Religion grecque antique

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La religion grecque antique désigne un ensemble de rites et de pratiques de l'Antiquité grecque. À partir de l'époque archaïque, les caractères dominants de la religion grecque apparaissent : un polythéisme, des dieux (theoi) anthropomorphes munis d'attributs (foudre, trident, arc et flèches, égides, etc.), jouissant de pouvoirs pléthoriques, ayant des secteurs d'intervention, des modes d'actions propres, et dotés d'une mythologie avec ses héros. Mais chacune de ces divinités n'existe que par les liens qui l'unissent au système divin global[1].

Chacun d'eux peut être invoqué sous divers aspects en fonction du lieu, du culte et de la fonction qu'il remplit. Ces puissances dotées de pouvoirs surnaturels, sous le même nom, peuvent présenter une multiplicité d'aspects. Des épithètes culturelles (les épiclèses) signalent alors leur nature et leur domaine d'intervention. Il y a, par exemple, Zeus Kéraunos (du ciel, père de tous les Dieux), Polieus (gardien de l'ordre politique), Horkios (garant des serments et des pactes), Ktésios (protecteur de la propriété), Herkeios (gardien de l'enclos), Xenios (protecteur des hôtes et des étrangers). Les autres figures du panthéon grec suivent aussi ce schéma[1].

La religion n'est pas l'affaire d'une croyance privée ; elle est avant tout publique et concerne la communauté, d'où ses implications importantes avec la vie politique. En fait, elle ne se cantonne pas à certaines sphères de la vie quotidienne mais peut concerner tous ses aspects. En sorte, les Grecs de l'Antiquité n'établissaient pas vraiment de différence entre le domaine religieux et le profane : chaque moment de la vie peut être rythmé par un rite plus ou moins formel, une prière, une pratique religieuse. Ses principaux rites sont les prières, les offrandes, les sacrifices, les fêtes publiques et les jeux. Ces rites ne s'excluent pas, au contraire : une offrande s'accompagne d'une prière, un sacrifice également pour couronner une fête publique.

Cependant la société grecque antique était radicalement différente de la nôtre. L'essentiel des croyances et des rites se structurent au moment où naît, à l'époque archaïque (VIIIe-VIe siècle av. J.-C.), une forme d'organisation politique particulière : la cité (polis), avec pour corollaire la redécouverte et la diffusion de l'écriture (v.800-700 av. J.-C.)[1] Notre mot « religion » n'existe pas en grec ancien. Les concepts qui nous servent à décrire les phénomènes religieux contemporains ne sont pas forcément adaptés à l'analyse de ce qu'étaient pour les Grecs le divin[1]. Dans la société grecque, la religion est complètement imbriquée dans tous les domaines de la vie (familiale, publique et sociale). L'opposition entre le profane et le sacré, les limites que nous établissons entre le laïque et le religieux, sont ici incertaines, voire non pertinentes. Les gestes, les comportements, les cérémonies de la vie familiale, sociale et politique comportent presque toujours un aspect religieux[1].

Histoire et historiographie[modifier | modifier le code]

Les sources[modifier | modifier le code]

La religion grecque n'existant plus en tant que telle, il faut, pour la connaître, s'appuyer sur un ensemble important de sources, qui sont principalement d'ordre littéraire, épigraphique et archéologique. Quelque riches et intéressantes qu'elles soient, toutes ces sources ne sont réellement pertinentes que considérées ensemble.

