Albert Jacquard

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Albert Jacquard

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Albert Jacquard, en 2009.

Naissance 23 décembre 1925
Lyon (France)
Décès 11 septembre 2013 (à 87 ans)
Paris (France)
Nationalité Drapeau de France Français
Champs Génétique, biologie, philosophie
Renommé pour son humanisme, ses conférences, essais et ouvrages de vulgarisation scientifique

Albert Jacquard, né le 23 décembre 1925 dans le 1er arrondissement de Lyon, et mort à Paris le 11 septembre 2013[1], est un chercheur et essayiste français. Spécialiste de génétique des populations, il a été directeur de recherches à l'Institut national d'études démographiques et membre du Comité consultatif national d'éthique. Conférencier et auteur de nombreux ouvrages de vulgarisation scientifique, il tient un discours humaniste destiné à favoriser l’évolution de la conscience collective[2].

Président d'honneur[3] de l’association Droit au logement et du Comité radicalement anticorrida, il fut aussi membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la décennie de la culture de paix et de non-violence. Il anima durant neuf ans, de septembre 2001 à juillet 2010, une chronique radiophonique quotidienne sur France Culture.

Il est également connu pour ses engagements citoyens, parmi lesquels la défense du concept de la décroissance soutenable, le soutien aux mouvements du logiciel libre, à la langue internationale espéranto, aux laissés-pour-compte et à l'environnement.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est issu d’une famille catholique et conservatrice originaire du Jura, fils de François Jacquard, directeur à la Banque de France et de Marie-Louise Fourgeot. À l'âge de neuf ans, un drame bouleverse son enfance. La voiture familiale subit un accident dans lequel Albert Jacquard perd son plus jeune frère et ses grands-parents paternels. Lui-même en ressort défiguré, ce qui transforme longtemps sa perception du regard des autres (« j'ai cru qu'ils me méprisaient »)[4].

En 1941, son père est nommé directeur de la succursale de la Banque de France à Gray en zone occupée. Il quitte alors le lycée de Soissons en cours d'année pour le lycée Augustin Cournot de Gray.

Albert Jacquard obtient à Besançon deux baccalauréats, Mathématiques élémentaires et Philosophie, en 1943[5],[6].

De 1943 à 1945, Albert Jacquard est en classe préparatoire aux grandes écoles au lycée privé Sainte-Geneviève situé à Versailles. La scolarité y est perturbée par les actions de la police allemande. Élève très brillant, il entre en 1945 à l'École polytechnique, en sort ingénieur des Manufactures de l'État en 1948 et intègre l'Institut de statistiques dont il est également diplômé, et devient ingénieur d’organisation et méthode.

« J’ai vécu la Libération comme un événement extérieur. J’ai été un passager de l’histoire. Je n’ai pas été du tout le conducteur. J’ai été très long à m’apercevoir qu’il fallait que je choisisse mon camp. J’étais dans le camp des salauds : ceux qui laissent faire et finalement attendent que toutes les choses s’arrangent[7]. »

« Par le passé, j’étais guidé par la soumission et le conformisme. J’avais une vingtaine d’années pendant la Seconde Guerre mondiale. C’était comme si elle se déroulait au loin. Je n’ai pas pensé un instant à entrer dans la Résistance. J’étais trop occupé à préparer Polytechnique. En 1961, je vivais tout près de l’endroit où des Algériens ont été jetés dans la Seine. Lorsque je l’ai appris le lendemain, j’ai eu honte. J’aurais pu prendre position, mais je n’ai pas bougé. Je suis resté du côté des salauds, ceux qui laissent faire, pendant deux décennies encore[8]. »

Le 5 janvier 1952, il épouse Alix Domergue.

Il meurt le soir du 11 septembre 2013 (à 87 ans), des suites d'une leucémie.

Haut fonctionnariat[modifier | modifier le code]

Albert Jacquard entre à la Société d'exploitation industrielle des tabacs et des allumettes en tant qu’ingénieur d’organisation et méthode, puis en est nommé secrétaire général adjoint de 1951 à 1961 ; rapporteur auprès la commission de vérification des comptes des entreprises publiques : contrôle de la gestion des houillères du Nord puis de Sud-Aviation de 1959 à 1970. Directeur adjoint au service de l’équipement du ministère de la Santé publique de 1962 à 1964, il est chargé de recherche à l’Institut national d'études démographiques (INED) de 1965 à 1966.

