Jörg Haider

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Jörg Haider
Jörg Haider en septembre 2007.
Jörg Haider en septembre 2007.
Fonctions
Gouverneur de Carinthie
21 avril 198921 juin 1991
Prédécesseur Peter Ambrozy
Successeur Christof Zernatto
8 avril 199911 octobre 2008
Prédécesseur Christof Zernatto
Successeur Gerhard Dörfler
Député au Conseil national
19791983
19861989
Biographie
Date de naissance 26 janvier 1950
Lieu de naissance Bad Goisern (Haute-Autriche)
Date de décès 11 octobre 2008 (à 58 ans)
Lieu de décès Klagenfurt (Carinthie)
Nationalité Drapeau de l'Autriche Autriche
Parti politique FPÖ, BZÖ

Jörg Haider, né le 26 janvier 1950 à Bad Goisern (Haute-Autriche) et mort le 11 octobre 2008 à Klagenfurt (Carinthie), est un homme politique autrichien, membre dirigeant du Parti autrichien de la liberté (FPÖ) de 1977 à 2005 et président-fondateur de l'Alliance pour l'avenir de l'Autriche (BZÖ) de 2005 à 2008. Ces deux partis sont populistes et nationalistes, situés à l'extrême droite de l'échiquier politique autrichien. Haider a été Landeshauptmann (gouverneur) du land de Carinthie de 1989 à 1991, puis de 1999 jusqu'à sa mort.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Fils d'un cordonnier, il fait des études de droit et entre en 1977 au Parti autrichien de la liberté (FPÖ), parti populiste et nationaliste qui fut membre de la coalition gouvernementale menée par le Parti social-démocrate d'Autriche (SPÖ) du chancelier Fred Sinowatz de 1983 à 1986. Haider devient le président du FPÖ en 1986 et le demeure jusqu'en 2000, année où il est remplacé à ce poste par Susanne Riess-Passer, Herbert Haupt (en) et enfin Ursula Haubner (en) (sa sœur).

Lorsqu'il prend la tête du FPÖ, celui-ci ne recueille que 250 000 voix lors des élections et n'est qu'un petit parti contestataire.

En 1989, Jorg Haïder se fait élire gouverneur de Carinthie mais doit renoncer à ce poste deux ans plus tard suite au scandale provoqué par son éloge de la politique de l'emploi du Troisième Reich[1].

En 1995, il qualifie la Waffen-SS de « partie de l'armée allemande à laquelle il faut rendre honneur ». Il fera par la suite plusieurs autres déclarations de même nature.

En 1999, il est de nouveau élu gouverneur de Carinthie, avec le soutien des conservateurs de l'ÖVP, puis réélu en 2004, avec le soutien des sociaux-démocrates du SPÖ.

Entre-temps, en 1999, son parti recueille 26,9 % des voix ce qui l'amène à négocier l'entrée du FPÖ au gouvernement formé par Wolfgang Schüssel, en 2000.

En avril 2005, il fait sécession du FPÖ et fonde l'Alliance pour l'avenir de l'Autriche (BZÖ) pour poursuivre la politique d'alliance avec le parti conservateur, ÖVP. Les six ministres ainsi que plusieurs députés du FPÖ rejoignent alors le nouveau parti. Mais lors des élections du 1er octobre 2006, le BZÖ obtient seulement 8 sièges avec 4,2 % des suffrages exprimés sur l'ensemble de l'Autriche, contre 11,2 % au FPÖ (21 sièges), avec qui les relations restent très tendues. Après la chute de la grande coalition SPÖ-ÖVP, les deux partis doublent leurs scores respectifs lors des élections législatives du 28 septembre 2008, la BZÖ obtenant 21 élus (contre 35 au FPÖ).

Mort[modifier | modifier le code]

Jörg Haider en 2008.

Haider meurt le 11 octobre 2008, dans un accident de voiture, au retour de la boîte de nuit « Le Cabaret » à Velden[2], à Lambichl, près de Klagenfurt, capitale de la Carinthie dont il était gouverneur depuis 1999. Selon le parquet, il roulait à 142 km/h à bord de sa voiture de fonction, une Volkswagen Phaeton, dans une zone limitée à 70 km/h lorsque l'accident s'est produit[3], avec une alcoolémie de 1,8 gramme, largement supérieure à la limite de 0,5 gramme autorisée en Autriche[4]. Grièvement blessé à la tête et au thorax, il est mort peu après des suites de ses blessures[5].

Son décès provoque une émotion considérable en Autriche alors que Jörg Haider venait de se positionner comme un partenaire possible de la future coalition gouvernementale et se rapprocher du chef du FPÖ. Le président de la République, Heinz Fischer, parle de « tragédie humaine » et d'« un homme politique de grand talent », qui a su « susciter l'enthousiasme mais aussi de fermes critiques » alors que le chef des sociaux-démocrates et premier ministre potentiel, Werner Faymann, déplore la disparition d'un « homme politique d'exception » dont la disparition le touchait « profondément ». À droite, le vice-chancelier conservateur sortant, Wilhelm Molterer, se dit « profondément choqué » par la mort de Haider, soulignant son « profond respect » pour son courage politique tandis que Heinz-Christian Strache, à qui Jörg Haider avait été contraint en 2005 de céder la présidence du FPÖ, déplore la « perte d'un homme politique de premier plan[6],[7] ».