  • Les fouilles archéologiques réalisées à Delphes et à Éleusis, ainsi que la peinture des vases et la numismatique ont apporté des connaissances précises sur l'histoire des centres religieux, l’étude des représentations de types divins et les offrandes[2].
  • L'épigraphie, abondante surtout à partir du Ve siècle av. J.-C., fournit une documentation particulièrement intéressante sur les fastes, les règlements religieux, les décrets de cités ou de corporations comme ceux des Démotionides à Athènes et des Labyades à Delphes, ainsi que sur les calendriers religieux ; les inscriptions attiques d'Éleusis et l'inscription trouvée à Messène ont fait progresser la connaissance des mystères d'Éleusis et de ceux d'Andania ; les lames de plomb de Dodone, la liste des guérisons miraculeuses d'Épidaure et les tablettes dites orphiques donnent une image vivante de la religion.
  • Mais c'est incontestablement la littérature, entendue au sens le plus large, qui apporte les sources les plus riches[2]. Celle d'un exégète comme Philochoros, de mythographes comme Hellanicos, Hérodore, et Apollodore d'Athènes, auteur d'un Traité sur les dieux, et l'ouvrage de Stésimbrote de Thasos sur les mystères ont conservé une masse importante de traditions[3]. Dans les textes d'Homère et d'Hésiode, la place et la fonction des grandes divinités de la Grèce sont déjà en partie fixées. Le panthéon grec semble constitué dès le VIIIe siècle av. J.-C. À la fin de ce siècle, Hésiode, un poète béotien, dans sa Théogonie, présente une mise en ordre des rites et des mythes relatifs à la naissance du monde divin. Il dresse une histoire de la succession des générations divines, qui, au terme de multiples conflits pour la souveraineté, aboutit à la mise en place des dieux de l'Olympe autour de la figure de Zeus. Les récits mythiques, comme ceux d'Hésiode, expliquent les pratiques culturelles (sacrifices, fêtes et concours) et les rites qui accompagnent la vie sociale et politique. Ils justifient les règles fondamentales qui régissent la collectivité, les rendent intelligibles aux hommes et en assurent la pérennité[1].

Périodes préhistorique et archaïque[modifier | modifier le code]

L'archéologie créto-mycénienne a permis de se faire quelque idée de la religion préhellénique qui s'est développée au sein d'une civilisation qui a commencé en Crète vers 3000 av. J.-C. pour s'achever sur le continent vers 1200[4]. Cette religion était dotée de divinités multiples, surtout féminines et anthropomorphes, et accordait un caractère sacré à l'arbre, au pilier, aux cornes de consécration, à la double hache et au bouclier en huit, ainsi qu'à certains animaux comme le serpent, l'oiseau et le taureau. Des actes de consécration étaient réalisés, en particulier le sacrifice dont le sarcophage d'Aghia Triada, vers 1400 av. J.-C., fournit une image[5]. Cette religion était associée à des sanctuaires champêtres et à un palais (Cnossos et Phaestos), la personne du roi ayant un caractère religieux[5]. À l'époque préhistorique, le bassin de la mer Égée est parcouru par des mouvements de populations venues d'Asie mineure, facilitant les influences orientales : le symbole de la double hache, très répandu dans l'Asie antérieure, traduit une communauté religieuse[6], comme en témoigne le Zeus carien de Labranda, à la double hache, peut-être d'origine égéenne. Hérodote constate la similitude des rites de purification du meurtrier en Grèce et en Lydie[7]. Le nom de la plupart des divinités[Lesquelles ?] apparaît déjà sur les tablettes mycéniennes[réf. nécessaire].

La période hellénique[modifier | modifier le code]

La période qui s'étend entre la chute de la civilisation mycénienne et celle où la Grèce s'est formée avec sa propre religion, est très obscure. L'étude du vocabulaire employé pour la notation des choses religieuses et des noms de divinités apporte des informations : le vocabulaire est généralement indo-européen, mais on constate des subsistances de termes préhelléniques et des contaminations : ainsi le terme de ἱερός, exprimant le sacré, remonte à une origine méditerranéenne mais a été confondu avec un mot indo-européen de sens profane[8] ; le nom de Hyakinthos désigne une divinité préhellénique de la végétation. L'étymologie égéenne du nom d'Athéna est probable, celle de Zeus, dieu du ciel, est incontestablement indo-européenne, mais il n'est pas possible pour autant d'établir une distinction entre divinités indigènes et divinités importées[8].

