Claude Galien

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Page d'aide sur l'homonymie Ne pas confondre avec Gallien, empereur romain du IIIe siècle.

Claude Galien

Description de l'image  Galen detail.jpg.
Alias
Γαληνός (Grec), Claudius Galenus (latin)
Naissance vers 129
Pergame (Turquie)
Décès 200 ou 216
Nationalité grec
Profession médecin

Claude Galien (en grec ancien : Κλαύδιος Γαληνός / Klaúdios Galīnós / Galênós ; en latin : Claudius Galenus[1]), né à Pergame vers 129[2], et mort vers 200/216, est un médecin grec de l'Antiquité. Considéré comme l'un des pères de la pharmacie, il a eu une influence durable sur la médecine chrétienne, juive et musulmane du Moyen Âge.

Ses théories ont dominé les connaissances médicales de la civilisation occidentale pendant plus d'un millénaire. Le nom « Claudius », qui existe dans les textes grecs, a été mentionné dès la Renaissance.

Biographie[modifier | modifier le code]

Galien de Pergame. Gravure du XVIe siècle.

Né à Pergame, en Éolide (actuelle Bergama, en Turquie), dans un milieu aisé (son père Aelius Nicon (en) est architecte et sénateur[3]), Galien commence des études de philosophie et de mathématiques et s’intéresse également à de nombreuses autres disciplines : l'agriculture, l'architecture, l'astronomie, l'astrologie entre autres ; mais son père, après avoir reçu en rêve la visite d'Asclépios, l'oriente vers des études médicales, qu'il commence à 17 ans.

À l'âge de vingt ans, il sert pendant quatre ans au temple du dieu Asclépios comme thérapeute (assistant ou associé). Galien aurait aimé étudier l’anatomie, mais la dissection des cadavres humains était interdite par le droit romain : à défaut, il a travaillé sur la vivisection de porcs, des singes et d’autres animaux[4]. Les restrictions légales qui lui étaient imposées l’ont conduit à concevoir un assez grand nombre d'idées erronées sur l’anatomie. Par exemple, il pense qu’un réseau de vaisseaux sanguins situés à l'arrière du cerveau, le rete mirabile, existe chez l'homme, mais en réalité on ne le trouve que chez l’animal. Après la mort de son père, vers 148, il quitte Pergame, où se trouve la plus importante école de médecine de l'époque, pour étudier à Smyrne, Corinthe et Alexandrie pendant les douze années qui suivent. En 157, Galien regagne sa ville natale, où il travaille pendant trois ou quatre ans comme médecin de l’école de gladiateurs. Pendant cette période, il acquiert beaucoup d'expérience dans le traitement des traumatismes et notamment des plaies, qu'il a qualifiées de « fenêtres sur le corps », et en profite pour parfaire ses connaissances en anatomie[5].

Galien a réalisé de nombreuses opérations audacieuses – allant jusqu’à aborder la chirurgie du cerveau et des yeux, des domaines qui n'ont ensuite plus fait l’objet d’aucune tentative pendant près de deux millénaires. Pour opérer une cataracte, il se servait pour seul instrument d’une grande aiguille qu’il insérait dans l'œil derrière le cristallin ; ensuite, il retirait légèrement l'instrument pour enlever la cataracte. Le moindre dérapage pouvait alors provoquer une cécité irréversible[6].

Galien a déménagé à Rome en 162. Là, il a donné des conférences, a beaucoup écrit, et réalisé des démonstrations publiques de ses connaissances en anatomie et en physiologie, deux disciplines dont il pense qu’elles sont à la base de toute bonne médecine. Il acquiert vite une réputation de médecin expérimenté et une nombreuse clientèle de notables se dispute ses soins. Parmi eux se trouve le consulaire Flavius Boethus (it), qui le présente à la cour impériale, où il devient médecin personnel de l'Empereur Marc Aurèle. Il est aussi confronté à la très grave épidémie appelée peste antonine qui sévit dans la capitale à partir de 166. Toutefois, en 166 Galien revient à Pergame, où il a vécu jusqu'à son retour définitif à Rome en 169.

Très jalousé, car peu modeste et critique, il doit quitter Rome vers 167. Il y revient deux ans plus tard à la demande de Marc Aurèle (pour des raisons inconnues). Il devient médecin de la cour en 169 et s'engage à soigner les deux fils de l'empereur, dont le futur empereur Commode. À la mort de Marc Aurèle, il devient, jusqu'à sa propre mort en 201, le médecin de l'empereur Commode[7]. Il soigne également des Romains célèbres comme Lucius Verus et Septime Sévère. Bien que membre réputé de la cour, Galien boudait le latin, préférant parler et écrire dans la langue de son pays natal, le grec, une langue qui était alors celle de l’élite à Rome.

