Jean Giraud

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Jean Giraud

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Jean Giraud à Łódź en 2008

Nom de naissance Jean Henri Gaston Giraud
Alias
Gir, Mœbius
Naissance 8 mai 1938
Nogent-sur-Marne Drapeau de la France France
Décès 10 mars 2012 (à 73 ans)
Paris
Nationalité française
Profession
Formation

Jean Giraud, né le 8 mai 1938 à Nogent-sur-Marne et mort le 10 mars 2012 à Paris, est un auteur français de bande dessinée, connu sous son propre nom et sous les pseudonymes de Mœbius et Gir.

En tant que Jean Giraud et Gir, il est le créateur, avec le scénariste Jean-Michel Charlier, de la célèbre bande dessinée de western Blueberry. Sous le pseudonyme de Mœbius, il est l'auteur de bandes dessinées de science-fiction, telles que Le Garage hermétique, L'Incal ou Arzach, qui lui valent une reconnaissance internationale jusqu'aux États-Unis et au Japon, habituellement peu réceptifs à la bande dessinée européenne. Mœbius est l'un des fondateurs de la maison d'édition Les Humanoïdes Associés, éditrice du magazine Métal hurlant. Il participe également à la conception graphique de films comme Alien et Tron.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Issu d'un milieu modeste, il passe son enfance à Fontenay-sous-Bois, dans la banlieue parisienne. Il vit alors chez ses grands-parents paternels, ses parents s'étant séparés lorsqu'il avait trois ans.

Il commence à dessiner à l'âge de 12 ou 13 ans, essentiellement des cowboys et des indiens. À 14 ans, son père lui montre un numéro de Fiction, revue que Jean Giraud continuera à acheter régulièrement, avec Galaxie, pendant une quinzaine d'années.

Débuts[modifier | modifier le code]

À l’âge de 15 ans, il vend sa première histoire au dessinateur Marijac[1]. À seize ans, il commence sa formation technique à l’École des arts appliqués de la rue Dupetit-Thouars, à Paris, où il reste deux ans.

À dix-huit ans, il publie ses premières illustrations en travaillant pour la publicité, la mode ou la décoration[2]. Il crée la même année sa première bande dessinée, Frank et Jérémie, publiée entre février et juillet 1956, dans les numéros 10 à 17 du mensuel Far-West. À partir de cette même année, il décide de se consacrer entièrement à la bande dessinée et collabore comme dessinateur à des revues telles que Fripounet et Marisette, Cœurs vaillants et Sitting-Bull.

Après avoir effectué un séjour de neuf mois au Mexique, chez sa mère, il effectue son service militaire, tout d'abord chez les chasseurs en Allemagne, puis en Algérie[1].

En 1961, il devient l'apprenti de Jijé, qui jouit à cette époque d'une solide réputation dans le monde de la bande dessinée européenne. À ce titre, Jean Giraud se charge de l'encrage d'un épisode de Jerry Spring, La Route de Coronado, une série western publiée dans le journal Spirou[3],[4]. Il travaille aussi avec Jean-Claude Mézières sur la collection L'Histoire des civilisations chez Hachette en 1961 et 1962.

Blueberry[modifier | modifier le code]

En 1963, Jean-Michel Charlier cherche un dessinateur pour un western à paraître dans Pilote et en parle à Jijé, qui propose à Jean Giraud d'en devenir l’illustrateur. Ainsi commencent les aventures du fameux lieutenant Blueberry, dont le très grand succès en a fait un classique du genre. Jean Giraud signe les planches de cette série du diminutif de Gir, mais son nom complet apparaît sur la couverture des albums.

La saga de Blueberry compte vingt-huit albums ainsi que deux séries dérivées (quinze volumes) : Marshall Blueberry (Jean Giraud, William Vance et Michel Rouge) et La Jeunesse de Blueberry (Jean Giraud, Colin Wilson & Michel Blanc-Dumont).

Mœbius[modifier | modifier le code]

À partir de la fin des années 1960, Jean Giraud illustre une série de magazines et de livres de science-fiction dans lesquels il aborde des thèmes plus personnels et moins conventionnels. Ces illustrations sont signées Mœbius, pseudonyme inspiré du ruban de Möbius inventé par le mathématicien allemand August Ferdinand Möbius.

