La Belle au bois dormant

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur les redirections « Sleeping beauty » redirige ici. Pour les autres significations, voir Sleeping beauty (homonymie).
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir La Belle au bois dormant (homonymie).
La Belle au bois dormant
Image illustrative de l'article La Belle au bois dormant
Couverture d'un livre pour enfant des années 1930

Auteur Charles Perrault
Genre Conte en prose
Pays d'origine Drapeau de la France France
Lieu de parution Paris
Éditeur Claude Barbin
Date de parution 1697
Chronologie
Précédent Peau d'Âne Le Petit Chaperon rouge Suivant

La Belle au bois dormant[1] est un conte populaire. Parmi les versions les plus célèbres figurent celle de Charles Perrault, publiée en 1697 dans Les Contes de ma mère l'Oye, et celle des frères Grimm (Dornröschen) publiée en 1812.

Analyse[modifier | modifier le code]

Note : L'analyse présentée ici est fondée sur les versions de Perrault et des frères Grimm qui diffèrent par plusieurs points.

Résumé[modifier | modifier le code]

À l'occasion du baptême de la princesse, le roi et la reine organisent une fête somptueuse, invitant famille, amis et sept fées marraines bienveillantes de l'enfant. Chacune d'elles offre un don à la princesse : beauté, grâce, etc. Brusquement une vieille fée, qui n'a pas été invitée, se présente et lance à la princesse un charme mortel : la princesse se piquera le doigt sur un fuseau et en mourra. Heureusement, une des jeunes fées marraines qui s'était cachée pour parler en dernier atténue la malédiction : « au lieu d'en mourir, elle tombera seulement dans un profond sommeil qui durera cent ans, au bout desquels le fils d'un roi viendra la réveiller ».

Pour protéger sa fille, le roi fait immédiatement interdire de filer au fuseau ou d'avoir un fuseau sous peine de mort. Pourtant, vers ses quinze ans, dans une partie reculée du château, la princesse découvre une vieille fileuse qui ne connait pas l'interdiction. La princesse se pique au fuseau et s'endort, en même temps que tous les habitants du château. Au cours des ans, celui-ci est recouvert de végétation. Il n'est redécouvert qu'après cent ans, lorsqu'un fils de roi y pénètre et réveille la princesse.

Les marraines[modifier | modifier le code]

« Cette bonne femme n'avait point ouï parler des défenses que le roi avait faites de filer le fuseau ». Illustration de Gustave Doré.
« … il entre dans la salle des Gardes, qui étaient rangés en haie, la carabine sur l'épaule, et ronflant de leur mieux ». Illustration de Gustave Doré.

Sept fées de Perrault : l'auteur ne leur donne pas de nom distinctif. Les six premières font un don à la princesse, la septième infléchit le sortilège lancé par la vieille fée, incarnation de la fée Carabosse :

« Il vit sur un lit, dont les rideaux étaient ouverts de tous côtés, le plus beau spectacle qu'il eût jamais vu ».
Illustration de 1867 de Gustave Doré

« On donna pour Marraines à la petite Princesse toutes les Fées qu'on pût trouver dans le Pays (il s'en trouva sept), afin que chacune d'elles lui faisant un don, comme c'était la coutume des Fées en ce temps-là, la Princesse eût par ce moyen toutes les perfections imaginables.
Cependant les Fées commencèrent à faire leurs dons à la Princesse. La plus jeune lui donna pour don qu'elle serait la plus belle du monde, celle d'après qu'elle aurait de l'esprit comme un Ange, la troisième qu'elle aurait une grâce admirable à tout ce qu'elle ferait, la quatrième qu'elle danserait parfaitement bien, la cinquième qu'elle chanterait comme un Rossignol, et la sixième qu'elle jouerait de toutes sortes d'instruments à la perfection. »

— Charles Perrault.