Galien a passé le reste de sa vie à la cour impériale romaine, où il a été autorisé à écrire et à expérimenter. Il a pratiqué des expérimentations sur de nombreux animaux pour étudier la fonction des reins et de la moelle épinière. Son sujet d’étude préféré était le singe magot.

Il a été rapporté que Galien employait vingt scribes pour transcrire ses paroles. En 191 ou 192, un incendie dans le temple de la Paix détruisit certains de ces documents. En raison d'une référence du lexique de la Souda, au Xe siècle, l'année de la mort de Galien a été traditionnellement située aux alentours de l’année 200. Toutefois, certains chercheurs font valoir qu’il est établi par un texte que Galien a écrit jusqu’en 207 et ils avancent que le célèbre médecin a vécu plus longtemps, la dernière année proposée étant 216[8].

L'incendie du temple de la Paix (191 ou 192) détruit l'essentiel de sa bibliothèque, ses manuscrits et sa collection de « médicaments simples ». À plus de 60 ans, Galien tente de récrire tout ce qu'il a perdu. Une entreprise énorme puisque son œuvre couvre 20 000 pages, publiées en grec mais non totalement traduites dans les langues modernes.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Statue de Galien dans le théâtre anatomique du palais de l'Archiginnasio, à Bologne.

Claude Galien fut sans aucun doute un des fondateurs de la médecine et de la pharmacie. Il reste avant tout un grand enseignant et écrivain. Il ne laisse pas moins de 500 ouvrages, qu'il a pris la peine d'ordonner lui-même dans Sur ses ouvrages (Περὶ τῶν Ἰδίων / Peri tôn idiôn) et Sur l'ordre de ses ouvrages (Περὶ τῆς Τάξεως τῶν Ἰδιων Βιβλίων / Peri tês taxeôs tôn idiôn bibliôn). Il s'est efforcé de bâtir une encyclopédie des sciences de son temps, en se plaçant au-dessus des écoles : « Je qualifiais d'esclaves ceux qui se disent hippocratiques ou praxagoréens ou se réclament de quelque autorité, mais je choisissais ce qu'il y avait de bon dans chaque école. »

Seule une faible partie de son œuvre a traversé les siècles :

  • 83 traités ;
  • 19 traités d'attribution contestée ;
  • 45 traités apocryphes ;
  • 19 fragments ;
  • 15 commentaires sur Hippocrate.

Cela s'explique principalement par l'incendie, en 192, du temple de la Paix, bâti sous Vespasien, où Galien donnait ses cours. Beaucoup des travaux restants ont été préservés par des intellectuels chrétiens (Constantin l'Africain, XIe siècle), musulmans (en particulier Averroès, XIIe siècle) et juifs.

La traduction en 830 -870 de 129 œuvres de Galien en arabe par Hunayn ibn Ishaq et ses assistants, et en particulier son insistance sur l’approche systématique et rationnelle de la médecine réalisée par Galien, a établi le modèle de la médecine islamique, qui s'est rapidement propagé dans l'ensemble de l’empire arabe. Les Arabes tenaient Galien en grande estime[9]. Toutefois, ils ont rarement pratiqué la chirurgie invasive. Comme les Chrétiens occidentaux, ils ont aboli la chirurgie à la fois comme connaissance et comme pratique : cette technique était païenne, et péché de s’y adonner[10]. Comme le suggère son titre, Des doutes sur Galien un livre d’Abu Bakr Mohammad Ibn Zakariya al-Razi (Rhazes) (925) montre clairement, ainsi que les écrits d’Ibn Nafis, les œuvres de Galien n'ont pas été admises sans discussion, mais utilisées comme base de référence pour orienter de nouvelles études. L’accent mis sur l'expérimentation et l'empirisme a conduit à de nouveaux résultats et à de nouvelles observations, qui ont été vérifiées et ajoutées à celles de Galien par des écrivains comme Razi, Ali ibn Abbas al-Majusi (Haly Abbas), Abu Al-Qasim (Abulasis), Ibn Sina (Avicenne), Ibn Zuhr (Avenzoar), et Ibn al-Nafis.

Constantin l'Africain a contribué à la réintroduction de la médecine de la Grèce antique dans l’Europe chrétienne. Ses traductions d’Hippocrate et de Galien ont été les premières à donner au monde occidental une vue d’ensemble de la médecine grecque[11].

