Alcuin

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Alcuin
Raban-Maur Alcuin Otgar.jpg

Raban Maur (gauche), soutenu par Alcuin (milieu), dédicace son œuvre à l'archevêque Otgar de Mayence (droite).

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Ealhwine et AlbinusVoir et modifier les données sur Wikidata
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Alcuin (né dans le Yorkshire vers 730, et mort à Tours le 19 mai 804) est un poète, savant et théologien anglais de langue latine. L'un des principaux amis et conseillers de Charlemagne, il dirige la plus grande école de l'Empire carolingien, l'école palatine à Aix-la-Chapelle. Principal artisan de la Renaissance carolingienne[1], Alcuin est selon Éginhard, « l'homme le plus savant de son temps[2] ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Alcuin naquit vers 730 dans le Yorkshire, de parents nobles et riches. Alcuin fut éduqué dans l'école cathédrale d'York, une des plus renommées de l'époque, sous la direction de Egbert puis de Elbert[3], un disciple de Bède le Vénérable[4]. Il devint maître de l'école en 778[1].

Un homme de culture[modifier | modifier le code]

En 781, à 49 ans, Alcuin effectua un voyage à Rome. De passage à Parme, Alcuin rencontra Charlemagne et accepta son invitation à Aix-la-Chapelle, où le roi rassemblait les plus grands savants de son temps. À la tête de l'école palatine, Alcuin devint le professeur et conseiller de Charlemagne, et de ses fils[1]. Charlemagne donna à Alcuin la charge des abbayes de Ferrières-en-Gâtinais, de Saint-Loup de Troyes, et de Saint-Josse en Ponthieu[3]. Sous l’égide d’Alcuin, de grands centres culturels s’organisèrent autour des monastères et des cathédrales[5]. Il introduisit les méthodes d'enseignement anglo-saxonnes dans les écoles franques, systématisa le curriculum scolaire, et encouragea l'étude des arts libéraux[1]. Simple diacre, Alcuin fut chargé de l'éducation de jeunes nobles destinés aux plus hautes fonctions de l'Église et de l'État[6].

Un proche de Charlemagne[modifier | modifier le code]

En 790, Alcuin est envoyé en Angleterre afin de faire la paix avec Offa de Mercie. Il retourna en France trois ans plus tard et participa au concile de Francfort en 794, puis au concile d'Aix-la-Chapelle en 799, où il combattit l'adoptianisme, une hérésie selon laquelle Jésus ne serait que le fils adoptif de Dieu[7].

Parfaitement intégré à la vie de cour, Alcuin figura naturellement au premier plan dans les réunions du milieu palatin, où les beaux esprits de la cour disputaient en compagnie du roi. Dans ce cercle de clercs cultivés, on s'attribuait des noms illustres. Charlemagne fut surnommé « David », Alcuin « Flaccus », Théodulfe « Pindare », Angilbert « Homère », et Éginhard « Béséléel[8] ». Alcuin montait à cheval pour suivre les déplacements de Charles, se baignait avec lui et participait à la vie de cour. Il fit preuve cependant d'une grande piété et loua la supériorité de la vie monastique[9].

La querelle de l'adoptianisme[modifier | modifier le code]

Cette querelle se réfère à une controverse qui a eu lieu pendant près de quinze ans, à partir de la fin du VIIIe siècle en Espagne et en France. En 794, l'évêque de Tolède, Élipand adressa une lettre aux évêques de France et à Félix d'Urgell où il affirmait que la personne du Fils de Dieu n'était pas la même que la personne du fils de Joseph. Pour lui, le Christ était seulement le fils de Marie, et ne serait devenu fils de Dieu que par adoption lors de son baptême. C'est ce que l'on appelle l'adoptianisme.

Charlemagne eut tôt fait de rallier “le sage Alcuin” pour s'opposer à cette doctrine et rétablir l'unité de la chrétienté dans l'empire d'Occident. Devant l'affaiblissement des chrétiens d'Espagne qui étaient sous domination musulmane, il espèrait sans doute appuyer l'Église, en prenant le parti du pape, sans doute aussi pour établir une partie de son autorité politique dans la zone occupée. Il veilla, par son épée, au service de l'empire chrétien, et Alcuin seconda le pape par l'épée de la doctrine (doctrine des deux épées, selon laquelle le pape défendait la foi, et Charlemagne, l'empire chrétien d'Occident).

Abbé de Saint-Martin de Tours[modifier | modifier le code]

Charlemagne recevant Alcuin qui lui présenta les manuscrits écrits par ses moines. Peinture au plafond d'une salle de la galerie Campana du musée du Louvre

Alcuin fut nommé par Charlemagne abbé de Saint-Martin de Tours en 796 où il rétablit l'observance régulière[7]. L'abbaye Saint-Martin de Tours devient l'un des foyers de la renaissance carolingienne, où vient étudier notamment le jeune Raban Maur[10]. Alcuin encouragea la copie de nombreux textes au sein du scriptorium, l'atelier de copie de l'abbaye, d'après des modèles importés d'Angleterre[11], et augmenta considérablement le fonds de la bibliothèque de Tours. Alcuin insista particulièrement sur le soin de la calligraphie et de la ponctuation[12].

Sous son égide, la minuscule caroline se diffusa en quelques années et se perfectionna dans les magnifiques bibles produites par le scriptorium[1]. Il participa à la réforme de la liturgie catholique et à la révision de la Bible et du Sacramentaire grégorien[13], et établit en 800 une version de la Bible qui s’imposa comme modèle[5]. Alcuin réorganisa également la structure scolaire, et rédigea des manuels dans chaque discipline[14].