Les funérailles de Jörg Haider, retransmises en direct à la télévision publique, ont lieu le 18 octobre 2008 en présence de plus de 25 000 personnes, dont une grande partie de la classe politique du pays, comme le président de la république, Heinz Fischer, le chancelier social-démocrate Alfred Gusenbauer, le chef du parti social-démocrate Werner Faymann, ses homologues des autres partis et des présidents de régions. La cérémonie funèbre s'est conclue par l'hymne national et par un requiem[8].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Jörg Haider était marié et a eu deux filles. Après sa mort, la presse internationale (Le Monde, The Times, The Independant, The Daily Telegraph, Die Welt ...) mentionne sa bisexualité[9]. Lors d'une conférence de presse peu après sa mort, Stefan Petzner, largement considéré comme étant le « fils spirituel » ou « adoptif » de Jörg Haider[9], a publiquement révélé que lui et Haider étaient amants[10]. Il a notamment déclaré  : « C'était de l'amour. Notre relation allait plus loin qu'une simple amitié. Moi et Jörg étions liés par quelque chose de spécial. » Il a également confié qu'Haider était « l'homme de [s]a vie [Lebensmensch][9],[11]. »

La nuit avant sa mort, dans un accident de la route, Haider fut vu dans un célèbre bar gay de Klagenfurt[10], des photos de lui ayant été publiées dans la presse[12].

Les cadres de son parti, clairement embarrassés par ces révélations posthumes, ont cherché à étouffer les déclarations de Petzner sur sa liaison avec Haider[13] : son parti l'a d'ailleurs suspendu de toutes ses fonctions après sa confession[12]. D'après Petzner, la femme de Haider était au courant de sa bisexualité[13]. La bisexualité de Haider est un tabou public durant son existence[14], bien que connue de toutes les hautes sphères de Vienne[12] ; Haider lui-même n'a jamais cherché à discuter ouvertement de sa bisexualité, de peur de perdre en popularité dans son électorat très conservateur[13].

Des associations LGBT s'étaient demandé durant des années si elles devaient ou non « outer » Haider, afin de l'affaiblir politiquement (son électorat étant très conservateur) ; les raisons contre étant que cela pourrait encourager davantage l'homophobie dans un pays déjà conservateur[10].

Mme Haider a toujours nié le fait que son mari ait été homosexuel[15]. La veuve de Haider parvient en 2009 à obtenir d'un tribunal provincial la condamnation à 100 000 euros d'amende toute personne affirmant que Haider était homosexuel[16].

Controverse[modifier | modifier le code]

En juillet 2010, la presse française et internationale reprend sans vérification les spéculations du magazine autrichien profil affirmant que Jörg Haider aurait accumulé 45 millions d'euros au Liechtenstein sur les comptes d'une douzaine de sociétés[17]. Le 17 août, Franz Limpl, un conseiller autrichien et ex-haut fonctionnaire du gouvernement de Saddam Hussein en Irak, confirme que Haider aurait reçu de Hussein un total de 2,5 millions de dollars pour une campagne de relations publiques[18].

Le procureur du Liechtenstein, pour sa part, démentira toute existence de comptes ou de sociétés « contrôlés par le Dr Joerg Haider et son environnement immédiat » dans son pays[19].

L'ancien chef de la banque bavaroise BayernLB, Werner Schmidt, a reconnu en octobre 2014, lors de son procès, avoir corrompu Jörg Haider. Pour convaincre Jörg Haider, alors gouverneur de Carinthie, de faciliter l'achat par BayernLB de de la banque autrichienne Hypo Alpe Adria, une filiale de Bayern LG sponsorisa à hauteur de 2,5 millions d'euros des équipes de football de la région[20].

Idéologie[modifier | modifier le code]

Jörg Haider s'est fait connaître de l'Europe entière pour sa politique de défense nationale et contre les écoles slovènes et les panneaux routiers bilingues (la Carinthie dont il a été gouverneur abrite une importante minorité slovène). Il est également l'auteur de propos cherchant à minimiser les responsabilités de l'Autriche dans la traque des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale[6] et de campagnes islamophobes et anti-immigrés[6]. Suite à une de ses déclarations au Parlement de Carinthie : « Dans le Troisième Reich, ils ont fait une politique de l'emploi convenable, ce que n'arrive même pas à sortir votre gouvernement à Vienne[21] ». Suite à ces propos, Haider perd le poste de gouverneur du Land de Carinthie.

Il a attaqué le prix Nobel de littérature, Elfriede Jelinek, qualifiant son œuvre de « dégénérée[6] ». Il se liera aussi avec des responsables des régimes irakiens, sous Saddam Hussein, et libyens[6].