Operum Galeni

Plus tard, dans l'Europe médiévale, les écrits de Galien sur l'anatomie sont devenus la référence du cursus universitaire du médecin médiéval, mais ils ont beaucoup souffert de l'immobilisme et de la stagnation intellectuelle. Dans les Années 1530, cependant, un anatomiste et médecin belge André Vésale s’est attelé à un projet visant à traduire de nombreux textes grecs de Galien en latin. Le plus célèbre travail de Vésale, De humani corporis fabrica, a été grandement influencé par les écrits et les travaux de Galien. Cherchant à relancer les méthodes et les recherches de Galien, Vésale s'est tourné vers la dissection des cadavres humains comme une évolution naturelle de la philosophie de Galien. Les écrits de Galien ont connu un regain d'actualité entre les mains de Vésale, qui a fait connaître Galien à travers ses livres et ses démonstrations pratiques. Comme la plupart des écrits de Galien ont également été traduits en arabe, le Moyen-Orient le connaît et le révère comme Jalinos[12].

En matière médicale, Galien s'est beaucoup inspiré d'Hippocrate mais aussi d'Aristote. Il étudia longuement l'anatomie, la physiologie, l'hygiène et la pharmacologie (on parle encore de forme « galénique »), mais aussi la philosophie (« le meilleur médecin est aussi un philosophe ») et la philologie : on lui doit une Introduction à la dialectique, un traité De la démonstration et un commentaire sur le Timée de Platon.

Considéré comme le fondateur de la pharmacie, le serment des apothicaires datant de 1608 a été rebaptisé en Serment de Galien au XXe siècle. Ce serment à l'instar du serment d'Hippocrate édicte les devoirs professionnels du pharmacien. Ce serment est aujourd'hui encore prêté par les docteurs en pharmacie à la fin de leurs études.

Galien a identifié le sang des veines (rouge foncé) et celui des artères (plus brillant et moins épais), chacun d’eux ayant des fonctions distinctes et séparées. Il pensait que le sang veineux avait son origine dans le foie et le sang artériel dans le cœur ; le sang sortait de ces organes pour irriguer toutes les parties du corps où il est consommé. Sa conception erronée de la circulation sanguine fait foi pendant plus de onze siècles avant d'être progressivement remise en cause par Ibn Nafis au XIIIe siècle, Amato Lusitano (en) au XVIe siècle, et surtout la description complète de la circulation sanguine par William Harvey dans son livre Exercitatio Anatomica de Motu Cordis et Sanguinis in Animalibus en 1628[13].

L'accent mis par Galien sur la saignée comme remède à pratiquement n'importe quelle maladie a gardé une influence sur la médecine occidentale jusqu'au XIXe siècle.

Il est l'auteur de nombreux travaux sur le système nerveux (notamment le parcours de l'influx nerveux), la myologie, l'hygiène (De l'hygiène) ou encore la diététique (Des propriétés des aliments). Pour lui (comme dans la médecine chinoise), la physiologie humaine repose sur les quatre éléments (air, terre, feu, eau) qui influent sur les quatre humeurs qui sont : la bile, le sang, le flegme et la bile noire (atrabile ou mélancolie[14]). De ces quatre humeurs résultent les quatre tempéraments : les colériques, les sanguins, les flegmatiques ou lymphatiques et les atrabilaires ou mélancoliques. La maladie résulterait du déséquilibre entre tous ces éléments.

Enfin, Galien a produit des écrits sur la formation de l’embryon et du fœtus[15]. Il s'y est intéressé dans plusieurs ouvrages comme Sur la semence et De l'utilité des parties. Il estime que le foie est le premier organe à se former, suivi du coeur et du cerveau. Il défend aussi l'idée d'un Créateur car selon lui la semence est parfaite. Dans ce livre, il discute et confirme les résultats d'Hippocrate. Il expose notamment l'existence d'un sperme mâle et d'un sperme femelle. Le premier est à l'origine de la formation de la membrane qui entoure l'embryon, et le deuxième de l'allantoïde. Il s'oppose alors à Aristote, qui estimait que le sang des règles donnait l'embryon. Galien défend l'importance du sperme, en effet selon lui le sang et les nerfs se forment grâce à lui[15]. Il compare souvent la formation du fœtus animal à celui de l’embryon de plante[16], en utilisant par exemple le mot semence pour désigner le sperme, ou encore le mot "brindille" pour désigner les bras articulés du fœtus.

