Will Eisner

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Will Eisner

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Will Eisner en 1982.

Nom de naissance William Erwin Eisner
Naissance 6 mars 1917
Brooklyn, New York
Décès 3 janvier 2005 (à 87 ans)
Lauderdale Lakes (Floride)
Nationalité Drapeau des États-Unis États-Unis
Profession
Distinctions
nombreuses distinctions dans le domaine des comics

Compléments

Le Spirit
Sheena, Reine de la Jungle

William Erwin Eisner, dit Will Eisner, est un auteur de bande dessinée américain né le 6 mars 1917 dans le borough new-yorkais de Brooklyn et mort le 3 janvier 2005 à Lauderdale Lakes (Floride) à 87 ans, des suites d'un quadruple pontage coronarien. Créateur du Spirit ainsi que du concept de « roman graphique » et de ses premières applications aux États-Unis, théoricien et directeur éditorial, c'est une figure majeure de la bande dessinée du XXe siècle et l'un de ses plus grands auteurs.

Auteur et éditeur dès le milieu des années 1930, Will Eisner connaît un premier grand succès avec Le Spirit, bande dessinée de détective qu'il crée en 1940 et anime jusqu'en 1952. Il tente ensuite sans succès de se consacrer à d'autres séries avant de se rabattre sur des activités annexes plus lucratives (direction éditoriale, guides humoristiques, cours, etc.). Redécouvert à la fin des années 1960 par la critique, il reçoit de nombreuses distinctions dans les années 1970, dont le grand prix de la ville d'Angoulême en 1975, ce qui le pousse à reprendre la bande dessinée.

En 1978, Un pacte avec Dieu (en) marque la naissance américaine du « graphic novel » (roman graphique) selon l'expression qu'Eisner forge lui-même. Il déploie cette veine dans ses ouvrages suivants, parmi lesquels L'Appel de l'espace (1978-1980), Big City (1985-1992) ou Fagin le Juif (2003). Sa dernière œuvre, Le Complot, consacrée au Protocole des Sages de Sion, est publiée peu de temps après sa mort, en 2005. Il s'intéresse dans ses ouvrages à la vie urbaine, à la judéité et plus généralement aux relations entre les hommes. Il profite de cette deuxième carrière pour publier deux importants ouvrages consacrés aux techniques et à la théorie de la bande dessinée, La Bande dessinée, art séquentiel (1985) et Le Récit graphique. Narration et bande dessinée (1995).

Biographie[modifier | modifier le code]

Des débuts très précoces (1917-1939)[modifier | modifier le code]

Intéressé par le dessin dès son plus jeune âge, il publie son premier dessin en 1933 dans The Clintonian, le journal de son collège, le DeWitt Clinton High School (en)[1]. Rapidement, on retrouve sa signature dans plusieurs revues locales. En 1936, il parvient à vendre au comic book Wow de John Henle les séries Harry Karry et Flame.

La même année, suite à l'arrêt précoce de Wow, Eisner fonde avec Jerry Iger le studio Eisner & Iger afin de fournir des planches à des éditeurs selon leur demande[1]. Les deux associés développent très rapidement leur studio, qui emploie notamment Bob Kane, Jack Kirby ou Lou Fine. Le duo crée de nombreuses séries, dont Sheena, reine de la jungle. Il met également en place son propre syndicate, Universal Phoenix Features. En 1939, Victor Gox, propriétaire de la Fox Features Syndicate, demande au studio Eisner et Iger de créer un superhéros semblable à Superman. Eisner par la suite a raconté comment il avait rechigné à participer à ce projet, arguant qu'il s'agissait d'un plagiat. Iger l'avait convaincu d'accepter et en mai 1939 était publié Wonder Comics dans lequel apparaissait le super-héros Wonder Man. DC avait porté plainte et, toujours selon Eisner, Fox lui avait demandé de mentir au juge et d'affirmer que Wonder Man était une création personnelle. Eisner, finalement, aurait dit la vérité et expliqué que la demande venait de Victor Fox[2]. Cependant, cette version s'est révélée récemment mensongère. Selon les actes du procès Eisner aurait menti et fait ce que Fox et Iger lui avait demandé[3]. Condamné, Fox refuse alors de payer Iger et Eisner. En 1939 Eisner met fin à sa collaboration avec Jerry Iger et en entre comme auteur et directeur éditorial chez Quality Comics.

