Abbaye Saint-Pierre d'Uzerche
| Abbaye Saint-Pierre d'Uzerche | ||||
L'ancienne église abbatiale Saint-Pierre. | ||||
| Ordre | Bénédictins | |||
|---|---|---|---|---|
| Fondation | Xe siècle | |||
| Fermeture | 1791 | |||
| Diocèse | Diocèse de Limoges (anciennement) Diocèse de Tulle (actuellement) |
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| Fondateur | Hildegaire, évêque de Limoges | |||
| Dédicataire | Saint Pierre | |||
| Style(s) dominant(s) | Roman | |||
| Protection | ||||
| Localisation | ||||
| Pays | ||||
| Région | Nouvelle-Aquitaine | |||
| Département | Corrèze | |||
| Commune | Uzerche | |||
| Coordonnées | 45° 25′ 28″ nord, 1° 33′ 49″ est | |||
| Géolocalisation sur la carte : Corrèze
Géolocalisation sur la carte : Nouvelle-Aquitaine
Géolocalisation sur la carte : France
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L’abbaye Saint-Pierre d'Uzerche est une ancienne abbaye bénédictine située à Uzerche, dans le département français de la Corrèze. Établie sur un promontoire dominant la Vézère, elle constitue au Moyen Âge l'un des principaux établissements monastiques du Limousin.
Restaurée au Xe siècle, l'abbaye connaît son apogée entre les XIe et XIIIe siècles. Transformée en chapitre séculier au XVIIIe siècle, elle est supprimée pendant la Révolution française. Son ancienne église abbatiale, devenue église paroissiale, est un édifice majeur de l'architecture romane limousine. Elle est classée au titre des monuments historiques depuis 1840.
Localisation
[modifier | modifier le code]L'abbaye est établie dans la ville haute d'Uzerche, sur un éperon rocheux inscrit dans un méandre de la Vézère. Cette position naturellement défensive domine un ancien axe de circulation reliant le Haut et le Bas-Limousin[1].
Les bâtiments monastiques occupaient les abords immédiats de l'église, au cœur de l'enceinte fortifiée d'Uzerche. L'ancienne abbatiale s'intègre aujourd'hui au centre historique de la commune.
Histoire
[modifier | modifier le code]Premiers établissements religieux
[modifier | modifier le code]L'existence d'une église à Uzerche est attestée dès la fin du Ve siècle par une lettre de Rurice de Limoges, évêque de Limoges, qui évoque un sanctuaire établi sur le promontoire. Cette mention ne permet toutefois pas d'affirmer l'existence d'une communauté monastique à cette époque[2].
Une tradition rapportée par les sources locales attribue à Pépin le Bref, vers 760, la restauration de l'église, la construction d'une forteresse et l'établissement d'un monastère. Cet établissement aurait été détruit lors des incursions normandes du IXe siècle[3].
Les données historiques et archéologiques permettent de situer l'établissement durable d'une communauté bénédictine au cours du Xe siècle[2].
Restauration monastique au Xe siècle
[modifier | modifier le code]Entre 969 et 992, Hildegaire, évêque de Limoges, restaure la vie monastique à Uzerche et place la communauté sous la règle de saint Benoît. Un acte épiscopal, généralement daté des environs de 977, organise les possessions et les privilèges du monastère[4],[5].
L'abbaye bénéficie ensuite de donations seigneuriales et épiscopales. Ses droits et ses possessions sont consignés dans un cartulaire contenant des actes allant du Xe siècle au XIVe siècle[6].
Reconstruction et développement
[modifier | modifier le code]Un incendie détruit une partie du monastère en 1028. La reconstruction de l'église commence peu après sous l'abbatiat de Pierre de Donzenac. La crypte et le chevet appartiennent aux premières campagnes de travaux[3],[7].
Au cours du XIe siècle, l'abbaye étend son influence sur plusieurs établissements religieux du Limousin et du Périgord. Elle exerce notamment son autorité sur l'abbaye Saint-Pierre-ès-Liens de Tourtoirac, l'établissement monastique du Moutier-d'Ahun et l'abbaye Saint-André de Meymac, avant que certains de ces monastères n'acquièrent leur autonomie[6].
