Anticatholicisme

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L'anticatholicisme désigne la méfiance, la discrimination, la répression, ou la persécution du catholicisme et des catholiques.

Martyre de 10 000 chrétiens, Albrecht Dürer.

Différentes catégories d'anticatholicisme[modifier | modifier le code]

Persécution anticatholique jusqu'au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Empire Romain[modifier | modifier le code]

L'Empire romain se fit persécuteur des chrétiens jusque l'empereur Constantin Ier, qui fit cesser toute persécution (il se fit baptiser sur son lit de mort en 337).

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Catharisme[modifier | modifier le code]

Article connexe : Catharisme.
Le rôle de l’Église catholique dans la persécution des cathares[modifier | modifier le code]

La question du catharisme est complexe, puisque c'est par la force que cette doctrine fut réduite à néant. Néanmoins, contrairement aux puissances séculières, lorsqu'elle eut directement à s'en charger, c'est-à-dire pour le catharisme implanté dans le sud de la France, l’Église n'eut recours qu'à la prédication, du XIIe au XIIIe siècle. Ainsi le pape Alexandre III écrit-il en 1162 dans une lettre adressée au frère de Louis VII de France, l’archevêque de Reims, qui s'apprête à poursuivre les cathares de Flandre et de Champagne :

« Mieux vaut absoudre les coupables que s'adresser, par une exceptionnelle sévérité, à la vie d'innocents (...)[1] »

Le roi lui répond : « L'observation a prouvé que les manichéens sont beaucoup plus mauvais qu'ils ne le paraissent[1]. » Le roi lui reproche aussi son inaction, et c'est ainsi que le concile de Tours est réuni. Selon l'historien Jean Dumont, la répression du catharisme (appélé alors manichéisme) est « clairement une revendication, non d’Église, mais sociale, du roi comme de la masse de ses sujets[2] ». À cette pression s'ajoute celle d'Henri II Plantagenêt, qui détruit violemment le catharisme dès les premiers symptômes[3]. En 1178, Henri II et Louis VII s'entendent pour mener une expédition qui « ramènerait les hérétiques à la vraie foi par la prédication ou les réduirait par les armes[1] ». Il est d'autre part important de noter qu'en 1180 Philippe Auguste envoie dans tout le royaume la police royale qui est chargée de mettre fin à l'hérésie.

La création en 1184 à l'assemblée de Véronne de l'Inquisition n'est cependant pas le début d'une répression par l'Église en Languedoc. En outre cela ne lui est pas possible, puisque c'est les structures locales de l'Église sont touchées par le catharisme, et que la puissance laïque locale est elle-même devenue catholique. Ainsi par exemple, Raymond VI le comte de Toulouse en 1194 ne se déplace-t-il jamais sans son aumônier cathare, prêt à lui donner à tout moment le consolamentum[4],[5]. Il en est de même des vicomtes de Carcassonne et de Béziers, ou encore de la maison de Tancavel.

Persécution des catholiques par le catharisme[modifier | modifier le code]

Les catholiques restent cependant majoritaires en Languedoc. Les prêtres catholiques sont partout battus voire tués, l'évêque de Lodève est même mis à mort. Les églises et abbatiales sont profanés et sont donnés par la noblesse aux parfaits[6].

Le nouveau pape Innocent III, élu en 1168, refuse cependant encore la répression que les pouvoirs laïques ont partout ailleurs déjà menée, mais il délègue une nouvelle mission de cisterciens, dont Pierre de Castelneau. Ceux-ci proposent, la prédication et la demande d'aide auprès des autorités n'ayant pas reçu de réponses satisfaisantes, des débats contradictoires aux évêques cathares, par exemple en 1204 à Carcassone avec le cathare Bernard de Simorre. Pierre de Castelneau découragé est relevé de ses fonctions par Innocent III, qui appelle le roi de France et les seigneurs du nord de la France à l'aide. Cependant, Pierre se ressaisit et reprend la prédication avec l'aide de deux espagnols, l'évêque d'Osma (Castille), Diego de Acedevo, et un de ses chanoines, Dominique de Guzmán, plus connu aujourd'hui comme saint Dominique. Le succès est déjà plus important, tout particulièrement auprès des femmes[7]. Selon l'historien Emmanuel Leroy Ladurie en effet, les femmes « ont dans l'ensemble été objets plus que sujets de la propagande cathare. (...)en fait elles se sentaient hétérogènes à la nouvelle identitée hérétique dont on les époussetait de l'extérieur[8] ». De plus en plus, de débats sont menés par Diego et Dominique puis par Dominique seul, avec quelquefois des succès, comme à Pamiers en 1207. Néanmoins le catharisme demeure solide.

La croisade[modifier | modifier le code]
Article connexe : Croisade des Albigeois.