Le Spirit (1940-1952)[modifier | modifier le code]

Will Eisner se met à produire des bandes dessinées pour la presse[1]. The Spirit est lancé dans les pages du dimanche en juin 1940, avant de devenir une bande quotidienne l'année suivante, puis d'avoir droit à son propre comic book en 1942. Cette année-là, Eisner, mobilisé, doit cependant abandonner le personnage, confié à Lou Fine.

Il dessine des posters pour le moral des troupes ainsi que des bandes dessinées destinées à lutter contre les négligences des soldats.

Après guerre, avec l'aide d'assistants tels que Jules Feiffer puis Wallace (Wally) Wood, Eisner reprend les aventures du Spirit, utilisant son personnage pour explorer des genres très diversifiés, de la science-fiction à l'exploration de la vie quotidienne américaine. Il lance plusieurs séries en dehors du Spirit, mais aucune n'a véritablement de succès. Il finit par abandonner la série Spirit en 1952. Dans les années 1960-70, Eisner publie peu de bandes dessinées et se consacre surtout à l'illustration éducative ou publicitaire, ainsi qu'à la pédagogie en tant que professeur à l'école des Arts visuels de New York. Ironiquement, c'est à ce moment-là que les critiques ou les historiens de la bande dessinée se mettent à découvrir Spirit. La demande en nouvelles aventures de Spirit se fait de plus en plus insistante jusqu'à ce qu'Eisner cède et propose au public quelques nouvelles aventures de son héros.

Le retrait de la bande dessinée (1953-1976)[modifier | modifier le code]

Une seconde carrière très fructueuse (1977-2005)[modifier | modifier le code]

Mais il n'a plus le feu sacré, ce qui l'intéresse à présent est de raconter le Bronx de son enfance, l'ambiance de Dropsie Avenue, une avenue inventée pour la circonstance. Il le fait avec A contract with God (publiée en France sous différents titres), publiée en 1978. Cette bande dessinée marque une date historique dans le genre, car c'est véritablement le premier roman graphique (Graphic novel) qui, pour les américains, provoque une véritable prise de conscience des potentialités du support. Il ne s'agit plus ici de super-héros ou de contre-culture (comme en proposait l'underground des années 1960), mais d'une forme littéraire enfin arrivée à maturité.

D'autres histoires semi-autobiographiques suivent (Le rêveur, Au cœur de la tempête), ainsi que de pures fictions racontant la vie de tous les jours à New York, et une étrange histoire de politique fiction, L’Appel de l’espace. Viennent ensuite des adaptations ou des relectures d'auteurs littéraires : Kafka, Cervantes, Melville, Dickens. Avec la régularité d'un métronome, Eisner ne cesse plus de produire sans se reposer sur ses lauriers de légende vivante de la bande dessinée. Petits miracles sur le même principe que Big City comprend quelques courts récits optimistes sur la nature humaine.

En 2001, La Valse des alliances est publiée, l'histoire par l'exemple de l'ascension sociale par le mariage, dans les familles juives de New-York.

Le dessin d'Eisner est dynamique et bavard, volontiers caricatural, théâtral, chorégraphique, plus que chez aucun autre. On peut parler de mise en scène et non de « plans » et autres « cadrages ».

Il est intéressant de savoir que Will Eisner a beaucoup réfléchi à son métier. Il a publié deux ouvrages théoriques expliquant sa vision de l'art de la bande dessinée qui constituent en fait une véritable analyse de son propre art. Il a aussi eu l'occasion d'expliquer son travail au travers de nombreuses conférences.

Fagin le juif (Fagin the Jew) est une relecture du personnage de Fagin, dans Oliver Twist. Instructif et poignant lorsqu'Eisner confronte la réalité d'un juif askhénase londonien du XIXe siècle avec le conte de fées d'un petit blond « qui n'a pas une tête de voleur ».

En 2005 parait Le Complot sous-titré L'histoire secrète des Protocoles des Sages de Sion - histoire véridique d'un livre créé, par réécriture d'un pamphlet antibonapartiste, par la police du Tsar au début du siècle dernier en Russie, et présenté comme un document secret détaillant les instructions d'un complot juif mondial. Eisner montre comment les protocoles n'ont cessé de ressurgir à travers le XXe siècle avec chaque poussée d'antisémitisme, présentés comme authentiques alors qu'il a été démontré très tôt qu'il s'agissait d'un faux.

