Horst-Wessel-Lied

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Le Horst-Wessel-Lied (Chant de Horst Wessel) était, sous le nazisme, l'hymne officiel des SA puis du Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP). Il a été constamment joué et chanté sous le Troisième Reich et son interprétation était obligatoire avant chaque concert de musique classique.

Le texte du Horst-Wessel-Lied avait été écrit par le jeune SA Horst Wessel, abattu en 1930 dans un échange de coups de feu avec des communistes.

Depuis 1945, selon l'article 86a du Code pénal allemand, le Horst-Wessel-Lied fait partie des signes d'organisations anticonstitutionnelles dont l'interprétation et la diffusion est interdite. Cette interdiction, qui découle directement du Procès de Nuremberg, concerne aussi la mélodie. Ainsi, même avec d'autres paroles, ce chant est donc tout aussi illégal.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le Horst-Wessel-Lied a été publié pour la première fois en septembre 1929 sous forme d'un poème dans l’organe de presse des SA Der Angriff (L'Attaque) sous le titre Die Fahne hoch! (Le drapeau levé !).

Wessel s'est servi d'un texte écrit par le poète communiste Willi Bredel pour le Roter Frontkämpferbund (l'Union de défense du Parti communiste allemand sous la République de Weimar) et l’a adapté pour la SA.

Peu après la mort de Wessel, abattu par Alfred Höhler dit "Ali", membre du Rote Frontkämpferbund le 23 février 1930, le chant a fait l'objet d'une réimpression dans le Völkischer Beobachter avec la mention « Le salut de Horst Wessel à l'Allemagne à venir ». Le chant est alors devenu l'hymne officiel du Parti nazi et l'« évangile du mouvement » (Ingeborg Wessel).

Paroles[modifier | modifier le code]

Le texte de Wessel glorifie la SA, milice paramilitaire du NSDAP.

Version originale Traduction

Die Fahne hoch!
Die Reihen fest (dicht/sind) geschlossen!
SA marschiert
Mit ruhig (mutig) festem Schritt
|: Kam’raden, die Rotfront und Reaktion erschossen,
Marschier’n im Geist
In unser’n Reihen mit :|

Le drapeau haut
Les Rangs bien serrés.
(La) SA marche (défile)
D’un pas calme et ferme (courageux) !
Dans nos esprits les camarades fusillés par le Front rouge et la Réaction.
Marchent (Défilent) dans nos rangs avec nous !

Die Straße frei
Den braunen Bataillonen
Die Straße frei
Dem Sturmabteilungsmann!
|: Es schau’n aufs Hakenkreuz voll Hoffnung schon Millionen
Der Tag für Freiheit
Und für Brot bricht an :|

Libre la rue
Pour les bataillons bruns.
Libre la rue
Pour le membre de la Section d'Assaut !
Déjà pleins d'espoir par millions ils regardent la croix gammée .
Le jour de la liberté
Et du pain arrive.

Zum letzten Mal
Wird Sturmalarm (-appell) geblasen!
Zum Kampfe steh’n
Wir alle schon bereit!
|: Schon (Bald) flattern Hitlerfahnen über allen Straßen (über Barrikaden)
Die Knechtschaft dauert
Nur noch kurze Zeit! :|

Pour la dernière fois
L'alarme (appel)pour le combat
va être sonné
Nous sommes déjà tous prêts.
Déjà (bientôt) les drapeaux hitlériens flottent sur toutes les rues (sur toutes les barricades).
La servitude n'en a plus pour longtemps!

Die Fahne hoch!
Die Reihen fest (dicht/sind) geschlossen!
SA marschiert
Mit ruhig (mutig) festem Schritt
|: Kam’raden, die Rotfront und Reaktion erschossen,
Marschier’n im Geist
In unser’n Reihen mit :|

(À la fin, la première strophe est reprise)

Mélodie[modifier | modifier le code]

La mélodie[1] reprend celle d'une chanson populaire (der Abenteurer) dont l'air lui-même est tiré de l’opéra Joseph d'Étienne Nicolas Méhul[2] qui est aussi le compositeur du célèbre Chant du Départ.

Contexte[modifier | modifier le code]

Sans une connaissance relativement précise de la situation politique en Allemagne vers 1930, à laquelle se réfère Horst Wessel, le texte de la chanson est difficilement compréhensible.

Cela tient non seulement aux passages qui se réfèrent dans le choix des mots ou dans l’intention au contexte de la fin de la République de Weimar, mais aussi à certaines incohérences techniques et linguistiques qui méritent d’être relevées.

Le terme de « Front rouge » (Rotfront), clairement péjoratif dans la bouche des nazis, fait référence au Rote Frontkämpferbund, milice antifasciste générée par le Parti Communiste d'Allemagne, le KPD.

Pour le lecteur actuel, qui assimile le nazisme (national-socialisme) avec l’extrême droite, il peut paraître étrange que Wessel fasse référence à la « Réaction », à la droite du parti nazi. Cela paraissait néanmoins avant 1934 naturel à bien des membres du NSDAP et particulièrement aux SA qui se considéraient comme appartenant autant à un mouvement social-révolutionnaire, opposé aux forces conservatrices et monarchistes de la bourgeoisie, qu'au Parti national du peuple allemand (Deutschnationale Volkspartei).

