Ménexène (Platon)

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Le Ménexène (en grec ancien Μενέξενος) est un dialogue de Platon contemporain du Gorgias. Il a été probablement écrit un peu après -387, date de la Paix d'Antalcidas, dernier événement historique décrit dans son discours. Un ouvrage homonyme fait partie du Catalogue des œuvres d'Aristote par Diogène Laërce. Tout comme dans La République et le Critias, Platon montre dans le Ménéxène une hostilité pour la représentation anthropomorphique qui accepte la querelle entre les dieux.

Socrate récite lui-même une oraison funèbre, qui lui vient de sa maîtresse en rhétorique, l’hétaïre Aspasie, maîtresse de Périclès. L’oraison forme l’essentiel du dialogue. Ce dialogue est authentique - Aristote l’évoque à plusieurs reprises[2], et il complète le Gorgias, qui traîte d'éloquence politique et judiciaire ; Cicéron cite textuellement un extrait[3] du dialogue dans son Traité des devoirs.

Dans ce texte, Socrate s’attaque à la rhétorique. Le dialogue commence par une conversation entre Socrate et le jeune Ménexène qui s’apprête à faire ses débuts dans la vie publique. Socrate fait un éloge ironique de l’éloquence d’apparat, et en particulier des épitaphioi[4], discours en l’honneur des soldats morts à la guerre.

Le dialogue comporte un pastiche d’épitaphios destiné à démontrer la vacuité du genre qui repose sur des astuces que n'importe qui, un tant soit peu habile, peut manier. Socrate discrédite ainsi la fonction d’orateur et la sépare de celui qui conçoit le discours (Aspasie, en tant que femme et étrangère, n’aurait jamais eu le droit de prononcer d’épitaphios). Le discours de Socrate est truffé d’imprécisions ou d'erreurs historiques, voire d’incohérences (la plus grande étant de citer la Paix d'Antalcidas, qui se déroule plus de 10 ans après la mort du philosophe) : cela renforce ainsi l’image de parodie de la pratique discursive. Le philosophe Hermogène considérait ce dialogue comme le plus beau des panégyriques.

L’oraison funèbre[5][modifier | modifier le code]

Il semble être une tradition dans la cité athénienne de commémorer annuellement les victimes de guerre. Celle-ci est rapportée notamment par Thucydide. Rares sont cependant les exemplaires conservés des discours prononcés à cette occasion : on peut citer celui de Périclès[6], celui attribué à Démosthène, et autres extraits d’autres auteurs moins connus.

Personnages[modifier | modifier le code]

Personnages évoqués dans le dialogue[modifier | modifier le code]

  • Connos, fils de Métrobios, professeur de musique (cithare)[7]. Le mot est une allusion à l’Euthydème[8]: les jeunes élèves du cithariste Connos s'en servent pour désigner leur maître depuis que Socrate, déjà âgé, vient lui demander des leçons. L’épigramme fut d’abord faussement attribuée à l’empereur Léon VI le Sage.
  • Périclès
  • Aspasie de Milet
  • Antiphon
  • Lampros, professeur de musique célèbre à Athènes

La structure du discours[modifier | modifier le code]

Il peut être divisé en deux parties, la seconde un peu plus courte :

  • L’éloge aux morts débute par une caractérisation de la terre athénienne et par un panégyrique de l'éducation du jeune citoyen. Il se poursuit par l’évocation de tous les combats de la cité : guerres médiques, guerre civile, vantant ainsi la solitude et la grandeur d'Athènes.
  • Les conseils aux vivants.

Références[modifier | modifier le code]

  1. épitaphios logos
  2. John M. Cooper in Plato, Complete Dialogues. Indianapolis : Hackett Publishing, 2002 dans la Rhétorique (I, 1367b ; II, 1415b)
  3. 247a
  4. en grec ancien : Επιτάφιος, epitaphios, ou Επιτάφιον, epitaphion
  5. épitaphios logos
  6. retranscris d’après Thucydide
  7. Une épigramme de Léon le Philosophe rend hommage à Photios, épigramme dans laquelle il se déclare son élève et lappelle « professeur pour vieillards » (en grec ancien γεροντοδιδάσκαλος)
  8. 272c


Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Susan D. Collins & Devin Stauffer: « The Challenge of Plato’s Menexenus », The Review of Politics 61, 1999, pp. 85-115
  • Lucinda Coventry : « Philosophy and Rhetoric in the Menexenus », Journal of Hellenic Studies 109, 1989, pp. 1-15.
  • Maurice Dirat : « L'éloquence de Platon dans le Ménéxène », American Philological Association 60, 1991, pp. 327-343
  • David Engels : « Irony and Plato's Menexenus »; Antiquité Classique 81, 2012, pp. 13-30
  • J. Labarbe : « Quelques anomalies dans le Ménexène de Platon », Antiquité Classique 60, 1991, pp. 89-101.
  • Arnoldo Momigliano : « Il Menesseno », RFIC 8, 1930, pp. 40-53.
  • S. Sara Monoson : « Remembering Pericles: The Political and Theoretical Import of Plato’s Menexenus », Political Theory 26, 1998, pp. 489-513.
  • Bruce Rosenstock : « Socrates as Revenant: A Reading of the Menexenus », Phoenix 48, 1994, pp. 331-347. doi:10.2307/1192572
  • S. Tsitsiridis : « Platons Menexenos. Einleitung, Text und Kommentar », Leipzig, 1998.

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