Diagoras de Mélos

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Diagoras de Mélos (en grec: Διαγόρας ὁ Μήλιος), parfois dénommé Diagoras le Mélien ou Diagoras l'Athée (Ἄθεος) (vers 475 av. J.-C. - après 410 av. J.-C.) est un législateur, poète lyrique et sophiste grec, disciple de Démocrite, resté comme l'un des plus célèbres athées de l'antiquité[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Diagoras était le fils de Téléclidès ou Teleclytus, et est né dans l'île de Mélos, une des Cyclades[2].

Poète lyrique, législateur[modifier | modifier le code]

Dans sa jeunesse Diagoras a acquis une réputation comme poète lyrique, au point d'être mentionné aux côtés des plus grands poètes lyriques Simonide de Céos, Pindare et Bacchylide[2].

Parmi ses dithyrambes trois nous sont parvenus : l'éloge d'Arianthes d'Argos, personne par ailleurs inconnue; un second sur les Mantinéens et un troisième sur Nicodore, un homme politique de Mantinée. Ce dernier est notamment célébré en tant qu'homme d'état et législateur de sa ville natale. Dans les faits, Diagoras était son amant et il avait en partie ou entièrement rédigé la remarquable constitution démocratique de la ville, autour de 425 av. J.-C.[3],[4].

Diagoras d'esclave devint disciple de Démocrite après que celui-ci, dans l'admiration de ses dons, a payé une très forte rançon (1000 drachmes) pour l'affranchir[2],[5].

Une allusion des Nuées d'Aristophane - sachant qu'elle a été représentée pour la première fois en 423 av. J.-C. et révisée par l'auteur en 418/416 (c'est ce texte révisé qui nous est parvenu), implique qu'à cette période (423-416), Diagoras était déjà connu à Athènes.

Le procès d'impiété[modifier | modifier le code]

Vers 416/415 av. J.-C.[6], Diagoras est accusé d'impiété par les Athéniens[n 1], on en ignore cependant la cause exacte, les témoignages nous rapportant différentes versions.

Selon diverses sources[7],[8],[9] reprises par la Souda[10], il aurait non seulement critiqué les Mystères d'Éleusis mais il en aurait en outre révélé le fonctionnement aux profanes, tout en dissuadant ceux qui voulaient être initiés. D'autres actes d'impiété sont parfois évoqués[n 2],[n 3]

La Souda[2] évoque une autre explication, liée à un premier procès, où Diagoras accuse un homme de lui avoir volé un péan. Mais l'accusé confirmant effrontément qu'il en était l'auteur, Diagoras perdit son procès et vit de plus l'imposteur remporter un certain succès avec son péan. Diagoras se serait alors récrié contre les Dieux qui ne punissait pas le menteur, allant jusqu'à rédiger les Ἀποπυργίζοντας λόγους (Discours qui renversent les tours) où il aurait clairement exposé son athéisme. À noter que pour Winiarczyk (pl) et Woodbury, cet argument serait une pure invention des biographes hellénistiques[11].

Il n'est pas impossible non plus que l'accusation soit due au contexte politique de la guerre du Péloponnèse. Après le massacre des Méliens 416 av. J.-C., Diagoras, d'origine mélienne, et ayant de plus intervenu pour les Mantinéens qui venaient de se retourner contre les Athéniens, faisait vraisemblablement de facto l'objet de suspicions - qu'il est ouvertement ou non critiqué les Athéniens. Il faut aussi ajouter à ce contexte, les actes d'impiété : la mutilation des Hermès (415 av. J.-C.), les parodies des Mystères d’Éleusis, impliquant notamment Alcibiade, la profanation par un dénommé Cinésias des statues d'Hécate[1].

Quelle qu'en soit la cause, le procès condamne Diagoras à mort, sa tête étant de plus mise à prix (un talent pour sa mort, deux vivant)[12],[10]. Diagoras avait cependant déjà fui à Pellenes hors de portée de la législation athénienne.