Le maître-autel est consacré vers 1085. La nouvelle église est solennellement dédiée à saint Pierre et à saint André en 1097. Son plan, comprenant un déambulatoire et des chapelles rayonnantes, répond notamment à l'accueil des pèlerins[7].
L'abbaye conserve des reliques attribuées aux saints Léon et Coronat. Leur culte est connu par un recueil liturgique provenant de l'établissement et contribue à son rayonnement religieux au Moyen Âge[8].
Fortification et conflits
[modifier | modifier le code]À partir du XIIIe siècle, l'église est remaniée et intégrée au système défensif de la ville. Vers 1312, elle prend une grande partie de son aspect actuel. Des dispositifs fortifiés sont ajoutés pendant la guerre de Cent Ans, notamment autour du chevet et du clocher[3],[7].
Les bâtiments monastiques subissent d'importantes destructions au cours du XVe siècle. Pendant les guerres de Religion, Uzerche est disputée entre catholiques et protestants. En 1575, les troupes du vicomte de Turenne occupent la ville et endommagent l'abbaye[9].
De nouveaux dommages surviennent au début du XVIIe siècle. Une campagne de réparation est entreprise en 1622 sous l'autorité du prieur Antoine Pontier. La partie supérieure de la flèche du clocher, frappée par la foudre, n'est pas reconstruite dans son état antérieur[10].
Sécularisation et suppression
[modifier | modifier le code]À partir de la fin du Moyen Âge, l'abbaye est progressivement placée sous le régime de la commende. Ses abbés, souvent absents, perçoivent les revenus du monastère tandis que la vie communautaire décline.
En 1693, une procédure est engagée afin de transformer le monastère en chapitre séculier. Cette transformation est achevée au milieu du XVIIIe siècle : une bulle pontificale de 1745 remplace la communauté bénédictine par un chapitre de chanoines, dont l'organisation est précisée au cours des années suivantes[9].
Le chapitre est supprimé en 1791 pendant la Révolution française. Les possessions de l'ancienne abbaye sont vendues comme biens nationaux. L'église est maintenue au culte et devient l'église paroissiale Saint-Pierre d'Uzerche.
Dépendances et temporel
[modifier | modifier le code]Le temporel de l'abbaye est principalement connu par son cartulaire. Il comprenait des églises, prieurés, chapelles, terres, moulins, droits de justice et revenus répartis dans le Limousin, le Périgord et les régions voisines[6].
Parmi les établissements qui furent placés sous son autorité ou liés à elle figurent :
- l'abbaye Saint-Pierre-ès-Liens de Tourtoirac, fondée ou restaurée au début du XIe siècle ;
- l'établissement monastique du Moutier-d'Ahun ;
- l'abbaye Saint-André de Meymac ;
- plusieurs prieurés et églises rurales des actuels départements de la Corrèze, de la Creuse, de la Dordogne et de la Haute-Vienne.
Les abbés possédaient également des droits seigneuriaux à Uzerche et participaient à l'administration de la ville aux côtés des pouvoirs laïques et épiscopaux.
Architecture
[modifier | modifier le code]Église abbatiale
[modifier | modifier le code]L'ancienne abbatiale est construite selon un plan en croix latine. Elle comprend une nef flanquée de collatéraux, un transept, un chœur surélevé, un déambulatoire et des chapelles rayonnantes. L'édifice associe plusieurs campagnes de construction comprises principalement entre les XIe et XIIe siècles[7].
La nef est couverte d'une voûte en berceau soutenue par des arcs doubleaux. Les collatéraux sont voûtés d'arêtes. Les chapiteaux présentent un décor végétal, géométrique et figuré caractéristique de la sculpture romane limousine.
Le chœur, établi au-dessus de la crypte, est entouré d'un déambulatoire permettant la circulation autour du sanctuaire. Quatre chapelles rayonnantes subsistent, la chapelle axiale ayant disparu au cours des transformations de l'époque moderne[10].
Crypte des Corps-Saints
[modifier | modifier le code]La crypte, dite crypte des Corps-Saints, est l'une des parties les plus anciennes de l'édifice. Sa construction est généralement rattachée à la campagne entreprise après l'incendie de 1028[7].
