Carl Friedrich von Weizsäcker

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Carl Friedrich von Weizsäcker
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Carl Friedrich von Weizsaecker en 1993.

Naissance
Kiel (Allemagne)
Décès (à 94 ans)
Starnberg (Allemagne)
Nationalité Drapeau de l'Allemagne Allemand
Champs physique, philosophie
Institutions Université de Hambourg
Institut Max Planck
Université de Strasbourg
Diplôme Université Humboldt de Berlin
Université de Göttingen
Université de Leipzig
Renommé pour École de Copenhague, travaux sur la physique quantique
Distinctions Médaille Max-Planck (1957)
Prix Templeton (1989)

Carl Friedrich Freiherr von Weizsäcker, né le à Kiel et mort le à Söcking (en) près de Starnberg, est un physicien et philosophe allemand. Il est celui qui a vécu le plus longtemps parmi les membres de l'équipe de recherche qui a essayé de développer l'arme atomique en Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu de l'influente famille allemande von Weizsäcker, Carl Friedrich est le fils du diplomate allemand Ernst von Weizsäcker (1882-1951) et le frère ainé de l'ancien président allemand Richard von Weizsäcker.

Avant la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Entre 1929 et 1933, Weizsäcker étudie la physique, les mathématiques et l'astronomie à Berlin, Göttingen et Leipzig, sous la direction (entre autres) de Werner Heisenberg et Niels Bohr. Son directeur de thèse est Friedrich Hund.

Son activité scientifique de jeune chercheur concerne l'énergie de liaison entre nucléons et les processus nucléaires au sein des étoiles. Il se consacre à ce dernier sujet de recherche en compagnie de Hans Bethe. Il découvre une formule des processus nucléaires des étoiles, appelée formule de Bethe-Weizsäcker, ainsi que le procédé cyclique de la fusion nucléaire dans les étoiles (processus de Bethe-Weizsäcker, publié en 1937).

Travaux sur les armes atomiques[modifier | modifier le code]

Lors de la Seconde Guerre mondiale, il rejoint le projet d'armement nucléaire allemand. Il est présent, en tant que protégé de Heisenberg, à la réunion du à Berlin, au cours de laquelle le programme d'armement nucléaire allemand est lancé[1]. En , il cosigne un rapport militaire sur les possibilités de production d'énergie à partir d'uranium raffiné, et qui prédit aussi la possibilité d'utilisation du plutonium pour le même usage[2].

Il s'installe à Strasbourg, et c'est la saisie de documents dans son laboratoire par l'Armée américaine en qui a plus tard montré aux forces alliées que l'Allemagne n'était pas très avancée dans la recherche sur l'arme atomique[3].

Les historiens se sont divisés pour savoir si Heisenberg et son équipe avait sincèrement tenté de construire l'arme nucléaire, ou si leur échec avait été volontaire, dans l'hypothèse où ils n'auraient pas voulu que le régime nazi possédât une telle arme. Cette dernière possibilité, en grande partie basée sur des entretiens avec Heisenberg et Weizsäcker après-guerre, a été mise en avant par Robert Jungk dans son livre Brighter Than a Thousand Suns, publié en 1957. Weizsäcker y déclare que lui-même, Heisenberg et Wirtz avaient en privé conclu un accord pour étudier le plus à fond possible la fission nucléaire de façon à pouvoir « décider » par eux-mêmes de l'opportunité d'applications pratiques. « Il n'y a eu aucune complot, même dans notre petit groupe de trois, dans l'idée de ne pas faire la bombe. Cependant, il n'y avait aucune passion pour faire la bombe[4] ».

La vérité sur ce sujet n'a été révélée qu'en 1993, lorsque les transcriptions de conversations entre physiciens allemands (dont Heisenberg et Weizsäcker), enregistrées secrètement et détenues à Farm Hall depuis la fin de 1945, ont été publiées. Ces transcriptions ont révélé que Weizsäcker était à l'origine d'un accord parmi les scientifiques, selon lequel après la guerre, ils nieraient avoir voulu développer l'arme atomique. Entre eux, ils avaient baptisé cette histoire, qu'ils savaient fausse, « die Lesart » (« la Version »). Bien que le document ait été rédigé par Heisenberg, l'un des présents, Max von Laue, a écrit plus tard : « Le meneur de toutes ces discussions était Weizsäcker. Je n'ai entendu aucune mention d'un point de vue éthique[5] ». C'est cette version des faits qui a été fournie à Jungk pour servir de base à son ouvrage.

William Sweet a écrit dans le journal Bulletin of the Atomic Scientists :

« Bien que les mémoires s'effacent et que Heisenberg et Weizsäcker se soient sûrement convaincus eux-mêmes que ce qu'ils ont déclaré après la guerre… était réellement vrai, presque tout ce que l'un comme l'autre ont déclaré sur le sujet — jusqu'aux derniers commentaires de Weizsäcker… — est complètement faux. »

— William Sweet, The Bohr Letters, Bulletin of the Atomic Scientists, mai/juin 2002, 20-27

Carrière après-guerre[modifier | modifier le code]

Weizsäcker est autorisé à retourner en Allemagne en 1946 et il devient directeur du département de physique théorique de la société Max-Planck pour la physique à Göttingen (qui a succédé à la société Kaiser-Wilhelm).

