Otto Bauer

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Otto Bauer

Otto Bauer (né le 5 septembre 1881 à Vienne en Autriche, mort le 5 juillet 1938 à Paris) était un homme politique socialiste autrichien. Il est considéré comme l'une des personnalités principales de l'austro-marxisme, un des courants du marxisme.

Otto Bauer s'engagea en politique lorsqu'il étudiait le droit à l'université de Vienne. Dès ses années d'études, il fait forte impression sur Kautsky, avec lequel il entretient par la suite une correspondance suivie. Collaborateur à la revue socialiste Neue Zeit, il rédige en 1907, à la demande de Victor Adler, une étude sur la question nationale, La sociale-démocratie et la question des nationalités. Ensuite, de 1907 à 1914, il fut secrétaire parlementaire du groupe social-démocrate au Reischrat de Vienne. Dès les premiers mois de la Première Guerre mondiale, il fut capturé sur le front de l'est et retenu prisonnier en Russie jusqu'en 1917. En 1918, à la mort de Viktor Adler, il prend sa succession à la tête du Parti ouvrier social-démocrate et devient Ministre des affaires étrangères de novembre 1918 à juillet 1919 grâce à une coalition avec le parti chrétien social. En 1934, il doit émigrer face à la montée du nazisme, il se réfugie à Brno, en Tchécoslovaquie, puis à Paris où il meurt quelques mois après l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne (Anschluss).

Question nationale et marxisme[modifier | modifier le code]

Otto Bauer était marxiste. Ses opinions sur la Question nationale lui valurent la critique de plusieurs marxistes, dont Josef Strasser. Il écrivit une dizaine d'ouvrages dans lesquels il expose ses thèses politiques et sociales.

Théorie de la révolution lente[modifier | modifier le code]

Otto Bauer a aussi tracé en pointillés les linéaments d'une théorie révolutionnaire hétérodoxe : la révolution lente mélangeant réformisme et révolution dans une vision non-gradualiste. À l'opposé par exemple de Jean Jaurés et de son évolutionisme révolutionnaire, Otto Bauer intègre discontinuités et ruptures. Dans son ouvrage La Marche au socialisme (1919), Il pointe les limites d'une « révolution politique », engageant surtout un changement du personnel dirigeant, vis-à-vis de l'ampleur réclamée par une « révolution sociale ». Il note ainsi que « la révolution politique peut être l'œuvre d'un jour », alors que « la révolution sociale ne peut être que l'ouvrage d'un travail constructif et organisateur », d'« un travail créateur de législation et d'administration ». La révolution politique serait nécessaire, mais insuffisante. Elle ne constituerait alors qu'une des ruptures sur un long chemin, et non LA rupture. Le processus organique de la révolution sociale engloberait la logique ponctuelle de la révolution politique.

Violence défensive[modifier | modifier le code]

Chez Otto Bauer, le recours à la violence apparaît plus précis que chez Blum, avec une théorie de « la violence défensive ».

Puisque si l'on se reféré au discours de Léon Blum lors du congrès de Tours ce recours à la violence est mal définit :

"Mais l’idée révolutionnaire comporte, à notre avis à tous, je crois, ceci : qu’en dépit de ce parallélisme, le passage d’un état de propriété à un autre ne sera pas par la modification insensible et par l’évolution continue, mais qu’à un moment donné, quand on en sera venu à la question essentielle, au régime même de la propriété, quels que soient les changements et les atténuations qu’on aura préalablement obtenus. Il faudra une rupture de continuité, un changement absolu, catégorique. (Applaudissements) Nous entendons encore autre chose, par le mot révolution." (...) " je veux parler de la question de la dictature du prolétariat. Nous en sommes partisans. Là aussi, nul désaccord de principe. Nous en sommes si bien partisans que la notion et la théorie de la dictature du prolétariat ont été insérées par nous dans un programme qui était un programme électoral. Nous n’avons donc peur ni du mot, ni de la chose. J’ajoute que, pour ma part, je ne pense pas(...) que la dictature du prolétariat soit tenue de conserver une forme démocratique. Je crois impossible, d’abord, comme on l’a tant répété, de concevoir d’avance et avec précision quelle forme revêtirait une telle dictature, car l’essence même d’une dictature est la suppression de toute forme préalable et de toute prescription constitutionnelle. La dictature, c’est le libre pouvoir donné à un ou plusieurs hommes de prendre toutes les mesures quelconques qu’une situation déterminée comporte. Il n’y a, par conséquent, aucune possibilité de déterminer d’avance quelle forme aura la dictature du prolétariat, et c’est même :une pure contradiction."

Extrait de l'Intervention de Léon Blum au Congrès de Tours de la SFIO le lundi 27 décembre 1920 [1]

Dans La Lutte pour le pouvoir (1924), Bauer reconnaît que, dans les pays où la bourgeoisie fait régner son pouvoir par la force physique, le pouvoir politique sera pris au moyen d une « guerre civile ». Mais ce ne devrait pas être le cas d'un pays doté d'institutions parlementaire comme l'Autriche, où le pouvoir serait plutôt conquis «par le bulletin de vote ». Par contre le Prolétariat devrait être en mesure d'utiliser les armes afin de protéger « la constitution de la République au moment où la bourgeoisie se soulèvera contre cette constitution parce que l'utilisation légale des droits constitutionnels portera la classe ouvrière au pouvoir ».

D'où la création par la social-démocratie autrichienne de la Republikanischer Schutzbund (la ligue de défense de la République), qui pouvait mobiliser entre 120 000 et 150 000 hommes armés. L'insurrection du Schutzbund fut d'ailleurs déclenchée face aux mesures autoritaires du chancelier Dollfuss en 1934, mais la milice ouvrière fut défaite et Bauer dut s'exiler (il mourut à Paris en juillet 1938).

Postérité de ses idées[modifier | modifier le code]

Les notions de révolution lente et de violence défensive ont été reprise par l'enseignant-chercheur en sciences politique Philippe Corcuff dans l'un de ces ouvrages Les socialismes à l'épreuve du pouvoir qu'il a dirigé avec Alain Maillard.

La notion de révolution lente a aussi été reprise en France par Chiche! un mouvement de jeunesse écologiste et autogestionnaire.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Die Nationalitätenfrage und die Sozialdemokratie, 1907
  • Der Weg zum Sozialismus, 1919
  • Bolschewismus oder Sozialdemokratie, 1920
  • Die österreichische Revolution, 1923
  • Sozialdemokratische Agrarpolitik, 1926
  • Sozialdemokratie, Religion und Kirche, 1927
  • Kapitalismus und Sozialismus nach dem Weltkrieg, 1931
  • Zwischen zwei Weltkriegen, 1937

Traductions en français :

Référence pour l'article :

  • 2006, Sous la direction de Philippe Corcuff et Alain Maillard, Les Socialismes français à l'épreuve du pouvoir (1830-1947) : pour une critique mélancolique de la gauche, Paris, Textuel (collection "La Discorde"), 207 p. ISBN 2-84597-181-8

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]