Elle comprend un espace central entouré d'un étroit couloir annulaire voûté en berceau. Cette organisation permettait aux fidèles d'approcher les reliques sans interrompre les offices célébrés dans le chœur supérieur. La crypte conserve notamment un tombeau daté du XIVe siècle.
Clocher et éléments fortifiés
[modifier | modifier le code]Le clocher s'élève au-dessus de la croisée du transept. De plan carré à sa base, il devient octogonal dans ses niveaux supérieurs. Il appartient au groupe des clochers romans limousins à pignons.
Les parties hautes de l'église et du chevet conservent des éléments défensifs ajoutés pendant la guerre de Cent Ans. Trois tours intégrées au chevet témoignent de la transformation de l'abbatiale en ouvrage fortifié[11].
Mobilier et vitraux
[modifier | modifier le code]L'église conserve plusieurs éléments de mobilier religieux, notamment des chapiteaux romans remployés comme bénitiers, des sculptures, des tableaux et du mobilier liturgique.
Une partie des vitraux date du XIXe siècle. Certains sont attribués au maître verrier toulousain Louis-Victor Gesta.
Abbés et personnalités liées
[modifier | modifier le code]Principaux abbés
[modifier | modifier le code]La chronologie des abbés est principalement connue par le cartulaire de l'abbaye et par les travaux historiques consacrés au clergé de France[12],[6].
| Abbé | Période approximative | Éléments biographiques |
|---|---|---|
| Gausbert | 992-997 | L'un des premiers abbés connus après la restauration monastique du Xe siècle. |
| Adalbaud | 997-1003 | Son abbatiat correspond au développement des premières dépendances de l'abbaye. |
| Richard | 1003-1028 | Associé au développement des établissements de Tourtoirac, du Moutier-d'Ahun et de Meymac. |
| Pierre de Donzenac | 1028-1054 | Dirige la reconstruction entreprise après l'incendie de 1028. |
| Constantin | 1054-1068 | Poursuit la réorganisation de la communauté et de son temporel. |
| Géraud | 1068-1096 | Gouverne l'abbaye pendant une importante phase de construction de l'église. |
| Gausbert Malafayda | 1096-1108 | Abbé lors de la dédicace de l'église en 1097. |
| Grimaud de Ségur | 1113-1133 | Issu de la famille de Ségur. |
| Bernard d'Auberoche | 1135-1149 | Dirige l'abbaye pendant une période d'expansion de son temporel. |
| Guichard de Comborn | 1442-1496 | Issu de la maison de Comborn. |
| Geoffroy de Caumont de Castelnau | XVIe siècle | Abbé commendataire pendant les guerres de Religion. |
| Christophe de Lestang | 1619-1621 | Évêque de Carcassonne et abbé commendataire d'Uzerche. |
| Roger d'Aumont | 1621-1653 | Évêque d'Avranches et abbé commendataire. |
| François Lascaris d'Urfé | 1695-1701 | Ecclésiastique issu de la famille de Lascaris d'Urfé. |
| Charles François de Hallencourt de Dromesnil | 1701-1706 | Fut ensuite évêque de Verdun puis archevêque de Vienne. |
| Arthur-Richard de Dillon | 1782-1791 | Dernier abbé commendataire avant la suppression du chapitre. |
Autres personnalités liées
[modifier | modifier le code]- Rurice de Limoges, évêque de Limoges, dont une lettre constitue la plus ancienne mention connue d'une église à Uzerche ;
- Hildegaire, évêque de Limoges, restaurateur de la vie monastique au Xe siècle ;
- les saints Léon et Coronat, dont les reliques étaient conservées dans l'abbatiale ;
- Urbain II, qui séjourne dans la région à la fin du XIe siècle, à l'époque de l'achèvement de l'église romane.
Protection et situation actuelle
[modifier | modifier le code]L'ancienne église abbatiale figure sur la liste des monuments historiques protégés en 1840, première liste nationale de protection des monuments français[3].
Plusieurs campagnes de restauration sont réalisées aux XIXe et XXe siècles. Une intervention importante concerne notamment le chevet au début du XXe siècle[10].