Prix et récompenses[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Prix Eisner.

Depuis 1988, le plus prestigieux des prix américains de bande dessinée porte le nom de « Prix Eisner ». Will Eisner a lui-même remporté trois prix Eisner en 1992, 1997 et 2002.

Œuvres publiées en anglais[modifier | modifier le code]

Comic books et revues[modifier | modifier le code]

Albums[modifier | modifier le code]

Théorie[modifier | modifier le code]

  • Comics and Sequential Art, Poorhouse Press, 1990. Édition augmentée publiée en 1994.
  • Graphic Storytelling and Visual Narrative, W. W. Norton, 1996. (ISBN 0-393-33127-X)

Autres[modifier | modifier le code]

  • Will Eisner Sketchbook, Kitchen Sink Press, 1995. (ISBN 0-87816-399-9) Carnet de dessins.
  • Will Eisner's Shop Talk, Dark Horse Comics, 2001, 335 p. (ISBN 1-56971-536-X) Recueil d'interview d'auteurs américains célèbres par Will Eisner.

Œuvres publiées en français[modifier | modifier le code]

Albums[modifier | modifier le code]

  1. New York (New York: The Big City), Albin Michel, coll. « Spécial USA », 1985. (ISBN 2-226-02294-5)
  2. Le Bronx, 55 Dropsie Avenue (A Life's Force, trad. Janine Bharuch, Comics USA, 1987. (ISBN 2-87695-029-4)
  3. Soleil d'automne à Sunshine City (trad. Janine Bharucha), Comics USA, 1988. (ISBN 2-87695-046-4) Reprend les histoires A Sunset in Sunshine City, Winning et The Dreamer.
  4. Métropole (City People Notebook, trad. Janine Bharucha), Comics USA, 1989. (ISBN 2-87695-075-8)
  5. Peuple invisible (Invisible People, trad. Janine Bharucha), Comics USA, 1992. (ISBN 2-87695-196-7)
    • Big City, Glénat, 1999. Édition intégrale.

Divers[modifier | modifier le code]

  1. Comment éviter la mort et les impôts, 1976. (ISBN 2-205-00916-8)
  2. La Cuisine occulte, 1976. (ISBN 2-205-00914-1)
  3. Comment dialoguer avec les plantes, 1976. (ISBN 2-205-00911-7)
  4. L'Astrologie sournoise, 1976. (ISBN 2-205-00912-5)
  • La Bande dessinée, art séquentiel (Comics and Sequential Art, trad. Éric Gratien), Vertige Graphic, 1997. Théorie.
  • Le Récit graphique. Narration et bande dessinée (Graphic Storytelling and Visual Narrative, trad. Éric Gratien), Vertige Graphic, 1998. Théorie.
  • Les Clés de la bande dessinée (trad. Arthur Clare et Anne Capuron), Delcourt, coll. « Contrebande », 3 vol., 2009-2011. Réédition des deux ouvrages théoriques d'Eisner en trois volumes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Pour ce paragraphe, sauf précisions : Gaumer (2010), p. 294.
  2. (en) Arie Kaplan, From Krakow to Krypton : Jews and Comic Books, Philadelphie, The Jewish Publication Society,‎ 2008, 225 p. (ISBN 978-0-8276-0843-6, lire en ligne)
  3. (en) Ken Quattro, « DC vs Fox : The Testimony of Will Esneir »,‎ 1er juillet 2010 (consulté le 18 décembre 2013)

Annexes[modifier | modifier le code]

Documentation[modifier | modifier le code]

  • (en) Bob Endelman, Will Eisner. A Spirited Life, Dark Horse, 2005.
  • Renaud Chavanne, « La Bande dessinée selon Will Eisner », dans Critix n°5, Bananas BD, hiver 1997-1998, p. 49-60.
  • Will Eisner et Frank Miller, Eisner/Miller, Dark Horse, 2005.
  • Patrick Gaumer, « Eisner, Will », dans Larousse de la BD, Paris : Larousse, 2010, p. 294-295.
  • (en) Catherine Yronwode, The Art of Will Eisner, Kitchen Sink Press, 1982.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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