De fait les Nazis ont pris le pouvoir en 1933 dans une coalition avec ces forces « réactionnaires ». La fraction social-révolutionnaire du parti nazi ainsi que les SA ont été écartés en 1934 lors de la Nuit des longs couteaux, ce qui n’a pas empêché le NSDAP de faire de ce chant leur hymne et d'en rendre l'exécution obligatoire lors de toute manifestation officielle.

Parodies[modifier | modifier le code]

La parodie la plus connue est celle de la Kälbermarsch (en français : « La marche des veaux ») dans Schweyk dans la Deuxième Guerre mondiale (1943) de Bertolt Brecht (musique de Hanns Eisler) :

Version originale Traduction

Hinter der Trommel, trotten die Kälber
(Das) Fell für die Trommel, liefern sie selber.
Der Metzger ruft. Die Augen fest geschlossen
Das Kalb marschiert mit ruhig festem Tritt.
(Die)Kälber, deren Blut im Schlachthof schon geflossen
Ziehen im Geist, in seinen Reihen mit.

Derrière le tambour, trottent les veaux
La peau pour le tambour, ils la livrent eux-mêmes.
Le boucher appelle. Les yeux complètement fermés,
Le veau défile d'un pas calme et ferme.
Les veaux, dont le sang déborde déjà dans l'abattoir,
Suivent par l'esprit dans leurs rangs.

Il existe une autre parodie :

Version originale Traduction

Die Preise hoch, die Schnauze fest geschlossen
Hunger marschiert in ruhig festem Schritt
Hitler und Goebbels un'sre beiden Volksgenossen,
Hungern im Geist mit uns Proleten mit.

Les prix hauts, les gueules bien renfermées,
La faim marche d’un pas ferme et silencieux,
Hitler et Goebbels nos deux camarades,
Affament nos esprits de prolétaires.

Im Arbeitsamt wird SOS geblasen
Zum Stempeln stehn wir alle Mann bereit.
Statt Brot und Arbeit gibt der Führer uns nur Phrasen
Und wer was sagt lebt nur noch kurze Zeit.

Au bureau du travail, on sonne le SOS,
Nous sommes tous prêts pour le pointage,
Au lieu de pain et de travail, le Führer ne nous donne que des phrases,
Et celui qui parle ne survit pas longtemps.

Die Strasse stinkt nach braunen Bataillonen,
Ein Pöstchen winkt dem Strurmabteilungsmann.
Vielleicht verdient er, Morgen, als Bonze Millionen,
Doch das geht uns 'nen braunen Scheissdreck an !

La rue empeste des bataillons bruns,
Un gamin fait signe à l’officier de corps,
Peut-être gagnera-t-il comme chef de parti des millions demain,
Pourtant ça nous fait pas plus chier brun qu’autre chose.

Pierre Dac, sur l'antenne de Radio Londres, composa et chanta une chanson parodique contre les collaborateurs pronazis français sur l'air de Horst Wessel Lied :

Waffen SS, enfants de la milice,
C’est nous les durs, les mecs au cœur de fer,
Et nous n’avons pour utiliser nos services,
Qu’un seul patron, un seul Adolf Hitler.

Pétain, Laval, nos deux chefs responsables,
Nous ont donné Darnand comme Führer,
C’est donc à eux que nous sommes tous redevables
D’avoir l’honneur d’obéir à Hitler.

Du nom « Français » nous n’avons plus que faire
D’être nazis nous sommes bien plus fiers
Et s’il le faut, nous égorgerons père et mère
Car nous tuons au nom d’Adolf Hitler.

Bientôt enfin, viendra la récompense
Notre vertu recevra son salaire
Lorsque nous serons accrochés à la potence,
Nous crèverons au nom d'Adolf Hitler.

Reprises[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

  • Dans une scène célèbre du film Casablanca, la voix des officiers allemands qui chantent est couverte par celle des clients du Rick's Café Américain qui entonnent la Marseillaise.
    Initialement, il était prévu que les Allemands chantent le Horst Wessel Lied, ce qui aurait été diversement apprécié et les producteurs ont préféré leur faire chanter le chant Die Wacht am Rhein, un chant patriotique qui remonte à l'Empire allemand.
  • Dans une scène du film Blues Brothers, le chef néo-nazi américain peint un aigle en écoutant un enregistrement nazi du Horst Wessel Lied.

Musique[modifier | modifier le code]

  • Milva, une chanteuse italienne (qui chante également en allemand) interprète dans ses albums Canti della Libertà (1965) et Libertà (1976) le Horst-Wessel-Lied de Brecht en italien.
  • Le Horst-Wessel-Lied est également utilisé dans beaucoup de morceaux de RAC allemand et plusieurs versions alternatives peuvent être trouvées sur internet.

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Dans le roman noir Clause de style de Frédéric H. Fajardie, le commissaire Eugène Grindel fait état d'une vive altercation entre son célèbre collègue, le commissaire Padovani, et le jeune inspecteur Lutz, connu pour ses sympathies extrémistes, lorsque ce dernier a siffloté le Horst Wessel Lied.

Autres[modifier | modifier le code]

  • L'antenne d'Alberta de la Royal Canadian Legion a utilisé par mégarde en 2005 le Horst Wessel Lied comme mélodie dans une campagne publicitaire pour une loterie.
  • Dans le jeu vidéo Death To Spies : Moment of truth, on peut entendre le chant dans plusieurs camps Allemands.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]