Du ciel

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Première page du Traité du ciel (édition de 1837).

Du ciel (en grec ancien : Περὶ οὐρανοῦ, et en latin : De caelo) est un traité d'Aristote (384-322 av. J.-C.) en quatre livres dans lequel il donne sa théorie sur l'Univers. Cet ouvrage ne doit pas être confondu avec le De Mundo du Pseudo-Aristote. Les vues exposées dans le texte diffèrent sur quelques points importants des opinions exprimées ailleurs par Aristote et l'authenticité de l'ovrage a été disputée[1].

L'objet de l'ouvrage[modifier | modifier le code]

« Mais disons d'abord ce que nous entendons par le ciel, et combien de sens a ce mot, afin que la recherche à laquelle nous nous livrons en devienne d'autant plus claire. En un premier sens, nous disons que le ciel est la substance de la périphérie dernière de l'univers, ou bien que c'est le corps naturel qui est à l'extrême limite de cette périphérie du monde; car l'usage veut qu'on en tende surtout par le ciel la partie élevée et extrême où nous disons que réside inébranlable tout ce qui est divin. Dans un autre sens, le ciel est le corps qui est continu à cette extrême circonférence de l'univers où sont la lune, le soleil et quelques autres astres ; car nous disons que ces grands corps sont placés dans le ciel. Enfin en un troisième sens, nous appelons ciel le corps qui est enveloppé par la circonférence extrême ; car nous appelons ordinairement ciel la totalité des choses et l'ensemble de l'univers. <278b10> »

Malgré cette mise au point faite à la fin du livre premier du traité, une certaine confusion persiste comme l'atteste le commentaire de Jules Barthélemy-Saint-Hilaire: "Le sujet de ce traité n'est pas très net, et les commentateurs grecs se sont divisés sur la question de savoir quel il est véritablement. Alexandre d'Aphrodise et Jamblique, après lui, ont cru qu'Aristote avait voulu, dans cet ouvrage, non seulement étudier le ciel, mais encore l'univers entier. Syrien et Simplicios ont soutenu qu'il ne s'agissait que du ciel, et selon eux de cette partie de l'univers qui s'étend de la sphère de la lune jusques et y compris notre terre. La question n'a pas grande importance, et l'on peut interpréter de différentes manières le but qu'Aristote s'est proposé. Mais l'opinion de Simplicios paraît plus conforme aux matières mêmes que ce traité discute. Il est résulté de ces controverses et de cette incertitude que les scholastiques, pour ne pas trancher la question, ont donné à cet ouvrage un double titre : De caelo et mundo, comme on peut le voir par Albert le Grand et saint Thomas d'Aquin, et par tous ceux qui les ont suivis. Je crois que le titre seul : Du Ciel doit être conservé à ce traité, le titre : Du Monde devant être réservé au petit traité apocryphe qui porte cette dénomination spéciale, et qu'on trouvera après la Météorologie. Du reste, tous les commentateurs s'accordent pour placer le Traité du ciel à la suite de la Physique, dont il est en quelque sorte le complément."[2]

Le Cosmos selon Aristote[modifier | modifier le code]

Il est divisé en deux zones (il n'est en effet pas infini[3]):

  • La région ὑπερσελήνιος (du grec ancien ὐπερ, hyper, dessus, et de σελήνη, sélène, la lune, littéralement supralunaire), où existe un cinquième élément, la quintessence. Les corps célestes sont des réalités plus parfaites et leurs mouvements sont régis par d'autres lois que dans la région sublunaire.
  • La Terre et la Lune constituent le monde ὐποσελήνιος (du grec ancien ὑπο, hypo, dessous, et de σελήνη, séléné, la lune, littéralement sublunaire), où règnent le changement (naissance, déclin...) et les quatre éléments (στοιχεία).

Le monde céleste ou supralunaire[modifier | modifier le code]

Il est à l'opposé du monde sublunaire désordonné. Ce monde est parfait et immuable et ses composants sont des sphères concentriques, tournant circulairement autour de la Terre. Les objets les plus idéaux, les étoiles fixes, les plus parfaits, ne se déplacent pas, mais sont à l'origine de tout mouvement.