Dans l'ensemble, les poèmes homériques supposent un état de la religion grecque peu antérieur à celui de la Grèce classique ; ils n'apportent cependant aucun témoignage sur une religion de type féodal, mais supposent essentiellement une civilisation dans la continuité de la civilisation mycénienne, et laissent entrevoir une aristocratie assez libre d'esprit en matière religieuse. Grâce à l'étude des cultes locaux et des lieux de culte, restés souvent les mêmes sans interruption, on discerne la place importante tenue par l'héritage égéen dans la religion grecque, mais on est dans l'incapacité de reconstituer aucun système religieux antérieur à celui de l'époque classique[9]. Un fonds primitif se reconnaît dans les cultes agraires :

  • Le festin collectif des Hyacinthies lacédémoniennes, les Thalysies et les festins sacrés des Magnètes[10] attestent de traditions très anciennes.
  • Les fêtes paysannes avec offrandes de dons de la terre ont été un milieu de vie religieuse, comme l'atteste le vocabulaire : des mots comme συμβάλλεσθαι, « apporter son écot », ἀγείρειν, « réunir les offrandes volontaires », ou ἔρανος, « contribution (d'abord en nature) » qui se rattache étymologiquement au mot « fête », appartiennent au vocabulaire des associations religieuses. Le dérivé de συμβάλλεσθαι, σύμβολον, est devenu un terme typique des mystères où il désigne la formule par laquelle l'initié affirme avoir manié les sacra suivant le geste obligatoire[11].

Croyances[modifier | modifier le code]

Il n'est pas aisé, en l'absence de témoignages directs — la majorité des sources étant littéraires — de se prononcer sur la nature réelle de la foi et du sentiment religieux du peuple grec. En un sens, il est impossible d'affirmer simplement que les Grecs de l'antiquité classique croyaient en leurs mythes et accordaient un crédit réel à leurs pratiques. Deux faits sont cependant assurés par les textes :

  • leur contenu était accepté par les Grecs de l'époque ;
  • la piété (et non la foi) était réelle.

Nature des divinités[modifier | modifier le code]

Pour les Grecs, les dieux ne sont pas extérieurs au monde, ils n'ont pas créé l'univers ni les hommes, mais ont été eux-mêmes créés. Ils n'ont pas toujours existé ; ils ne sont pas éternels (sans commencement ni fin), mais seulement immortels (naissance sans mort). Cette immortalité se traduit par un mode de vie particulier. Ils se nourrissent d'ambroisie (substance délicieuse, neuf fois plus douce que le miel, disait-on), de nectar (breuvage) et de la fumée des sacrifices. Dans leurs veines ne coule pas le sang des mortels mais un autre liquide, l'ichor. Ils sont soumis au destin et interviennent constamment dans les affaires humaines. Nés les uns des autres et fort nombreux, les dieux forment une famille, une société même, fortement hiérarchisée[1].

Mythologie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mythologie grecque.

D'après Hésiode, la mythologie grecque est organisée selon trois puissances : Chaos (la Béance), Gaïa (la Terre) et Ouranos (le Renouvellement), qui donnent chacune naissance à d'autres puissances de façon indépendante. Puis de l'union de Gaïa et d'Ouranos naissent les Titans (dont le plus jeune est Cronos), les trois Cyclopes et les trois Hécatonchires (Cent-Bras). Parmi les enfants de Gaïa et d'Ouranos qui à leur tour engendreront des puissances divines, Kronos châtre son père, puis règne avec Rhéa sur les autres dieux. Pour qu'aucun de ses enfants ne devienne roi, il les avale dès leur naissance. Issu de lui, Zeus échappe à ses visées meurtrières. Devenu grand, il force Kronos à vomir ses enfants, le détrône et engage avec la génération de ses frères, les Olympiens, un combat contre les Titans. Désormais, les dieux s'organisent essentiellement autour de Zeus, souverain de l'Olympe (du ciel, de la région éthérée où vivent les dieux), qui a partagé le monde avec ses frères : à Hadès les enfers, à Poséidon la mer. Il répartit entre les Olympiens tous les honneurs (timai) et inaugure un règne de paix et de justice[1].

Piété (εὐ̓σέϐεια / eusébeia)[modifier | modifier le code]

La piété est le respect d'un juste milieu, la connaissance de limites à ne pas franchir avec les lois divines ; il s'agit avant tout de respecter les traditions des ancêtres et d'accorder aux dieux leur dû (offrandes, prières), quitte à accomplir les rites sans en connaître la signification profonde. La piété est avant tout civique (il faut aussi indiquer que la charge de prêtre, sauf dans de rares cas, est civile et qu'il n'existe pas de clergé) : chaque cité est protégée par une divinité tutélaire. Lui manquer de respect, c'est risquer qu'elle cesse d'assurer cette protection, danger qui concernerait tous les citoyens.

