Noûs

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En philosophie et dans l'Antiquité grecque, le noûs (νοῦς), plus rarement nous ou noos, est l'esprit, la raison, l'intellect. Pour Platon, noûs désigne le plus souvent la partie la plus divine de l'âme, la raison : en ce sens, on la distingue de la dianoia, διάνοια, qui désigne l'intelligence dans son activité humaine de réflexion[1]. De grande importance dans l'histoire de la métaphysique, ce mot est aussi souvent utilisé par Anaxagore, Aristote et Plotin, notamment pour désigner le Premier principe de toute chose, c'est-à-dire à la fois la Raison universelle et, selon certaines interprétations, Dieu.

La théorie platonicienne du noûs[modifier | modifier le code]

Dans Phèdre, Platon compare l'âme à un attelage ailé, avec comme cocher la raison, l'esprit, l'intelligence (noûs), comme cheval obéissant, la volonté, le cœur (θυμός, thumos), et comme cheval rétif, les désirs, le « bas-ventre » (ἐπιθυμία, épithumia). Plus loin, il écrit : « L'Essence (qui possède l'existence réelle), celle qui est sans couleur, sans forme et impalpable ; celle qui ne peut être contemplée que par le seul guide de l'âme, (le noûs) l'intelligence ; celle qui est la source du savoir véritable, réside en cet endroit. Pareille à la pensée de Dieu qui se nourrit d'intelligence et de science absolue, la pensée de toute âme, cherchant à recevoir l'aliment qui lui convient, se réjouit de revoir après un certain temps l'Être en soi, se nourrit et se rend bienheureuse en contemplant la vérité[2]... »

Dans sa doctrine tardive, Platon décrit dans le Timée[3] la création de l'âme humaine, disant que le démiurge forma d'abord la pure âme pensante et immortelle (noûs), c'est-à-dire l'intelligence ; après quoi les dieux subalternes, tandis qu'ils enfermaient cette première âme dans un corps physique (σῶμα, soma), formèrent l'âme mortelle (ψυχή, psyché) composée du courage et du désir. Ainsi, de par son union avec le corps, l'âme devient sujette à la mort ; est seule immortelle l'âme intelligente, laquelle est l'âme elle-même dans l'intégralité de sa nature divine[4].

La théorie aristotélicienne du noûs[modifier | modifier le code]

La notion de noûs intervient d’abord chez Aristote dans les questions de psychologie. Dans le Protreptique[5], et dans l’Éthique à Nicomaque[6], Aristote identifie le νοῦς à la personnalité subjective de l’homme. Par le « moi », le Protreptique entend le noûs, le divin en nous, conformément à la doctrine tardive de Platon[7]. Il distingue la partie rationnelle de l’âme, des parties inférieures ; il est ainsi en mesure de représenter la relation morale du moi à lui-même, ou amour de soi, φιλαυτία : il s’agit non de l’égoïsme mais de l’amour naturel que la partie inférieure de l’âme voue au moi plus élevé de l’homme. Selon Werner Jaeger, « la théorie aristotélicienne du νοῦς est en fait un héritage des dernières spéculations de Platon[7] ». Dans l’atmosphère religieuse de l’Éthique à Eudème[8], Aristote invite à contempler Dieu et à le servir (θεὸν θεωρεῖν καὶ θεραπεύειν), commandement qui repose également sur la théorie platonicienne du noûs[7].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Platon, La République [détail des éditions] [lire en ligne], 395 b ; Platon, Les Lois [détail des éditions] [lire en ligne], 916 a.
  2. Phèdre, 247, traduction P. Renacle (traduction récente), ou page 247, édition La Pléiade, traduction Léon Robin
  3. Platon, Timée [détail des éditions] [lire en ligne], 41 d - 43.
  4. Fernand Schwarz, La Tradition et les voies de la connaissance, hier et aujourd'hui, Ancrages, .
  5. Protreptique, p. 42, lignes 3 et 14.
  6. Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre IX, 8, 1168 b 35, et Livre X, 7, 1178 a 2.
  7. a b et c Werner Jaeger, Aristote, Fondements pour une histoire de son évolution, éd. de L’Éclat, 1997, p. 252.
  8. Éthique à Eudème, Livre VII, 6, 1240 a 23.

Voir aussi[modifier | modifier le code]