L'église appartient à la commune d'Uzerche. Affectée au culte catholique, elle relève du diocèse de Tulle et demeure utilisée comme église paroissiale. Elle est également ouverte à la visite dans le cadre de la valorisation du patrimoine historique d'Uzerche.
Les bâtiments conventuels ont en grande partie disparu ou ont été transformés après la Révolution. L'église, la crypte et plusieurs vestiges intégrés au tissu urbain constituent les principaux témoignages conservés de l'ancienne abbaye.
Galerie
[modifier | modifier le code]- La nef et le chœur.
- La crypte des Corps-Saints.
- Tombeau du XIVe siècle dans la crypte.
- Vitrail attribué à Louis-Victor Gesta.
- Chapiteau sculpté.
- Chapiteaux remployés comme bénitiers.
- Le clocher de l'ancienne abbatiale.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Roger Lombard, « Uzerche (Corrèze). Le jardin du presbytère », Archéologie médiévale, t. 15, , p. 255 (DOI 10.3406/arcme.1985.1157, lire en ligne).
- 1 2 Roger Lombard, « Uzerche (Corrèze). Abbaye Saint-Pierre », Archéologie médiévale, t. 17, , p. 221 (DOI 10.3406/arcme.1987.1196, lire en ligne).
- 1 2 3 4 « Église Saint-Pierre », notice no PA00099947, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
- ↑ Jean Becquet, Actes des évêques de Limoges des origines à 1197, CNRS Éditions, coll. « Documents, études et répertoires de l'Institut de recherche et d'histoire des textes », (lire en ligne).
- ↑ « Hildegaire, évêque de Limoges, pour Uzerche, abbaye Saint-Pierre », sur Telma, Institut de recherche et d'histoire des textes (consulté le ).
- 1 2 3 4 Jean-Baptiste Champeval, Cartulaire de l'abbaye d'Uzerche (Corrèze) : Avec tables, identifications et notes historiques, du Xe au XIVe siècle, Paris et Tulle, A. Picard et R. Lachaud, , 544 p. (lire en ligne).
- 1 2 3 4 5 Karine Colle-Madies, « Uzerche, église Saint-Pierre », Congrès archéologique de France, Société française d'archéologie, no 163, , p. 434-437.
- ↑ M. Bernard, « Sur la trace des saints Léon et Coronat. Un recueil liturgique de l'abbaye d'Uzerche », Cahiers de civilisation médiévale, t. 9, no 35, , p. 393-401 (DOI 10.3406/ccmed.1966.1388, lire en ligne).
- 1 2 Jean-Baptiste Poulbrière, Dictionnaire historique et archéologique des paroisses du diocèse de Tulle, t. 3, Tulle, (lire en ligne).
- 1 2 3 Albert de Laborderie, Uzerche : son église abbatiale, Brive, , 24 p..
- ↑ « Église Saint-Pierre d'Uzerche », sur Terres de Corrèze (consulté le ).
- ↑ Hugues Du Tems, Le clergé de France, t. 3, Paris, Brunet, , 283-286 p..
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Jean-Baptiste Champeval, Cartulaire de l'abbaye d'Uzerche (Corrèze) : Avec tables, identifications et notes historiques, du Xe au XIVe siècle, Paris et Tulle, A. Picard et R. Lachaud, , 544 p..
- Albert de Laborderie, Uzerche : son église abbatiale, Brive, , 24 p..
- Jean Maury, Limousin roman, La Pierre-qui-Vire, Zodiaque, coll. « La Nuit des temps », , 36-37 p..
- M. Bernard, « Sur la trace des saints Léon et Coronat. Un recueil liturgique de l'abbaye d'Uzerche », Cahiers de civilisation médiévale, t. 9, no 35, , p. 393-401 (DOI 10.3406/ccmed.1966.1388).
- Roger Lombard, « Uzerche (Corrèze). Abbaye Saint-Pierre », Archéologie médiévale, t. 17, , p. 221 (DOI 10.3406/arcme.1987.1196).
- Karine Colle-Madies, « Uzerche, église Saint-Pierre », Congrès archéologique de France, Société française d'archéologie, no 163 « Corrèze », , p. 434-437.
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- Ressources relatives à la religion :
- Ressource relative à l'architecture :
- « Fonds de l'abbaye d'Uzerche », sur FranceArchives