Les obligations de la communauté concernent d'abord le respect de la tradition ancestrale. Celles de l'individu sont multiformes. La participation aux cultes de la cité, l'abondance des offrandes dans les sanctuaires, la dévotion envers les morts de la parenté et les divinités protectrices de la famille, la générosité pour permettre aux rituels de se dérouler dans de meilleures conditions sont des exemples de manifestation de piété[1].

La religion grecque ne s'appuie sur aucune révélation. La cité grecque ne connaît ni Église. La piété n'est pas l'expression d'un sentiment de relation intime avec une divinité. La religion grecque ne semble donc pas avoir demandé une adhésion profonde en un dogme, qui n'existe d'ailleurs pas, mais le simple respect des rites. Les conduites religieuses, piété (eusébeia : respect des obligations envers les dieux) et impiété (asébeia : absence de respect des croyances et des rituels communs aux habitants d'une cité), n'ont pas un caractère défini et rigide. La piété semble avoir été le sentiment qu'avaient le groupe ou l'individu de certaines obligations. Être pieux, c'est croire en l'efficacité du système de représentations mis en place par la cité pour organiser les rapports entre les hommes et les dieux, et aussi y participer activement[1].

Impiété (ἀσέϐεια / asébeia)[modifier | modifier le code]

L'impiété peut revêtir de multiples formes, et la manière dont elle est réprimée ne nous est guère connue que dans le droit pénal d'Athènes[12]. Est généralement considéré comme impie tout ce qui va à l'encontre de la tradition, en matière de religion, toute innovation : l'introduction dans la cité de dieux qui ne sont pas encore officiellement acceptés, des conceptions qui mettent en cause des croyances traditionnelles, la modification de rites ancestraux. De même, toute atteinte à l'intégrité du patrimoine divin (vol au détriment d'un temple ou hiérosylie, mutilation d'arbres sacrés, mise en culture, sans bail du fermage, du domaine du dieu), toute profanation, imitation ou contrefaçon d'une cérémonie religieuse, des violences commises contre les desservants d'un culte, sont des actes impies[1].

L'impiété, c'est-à-dire une absence de respect à l'égard des rites d'une cité, est considérée comme un crime passible d'une condamnation devant les tribunaux. De même, l'on jugeait impies les excès de « piété », comme la superstition. Ainsi, à supposer que les sectateurs d'une nouvelle religion ou d'un dieu nouveau pour la cité désirent pratiquer leur culte, ceux-ci doivent en demander l'autorisation, qui sera soumise au vote. À l'issue de ce vote, l'intégration, ou non, du dieu ou du culte se fera. C'est pour cette raison que l'« impiété » de Socrate (circa 469-399 av. J.-C.) l'a conduit à subir la peine capitale, prononcée par la cité d'Athènes. Celui-ci, en effet, avait été accusé de corrompre la jeunesse, et jugé impie spécialement parce qu'il ruinait la croyance aux dieux de la cité et introduisait des divinités nouvelles[13] ; or un nouveau culte devait respecter les rites religieux et civiques d'intégration. La gravité de la peine infligée à Socrate peut s'expliquer par le fait qu'en introduisant illégalement de nouveaux cultes, il risquait de vexer les dieux de la cité et d'affaiblir leur protection.

Le sacré[modifier | modifier le code]

Le sacré en tant que tel n'existe pas dans la religion grecque. Trois notions proches, cependant, sont à connaître, qu'il convient de ne pas confondre.

ἱερός / hierós[modifier | modifier le code]