Douze fées de Grimm : de sept dans la version de Perrault, les fées passent à douze dans l'adaptation du conte des frères Grimm, plus une, la treizième, incarnation de la fée Carabosse :

« (Le roi) organisa une grande fête. Il ne se contenta pas d'y inviter ses parents, ses amis et connaissances, mais aussi des fées afin qu'elles fussent favorables à l'enfant. Il y en avait treize dans son royaume. Mais, comme il ne possédait que douze assiettes d'or pour leur servir un repas, l'une d'elles ne fut pas invitée. La fête fut magnifique. Alors qu'elle touchait à sa fin, les fées offrirent à l'enfant de fabuleux cadeaux : l'une la vertu, l'autre la beauté, la troisième la richesse et ainsi de suite, tout ce qui est désirable au monde.
Comme onze des fées venaient d'agir ainsi, la treizième survint tout à coup. Elle voulait se venger de n'avoir pas été invitée. Sans saluer quiconque, elle s'écria d'une forte voix :
– La fille du roi, dans sa quinzième année, se piquera à un fuseau et tombera raide morte.
Puis elle quitta la salle. Tout le monde fut fort effrayé. La douzième des fées, celle qui n'avait pas encore formé son vœu, s'avança alors. Et comme elle ne pouvait pas annuler le mauvais sort, mais seulement le rendre moins dangereux, elle dit :
– Ce ne sera pas une mort véritable, seulement un sommeil de cent années dans lequel sera plongée la fille du roi.  »

Nom de la princesse[modifier | modifier le code]

La princesse change de nom au gré des versions. Dans Le Soleil, la Lune et Talia, elle est Talia (le Soleil et la Lune sont ses deux enfants jumeaux). Perrault ne lui donne pas de nom, elle est simplement « la princesse ». Perrault nomme cependant la fille de cette princesse « L'Aurore ». Tchaïkovski transfère ce nom de la fille à la mère et nomme ainsi la princesse « Aurore » tout comme fera Walt Disney après lui. Quant aux frères Grimm, ils l'appellent du même nom que le titre du conte, c'est-à-dire Dornröschen (Röschen étant le diminutif de « la rose » et Dorn signifiant « épine »).

En relation avec...[modifier | modifier le code]

La version de Perrault est la plus connue, elle s'inspire d'un récit plus ancien, Le Soleil, la Lune et Thalie, extrait du Pentamerone de Giambattista Basile, publié en 1634.

Perrault en transforme néanmoins sensiblement le ton. Le conte de Basile, écrit pour un public aristocrate et adulte, met l'accent sur la fidélité dans le couple et l'héritage. Perrault quant à lui écrit pour un public de la haute bourgeoisie, inculquant des valeurs de patience et de passivité chez la femme.

L'intrigue contient d'autres différences notables : le sommeil n'est pas le résultat d'un sortilège mais est annoncé par prophétie, le prince ne réveille pas Thalie par un baiser mais la viole et, lorsqu'elle donne naissance à ses deux enfants, l'un d'eux lui tête le doigt, ôtant l'écharde de lin qui l'avait plongée dans le sommeil, ce qui la réveille. Dans cette version, l'histoire continue après le mariage du prince et de la princesse : la mère du prince, qui éprouve du ressentiment envers sa belle-fille, tente de la manger elle et ses petits-enfants. C'est finalement elle qui trouve la mort

Il existe des sources plus anciennes du conte, parmi lesquelles le roman de Perceforest, dans lequel la princesse Zellandine tombe amoureuse de Troylus. Le père de la princesse met le jeune homme à l'épreuve pour déterminer s'il est digne de sa fille et, alors qu'il est parti, Zellandine tombe dans un sommeil enchanté. À son retour, Troylus la trouve endormie et, tout comme dans Le Soleil, la Lune et Talia, la met enceinte dans son sommeil. Quand leur enfant naît, il tête le doigt de sa mère et en extrait ainsi l'écharde de lin qui est à l'origine de son sommeil. Elle sait grâce à l'anneau que Troylus lui a laissé qu'il est le père de l'enfant. À la fin de ses aventures, Troylus finit par l'épouser.