Galien a réalisé de nombreuses dissections et a pu observer l'embryon chez la chèvre, entre autres. Il a cependant rencontré des difficultés pour étudier les stades précoces de l'embryon. Il parvient toutefois à distinguer trois, ou quatre, phases du développement de l'embryon, et à chaque fois Galien reprend et confirme l'enseignement d'Hippocrate. Comme chez Hippocrate, ces stades sont appelés "semence", puis "chair" après accumulation de sang (on ne distingue cependant pas encore d'organes), puis "articulation des parties", quand les organes sont formés, ainsi que les membres. Le quatrième et dernier stade correspondant à l'enfant, là encore en accord avec Hippocrate. Cependant, Galien avoue ne pas connaître les mécanismes du développement, il ne peut que décrire les stades de l'embryogenèse[16]. Galien reprend également le point de vue du médecin bithynien Hérophile sur la ressemblance du fœtus à l'un ou l'autre des parents, en fonction du mélange de leurs semences.

Galien n'hésite pas à parler de la faculté générative du sperme et de la faculté d'accroissement de l'embryon. De fait, il recourt très souvent à des arguments mathématiques ou logiques afin d'expliquer l'embryogenèse, ayant lui-même reçu une éducation auprès de mathématiciens.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. S. Alexandru, « Newly Discovered Witnesses Asserting Galen's Affiliation to the gens Claudia », Annali della Scuola Normale Superiore di Pisa, serie 5, 3/2, 2011, p. 385-433
  2. P. Moraux, Galien de Pergame. Souvenirs d'un médecin, éd. Belles Lettres, coll. « Études anciennes grecques, Paris, 1985
  3. (en) Lawrence F. Wolper, Physician Practice Management : Essential Operational and Financial Knowledge, Jones & Bartlett Learning,‎ 2005, p. 7
  4. Paulette Vignais, Pierre Vignais, Science expérimentale et connaissance du vivant, EDP Sciences,‎ 2012, p. 31
  5. Bertrand Condat, Les médecins, Le Cavalier Bleu,‎ 2006, p. 86
  6. (en) Vivian Nutton, The unknown Galen, Institute of Classical Studies, School of Advanced Study, University of London,‎ 2002, p. 42
  7. André Aymard, Maurice Crouzet, Jeannine Auboyer, Histoire générale des civilisations : Rome et son empire, Presses universitaires de France,‎ 1967, p. 323
  8. Nutton Vivian, « The Chronology of Galen's Early Career », The Classical Quarterly,‎ 2005 (consulté en 2007-07-02)
  9. How Greek Science Passed to the Arabs
  10. Ancient surgery
  11. Constantine the African
  12. Dear, Peter. Revolutionizing the Sciences: European Knowledge and Its Ambitions, 1500-1700. Princeton, NJ: Princeton University Press (2001), 37-39.
  13. Claude Chastel, Arnaud Cénac, Histoire de la médecine : introduction à l'épistémologie, Ellipses,‎ 1998, p. 98
  14. Jean Starobinski : L'Encre de la mélancolie, Paris, Le Seuil, 2012 ISBN 978-2021083514
  15. a et b « L’anatomo-physiologie de la génération chez Galien », sur http://www.bium.univ-paris5.fr
  16. a et b Encyclopédie, ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, Diderot et d'Alembert, p. 227.

Ouvrages publiés[modifier | modifier le code]

  • Œuvres philosophiques et logiques, éditeur : Flammarion
  • L'Âme et ses passions, Belles Lettres
  • Œuvres médicales choisies
    • Tome 1, De 'utilité des parties du corps humain, Gallimard
    • Tome 2, Des facultés naturelles ; Des lieux affectés ; De la méthode thérapeutique ; À Glaucon, Gallimard
  • Éditions anciennes accessibles en ligne : http://www.bium.univ-paris5.fr/histmed/medica/galien_vf.htm

Œuvres de Galien[modifier | modifier le code]


Œuvres du Pseudo-Galien[modifier | modifier le code]

On attribue à Galien 83 traités, dont 45 apocryphes

  • Définitions médicales
  • Histoire des philosophes, in H. Diels, Doxographi Graeci.
  • Introduction médicale
  • Pronostics issus de la science mathématique (astrologie médicale)
  • Si ce qui se trouve dans l'utérus est vivant

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • P. Moraux: Galien de Pergame. Souvenirs d'un médecin, éd. Belles Lettres, coll. « Études anciennes grecques », Paris, 1985 (ASIN 2251326278).
  • Boudon-Millot Véronique et al.: Galien et la philosophie, Droz, 2003.
  • Debru Armelle : Le corps respirant. La pensée physiologique chez Galien, Brill, 1996.
  • Boudon-Millot Véronique: Galien de Pergame : Un médecin grec à Rome ,Paris, Les Belles Lettres, (ISBN 2-251-38117-1).