Eugen Drewermann

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Eugen Drewermann en 1999.

Eugen Drewermann, né le 20 juin 1940 à Bergkamen, est un théologien et psychanalyste jungien allemand en rupture de ban avec l'Église catholique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Eugen Drewermann est né d'une mère catholique et d'un père luthérien[1]. Après son Abitur, il étudie la philosophie à Münster, la théologie à Paderborn, la psychanalyse à Göttingen.

En 1956, à la création de la conscription, il entre pour la première fois en conflit avec l'Église catholique romaine, du fait de ses convictions pacifistes : il se déclare objecteur de conscience. Or, l'Eglise catholique défend le point de vue qu'un catholique n'a pas le droit de refuser le service militaire.

Il est ordonné prêtre en 1966 dans le diocèse de Paderborn[1].

Il publie une thèse en trois volumes en 1977-1978 intitulée Strukturen des Bösen (Structures du Mal) sur les onze premiers chapitres de la Genèse : « Usant tour à tour de l'exégèse, de la psychologie des profondeurs (Jung) et de la philosophie (Kant, Hegel, Kierkegaard et Sartre), il propose une vision renouvelée de la doctrine du péché originel : saisi d'angoisse devant sa liberté, l'homme fuit sa condition d'être limité, mais responsable »[1].

Maître de conférences (« privat-dozent ») en Histoire des Religions et Dogmatique à Paderborn jusqu'en 1991 (université catholique), il tente de concilier la doctrine de l'Église catholique avec les connaissances acquises (critique biblique, psychanalyse) et l'évolution de la société. Mais son « interprétation "psychanalytique" de la Bible déclenche un conflit violent avec les exégètes historico-critiques qui l'accusent de détruire les bases historiques de la foi »[1].

Interdit d'enseignemant à l'université catholique par l'archevêque de Paderborn, Johannes Degenhardt en 1994, à la suite du succès de son livre Fonctionnaires de Dieu en 1989 et de ses travaux comparatistes sur le « récit chrétien de la naissance virginale du "Fils de Dieu" et de sa résurrection », il est privé de chaire au séminaire universitaire et ne peut plus célébrer ou conférer les sacrements[1]. L'université publique de Paderborn lui ouvre une chaire de sociologie et anthropologie de la civilisation. Jusqu'en 2000, il a donné une causerie religieuse et morale, « Le mot hebdomadaire », au lycée de Paderborn.

Avec Suspens a divinis en 1991, il acquiert une notoriété mondiale. Chacune de ses œuvres donne lieu à de nombreuses controverses et débats.

Dans son ouvrage Les Voies du cœur : non-violence et dialogue entre les religions écrit avec le 14e dalaï-lama et publié en 1992 en Allemagne, Eugen Drewermann explique comment à l’époque du réarmement de l'Allemagne, à l'âge de seize ans, il se tourne vers le bouddhisme et s’intéresse à la non-violence et au dialogue interreligieux à l'intérieur du christianisme.

Actuellement, il est psychothérapeute et conférencier sur les questions de religion, de présentation de la bible, d'analyse des contes populaires ou autour des relations entre l'animal et l'homme (Eugen Drewermann est végétarien).

La notion de « bureaucrate consacré » qu'il a développée dans ses livres a été critiquée par le pape Benoît XVI[2].

Drewermann est porteur de positions politiques tranchées. Il est contre le capitalisme, contre la croissance économique et l'intérêt, pour l'euthanasie, contre les guerres du Golfe et les attaques aériennes israéliennes pendant la guerre du Liban. Drewermann est l'auteur de textes de soutien au parti postcommuniste Die Linke[3] et participe par des conférences à des manifestations de la Gauche[4].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Commentaires bibliques et réflexions théologiques[modifier | modifier le code]