Titulaire d’un certificat de génétique en 1966, il s’oriente vers une carrière scientifique, et part aux États-Unis pour étudier la génétique des populations à l’université Stanford, en tant que research worker en 1966 et 1967. De retour en France en 1968 avec un diplôme d’études approfondies de génétique en poche, il réintègre l’Institut national d'études démographiques en tant que directeur de recherches de 1968 à 1991. Titulaire d'un doctorat d’université de génétique en 1970 et d’un doctorat d’État en biologie humaine en 1972, il est nommé expert en génétique auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de 1973 à 1985.

Carrière universitaire et reconnaissance[modifier | modifier le code]

À l'âge de 47 ans, il obtient un doctorat d’État en biologie humaine après un doctorat d’université de génétique obtenu à l'âge de 45 ans. Albert Jacquard s’oriente alors vers la recherche universitaire : il devient professeur invité à l’Université de Genève de 1973 à 1976, puis professeur associé de 1976 à 1992. L’Université de Paris VI le titularisa de 1978 à 1990, et l’Université de Louvain en Belgique l’invita de 1979 à 1981.

Le travail d’Albert Jacquard lui a valu une reconnaissance nationale : il est nommé officier de Légion d'honneur et commandeur de l’Ordre national du Mérite par le président Valéry Giscard d'Estaing en 1980, et reçoit le prix scientifique de la Fondation de France la même année, avant d’être nommé membre du Comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie et de la santé de 1983 à 1988.

Après de nombreuses publications de vulgarisation scientifique et de réflexion sur la condition humaine, Albert Jacquard est nommé docteur honoris causa de l’Université du Québec en 1987, et des universités du Nouveau-Brunswick[Lesquelles ?], de Hainaut, et de Louvain-la-Neuve[réf. souhaitée]. Conseiller scientifique à l'Institut national d'études démographiques de 1990 à 1991, et encore professeur de l’Academia di Architettura du Tessin, sa belle plume et son talent lui valent le prix littéraire de la ville de Genève en 1992.

Le 27 mai 2003, le collège du Chemin Vert de Caen devient le collège Albert Jacquard ; le collège Albert Jacquard est implanté au cœur du quartier du Chemin Vert, au nord-ouest de la ville de Caen en ZEP. Le Conseil général du Calvados a décidé de fermer l'établissement du Chemin-Vert en 2013[9].

Engagement politique[modifier | modifier le code]

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En 1979, face à l’émergence d’un racisme prétendument scientifique, Albert Jacquard, Colette Guillaumin et Léon Poliakov créent, au sein du Groupe de recherches sur l'histoire du racisme (CNRS), un bulletin qu’ils intitulent Sciences et tensions sociales. À ce bulletin succède, deux ans plus tard, la revue Le Genre Humain[10]. Albert Jacquard fait partie jusqu'à sa mort du comité de rédaction de cette revue.

Albert Jacquard participe au Comité consultatif national d'éthique. Généticien des populations, il se prononce contre l'exploitation à des fins commerciales du génome humain et brevetage généralisé du vivant.

Il est proche du mouvement altermondialiste et est un contributeur régulier du journal Le Monde diplomatique.

Grand humaniste, Albert Jacquard s'engage pour la défense des plus démunis. Il milite notamment aux côtés de l'association Droit au logement et de l'Abbé Pierre. Il apporte son soutien aux étrangers en situation irrégulière en grève de la faim à Lille durant l'été 2007. Il exprime ses vues sur la société et les sujets d'actualité dans une chronique radiophonique quotidienne sur France Culture.

En 1994, il est l'un des fondateurs de l'association Droits devant !!.

En 2004, il parraine avec Edgar Morin la liste Europe - Démocratie - Espéranto pour les élections du Parlement européen[11].

En novembre 2005, il lance l'« Appel des vieux » avec sept autres « vieux » : Françoise Héritier, l'Abbé Pierre, Maurice Tubiana, Jean Delumeau, Edgar Morin, Albert Memmi et Denis Clair[12].

En 2006, et depuis septembre 2005, il est parrain du projet Cité des Savoirs du XXIe siècle pour l'île Seguin avec Régis Debray, Axel Kahn et Philippe Meirieu.

Lors de l’élection présidentielle française de 2007, il apporte son soutien au projet de Christian Garino, candidat pour Esperanto - Liberté, qui ne figurera pas parmi les candidats officiels.