Le monde sublunaire[modifier | modifier le code]

Les 4 éléments d'Empédocle, disposés en sphères concentriques.

Il est composé des quatre éléments, mélangés sur notre planète : il y a de l'air dans l'eau.... Dans ce monde, l'origine des mouvements des corps serait que chaque élément tend à se réunir en un unique endroit (ainsi ceci explique les météorites, la pesanteur — une pierre est attirée par la Terre — etc.) Il énonce par ailleurs un principe de dynamique erroné selon lequel la vitesse serait proportionnelle à la force de poussée : un objet irait d'autant plus vite qu'on le pousse avec plus de force, et quand on ne le pousserait plus, cet objet s'arrêterait. On sait depuis Galilée que ce résultat est faux[4].


La Terre (chapitre XIV du livre III)[modifier | modifier le code]

La Terre est selon lui placée au centre du monde, selon les preuves mathématiques données, à l’instar de Platon.

« Il est donc évident que la terre doit être nécessairement au centre et y être immobile, soit d'après les causes que l'on vient d'expliquer, soit par cette autre cause que les corps graves lancés de force en l'air, une fois parvenus à leur niveau, reviennent au même point, quand bien même la force qui les aurait poussés les lancerait à l'infini. On voit donc bien évidemment, par tous ces motifs, que la terre ne se meut pas et qu'elle n'est pas en dehors du centre. »

— Jean-Barthélémy Saint-Hilaire, (grc) (fr) Traité du ciel : Περί ουρανού, Paris, A. Durand,‎ (lire en ligne)[5]

Il rappelle d'autre part la démonstration de la sphéricité de la Terre, toujours en partant de phénomènes (φαινόμενα).

« J'ajoute que tous les astres ensemble, et un astre quelconque considéré isolément, doivent être tout pareils à cet égard. Or, il a été démontré dans les Traités d'optique, que la lune est sphérique ; car autrement elle n'aurait ni ces accroissements, ni ces décroissances, se présentant le plus souvent à nos yeux sous forme de disque ou de courbe tronquée, et ne se présentant qu'un seul instant à demi-pleine. D'autre part, on a démontré aussi dans les Traités d'astronomie, que les éclipses du soleil ne pourraient pas, sans cela, avoir l'apparence de disque. Par conséquent, un astre quelconque étant sphérique, il faut évidemment aussi que tous les autres astres le soient également. »

— traduction du chapitre XI, livre II, paragraphe 3 par Jean-Barthélémy Saint-Hilaire[6]

Il donne à la circonférence de la Terre la taille de 440 000 stades soit environ le double de sa taille réelle (80 000 km au lieu de 40 000, comme l'ont d'ailleurs remarqué Simplicios et Saint Thomas d'Aquin[6]).

Éditions de référence[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Proclos considère que Du ciel est l’œuvre de Théophraste cf.>Du commentaire de Proclus sur le Timée de Platon, de Jules Simon, p. 57 (1839)
  2. Traité du ciel : Περὶ οὐρανοῦ, Paris, A. Durand,‎ (lire en ligne)
  3. Aristote au chapitre V du Livre II du Traité du ciel' démontre l'impossibilité de l'infinité du ciel (mais pas du monde tout entier selon Alexandre d'Aphrodise) : « Il n'est pas possible que l'infini se meuve circulairement ; et par conséquent, le monde ne pourrait pas davantage se mouvoir de cette façon, s'il était infini. »
  4. Le monde sublunaire (ou terrestre)
  5. Φανερὸν τοίνυν ὅτι ἀνάγκη ἐπὶ τοῦ μέσου εἶναι τὴν γῆν καὶ ἀκίνητον, διά τε τὰς εἰρημένας αἰτίας, καὶ διότι τὰ βίᾳ ῥιπτούμενα ἄνω βάρη κατὰ στάθμην πάλιν φέρεται εἰς ταὐτό, κἂν εἰς ἄπειρον ἡ δύναμις ἐκριπτῇ
  6. a et b (grc) (fr) Traité du ciel : Περί ουρανού, Paris, A. Durand,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]