Ce pseudonyme est utilisé pour la première fois dans une bande dessinée intitulée L’Homme du XXIe siècle, publiée en mai 1963 dans le numéro 28 d’Hara-Kiri. Mœbius apparaît une dizaine de fois dans Hara-Kiri jusqu’au numéro 40, sorti en 1964. Par la suite, Jean Giraud n'utilisera plus cette signature sur une planche de bande-dessinée jusqu'en 1971, mais il continuera à s'en servir pour ses illustrations de science-fiction. En 1970 il rencontre Alejandro Jodorowsky pour qui il réalise l'affiche du film El Topo[5].

Métal Hurlant[modifier | modifier le code]

En désaccord avec la ligne éditoriale du journal Pilote, il cesse de travailler pour la maison d'édition en 1974 (mais reviendra ponctuellement en 1976, 1983 et 1985). Il commence à illustrer des pages de L'Écho des savanes (publication de la BD, Cauchemar blanc) et fonde en 1975, avec Jean-Pierre Dionnet, Philippe Druillet et Bernard Farkas, le magazine Métal Hurlant.

Il peut ainsi créer et publier des bandes dessinées de science-fiction dans le style underground, comme Arzach (prépublié en 1975 dans MH, album en 1976) ou Le Garage hermétique (prépublié de1976 à 1979 dans MH, album en 1979 sous le titre Major fatal), qui influenceront une génération entière d'artistes. Il publie ces bandes dessinées sous le pseudonyme de Mœbius aux éditions Les Humanoïdes Associés, ainsi que Le Bandard fou, Les Yeux du chat, etc.

Reconnaissance internationale & cinéma[modifier | modifier le code]

Ses illustrations de SF et Arzach, œuvre révolutionnaire pour l'époque[6], le font connaître à l'étranger et Jean Giraud/Mœbius est contacté par des cinéastes français et américains pour participer à la préproduction de films de science-fiction dans les années 1970.

Une première collaboration se noue avec Alejandro Jodorowsky et Dan O'Bannon, qui engagent Giraud pour les assister dans la création d'un film inspiré de Dune, le roman de Frank Herbert. Mais le projet est voué à l'échec, faute de moyens[5],[7]. La collaboration avec Jodorowsky se poursuit néanmoins, avec la parution de L'Incal, une saga de science-fiction en six volumes parus entre 1980 et 1988.

L'aventure hollywoodienne de Jean Giraud n'est pas finie car il est engagé en 1977 par Ridley Scott pour participer à la conception graphique des costumes[5] d’Alien, le huitième passager[2]. Par la suite, il acceptera d'autres collaborations pour le cinéma. Ainsi en 1982, il dessine les décors et les costumes du film Tron puis il réalise le story-board et crée les personnages du film d'animation Les maîtres du temps de René Laloux[5].

En 1988, Jean Giraud part vivre à Los Angeles et illustre une histoire du Surfer d'argent en collaboration avec Stan Lee, selon la méthode Marvel. Circonstance rare pour un auteur européen, cette contribution a influencé plusieurs auteurs de comics, comme Jim Lee ou Mike Mignola. Il continue de travailler sur des films américains comme Les Maîtres de l'univers réalisé par Gary Goddard pour lequel il dessine les personnages, Willow et Abyss mais pour ces derniers ces créations ne sont pas reprises par les illustrateurs suivants[5]. Il est également cofondateur des Éditions Aedena avec Jean Annestay et Gérard Bouysse, et travaille notamment sur des œuvres en tandem avec Geof Darrow ou Tanino Liberatore. Il est aussi l'auteur d'une autobiographie : Giraud Mœbius : Histoire de mon Double, aux Éditions no 1.

Diversification et expositions[modifier | modifier le code]

En 1996, son épouse, Isabelle Giraud, reprend la maison d’édition et galerie Stardom, devenue aujourd'hui Mœbius Production. Ils éditent ensemble livres, sérigraphies et affiches en édition limitée, consacrés à son œuvre. En 1997, Luc Besson l'engage pour travailler sur Le Cinquième Élément[5]. En 1999, il est président du jury de la première édition du Festival international des Très Courts.