« Ici venez prendre place, vous dont la fonction est de transcrire la loi divine et les monuments sacrés de la sagesse des Pères. Prenez garde de mêler à ces graves discours quelque propos frivole ; veillez à ce que votre main étourdie ne commette pas quelque erreur. Cherchez studieusement des textes purs, afin que votre plume, dans son vol rapide, aille par le droit chemin. C'est un grand honneur que de copier les livres saints, et ce travail trouve sa récompense. »

— Alcuin[15].

En étroites relations épistolaires avec Charlemagne et avec les principaux personnages de son temps, il continua jusqu'à sa mort d'exercer un véritable magistère intellectuel dans l'empire. « À l'abbaye Saint-Martin de Tours, il fonda une académie de philosophie et de théologie si innovatrice qu'elle fut surnommée “mère de l'Université” [...] L'abbaye de Tours était le centre d'une production de manuscrits à la qualité remarquable[16]. »

Alcuin moururt le 19 mai 804 à l'abbaye Saint-Martin de Tours[17].

Œuvre littéraire[modifier | modifier le code]

Alcuin laisse de nombreuses œuvres dédiées à l'éducation, à la théologie et à la philosophie. Il laisse également de nombreuses lettres, des vies de saints, et des poèmes[13]. Bien qu'il fût le maître incontesté de son temps, Alcuin lègue une œuvre littéraire sans envergure[1],[18].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions[modifier | modifier le code]

  • Patrologia Latina, t. 100-101.
  • Monumenta Germaniæ Historica, Poeta latini ævi carolini, t. 1 à 6.
  • Monumenta Germaniæ Historica, Epistolæ, t. 4.
  • Alcuino, Commento al Cantico dei cantici - con i commenti anonimi Vox ecclesie e Vox antique ecclesie, ed. Rossana Guglielmetti, Firenze, SISMEL 2004

Études[modifier | modifier le code]

  • Histoire littéraire de la France, IV, Paris, 1866, p. 295-347. [lire en ligne]
  • Barthélemy Hauréau, Charlemagne et sa cour, Paris, 1888, p. 204. [lire en ligne]
  • Maurice Roger, L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin, Paris, 1905. [lire en ligne]
  • (en) Rolph Barlow Page, The Letters of Alcuin, New York, 1909. [lire en ligne]
  • (en) Ethel Mary Wilmot-Buxton, Alcuin, New York, 1922. [lire en ligne]
  • Arthur Kleinclausz, Alcuin, Les Belles Lettres, Paris, 1948.
  • Jean Chelini, Le vocabulaire politique et social dans la correspondance d'Alcuin, Aix-en-Provence, Pensée universitaire, 1959.
  • Jean Chelini, « Alcuin, Charlemagne et Saint-Martin de Tours », Revue d'histoire de l'Église de France, t. 47, n°144, 1961, p. 19-50. [lire en ligne]
  • Philippe Wolff, L'Éveil intellectuel de l'Europe, Paris, Seuil, 1971.
  • Vincent Seralda, La philosophie de la personne chez Alcuin, Paris, Nouvelles éditions latines, 1978. (ISBN 2-7233-0045-5)
  • Michel Banniard, Genèse culturelle de l'Europe ; Ve-VIIIe siècle, Paris, Seuil, 1989. (ISBN 2-02-010972-7)
  • Dominique Alibert, Jean-Claude Cheynet, Catherine de Firmas, Bruno Saint-Sorny, Vivien Prigent, Chrétientés médiévales, Atlante, 1997. (ISBN 2-912232-01-5)
  • Jean Houssaye (dir.), Les premiers pédagogues, ISF, 2002, p. 150-174 (par Pierre Riché).
  • Pierre Riché, Écoles et enseignement dans le Haut Moyen Âge (1979), Picard, 1999.
  • (en) Philip Dendron Thomas, « Alcuin of York », Dictionary of scientific biography, p. 104.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f (en) « Alcuin », Encyclopaedia Britannica, 15th edition, 2010.
  2. Eginhard, Vie de Charlemagne.
  3. a et b Histoire littéraire [1866], p. 296.
  4. Hauréau [1888], p. 207.
  5. a et b Marie-Pierre Laffitte, Charlotte Denoël, Marianne Besseyre, Jean-Pierre Caillet, « Le règne des Carolingiens », Trésors carolingiens, BNF, 2007. [lire en ligne]
  6. (en) Page, p. 12.
  7. a et b Histoire littéraire [1866], p. 297.
  8. Hauréau, p. 204.
  9. Chelini [1961], p. 23-24.
  10. Chelini [1961], p. 35.
  11. Marie-Pierre Laffitte, Charlotte Denoël, Marianne Besseyre, Jean-Pierre Caillet, « La vallée de la Loire, d'Orléans à Fleury », Trésors carolingiens, BNF, 2007. [lire en ligne]
  12. Chelini [1961], p. 32-33.
  13. a et b Marie-Pierre Laffitte, Charlotte Denoël, Marianne Besseyre, Jean-Pierre Caillet, « Les principaux acteurs », Trésors carolingiens, BNF, 2007. [lire en ligne]
  14. Chelini [1961], p. 34.
  15. Hauréau [1888], p. 212.
  16. L'Express, 3 août 2006.
  17. Histoire littéraire [1866], p. 299.
  18. Hauréau [1888], p. 210.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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