Le meurtre en 1208 de Pierre de Castelnau est le coup d'envoi de la croisade. Son assassin est excommunié et déclaré « ennemi de Jésus-Christ et persécuteur de l'Eglise ». Innocent III fait appel à Philippe Auguste et aux barons du Nord. Tous les vassaux du comte de Toulouse sont déliés de leur serment et ordre est donné à tous les chrétiens « de poursuivre sa personne et d'occuper ses domaines[9] ».

La guerre est marquée par des massacres violents, comme celui de Béziers.

Persécutions anticatholiques depuis le XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Article connexe : Persécution des chrétiens.

Europe[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Article principal : Anticatholicisme au Royaume-Uni.

En 1779 Lord George Gordon organise puis se fait nommer à la tête des associations protestantes formées pour obtenir l'abrogation de l'Acte d'Émancipation des Catholiques de 1778. Le 2 juin 1780, il prend la tête d'une foule qui marche en procession de St George's Fields jusqu'au Palais de Westminster afin de présenter une énorme pétition contre l'émancipation. Quand la foule atteint Westminster, l'émeute dite de Gordon (Gordon Riots), commence. Tout d'abord, la foule se disperse après avoir menacé de pénétrer dans la Chambre des communes, mais se rassemble aussitôt après, et durant les quelques jours qui suivent, détruit plusieurs églises catholiques, pille des demeures de Catholiques, met le feu à la prison de Newgate, envahit d'autres prisons et attaque la Banque d'Angleterre et plusieurs autres bâtiments publics. L'armée arrive finalement pour réprimer l'agitation et tue ou blesse environ 450 personnes avant de rétablir l'ordre. Pour son rôle dans l'instigation des émeutes, Lord Gordon est accusé de haute trahison. Cependant, grâce à une défense par le baron Erskine, il est acquitté sur la base qu'il n'a pas eu l'intention de trahir.

Guerre civile espagnole[modifier | modifier le code]

La guerre civile espagnole, au cours de laquelle le général Franco prend parti de l'Église catholique, donne lieu à des persécutions anticatholiques lors de la « Terreur rouge ».

Allemagne nazie[modifier | modifier le code]

L’Allemagne nazie signe avec la papauté le Concordat du 20 juillet 1933. Les catholiques allemands admettent le concordat ; ainsi en est-il du cardinal Bertram[réf. nécessaire], qui avait pourtant présidé la conférence de Fulda (1932) interdisant aux catholiques d'adhérer à la NSDAP. Du côté des nazis, on se satisfait de la disparition du Zentrum. De plus, l’article 14 du concordat stipulait : « Les nominations d’archevêques, d’évêques et toute autre nomination ne deviendront définitives que lorsque le représentant du Reich aura donné son accord pour ce qui est de savoir si ces nominations ne présentent pas d’inconvénients au point de vue politique générale. » Cela inquiète le cardinal Tardini qui affirme :

« Hitler le persécuteur de l'Église et le maître d'une grande partie de l'Europe veut (...) imposer les nominations d'évêques (...)[10] »

« La conclusion du concordat me paraît apporter la garantie suffisante que les citoyens du Reich de confession catholique se mettront dorénavant sans réserve au service du nouvel État national-socialiste » déclare Adolf Hitler[11].

Cependant, des persécutions visent les catholiques qui s'opposent au nazisme : à la fin du mois de juin 1934, lors de la « Nuit des Longs Couteaux », les dirigeants des mouvements de jeunesse catholique sont exécutés par les SS. À partir du mois d'octobre, les nazis persécutent le clergé. Au cours de l'été 1934, le chancelier autrichien Dolfuss, fervent catholique, est assassiné. Des pays occupés, le père Maximilien Kolbe mourra dans un camp d'extermination et le cardinal Saliège, en France, sera déporté pour ses homélies insistant sur l'incompatibilité entre la doctrine chrétienne et le « nouvel ordre ».

Amériques[modifier | modifier le code]

Guerre des Cristéros au Mexique[modifier | modifier le code]

La guerre des Cristeros vit une violente répression anticatholique s’abattre sur le Mexique.

Pays anciennement communistes[modifier | modifier le code]

URSS[modifier | modifier le code]

Bien que très minoritaire, l'Église catholique fut persécutée, aux côtés des orthodoxes, en URSS[12].

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

Vision globale[modifier | modifier le code]

Selon de nombreux observateurs, le christianisme, et donc tout particulièrement le catholicisme, qui représente plus de la moitié de la chrétienté[13], est la religion la plus persécutée à travers le monde[14],[15],[16].