En 2002, il crée la série Arzach Rhapsodie en quatorze épisodes pour la télévision[5]. Du 1er mars 2004 au 13 avril 2005 se déroule à l'hôtel de la Monnaie à Paris l'exposition Miyazaki-Mœbius. Elle met en parallèle les travaux de Jean Giraud et de Hayao Miyazaki, célèbre réalisateur de films d'animation japonais du studio Ghibli. Plus de 300 dessins y ont été exposés. En mai 2006, est émis en France un carnet de timbres sur le thème des vacances du futur, dont le dessin est réalisé par Jean Giraud[8].

Avec le magicien Gérard Majax en février 2008, il participe à la réalisation d'une nouvelle attraction du Parc du Futuroscope, La Citadelle du Vertige, inspirée des univers du Garage hermétique. En octobre 2010, la Fondation Cartier pour l'art contemporain organise la première rétrospective majeure consacrée à l’œuvre de Giraud-Mœbius[9]. La même année il réalise le court métrage La Planète encore avec Geoffrey Niquet. En 2011, il participe à l'exposition Tron L'héritage à la galerie Chappe[10].

Détail de la tombe de Moebius au cimetière Montparnasse.

Décès[modifier | modifier le code]

Jean Giraud meurt le 10 mars 2012 d'une embolie pulmonaire consécutive à un lymphome. Selon Benoît Mouchart, directeur artistique du festival d'Angoulême, Giraud/Mœbius restera dans l'histoire au même titre que Dürer ou Ingres[11].

Il est inhumé à Paris le 15 mars 2012, au cimetière du Montparnasse (9e division[12]), après une cérémonie religieuse à la basilique Sainte-Clotilde[13].

Style[modifier | modifier le code]

Son style graphique, très variable, peut aller du réalisme fouillé de ses débuts dans les Aventures du lieutenant Blueberry, commencées en 1963, à l'onirisme et aux épures lyriques d'ouvrages plus récents. Son dessin va de la gravure, au trait classique en noir et blanc, au travail de la couleur environnementale typique de la ligne claire.

Ses univers sont pour la plus grande partie axés sur une science-fiction fantasmagorique et délirante ainsi qu'une poésie teintée de métaphysique.

Influencé par les étendues désertiques du Mexique, il aime dessiner des personnages sur une surface plane et uniforme, qui peut aller du Sonora à l'absence totale de décor. Que ce soit dans les séries Blueberry ou Arzach, le désert est une figure récurrente dans son œuvre. En effet, parce qu'aucune construction humaine ne vient imposer un sens déterminé, il autorise tous les possibles métamorphiques, d'où ses nombreux dessins où les personnages traversant le désert connaissent des métamorphoses surprenantes[14].

Il est impressionnant par la rapidité d'exécution de ses dessins.

Bien que la bande dessinée européenne soit peu répandue au Japon, Mœbius y est respecté, notamment des auteurs locaux : « il est très populaire parmi les dessinateurs de ma génération » selon Jirō Taniguchi, né en 1947[15]. D'après Gō Nagai, « Mœbius a inventé un nouveau monde fantastique, ouvert de nouveaux horizons »[15]. Son influence peut aussi se voir dans le style graphique du jeu Gravity Rush (Gravity Daze au Japon).

Œuvre[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bibliographie de Jean Giraud.

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

Périodiques[modifier | modifier le code]

Albums[modifier | modifier le code]

Illustration[modifier | modifier le code]

Mœbius a une longue carrière d'illustrateur pour la littérature (couvertures ou intérieurs de roman) ainsi que pour divers autres médias (pochettes de disque, affiches). De nombreux recueils d'illustrations reprennent ces dessins.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Contributions de Mœbius[modifier | modifier le code]

Il participe à la conception graphique de plusieurs films :

Adaptations de ses œuvres[modifier | modifier le code]

Son œuvre a aussi inspiré l'esthétique de plusieurs films :

Jeu vidéo[modifier | modifier le code]

En 1995, il a influencé le design du jeu Panzer Dragoon sur Saturn. Il en a aussi signé l'illustration de couverture pour l'édition originale japonaise.

En 1997 Sortie de Pilgrim un jeu sur PC d'après un scénario de Paulo Coelho. Il a créé les personnages, avec les planches disponibles sur un CD bonus.