L'histoire de Brunehilde, héroïne endormie de la Saga des Völsungar, marque une origine encore plus ancienne.

Analyse[modifier | modifier le code]

Bruno Bettelheim, dans sa Psychanalyse des contes de fées, voit dans ce récit un processus initiatique, une manière de préparer les petites filles aux changements qui les attendent[2]. Malgré toute l'attention des parents et les dons prodigués par ses marraines, la petite fille est frappée dès le berceau, c'est-à-dire dès sa naissance, par la malédiction qui s'accomplira à son adolescence. Cette malédiction, marquée par le sang qui coule (une allusion à la menstruation) a une origine ancestrale. S'ensuit un repli sur soi (un sommeil de cent ans) et une forêt de ronces qui ne se lèvera qu'à l'arrivée du prince charmant, le seul à trouver la voie, à lever les obstacles et sortir la princesse de son sommeil grâce au baiser de l'amour. Le prince n'est en fait qu'une figure accessoire, la trame du conte mettant en scène les diverses phases de la vie d'une femme : l'enfance, l'adolescence et la jeunesse représentée par la princesse, la mère représentant l'âge adulte, la fécondité et la grossesse, et la vieillesse incarnée par la Fée Carabosse.

Autres œuvres[modifier | modifier le code]

Le chateau de la Belle au bois dormant de Disneyland Paris
Légende similaire
Cinéma
Théâtre
  • Une version théâtrale et moderne de ce conte devenu La Belle au bois dormant et les trois fées est jouée à Paris à l’Atelier Théâtre de Montmartre. Cette adaptation est signée Oriane Villatte et Franck Duarte, fondateurs de la compagnie théâtrale La Compagnie Glou.
Ballet
Musique
Arts plastiques
Illustration, dessin
  • Dans le manga de Kaori Yuki Ludwig Revolution, le personnage de la Belle apparaît sous le nom de "Iedike" (diminutif de Friederike).
Attractions
  • Dans le parc d'attractions Disneyland Paris, le chateau de la Belle au bois Dormant est inspiré du dessin animé de Disney.
  • Dans le parc d'attractions Efteling, La Belle et ses habitants vivent dans leur château dans le Bois des contes.
Séries Télévisées

Littéraire

  • A kiss in time, d'Alex Flinn. Dans cette version, Talia, la Belle au Bois Dormant, est réveillée par un jeune homme du XXIe siècle. Ce livre n'a jamais été publié en France.
  • Princesses Mais Pas Trop, série littéraire fantastique de Jim C. Hines reprenant le monde des contes de fées de façon plus adulte. Dans cette série, Talia, la Belle au Bois Dormant, Blanche-Neige et Cendrillon sont des agents secrets au service de leur reine.
  • Beauté, de Sarah Pinborough. Troisième tome d'une série littéraire reprenant les contes dans un style beaucoup plus adulte.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Lilas Voglimacci, Lectures de « La Belle au bois dormant » : approche d’un mythe littéraire, thèse de doctorat, Université Denis Diderot, 1995.

Articles[modifier | modifier le code]

Hermeline Pernoud, « La Belle Époque au Bois dormant », dans les actes du colloque « La Belle époque des femmes ? », Paris, L'Harmattan, 2013.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. C'est-à-dire « La Belle dormant au bois », le déplacement de l'adjectif étant une hypallage (Charles Perrault, Contes, (introduction, notices et notes de Catherine Magnien), éditions Le Livre de Poche Classique).
  2. Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, traduction de Théo Carlier, Robert Laffont 1976, rééedition Pocket, 1999.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :


Textes complets sur Wikisource[modifier | modifier le code]

Charles Perrault

Frères Grimm

Charles Deulin

Liens externes[modifier | modifier le code]