Selon le parlementaire européen Konrad Szymanski qui s'appuie sur le rapport 2012 de l'association catholique Aide à l'Église en Détresse[17], « la liberté de religion est l’un des droits de l’homme le plus souvent violé au monde, surtout vis-à-vis des chrétiens[18]. »

Massimo Introvigne, ancien consultant de l'OSCE et actuel président de l'Observatoire de la liberté religieuse créé (juin 2012) par les Affaires étrangères italiennes, ce sont environ 105 000 chrétiens qui sont tués chaque année[19]. En outre le pape Benoît XVI rappelle que, pour les pays où les chrétiens ne sont pas tués, on ne peut néanmoins pas parler de liberté religieuse[20].

Chine populaire[modifier | modifier le code]

Article connexe : Église catholique en Chine.

La Chine exige encore aujourd'hui des catholiques qu'ils abjurent l'autorité papale, et n'hésite pas à envoyer en prison ceux qui s'y refusent[21].

Quelques accusations mensongères contre l'Église catholique[modifier | modifier le code]

L'Église vue comme la cause de la fin de l'Empire romain[modifier | modifier le code]

L'Église vue comme la perpétuation d'un mal romain[modifier | modifier le code]

L'oppression des Indiens d'Amérique[modifier | modifier le code]

L'inquisition[modifier | modifier le code]

Article connexe : Inquisition.

L'accusation d'intolérance portée contre l’Église catholique est courante et repose principalement sur la critique de l'Inquisition. Tout en reconnaissant que l'institution connut ses zones d'ombres, la hiérarchie catholique considère que le tableau n'est pas tout à fait noir. Ainsi Jean-Paul II affirmait :

« Dignitatis humanae, n. 1. L’affirmation est citée dans Tertio millennio adveniente, n. 35 »

— Dans l’opinion publique, l’image de l’Inquisition représente presque le symbole de ce contre-témoignage et de ce scandale. Dans quelle mesure cette image est-elle fidèle à la réalité? Avant de demander pardon, il est nécessaire d’avoir une connaissance exacte des faits et de restituer les erreurs par rapport aux exigences évangéliques, là où elles existent réellement. Telle est la raison pour laquelle le Comité (Mémoire et réconciliation) s’est adressé à des historiens, dont la compétence scientifique est reconnue de façon universelle. (…) Ainsi, le Concile Vatican II a pu exprimer la "règle d’or" qui oriente la défense de la vérité, devoir qui revient à la mission du Magistère: "La vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même, qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance"[22].

« Insegnamenti XXI/2 [1998/2], p. 899; cf. Tertio millennio adveniente, n. 35 »

— Les fils de l’Église ne peuvent manquer de revenir dans un esprit de repentir sur « le consentement donné, surtout en certains siècles, à des méthodes d’intolérance et même de violence dans le service de la vérité » Insegnamenti XXI/2 [1998/2], p. 899; cf. Tertio millennio adveniente, n. 35) (…)[22].

Guerre de religion[modifier | modifier le code]

Pie XII[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Cité par Jean Dumont, L'Eglise au risque de l'histoire, Critérion, p.202
  2. Jean Dumont, L'Eglise au risque de l'histoire, Critérion, p.202
  3. Dissent and Reform in the Early Middle Ages, Jeffrey Burton Russell, p. 224, Disponible sur Google Books
  4. Jean Dumont, L'Église au risque de l'histoire, Critérion, p. 203
  5. Le consolamentum était censé effacer toute corruption de la chair.
  6. Jean Dumont, L'Église au risque de l'histoire, Critérion, p. 204
  7. Ainsi que l'ont prouvé (séparément) B. Pierry et Emmanuel le roy Ladurie sur l'exemple de Montaillou.
  8. Emmanuel Leroy Ladurie, Montaillou, village occitan de 1294 à 1324
  9. Jean Dumont, L'Eglise au risque de l'histoire, Critérion, p.207
  10. P. Blet, Pie XII et la Seconde Guerre mondiale, Éditions tempus, p.114.
  11. Communiqué publié dans la presse allemande le 10 juillet 1933.
  12. « L'Église catholique en Russie de 1917 à nos jours », J.-F. Bourret, novembre 2003, Clio.fr.
  13. Voir le (en) l'étude du Piew Forum, citée par le journal La Croix en 2011.
  14. Éditorial de Jacques Julliard dans Le Nouvel Observateur, du 22 octobre 2010.
  15. Alexandre Del Valle, « Les Chrétiens persécutés dans le monde : entre indifférence et complicité », sur atlantico.fr, 24 décembre 2012
  16. Le Figaro, 8 janvier 2013.
  17. Voir sur aed-france.org.
  18. Voir sur info-catho.be.
  19. Corriere della Serra.
  20. Ibid.
  21. Libération, [1]
  22. a et b Cité sur L'Inquisiton pour les nuls.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L'Église au risque de l'Histoire, Jean Dumont
  • Pie XII et la Seconde Guerre mondiale, Pierre Blet, Éditions Tempus

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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