Ce terme renvoie aux choses qui permettent la mise en œuvre des conditions nécessaires à la réalisation du rite. Il s'agit des formes casuelles ou circonstancielles, et non pas essentielles, du sacré. Ainsi, un lieu peut devenir sacré le temps d'une cérémonie (le lieu d'un sacrifice), de même un objet de la vie quotidienne (le couteau pour égorger la victime sacrificielle) ou encore un homme (l'officiant). En effet, le prêtre (ou ἱερεύς / hiereús) n'est pas un homme en dehors de la société civile : le clergé n'apparaît pas à proprement parler comme une caste sociale mais mieux comme une fonction administrative de la société athénienne. Souvent, le prêtre n'est effectivement qu'un fonctionnaire tiré au sort ou élu pour un an, la prêtrise apparaissant comme une charge d'État, essentiellement éphémère (celle du prêtre d'Éleusis étant la plus célèbre). Pendant son mandat, le prêtre n'est investi de ses fonctions que lors des actes liturgiques, et non pas en dehors de ces moments. Il n'existe d'ailleurs pas de clergé grec hiérarchisé et organisé comme institution autonome, la prêtrise apparaissant comme une fonction essentiellement publique, voire politique.

Cet aspect essentiellement occasionnel du ἱερός / hierós aide alors à la compréhension du substantif pluriel τὰ ἱερά / ta hierá qui peut renvoyer aussi bien selon le contexte aux « actes du culte », aux « lieux du culte » ou encore aux « objets du culte », ou globalement « aux choses consacrées au culte ».

ἅγιος / hágios[modifier | modifier le code]

Ce terme pourrait être traduit par l'adjectif saint. Il caractérise ce qui est définitivement éloigné de la vie quotidienne et du monde commun par sa pureté. Il s'oppose en cela au ἱερός, hierós. Il est notable que c'est le terme qu'on utilise en grec moderne pour désigner les saints chrétiens. Un lieu peut être définitivement ἅγιος, hágios, c'est alors le τέμενος , témenos, terme dérivé du verbe τέμνω, témnô, « couper », et signifiant littéralement « retranché ». Le téménos est en effet une zone, un lieu, un endroit de taille variable que l'on a séparé du domaine humain, revenant ainsi définitivement aux dieux. Souvent, un lieu devient téménos après une théophanie, apparition ou manifestation divine, pouvant être réalisée par un phénomène naturel comme la foudre, un prodige quelconque, ou tout événement ou phénomène simple auquel on attribue des traits vertueux par pure interprétation. L'espace du téménos, parce qu'il ne doit pas être souillé, est rigoureusement délimité, souvent grossièrement par des pierres ou la pose de bornes. On ne peut y entrer que dans un état de pureté et dans le respect des interdits, variables d'un lieu à l'autre ; un sanctuaire apparaît dès lors systématiquement comme téménos. Originellement, le téménos (c'est là son premier sens chez Homère) désignait aussi une portion de terre réservée au héros ou au monarque de façon à lui assurer des revenus ; il s'agit, toutes proportions gardées, du fief médiéval.

ὅσιος / hósios[modifier | modifier le code]

Ce dernier terme connote l'idée de permission. Est ὅσιος / hósios ce qui est prescrit ou permis par la loi divine. Un être devenu impur à cause d'une souillure, donc exclu des rites et interdit d'entrée dans un téménos, redevient hósios après s'être lavé de cette souillure. Au pluriel et substantivé, l'expression τὰ ὅσια, tà hósia, désigne « les lois divines », par opposition à τὰ δίκαια, tà díkaia, « les lois humaines ».

Le pur et l'impur[modifier | modifier le code]

La pureté, dans la religion grecque, n'est pas morale mais matérielle. Son importance est capitale car l'on ne peut participer aux rites et pénétrer dans un téménos, sanctuaire ou non, qu'en état de pureté. Pur se dit καθαρός, katharós, qui signifie tout aussi bien propre ; l'on comprend pourquoi, dans certains rites, le lavage des mains est prescrit. Les notions de pureté et d'impureté dépendent entièrement du contexte : tel objet considéré comme pur peut être impur dans un autre contexte.

C'est le cas du sang ; celui-ci n'est intrinsèquement ni pur ni impur, tout dépendant du rite envisagé : le sang de la victime sacrifiée est pur, celui d'un mort tombé à terre impur. C'est pour cette dernière raison que tout meurtrier, qu'il soit mortel ou non, doit être « lavé » de sa souillure après le combat, même si celui-ci était loyal ou dans l'intérêt de la Cité. De la même manière, la mort d'un proche (même non sanglante) ou l'enfantement sont sources de souillure, qui empêchent d'assurer la charge de prêtre, de participer à certaines cérémonies et de pénétrer dans un téménos.