Mais aux yeux de nombreux Autrichiens, il apparaissait comme le défenseur du peuple contre les élites viennoises ou bruxelloises[6].

Mandats[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Jörg Haider, le bronzé de l'extrême-droite autrichienne », Libération, 11 octobre 2008.
  2. [1], 17 octobre 2008.
  3. « Jörg Haider roulait à 142 km/h lors de son accident », Libération, 12 octobre 2008.
  4. « Autriche: Jörg Haider était ivre », Le Figaro, 15 octobre 2008.
  5. « Jörg Haider, leader de l'extrême droite autrichienne meurt dans un accident de voiture », Le Monde, 11 octobre 2008.
  6. a, b, c, d, e et f « L'Autriche sous le choc de la mort de Jörg Haider », L'Express, 11 octobre 2008.
  7. « L'Autriche salue un homme d'exception », Le Figaro, 11 octobre 2008.
  8. « Des milliers d'Autrichiens ont pris part aux obsèques de Jörg Haider », Le Monde, 18 octobre 2008.
  9. a, b et c La fin du tabou sur la bisexualité de Jörg Haider, Le Monde, 23 octobre 2008
  10. a, b et c (en) Kate Connolly, « A right state of affairs », The Guardian, 24 octobre 2008
  11. L'expression « Lebensmensch » a fait depuis son entrée au dictionnaire Duden, en 2009
  12. a, b et c Marc Epstein, « La liaison gay de Jörg Haider », L'Express, 24 octobre 2008 (lire en ligne)
  13. a, b et c (en) Tony Paterson, Haider's deputy reveals gay affair, The Independant
  14. « Haider, "coming out" posthume », Le JDD, 23 octobre 2008 (lire en ligne)
  15. http://www.bunte.de/panorama/bunte-exklusiv-mein-mann-war-nicht-homosexuell-48217.html
  16. (en) Thomas Hochwarter, Newspapers sentenced for 'gay Haider' reports, Austrian Times, 19 décembre 2009
  17. (fr) Jorg Haider cachait 45 millions d'euros au Liechtenstein, Le Nouvel Observateur, 31 juillet 2010
  18. Insider packt aus: «Haider hat Geld von Saddam erhalten», Schweizer Fernsehen - Tagesschau, 17 août 2010
  19. Rätsel um Haider-Konten geht weiter Staatsanwaltschaft in Liechtenstein dementiert, orf.at, 2 août 2010
  20. http://www.tt.com/wirtschaft/wirtschaftspolitik/9168518-91/ex-chef-der-bayernlb-gesteht-bestechung-von-j%C3%B6rg-haider.csp
  21. „Im Dritten Reich haben sie ordentliche Beschäftigungspolitik gemacht, was nicht einmal Ihre Regierung in Wien zusammenbringt.“, cité par la GdG Jugend, mouvement de jeunesse de la Gewerkschaft der Gemeindebediensteten, le quatrième groupe le plus important de l'ÖGB.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages de Jörg Haider[modifier | modifier le code]

  • Friede durch Sicherheit Freiheitliches Bildungswerk, Wien, 1992
  • Europa der Regionen Stocker, Graz: (ISBN 3702006761), 1993 (Umberto Bossi, Joze Pucnik, Jörg Haider)
  • Die Freiheit, die ich meine Ullstein Verlag GmbH, Frankfurt/Main - Berlin, 1993
  • The Freedom I Mean Swan Books, New York 12567, Juli 1995
  • Befreite Zukunft jenseits von links und rechts Ibera Verlag/European University Press GmbH, Wien, 1997
  • Zu Gast bei Saddam - Im Reich des Bösen Ibera Verlag/European University Press GmbH, Wien, 2003
  • Bewegung Ibera Verlag: (ISBN 3850521745), 2004

Ouvrages consacrés à Jörg Haider[modifier | modifier le code]

  • Lionel BALAND : Jörg Haider, le phénix. Histoire de la famille politique libérale et nationale en Autriche. Éditions des Cimes, Paris, 2012. (ISBN 979-10-91058-02-5)
  • Brigitte Bailer-Galanda et Wolfgang Neugebauer, Haider und die Freiheitlichen in Österreich, Berlin 197
  • Brigitte Bailer-Galanda et Wolfgang Neugebauer, Handbuch des österreichischen Rechtsextremismus, Wien 1996 * Michael Jungwirth : Von Haider bis Le Pen - Europas Rechtspopulisten Styria, 2002
  • Gerhard Wisnewski : Jörg Haider, Umfall, Mord oder Attentat?, Kopp, Rottenburg (ISBN 3938516909)
  • Guido Grandt, Logenmord Jörg Haiders?, Kopp Verlag.

Article en français consacré à Jörg Haider[modifier | modifier le code]

  • Jérôme Segal, La mort de Jörg Haider - pourquoi un culte national ?, Regards, publication du Centre communautaire laïc juif (en Belgique), nº 675, 4 novembre 2008, p. 18-19 (PDF)