  • La peur et la faute. Psychanalyse et théologie morale, t. 1, Paris, Le Cerf, 1992, ISBN 2-204-04517-9.
  • L'amour et la réconciliation. Psychanalyse et théologie morale, t. 2, Paris, Le Cerf, 1992.
  • Le mensonge et le suicide. Psychanalyse et théologie morale, t. 3, Paris, Le Cerf, 1992.
  • De l'immortalité des animaux, Paris, Le Cerf, 1992.
  • De la naissance des dieux à la naissance du Christ. Une interprétation des récits de la nativité de Jésus d'après la psychologie des profondeurs Paris, Le Seuil, 1992.
  • Les voies du cœur. Non-violence et dialogue entre les religions, avec le 14e dalaï-lama, Paris, Le Cerf, 1993.
  • L'Évangile de Marc. Images de la rédemption, t. 1 : Introduction, Paris, Le Cerf, 1993.
  • Dieu guérisseur. La légende de Tobit ou le périlleux chemin de la rédemption interprétation psychanalytique d'un livre de la Bible, Paris, Le Cerf, 1993.
  • Fonctionnaires de Dieu, Paris, Albin Michel, 1993.
  • L'Église doit-elle mourir ?, Paris, Stock, 1994.
  • Sermons pour temps pascal, Paris, Albin Michel, 1994.
  • La parole et l'angoisse. Commentaire de l'Évangile de Marc, Paris, Desclée de Brouwer, 1995.
  • Le mal, t. 1 : Structures et permanence, Paris, Desclée de Brouwer, 1995.
  • Le mal, t. 2 : Approche psychanalytique du récit yahviste des origines, Paris, Desclée de Brouwer, 1996.
  • Le mal, t. 3 : Approche philosophique du récit yahviste des origines, Paris, Desclée de Brouwer, 1997.
  • L'évangile des femmes, Paris, Le Seuil, 1996.
  • Dieu en toute liberté. Psychologie des profondeurs et religion, Paris, Albin Michel, 1997.
  • Psychanalyse et exégèse, t. 1 : La vérité des formes : rêves, mythes, contes, sagas et légendes, Paris, Le Seuil, 2000.
  • Psychanalyse et exégèse, t. 2 : La vérité des œuvres et des paroles : miracles, visions, prophéties, apocalypses, récits historiques, paraboles, Paris, Le Seuil, 2001.

Lecture psychanalytique de contes[modifier | modifier le code]

  • "L'Essentiel est invisible". Une lecture psychanalytique du "Petit Prince", Paris, Le Cerf, 1992.
  • "La Boule de cristal". Interprétation psychanalytique, trad. Annick Yaiche, Paris, Le Cerf, 1993 (ISBN 2-204-04797-X). – Éd. or. : "Die Kristallkugel". Grimms Märchen tiefenpsychologisch gedeutet, Olten, Walter-Verlag, 1985.
  • "Neigeblanche et Roserouge". Interprétation psychanalytique, trad. Catherine Mazellier-Grünbeck, Paris, Le Cerf, 1993 (ISBN 2-204-04728-7). – Éd. or. : "Schneeweisschen und Rosenrot" : Grimms Märchen tiefenpsychologisch gedeutet, Olten, Walter-Verlag, 1983.
  • "La Jeune Fille sans mains". Interprétation psychanalytique d'un conte de Grimm, trad. Petru Dumitriu, Paris, Le Cerf, 1994.
  • "Petit-Frère et Petite-Sœur". Lecture psychanalytique d'un conte de Grimm, trad. Petru Dumitriu, Paris, Le Cerf, 1994 (ISBN 2-204-04965-4). – Éd. or. : "Brüderchen und Schwesterchen" : Grimms Märchen tiefenpsychologisch gedeutet, Olten, Walter-Verlag, 1990.
  • "Dame Holle". Psychanalyse d'un conte de Grimm, Paris, Le Seuil, 1995.

Divers[modifier | modifier le code]

  • La parole qui guérit, Paris, Le Cerf, 1991, ISBN 2-204-04300-1.
  • Progrès meurtrier, Paris, Stock, 1993.
  • La spirale de la peur. Le christianisme et la guerre, Paris, Stock, 1994.
  • Testament d'un hérétique, Paris, Albin Michel, 1994.
  • Quand le ciel touche la terre, Paris, Stock, 1994.
  • Barque du soleil, Paris, Le Seuil, 1994.
  • L'envers du monde. Libres propos sur l'essentiel (avec Henry Le Chénier), Villeurbanne, Golias, 1996.
  • Dialogue sur le parvis entre un évêque et un théologien (avec Jacques Gaillot), Paris, Desclée de Brouwer, 1996.
  • Milomaki, Paris, Le Seuil, 1997.
  • Eugen Drewermann. "Die Rechtlosigkeit der Kreatur im christlichen Abendland oder: von einer wichtigen Ausnahme". Interdisziplinäre Arbeitsgemeinschaft Tierethik (Hrsg.). Tierrechte - Eine interdisziplinäre Herausforderung. Erlangen 2007. ISBN 978-3-89131-417-3
  • Eugen Drewermann et al., Ecologie et spiritualité, Paris, Albin Michel, 2006, ISBN 978-2-22617-282-2

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Jean-Pierre Bagot, « Eugen Drewermann », Universalia 2003, Encyclopædia Universalis, 2003, p. 396.
  2. « Benoît XVI insiste, le prêtre n'est pas un bureaucrate consacré », 30 juillet 2007
  3. [1] Appell pour la Linkspartei, 9 septembre 2005
  4. (de) « Spiel mir das Lied vom Sozialismus », Focus-online, 4 juin 2007

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]