Récompenses[modifier | modifier le code]

Principales expositions[modifier | modifier le code]

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  • Été 1991 - Maison de la Culture Frontenac à Montréal
  • Octobre-novembre 1997 - Grande exposition à Palerme
  • Novembre 1997-janvier 1998 - Grande exposition à Milan
  • Février-mars 1998 – Grande exposition à Venise
  • Décembre 1998-janvier 1990 - Musée d'art contemporain de Lyon
  • 1999 - Exposition à la Fondation Cartier, Paris
  • Janvier 2000 - Grande exposition au musée de la bande dessinée d’Angoulême
  • Octobre 2001- Grande exposition à Montrouge
  • Mai-juin 2000 – Grande exposition à Erlangen, Allemagne
  • Mai 2000 – Exposition collective à la BnF, sur la bande dessinée contemporaines
  • Juin 2003 – Grande exposition à Kemi, Finlande
  • 16 novembre-31 décembre 2003 – Grande exposition à Liège, Belgique
  • Janvier-février 2003 - Grande exposition au musée d’Art contemporain de Karlsruhe, Allemagne
  • Décembre 2004-avril 2005 - Grande exposition Giraud/Mœbius et Miyazaki au musée de la Monnaie à Paris
  • Juin 2005 - Exposition de dessins : « mythes Grecs » à la galerie Stardom / Mœbius Production
  • Décembre 2005 - Exposition de dessins : « jardins d’Eros » à la galerie Stardom / Mœbius Production
  • Février 2006 - Exposition sur le thème du rêve au musée d’art contemporain de Bordeaux
  • Octobre 2006 - Exposition de dessins : « Boudha line » à la galerie Stardom / Mœbius Production
  • Mai 2007 – Exposition à Séoul
  • Mai 2007 - Exposition de dessins : « hommage au Major » à la galerie Stardom / Mœbius Production
  • Février 2008 - Une attraction au Futuroscope de Poitiers ouvre, inspirée de l’univers du Garage hermétique
  • Juin 2008 - Exposition « Fou et Cavalier » à l'Espace Cortambert / Mœbius Production
  • Mai 2009 - Une exposition lui est consacrée au musée du manga de Kyoto
  • Novembre 2009 - Exposition « Arzak, le retour », à l'ancien relais télégraphe du 7e ardt de Paris, coproduction Espace Cortambert / SFL / Mœbius Production
  • Octobre 2010-mars 2011 - Exposition « Mœbius transe forme » à la Fondation Cartier
  • Juin 2011-décembre 2011 - Exposition « Mœbius multiple(s) » - Musée Thomas-Henry à Cherbourg

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b L'Agence Tous Geeks - Mission #08 : Les origines du Mœbius
  2. a et b Jean Giraud, alias Mœbius, l’homme qui révolutionna la BD émission Café découverte sur Europe 1 le 25 janvier 2011
  3. Frédéric Pottet, « La dernière aventure du lieutenant Moebius », Le Monde,‎ 13 mars 2012, p. 24
  4. (en) Lambiek comic shop and studio in Amsterdam, The Netherlands, « Comic creator: Jean Giraud (Moebius) », sur lambiek.net,‎ 13 mars 2012 (consulté le 01 juin 2012)
  5. a, b, c, d, e, f et g Auréliano Tonet, « Belmondo comme fantasme, Alien comme tremplin... », Le Monde,‎ 13 mars 2012, p. 25
  6. « Explications de l’impact d’Arzach », sur du9.org
  7. Alejandro Jodorowsky, Moebius et Christopher Foss, « Dune le film que vous ne verrez jamais », Métal hurlant, no 107,‎ janvier 1985, p. 116 (lire en ligne)
  8. « Bonnes vacances », timbre émis le 29 mai 2006, sur le site de l'Union postale universelle
  9. Entretien magazine Télérama, octobre 2010
  10. http://www.eurogamer.fr/articles/exposition-tron-galerie-chappe-news234
  11. [1]
  12. MOEBIUS (Jean Giraud : 1938-2012), sur landrucimetieres.fr
  13. Jean Giraud, alias Moebius, « dieu vivant de la BD », enterré au cimetière du Montparnasse, Celemondo.com, 15 mars 2012/
  14. Portrait de Mœbius, L'intermède.com.
  15. a et b Patrice Novotny, « Accueil royal pour l'auteur de BD français Mœbius au Japon, pays du manga », sur Aujourd'hui le Japon, AFP,‎ 11 mai 2009 (consulté le 11 mai 2009)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Vidéographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]