Selon les sources, il meurt dans un naufrage[n 4] ou à Corinthe[2].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Œuvres lyriques[modifier | modifier le code]

Seul 2 petits fragments des dithyrambes à Arianthes d'Argos (fr. 1) et Nicodore de Mantinée (fr. 2) nous sont parvenus[n 5].

Œuvres philosophiques[modifier | modifier le code]

Concernant ces œuvres philosophiques, on lui attribue les discours Ἀποπυργίζοντας λόγους (discours qui renversent les tours) mais nous n'en possédons aucun fragment - excepté peut-être le fragment de Deverni (cf. ci-dessous). Ceci explique - bien qu'il soit disciple de Démocrite, son absence des Présocratiques de Diels.

D'autre part, les Φρν́γιοι λόγοι (discours phrygiens) attribués à Démocrite[13] seraient de Diagoras[14]. Il est aussi possible que les Ἀποπυργίζοντας λόγους et les Φρν́γιοι λόγοι soient un seul et même texte.

Concernant sa philosophie, Cicéron, pour qui l'athéisme de Diagoras ne fait aucun doute[n 6], rapporte dans le De natura deorum (de la nature divine) les deux anecdotes suivantes :

« Étant à Samothrace, on montra à Diagoras des ex voto de personnes réchappées d’un naufrage. « Regardez cela, lui dit-on, vous ne croyez pas qu’il y ait une providence en laquelle il faut croire ? » Ce à quoi Diagoras répondit ceci : « je ne m’étonne pas de voir les tableaux de ceux qui sont réchappés. La coutume est que l’on peigne ces gens là. Mais on ne s’avise nulle part de représenter ceux qui périssent sur mer tout en ayant cru à la même providence. » Pourquoi croire si au bout du compte la providence fait son tri et sélectionne ceux qu'elle privilégie en abandonnant les autres? »

— Cicéron, De Natura Deorum, III.37

« Diagoras à bord d‘un vaisseau traversait une forte tempête en mer. Pendant le gros temps on se mit à dire à Diagoras que l’équipage et les passagers méritaient ce qu’ils enduraient puisque le bateau transportait un impie. Ce à quoi Diagoras répondit : « regardez les autres navires en ce moment dans la même tempête que nous. Croyez vous que je suis aussi sur chacun de ces bâtiments ? » Vivez bien ou mal, il est certain que ce n'est pas ce qui fera ou détruira votre fortune. »

— Cicéron, De Natura Deorum, III.37

L'auteur du Papyrus de Derveni ?[modifier | modifier le code]

Fragments du papyrus de Derveni (Musée archéologique de Thessalonique)
Article détaillé : Papyrus de Derveni.

Le texte du Papyrus de Derveni - un papyrus qu'on peut dater du milieu du IVe siècle av. J.-C. - cite et commente un poème orphique (plus précisément une théogonie) en hexamètres. On a affaire aux vestiges d'un traité qui a dû être composé vers 420 av. J.-C., peut-être dans l'entourage du philosophe Anaxagore. Le philologue Richard Janko (en) a proposé[15] d'en attribuer la paternité à Diagoras de Mélos, qui encourut à Athènes la même accusation d'impiété et d'athéisme qu'Anaxagore. Pour Janko le fragment serait un extrait des Ἀποπυργίζοντας λόγους.

Publication[modifier | modifier le code]

Éditions modernes des fragments lyriques[modifier | modifier le code]

  • (la+grk) Theodor Bergk, Poetae lyrici greeci : Poetas melicos continens, Leipzig,‎ 1847, p. 958.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources antiques contemporaines de Diagoras[modifier | modifier le code]

Sources anciennes[modifier | modifier le code]

Liste non exhaustive - on trouvera dans l'ouvrage de Winiarczyk[16] l'ensemble des textes où son nom est mentionné, par ordre chronologique :

Études modernes[modifier | modifier le code]

