Austrofascisme

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Drapeau du Front patriotique.

L'Austrofascisme est un terme utilisé pour décrire le régime politique instauré en Autriche entre 1933 et 1938 (Ständestaat, littéralement État fédéral d'Autriche). La figure la plus marquante de ce régime fut le chancelier Engelbert Dollfuss, qui fut assassiné par les nazis en juillet 1934. Ce régime se caractérisa par son autoritarisme, son catholicisme d'État, son opposition au marxisme et au nazisme, son désir d'autarcie économique, et ses alliances politiques avec le régime fasciste italien de Mussolini (afin de protéger l'Autriche des ambitions annexionnistes du Troisième Reich).

Le Front patriotique fut parti unique (celui du chancelier), les partis communiste, socialiste et nazi ayant été interdits.

Les austrofascistes au pouvoir[modifier | modifier le code]

Mise en place de la dictature[modifier | modifier le code]

L'État fédéral d'Autriche (Ständestaat) dans les frontières européennes de 1938.

Le 20 mai 1932, le président autrichien Wilhelm Miklas appelle Dollfuss au poste de chancelier. Cette nomination survient à un moment critique pour la jeune république autrichienne, touchée de plein fouet par la crise de 1929. Elle doit aussi faire face aux querelles politiques qui opposent marxistes et chrétiens. Dollfuss est décidé à suivre la politique de son prédécesseur Ignaz Seipel et, bien que son parti ne dispose que d’une voix de majorité au parlement, il refuse toute coalition avec les sociaux-démocrates. Décidé à redresser la situation du pays, il se lance, non sans difficulté, dans le rétablissement de l’équilibre financier, à la stabilisation du schilling et à la réorganisation du Creditanstalt, une des principales banques autrichiennes.

Le 30 janvier 1933, Hitler est nommé chancelier d'Allemagne. Cet événement marque le début du combat que vont se mener le parti nazi autrichien et Dollfuss ; l’un voulant l’Anschluss, l’autre le combattant fermement. Conscient de la puissance de son adversaire, Dollfuss essaie de trouver rapidement des alliés : à l’extérieur, Mussolini se révèle être un protecteur. Mais à l’intérieur, le chancelier tente vainement de créer un gouvernement de coalition avec les sociaux-démocrates. Ces derniers refusent tout compromis et exigent de nouvelles élections, que Dollfuss refuse à son tour.

Le 4 mars 1933, le président et les deux vice-présidents du Parlement démissionnent afin de pouvoir prendre part au vote particulièrement serré d'une loi. Engelbert Dollfuss déclare le Parlement dissous, puisque incapable de fonctionner. L’Autriche devient un État autoritaire, corporatif et catholique. Il ne gouverne désormais que par décrets ; ce pouvoir dictatorial lui permet de supprimer le droit de grève et de réunion, ainsi que les cours d'assises, et d’interdire la presse marxiste. Commence alors ce que les historiens ont par la suite appelé l'austrofascisme.

Le 30 mai 1933, le Parti communiste d'Autriche est dissous, de même que le parti nazi le 20 juin 1933. Ses nombreux membres actifs sont arrêtés et placés dans des camps de concentration. En réaction, la radio allemande le discrédite, utilisant le fait que son père soit inconnu pour l’accuser d’être un « demi-juif ». Il devient la cible à abattre pour les nazis autrichiens.

Tentative de coup d'État de 1934[modifier | modifier le code]

En juillet 1934, les nazis autrichiens tentent un coup d’État qui échoue et fait environ 270 morts. Treize personnes sont exécutées et quatre se suicident avant leur exécution. Le chancelier Dollfuss est assassiné, von Schuschnigg lui succède et reste à la chancellerie jusqu’en 1938 (date de l’Anschluss). Pendant ce coup d’État, l’Allemagne reste neutre car elle ne sent pas encore assez forte militairement pour intervenir. Mussolini, alors encore hostile et méfiant vis-à-vis du Troisième Reich, envoie des soldats à la frontière autrichienne pour protéger l’indépendance de l’Autriche si elle venait à être menacée.

1934-1938 : l'hostilité allemande et Anschluss[modifier | modifier le code]

De 1934 à 1938, Schuschnigg mène une intense mais prudente activité diplomatique afin de faire garantir l'indépendance de son pays par l'Italie, la France et la Grande-Bretagne pendant que le chef d'état-major de l'armée autrichienne, Alfred Jansa, dresse des plans pour s'opposer militairement à une éventuelle agression allemande[1].

Si l'accord du 11 juillet 1936 réaffirme le maintien de l'indépendance de l'Autriche, celle-ci est désignée comme « le second État allemand » et elle s'engage à « mener une politique extérieure conforme aux intérêts pangermaniques » et à autoriser l'activité politique du parti nazi[2]. Au cours de l'été 1937, Hitler fait part à Joseph Goebbels de sa volonté de résoudre le problème autrichien par la force, non seulement pour des raisons idéologiques, stratégiques et militaires, mais aussi pour des motifs économiques, l'Autriche disposant d'importantes réserves d'or et de devises, de main-d'œuvre et de matières premières[3] ; elle sera annexée en mars 1938 (Anschluss).

Politique économique[modifier | modifier le code]

Après l'arrivée au pouvoir du gouvernement austrofasciste, l'Autriche s'éloigne de l'économie de marché. Les échanges internationaux sont progressivement interdits en réponse au Krach de 1929. Entre 1932 et 1933, le chômage avait augmenté de 22 %. En réponse, les austrofascistes suppriment les allocations chômage. En outre, le gouvernement créé des coopérations de travailleurs afin de satisfaire les mouvements ouvriers.

Politique culturelle[modifier | modifier le code]

La politique culturelle officielle du gouvernement austrofasciste entre 1933 et 1938 était l'affirmation des styles « pré-révolutionnaires » (baroque et autres), visant à rappeler les images de la « menace de l'Est » - l'invasion de l'Europe par les Turcs ottomans - qui ont ensuite été projetées sur l'URSS. De cette façon, le gouvernement a mis en garde ses citoyens contre ce qu'il appelle le « bolchevisme culturel », considéré comme une menace majeure pour l'Autriche.

Critiques du terme[modifier | modifier le code]

Bien que le terme d'autrofascisme ait été utilisé par les partisans du régime lui-même, il est encore contesté aujourd'hui. Il est principalement utilisé par les historiens de gauche, tandis que la plupart des historiens préfèrent le terme de Ständestaat (État fédéral), soulignant ses mérites dans la lutte pour l'indépendance de l'Autriche et contre le nazisme.

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sur ce point, voir Alexander Lassner, The Foreign Policy of the Schuschnigg Government, 1934-1938 : the Quest for Security, in Günther Bischof, Anton Pehnka, Alexander Lassner (dir.), The Dollfuss/Schuschnigg Era in Austria, A reassesment, Contemporary Austrian Studies, vol. 11, New-Brunswock-London, Transaction Publishers, 2003, p. 163-187
  2. Michel Cullin, Félix Kreissler, L'Autriche contemporaine, p. 79
  3. Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, p. 101-102

Articles connexes[modifier | modifier le code]