Cette page est en semi-protection longue.

Orphée

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Orphée (homonymie).
Mort d'Orphée, stamnos à figures rouges d'Hermonax, Ve siècle av. J.-C., musée du Louvre (G 416)

Orphée (en grec ancien Ὀρφεύς / Orpheús) est un héros de la mythologie grecque, fils du roi de Thrace Œagre et de la muse Calliope. Poète et musicien, il était parfois considéré comme un prophète et a inspiré un mouvement religieux appelé « orphisme », qui était lié aux Pythagoriciens et aux mystères dionysiaques[1].

Orphée a fait partie des Argonautes mais l’aspect le plus célèbre de sa légende est sa descente aux Enfers et son échec à ramener sa femme Eurydice dans le monde des vivants.

Mythe grec

Orphée charmant les bêtes sauvages avec sa lyre, sarcophage du IIIe siècle av. J.-C., musée archéologique de Thessalonique (Inv. 1246)

La légende d'Orphée, une des plus singulières de la mythologie grecque, est liée à la religion des mystères ainsi qu'à une littérature sacrée. Aède mythique de Thrace, fils du roi Œagre et de la muse Calliope (même si Polymnie est parfois citée), il savait par les accents de sa lyre charmer les animaux sauvages et parvenait à émouvoir les êtres inanimés. Il fut comblé de dons multiples par Apollon, et on raconte[Qui ?] qu'il ajouta deux cordes à la traditionnelle lyre à sept cordes que lui donna le dieu, en hommage aux neuf muses, auxquelles appartenait sa mère. Il passe pour être l'inventeur de la cithare[2]. Héros voyageur, il participa à l'expédition des Argonautes. Il y faisait office de chef de nage c'est-à-dire qu'il donnait par son chant la cadence aux coups de rame des autres héros. Son chant permit également à l'expédition de résister au danger du chant des sirènes dont il parvint à surpasser le pouvoir de séduction. Il se rendit jusqu'en Égypte, puis revint en Grèce.

Sa femme, Eurydice (une dryade) fut, lors de leur mariage, mordue au pied par un serpent. Elle mourut et descendit au royaume des Enfers. Orphée fou amoureux d'elle, put, après avoir endormi de sa musique enchanteresse Cerbère, le monstrueux chien à trois têtes qui en gardait l'entrée, et les terribles Euménides, approcher le dieu Hadès. Il parvint, grâce à sa musique, à le faire fléchir, et celui-ci le laissa repartir avec sa bien-aimée à la condition qu'elle le suive et qu'il ne se retourne ni ne lui parle tant qu'ils ne seraient pas revenus tous deux dans le monde des vivants. Alors qu'Orphée s'apprêtait à sortir des Enfers, n'entendant plus les pas de sa bien aimée, impatient de la voir et ayant peur que son amour lui échappe, il se retourna, perdant à jamais Eurydice.

Une autre version veut que lors de la remontée des Enfers, Orphée se rassure de la présence d'Eurydice derrière lui en écoutant le bruit de ses pas. Parvenus dans un endroit où règne un silence de mort, Orphée s'inquiète de ne plus rien entendre et craint qu'il ne soit arrivé un grand malheur à Eurydice. Sans plus attendre il décide de se retourner et la voit disparaître aussitôt.

« Orphée […] la reçoit sous cette condition, qu'il ne tournera pas ses regards en arrière jusqu'à ce qu'il soit sorti des vallées de l'Averne ; sinon, cette faveur sera rendue vaine. […] Ils n'étaient plus éloignés, la limite franchie, de fouler la surface de la terre ; Orphée, tremblant qu'Eurydice ne disparût et avide de la contempler, tourna, entraîné par l'amour, les yeux vers elle ; aussitôt elle recula, et la malheureuse, tendant les bras, s'efforçant d'être retenue par lui, de le retenir, ne saisit que l'air inconsistant. »
(Ovide, Métamorphoses [détail des éditions] [lire en ligne], X, trad. GF-Flammarion, 2001)

Orphée se montra par la suite inconsolable. De nombreuses traditions circulent sur sa mort[3]. Selon l'une d'entre elles, il aurait été foudroyé par Zeus pour le punir d'avoir révélé des mystères divins aux hommes qu'il initiait[4]. Pour Strabon, il aurait trouvé la mort dans un soulèvement populaire[5]. La version la plus courante est que les Bacchantes ou Ménades éprouvèrent un vif dépit de le voir rester fidèle à Eurydice et le déchiquetèrent[6]. Sa tête, jetée dans le fleuve Euros, vint se déposer sur les rivages de l'île de Lesbos, terre de la Poésie, ou un oracle d’Orphée dans une grotte existait[7]. Les Muses, éplorées, recueillirent les membres pour les enterrer au pied du mont Olympe, à Leibèthres en Thessalie. On prétendait que sa tête continuait parfois à chanter dans son tombeau, symbole de la survie posthume du poète par son chant[8]. D'après Ovide, Phoebus affligé de la perte du Chantre, attacha au sol, par de tortueuses racines, toutes les Bacchantes présentes à la mort d'Orphée. Celles-ci ne purent bouger, et, attachées aux racines, elles ne pouvaient pas se débattre. Les racines commencèrent à grimper le long de leur corps, et le bois prit possession d'elles. Elles furent condamnées à devenir des arbres.