L'on trouve des traces de ce rapport ambigu au sang dans la mythologie :

  • Oreste, après avoir vengé dans le sang le meurtre de son père Agamemnon (ce que l'on considérait comme son devoir), doit expier sa souillure en étant pourchassé par les Érinyes. Ce n'est qu'après un acquittement par Athéna puis une quête imposée par Apollon (consistant à rapporter de Tauride en Athènes une statue d'Athéna) que celui-ci est lavé du sang de ses victimes et trouve le repos des Furies ;
  • l'île de Délos, alors errante (comme de nombreuses îles mythologiques), fut la seule terre à accueillir Léto, mère d'Apollon et Artémis, pour qu'elle y accouche. Héra, en effet, encore une fois trompée par son époux, Zeus, père des jumeaux de Léto, avait interdit à toute terre d'accepter sa « rivale ». Devenue le berceau des deux dieux, l'on accorda à Délos l'immobilité et l'île devint sacrée. Pour la rendre exempte de toute souillure, l'on décréta qu'il était interdit d'y naître ou d'y mourir ; on alla même jusqu'à exhumer les cadavres enterrés sur l'île auparavant afin d'en garantir la pureté (consulter pour plus de détails l'article Apollon) ;
  • Apollon lui-même dut, après avoir tué le monstre Python, se purifier de son meurtre. C'est pourtant par cet acte violent que le dieu a fondé l'une des villes les plus pieuses du monde grec.

Cette ambiguïté entre pureté et impureté peut entraîner une confusion entre les deux états, ce qu'une paronymie fortuite peut expliquer : souillure peut se dire ἄγος / ágos (bien que le terme le plus fréquent soit μίασμα, míasma, passé en français sous la forme miasme), mot que les Anciens ont rapproché de ἅγιος, hágios, saint. L'impureté avérée peut, dans certains cas, devenir une forme de sacré. C'est le cas pour Apollon, qui préside à la pureté mais aussi à certaines formes de souillures, comme la peste. De même, le sang de porc, considéré comme impur quel que soit le contexte, est cependant utilisé dans les mystères d'Éleusis (cultes ésotériques).

Rites et pratiques[modifier | modifier le code]

Procession en vue du sacrifice d'un agneau aux Charites. Peinture sur bois, Corinthie, vers 540-530 av. J.-C., Musée national archéologique d'Athènes.

Les dieux sont vénérés par des rites à observer, par des offrandes à porter, par des jeux organisés en leur honneur, par certains mystères, et par l'oracle de Delphes qu'il faut consulter. « La piété, écrit Platon dans Euthyphron, consiste à savoir prier et sacrifier en disant et en faisant ce qui est agréable aux dieux : elle assure le salut des familles et des États ».

Tout acte religieux commence par un rite de purification, par un geste de pureté, propre à éliminer la souillure dont le profane est atteint. C'est ainsi qu'on se lave les mains avant de présenter une offrande, qu'on se baigne dans la fontaine de Castalie avant de consulter l'oracle d'Apollon. Purifié, le fidèle peut adresser sa prière au dieu qu'il invoque, prière verbale. L'Antiquité ne connaît pas la prière muette pas plus que la lecture silencieuse. Il faut se faire entendre par son dieu ou sa déesse. Cette prière doit s'accompagner d'une offrande. Les dons modestes sont déposés dans un sanctuaire rustique, libations matin et soir ou avant les repas, présents qui dans les grands sanctuaires sont conservés dans des bâtiments appelés « Trésors ». Tout cela afin de se concilier les bonnes grâces du dieu.