Lors des élections législatives françaises de 2007, Albert Jacquard copréside avec Axel Kahn le comité de soutien d'André Aschieri dans la 9e circonscription des Alpes-Maritimes.

Il soutient aussi une pétition créée par des victimes et proches de victimes de l’inceste et de la pédophilie. Cette pétition a pour but d'enlever la prescription de crimes sexuels commis sur les enfants, afin que les enfants victimes aujourd'hui puissent porter plainte sans restriction de temps. Il s'oppose également à la tenue du rallye Paris-Dakar en apportant son soutien à l'association Padak.

Il est membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine dont les travaux ont commencé le 4 mars 2009.

Il apporte son soutien à Philippe Meirieu, tête de liste pour les élections régionales françaises de 2010 en Rhône-Alpes sur la liste Europe Écologie.

Il est membre du Comité d'honneur de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité.

Dans le cadre de l'élection présidentielle française de 2012, il a exprimé l'intention de voter pour Jean-Luc Mélenchon[13],[14],[15]. Il signe l'appel des 1 000 : « Pour nous, c'est Mélenchon[16]. »

Dans le cadre des élections législatives françaises de 2012, il se prononce en faveur de l'Alliance écologiste indépendante[17][réf. insuffisante] et il apparaît dans leur clip de campagne[réf. souhaitée].

Mouvement du logiciel libre[modifier | modifier le code]

Il rejoint Richard Stallman pour dénoncer en décembre 2010 l'escroquerie sémantique du concept de propriété intellectuelle[18], puis en juin 2011, pour soutenir la préservation des biens communs cognitifs[19]. Il renforce à cette occasion la démarche politique et sociale du mouvement du logiciel libre, lequel, par son leader, place les fondements philosophiques au cœur de l’action du mouvement.

Mouvement espérantiste[modifier | modifier le code]

Albert Jacquard présente Europe Démocratie Esperanto en 2009.

En 2006, paraît la 10e édition du manuel d'espéranto Cours Rationnel d'Espéranto, édité par SAT-Amikaro, dont Albert Jacquard écrit la postface. La première édition de cette méthode d'apprentissage paraissait en 1921, alors préfacée par Henri Barbusse.

En 2011, Jacquard accepte de parrainer la campagne nationale « L'espéranto au bac ! », coorganisée par les associations Espéranto-France et SAT-Amikaro et qui demande « que l'espéranto soit ajouté à la liste des langues admises en tant qu'option au baccalauréat » en ces termes :

« Je reçois comme un honneur la proposition que me font les deux associations Espéranto-France et SAT-Amikaro de parrainer cette pétition en faveur de l’espéranto. Je souhaite que l’enseignement de l’espéranto soit officialisé par les autorités de nombreux pays. Un jour viendra où tout être humain saura utiliser l’espéranto comme un instrument de mise en commun. Développer l’usage de l’espéranto est un moyen de préserver l’avenir du français[20]. »

Mouvement sortir du nucléaire[modifier | modifier le code]

Albert Jacquard est favorable à l'abandon du nucléaire civil et militaire[21]. En 2012, il préface et parraine avec Stéphane Hessel l'ouvrage Exigez ! Un désarmement nucléaire total, rédigé par l'Observatoire des armements.

En 2001, il affirme : « Le nucléaire, c’est un cadeau plus qu’empoisonné. Avec des déchets qu’on veut enfouir dans le sous-sol comme on glisse la poussière sous le tapis, mais pour un million d’années ! Qu’il s’agisse du nucléaire civil ou du nucléaire militaire, les conséquences sont les mêmes : on est en train d’organiser le suicide à long terme de l’humanité[22] ».

Distinctions[modifier | modifier le code]

Honorifiques[modifier | modifier le code]

Littéraires[modifier | modifier le code]

Professionnelles[modifier | modifier le code]

Polémiques[modifier | modifier le code]

En 1990, Albert Jacquard s'est vu attribuer l'antiprix Lyssenko par le Club de l'Horloge, cercle de réflexion politique français regroupant des personnalités de droite et d'extrême droite, pour « l'ensemble de son œuvre »[23]. Le prix parodique est décerné « à un auteur ou une personnalité qui, par ses écrits ou par ses actes », a apporté, selon le Club, « une contribution exemplaire à la désinformation en matière scientifique ou historique, avec des méthodes et arguments idéologiques ».