Il circulait en Thessalie une légende au sujet de la tombe d'Orphée. Un oracle de Dionysos avait prédit que si les cendres d'Orphée étaient exposées au jour, un porc ravagerait la cité. Néanmoins, les habitants se moquèrent de cette prédiction. Pourtant un jour, un berger s'endormit sur la tombe d'Orphée et, tout en rêvant, se mit à chanter les hymnes du poète. Les ouvriers présents dans les champs voisins accoururent aussitôt en grand nombre ; ils se bousculèrent tellement qu'ils en vinrent à éventrer le sarcophage du poète. La nuit venue, un violent orage éclata, la pluie tombait abondamment et la rivière en crue inonda la ville et ses principaux monuments. La rivière en question s'appelle Sys, ce qui signifie "porc"[9].

Généalogie de Orphée

C'est autour de ce mythe que se fonda l'orphisme, courant philosophique et religieux fondé sur l'initiation dont la descente d'Orphée aux enfers est le modèle. Orphée passait parfois pour le fondateur des mystères d'Éleusis avec Dionysos[9]. Ces mouvements disparurent avec le polythéisme olympien vers le IVe siècle.

Orphée est également parfois considéré dès l'antiquité comme un mage ou un sorcier[10].

Évocations artistiques

Gustave Moreau, Jeune fille thrace portant la tête d'Orphée, 1865, musée d'Orsay

Opéras et ballets

Musique

Théâtre

Cinéma

Poésie

Peinture

Bande dessinée

  • La Chanson d'Orphée de Neil Gaiman, dans le comic Sandman
  • Orfi aux enfers (Poema a fumetti), une bande dessinée écrite et illustrée par Dino Buzzati (1969)
  • La malédiction des 30 deniers. Tome 2 : La Porte d'Orphée, Jean Van Hamme, Antoine Aubin, Les aventures de Blake et Mortimer Tome 20, Dargaud, 2010
  • Asterios Polyp de David Mazzucchelli, publié en France par Casterman, 2010

Manga

Jeux vidéo

Notes

  1. Voir l'interview de Jean-Pierre Vernant, TDC no 891.
  2. Sophie Cassagnes-Brouquet, Poètes et artistes : la figure du créateur en Europe au Moyen Âge et à la renaissance, Presses Univ. Limoges,‎ (lire en ligne), p. 161
  3. Pierre Grimal, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Paris, PUF, 1951, article "orphée" ; Pierre Brunel, Orphée dans Dictionnaire des mythes littéraires, Monaco, éditions du Rocher, 1994, p. 1129-1139
  4. Pausanias, IX, 30, 5
  5. Strabon, VI, 18
  6. Salomon Reinach évoque à propos de la mort d'Orphée le sparagmos (déchirement rituel du corps), mais aussi le cannibalisme sous-entendu.
  7. (grk) Harissis H. V. et al., « The Spelios of Antissa; The oracle of Orpheus in Lesvos », Archaiologia kai Technes, no 83,‎ , p. 68–73 (lire en ligne)
  8. Gilbert Durand, Les nostalgies d'Orphée. Petite leçon de mythanalyse dans Religiologiques no 15, Orphée et Eurydice, mythes en mutation publié sous la direction de Mekta Zupancic, Printemps 1997
  9. a et b Pierre Grimal, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Paris, PUF, 1951, p. 333
  10. Fabienne Jourdan, « Orphée, sorcier ou mage ? » in Revue de l'Histoire des religions, 2008, Armand Colin [1]
  11. (fr)BNF, « 1948 "Orphée noir" », Les manuscrits de Sartre,‎ (consulté le 23 novembre 2012)
  12. http://www.oodoc.com/arts-et-media/arts/dissertation/felix-vallotton-orphee-depece-par-les-menades-296165.html

Bibliographie

Sources

Études

  • William K. Guthrie, Orphée et la religion grecque, trad. de l'an., Payot
  • Ivan M. Linforth, The Arts of Orpheus, Berkeley, University of California Press, 1941.
  • Reynal Sorel, Orphée et l'orphisme, PUF, collection « Que sais-je ? », Paris, 1995 (ISBN 2130472109),
  • Jean-Pierre Vernant, Mythe et religion dans la Grèce Antique, Seuil, coll. « Librairie du XXIe siècle », Paris, 1990 (ISBN 202010489X).
  • Pierre Brunel, Orphée dans Dictionnaire des mythes littéraires, Monaco, éditions du Rocher, 1994, p. 1129-1139.
  • Gilbert Durand, Les Nostalgies d'Orphée. Petite leçon de mythanalyse dans Religiologiques no 15, Orphée et Eurydice, mythes en mutation publié sous la direction de Mekta Zupancic, Printemps 1997.
  • Eva Kushner, Le Mythe d'Orphée dans la littérature française contemporaine, Paris, Nizet, 1961.
  • Philippe Weigel, « Le nouveau visage d’Orphée dans le théâtre contemporain : la navette mythique entre passé et présent », dans Métamorphoses du mythe. Réécritures anciennes et modernes des mythes antiques, sous la direction de Peter Schnyder, avant-propos de Jean Bollack, Paris, Orizons, collection «Universités/Domaine littéraire», 2008, p. 561-570.
  • Salomon Reinach, Cultes, mythes et religions (édition établie par Hervé Duchêne), Robert Laffont, 1996 (ISBN 2-221-07348-7) p. 527-554.

Annexes

Articles connexes

Liens externes

Sur les autres projets Wikimedia :