, 1950), 83.
  34. a et b Hal Hellman, Great Feuds in Mathematics: Ten of the Liveliest Disputes Ever (Hoboken: John Wiley & Sons, 2006). Available online at https://books.google.com/books?id=ft8bEGf_OOcC&pg=PT12&lpg=PT12#v=onepage&q&f=false
  35. "Principia Mathematica", ed. Edward N. Zalta, The Stanford Encyclopedia of Philosophy (Hiver 2013), http://plato.stanford.edu/entries/principia-mathematica/#HOPM.
  36. Stephen Cole Kleene, Mathematical Logic (New York: Wiley, 1967), 250.
  37. "'Principia Mathematica' Celebrates 100 Years", http://www.npr.org/2010/12/22/132265870/Principia-Mathematica-Celebrates-100-Years
  38. "Principia Mathematica", ed. Edward N. Zalta, The Stanford Encyclopedia of Philosophy (Hiver 2013), http://plato.stanford.edu/entries/principia-mathematica/#SOPM.
  39. Alfred North Whitehead, An Introduction to Mathematics, (New York: Henry Holt and Company, 1911), 8.
  40. Christoph Wassermann, "The Relevance of An Introduction to Mathematics to Whitehead's Philosophy", Process Studies 17 (1988): 181–182. Disponible en ligne: http://www.religion-online.org/showarticle.asp?title=2753
  41. Christoph Wassermann, "The Relevance of An Introduction to Mathematics to Whitehead's Philosophy", Process Studies 17 (1988): 181–182. Disponible en ligne: http://www.religion-online.org/showarticle.asp?title=2753
  42. "An Iconic College View: Harvard University, circa 1900. Richard Rummell (1848–1924)", http://grahamarader.blogspot.com/2011/07/iconic-college-view-harvard-university.html.
  43. Alfred North Whitehead à Bertrand Russell, Février 13, 1895, Bertrand Russell Archives, Archives and Research Collections, McMaster Library, McMaster University, Hamilton, Ontario, Canada.
  44. A. J. Ayer, Language, Truth and Logic, (New York: Penguin, 1971), 22.
  45. George P. Conger, "Whitehead lecture notes: Seminary in Logic: Logical and Metaphysical Problems", 1927, Manuscripts and Archives, Yale University Library, Yale University, New Haven, Connecticut.
  46. Alfred North Whitehead, Process and Reality (New York: The Free Press, 1978), 4.
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  50. a, b et c Gary Dorrien, The Making of American Liberal Theology: Crisis, Irony, and Postmodernity, 1950–2005 (Louisville: Westminster John Knox Press, 2006), 123–124.
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  52. Henry Nelson Wieman, "A Philosophy of Religion", The Journal of Religion 10 (1930): 137.
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  59. Alfred North Whitehead, Process and Reality (New York: The Free Press, 1978), 34.
  60. Alfred North Whitehead, Science and the Modern World (New York: The Free Press, 1967), 54–55.
  61. Alfred North Whitehead, Process and Reality (New York: The Free Press, 1978), 183.
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  63. Alfred North Whitehead, Symbolism: Its Meaning and Effect (New York: Fordham University Press, 1985), 38–39.
  64. Louise R. Heath, "Notes on Whitehead's Philosophy 3b: Philosophical Presuppositions of Science", 27 Septembre 1924, Whitehead Research Project, Center for Process Studies, Claremont, California.
  65. Alfred North Whitehead, Symbolism: Its Meaning and Effect (New York: Fordham University Press, 1985), 26.
  66. a et b Alfred North Whitehead, Symbolism: Its Meaning and Effect (New York: Fordham University Press, 1985), 39.
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