À partit de 1938, Carl von Weizäcker avait proposé la théorie de l'accrétion pour expliquer la formation du système solaire à partir de la contraction d'un nuage de gaz et de poussières en rotation. Ses travaux ont ensuite été publiés entre 1944 et 1948. Ce modèle reçoit l'appui de Gerald Wasserburg et ses collègues (de la Caltech). Aujourd'hui cette théorie fait consensus dans la communauté des astronomes.[réf. nécessaire]

De 1957 à 1969, Weizsäcker occupe le poste de professeur de philosophie à l'université de Hambourg. En 1957, il reçoit la médaille Max-Planck.

En 1970, il formule la théorie de « Weltinnenpolitik » (politique interne du monde). De 1970 à 1980, il est à la tête de la société Max-Planck pour la recherche sur les conditions de vie dans le monde moderne à Starnberg. Il mène des recherches et publie des textes sur le danger d'une guerre nucléaire — ce qu'il pense être un conflit entre les pays développés et le tiers monde — et sur les conséquences de la destruction de l'environnement. Dans les années 1970, avec le philosophe indien Gopi Krishna (en), il crée une fondation « pour les sciences occidentales et la sagesse orientale ». Il prend sa retraite en 1980 et intensifie son travail sur la définition conceptuelle de la physique quantique, particulièrement sur l'interprétation de Copenhague. Il devient un pacifiste chrétien.

Son expérience de l'ère nazie et son propre comportement à cette époque lui ont donné un intérêt pour les questions d'éthique et de responsabilité. Il a fait partie des « 18 de Göttingen » (un groupe de dix-huit physiciens allemands de premier plan) qui ont protesté en 1957 contre l'idée selon laquelle la Bundeswehr devrait être équipée de missiles nucléaires tactiques. Il a suggéré par la suite que la RFA devrait affirmer son refus définitif de toutes les armes nucléaires. Cependant, il n'a jamais accepté de partager la responsabilité des efforts de la communauté scientifique allemande pour construire une arme nucléaire pour l'Allemagne nazie. Il a continué à répéter « la Version[6] » de ces évènements, en dépit des preuves de son caractère erroné[7].

Famille[modifier | modifier le code]

Carl Friedrich von Weizsäcker est le père du physicien et chercheur en environnement Ernst Ulrich von Weizsäcker et le beau-père de l'ancien secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises, Konrad Raiser.

Récompenses et honneurs[modifier | modifier le code]

En 1963, Weizsäcker a reçu le Friedenspreis des Deutschen Buchhandels (prix de la paix des libraires allemands). En 1989, il remporte le Prix Templeton pour le progrès dans la religion. Il a également été nommé à l'ordre Pour le Mérite.

Le Carl Friedrich von Weizsäcker Gymnasium (lycée) à Barmstedt (nord-ouest de Hambourg) a été nommé en son honneur.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Physique atomique et philosophie. Conférence prononcée le 25 novembre 1943 à la maison de la Chimie à Paris, Éditions Sorlot 1944.
  • Zum Weltbild der Physik, Leipzig 1946 / 2002 (ISBN 3-777-61209-X)
  • Die Geschichte der Natur, Göttingen 1948 (ISBN 3-777-61398-3)
  • Die Einheit der Natur, Munich 1971 (ISBN 3-423-33083-X)
  • Wege in der Gefahr, Munich 1976
    • traduction en anglais : The Politics of Peril, New-York 1978
  • Der Garten des Menschlichen, Munich 1977 (ISBN 3-446-12423-3)
    • traduction en anglais : The Ambivalence of progress, essays on historical anthropology, New York 1988 (ISBN 0-913-72992-2)
  • Deutlichkeit: Beiträge zu politischen und religiösen Gegenwartsfragen, Hanser, München, 1978, 1979 (ISBN 3-446-12623-6).
  • The Biological Basis of Religion and Genius, Gopi Krishna, New York, introduction par Carl Friedrich von Weizsäcker, qui fait la moitié du livre, 1971, 1972 (ISBN 0-060-64788-4)
  • Aufbau der Physik, Munich 1985 (ISBN 3-446-14142-1)
  • Die Zeit drängt. Das Ende der Geduld, Hanser, München 1986
    • traduction "Le Temps presse" (Une assemblée mondiale des chrétiens pour la justice, la paix et la préservation de la création) Cerf, Paris, 1986 (ISBN 2-204-02741-3)
  • Der Mensch in seiner Geschichte, Munich 1991 (ISBN 3-446-16361-1)
  • Zeit und Wissen, Munich 1992 (ISBN 3-446-16367-0)
  • Große Physiker, Munich 1999 (ISBN 3-446-18772-3)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cornwell 2013, p. 232.
  2. Cornwell 2013, p. 235.
  3. Cornwell 2013, p. 335.
  4. CFvW August 5, 1990, Letter to Mark Walker.
  5. Cornwell 2013, p. 398.
  6. (voir supra).
  7. Cornwell 2013, p. 416.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) John Cornwell, Hitler's Scientists : Science, War and the Devil's Pact, Londres, Penguin Books, , 2e éd. (1re éd. 2004), 559 p. (ASIN B00DWLK8LA)..Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]