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages scientifiques[modifier | modifier le code]

  • Structures génétiques des populations, Masson, 1970. / (en) The Genetic Structure of Populations, Springer, 1974.
  • Les probabilités, Presses universitaires de France, collection « Que sais-je ? », 1974.
  • Génétique des populations humaines, Presses universitaires de France, 1974. / (en) Genetics of Human Populations, Freeman Cooper & Co, 1978.
  • L’Étude des isolats. Espoirs et limites, Presse universitaires de France et INED, 1976.
  • Concepts en génétique des populations, Masson, vol. 4 de la collection « biologie évolutive », 1977. (ISBN 2-2254-7157-6 et 978-2-2254-7157-5)

Ouvrages de vulgarisation scientifique[modifier | modifier le code]

Ouvrages philosophiques ou politiques[modifier | modifier le code]

Préfaces et postfaces d'ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Pierre Gamarra et Bernard Épin, L’Éducation civique, c'est quoi aujourd'hui ? ill. Daniel Maja, La Farandole, 2011
  • Nucléaire : idées reçues et scénarios de sortie, ill. F’Murrr, Utopia, 2011

Ouvrage autobiographique[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'annonce du décès d'Albert Jacquard sur francetvinfo.fr.
  2. Meddeh Belkanichi, « Le mot croyance est très dangereux », sur Le Télégramme, jeudi 8 décembre 2011.
  3. « Droits Devant ». L'idée folle d'une université sans amphithéâtre, par SIMONNOT Dominique, mis en ligne le 9 janvier 1995, liberation.fr.
  4. Émission de France 5 Empreintes : Albert Jacquard, jamais sans les autres diffusée le 11 janvier 2008.
  5. « En juillet 1943, j'ai d'abord obtenu mon bac 'math'élém', le bac scientifique de l'époque, avec mention bien. Dans la foulée, je me suis inscrit pour le bac 'philo', étant déjà très attiré par cette matière. Je l'ai obtenu en octobre de la même année, cette fois avec la mention assez bien. » Marathonien de l'humanisme, de retour aux sources, article du 16 avril 2008, La presse de Gray.
  6. La possession du double baccalauréat sciences + philosophie donnait alors des points supplémentaires à l'X, et resta une tradition répandue chez de nombreux « taupins » des lycées Saint-Louis et Louis-le-Grand bien après la suppression de ces points supplémentaires ; cependant, dans la plupart des cas, le baccalauréat philosophie était présenté — et obtenu — à la fin de l'année de mathématiques supérieures.
  7. Émission de France 5 Empreintes : Albert Jacquard, jamais sans les autres diffusée le 11 janvier 2008 [1].
  8. Albert Jacquard : « Le surhomme, c'est nous », Psychologies.com, publié en mars 2012.
  9. « Collège Jacquard : mobilisation des parents », basse-normandie.france3.fr.
  10. Le Genre Humain (Éditions du Seuil, 54 numéros parus entre 1981 et 2013).
  11. (eo) « Adiaŭ, Albert Jacquard », sur e-d-e.org, publié le 12 septembre 2013.
  12. « L'appel de huit vieux en colère », www.lexpress.fr (page consultée le 7 mai 2012).
  13. « Albert Jacquard soutient Jean-Luc Mélenchon », blog de Martine Billard, (page consultée le 12 avril 2012).
  14. Albert Jacquard soutient le Front de gauche, sur le site « Place au peuple ! », mis en ligne le 13 avril 2012.
  15. « Albert Jacquard votera Mélenchon : « Il me fait penser à Jaurès » » (page consultée le 14 avril 2012).
  16. Le Figaro, 18 avril 2012.
  17. http://www.alliance-ecologiste-independante.com/actualites/dans-les-medias/communiques-de-presse/249-albert-jacquard-apporte-son-soutien-a-jean-marc-governatori
  18. Derrière 'Propriété intellectuelle', se camoufle un désir de tromper.
  19. « Rencontre entre Richard Stallman et Albert Jacquard », Free Software Foundation, 3 juin 2011.
  20. Campagne de pétition pour l’espéranto au Bac, sur le site de SAT-Amikaro.
  21. Débat d'idées. Albert Jacquard ne lâche rien, Le Télégramme - Quimper ville, publié le 4 février 2012.
  22. Interview d’Albert Jacquard publiée dans le journal L’Aberration, édité par le Réseau Sortir du nucléaire en 2001.
  23. « Albert Jacquard, prix Lyssenko pour l'ensemble de son œuvre », sur Club de l'Horloge.
  24. archives des chroniques.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]