Avec le temps, ces offrandes prennent d'énormes proportions. Elles ornent en tant qu'ex-voto les sanctuaires d'Olympie, de Delphes ou d'ailleurs. Les dieux ne sont pas seulement invoqués par une cité ou un particulier, ils sont aussi remerciés pour des bienfaits reçus, des victoires remportées, un oracle rendu, une faveur obtenue. En faisant don au sanctuaire d'un objet précieux ou d'un monument harmonieux, la cité ou le Grec fait acte de soumission et d'allégeance aux dieux. Ces actes de piété manifestaient la religiosité tant des Grecs des temps géométriques que des Grecs des temps classiques, même s'ils furent entachés d'orgueil ou de jalousie, chaque cité ou simple citoyen s'efforçant de surpasser son voisin. Les cités surtout, manifestaient ainsi leur influence, leur force ou leur victoire, encombrant les sanctuaires de renom d'œuvres ou de monuments de toute espèce dont la plupart, hélas ont disparu ou ont pris le chemin des musées. Le particularisme, même dans le domaine religieux, éclatait au grand jour car on ne célébrait pas seulement les victoires sur l'ennemi commun mais aussi, et peut-être surtout, les victoires d'une cité sur une autre : Sparte célébrant sa victoire sur Athènes dressera à Delphes son ex-voto en face de celui d'Athènes, ou Thèbes en face de celui de Sparte, également à Delphes, chacun étant persuadé que les dieux se mêlaient à ces disputes ou ces guerres fratricides.

Dans tous les cas, il s'agissait de respecter les rites et de bien les respecter, si on ne voulait pas encourir la colère de dieux, c'est pourquoi la fonction sacrificielle était réservée à un prêtre, établi par la cité, qui sacrifiait sur l'autel, toujours élevé en dehors du temple. Les gros sacrifices, lors de grandes fêtes en l'honneur de tel ou tel dieu, s'accompagnaient d'une procession ou d'un cortège, donnant à ces fêtes un éclat particulier que les citoyens recherchaient avec avidité, comme le cortège des Grandes Panathénées à Athènes.

Les oracles[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Oracle grec.

Les oracles constituent un aspect fondamental de la religion et de la culture grecques. L'oracle est la réponse donnée par un dieu que l'on a consulté à une question personnelle, concernant généralement le futur. De tels oracles ne peuvent être rendus que par certains dieux, dans des lieux précis, sur des sujets déterminés et dans le respect de rites rigoureusement respectés. Le principal dieu devin est Apollon, dont l'oracle est à Delphes.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

Études spécialisées[modifier | modifier le code]

  • (en) Martin P. Nilsson, The Minoan-Mycenaean Religion and its survival in Greek Religion, Lund, 1950
  • Louis Gernet et André Boulanger, Le génie grec dans la religion, Paris, Albin Michel, coll. « L'évolution de l'humanité », , 510 p. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Louis Gernet (préf. Jean-Pierre Vernant), Anthropologie de la Grèce antique, Paris, Flammarion, coll. « Champs », , 286 p. (ISBN 9782080-811059) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Laurence Moulinier, Le pur et l'impur dans la pensée des Grecs, d'Homère à Aristote, Klincksieck, 2000 (ISBN 978-2252017203)
  • Walter Burkert, Homo Necans. Rites sacrificiels et mythes de la Grèce ancienne, Belles Lettres, coll. « Vérité des mythes », 2005 (ISBN 2251324372),
  • Walter Burkert, Les Cultes à mystères dans l'Antiquité, Belles Lettres, coll. « Vérité des mythes », 2003 (ISBN 2251324364).
  • Simone Weil, La source grecque, Paris, Gallimard, , p. 77 à 136 : « Dieu dans Platon » Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • La Cuisine du sacrifice en pays grec, Marcel Détienne et Jean-Pierre Vernant, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », 1979 (ISBN 207028655X).

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k D'après l’Encyclopédie des Religions de Gerhard J. Bellinger.
  2. a et b Gernet et Boulanger 1970, p. 20.
  3. Gernet et Boulanger 1970, p. 21 à 25.
  4. Gernet et Boulanger 1970, p. 10 à 12.
  5. a et b Gernet et Boulanger 1970, p. 14-15.
  6. R. Dussaud, Les Civilisations préhelléniques dans le bassin de la mer Égée, p. 338 sq.
  7. Hérodote, Histoires [détail des éditions] [lire en ligne], I, 35.
  8. a et b Gernet et Boulanger 1970, p. 19-20.
  9. Gernet et Boulanger 1970, p. 28 à 31.
  10. Athénée, Deipnosophistes [détail des éditions] [lire en ligne], IV, 173 E.
  11. Gernet et Boulanger 1970, p. 44-45.
  12. Gernet et Boulanger 1970, p. 286-287.
  13. Platon, Apologie de Socrate, 24 b.


Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]