  • [SMITH 1870] William Smith, « Diagoras », dans Dictionary of Greek and Roman Biography and Mythology,‎ 1870 (lire en ligne), p. 897-899
  • [DIELS-KRANZ 1903-1952 (éd. Pléiade 1988)] Hermann Diels (trad. Jean-Paul Dumont, Jean-Louis Poirier et Daniel Delattre), Les Présocratiques, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade »,‎ 1988
  • [JACOBI 1959] (en) F. Jacoby, Diagoras O Ἄθεος,‎ 1959
  • [WOODBURY 1965] (de) L. Woodbury, « The date and atheism of Diagoras de Melos », Poenix, no 19,‎ 1965, p. 178-211
  • [WINIARCZYK 1979] (de) M. Winiarczyk, « Diagoras von Melos : Wahrheit und Legende I », Eos, no 67,‎ 1979, p. 191-213
  • [WINIARCZYK 1980] (de) M. Winiarczyk, « Diagoras von Melos : Wahrheit und Legende II », Eos, no 68,‎ 1980, p. 51-75
  • [WINIARCZYK 1981] (la) M. Winiarczyk, Diagorae Melii et Theodori Cyrenaei reliquiae, Leipzig, B.G. Teubner,‎ 1981
  • [ROMILLY 1988] J. de Romilly, Les Grands Sophistes dans l’Athènes de Périclès, éditions de Fallois,‎ 1988
  • [JANKO 2001] (en) R. Janko, « « The Derveni Papyrus (Diagoras of Melos, Apopyrgizontes Logoi ?): a New Translation » », Classical Philology, vol. 96 (1),‎ 2001, p. 1–32.
  • [BETEGH 2004] (en) Gábor Betegh, The Derveni Papyrus: Cosmology, Theology and Interpretation, Cambridge, Cambridge University Press,‎ 2004, 456 p. (ISBN 9780521047395)
  • [WILL 2006] (de) Wolfgang Will, Der Untergang von Melos : Machtpolitik im Urteil des Thukydides und einiger Zeitgenossen, Bonn,‎ 2006 (ISBN 3-7749-3441-X)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ce procès est évidemment à rapprocher de ceux d'Anaxagore (vers 431 av. J.-C.), de Protagoras (vers 420 av. J.-C.?) et de Socrate (399 av. J.-C.) qui, lors de son procès, sera même qualifié de mélien (bien qu'athénien) en référence à Diagoras.
  2. « On rapporte encore à propos de Diagoras le Mélien cette anecdote. Entrant dans une auberge, ne trouvant que des lentilles pour son diner et le logis dépourvu de bois pour les cuisiner, Diagoras s’adressa alors à une représentation d’Hercule, dieu tutélaire du logis, sous forme d’idole votive, en ces termes considérés comme injurieux « Hercule, il faut qu’aujourd’hui je vous fasse entreprendre un treizième travail, le combat contre les lentilles. »
  3. « Une autre fois entrant dans la basse cour où les prêtres prenaient augure du repas des volailles pour prédire l’avenir, voyant que tout le collège était grandement effrayé de ce que les poulets ne mangeaient pas, Diagoras prit les poulets et les plongeant trois ou quatre fois dans une cuve pleine d’eau dit « vous boirez, puisque vous ne mangez plus » »
  4. de manière similaire à Protagoras fuyant son procès d'impiété.
  5. On en trouvera le texte in Poetae lyrici greeci 1847, p. 958 de Theodor Bergk (de).
  6. « C'est ainsi qu'en ce qui concerne les dieux, tandis que la plupart des philosophes affirment leur existence, thèse raisonnable et à laquelle la nature nous incline, Protagoras la tient pour douteuse, Diagoras de Mélos et Théodore de Cyrène la nient sans réserve. » Cicéron, De Natura Deorum, I.1

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b [ROMILLY 1984], p. 168
  2. a, b, c, d et e [Souda art. Διαγόρας (delta.523)]
  3. Élien, Histoire Variée, Livre II, chapitre XXII-XXIII : Des lois des Mantinéens et de l'athlète Nicodore leur législateur
  4. [WILL 2006], p. 66–68
  5. Hésychios de Milet, De verus Illustribus 17
  6. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XIII.6
  7. Melanthius, Sur les mystères d’Éleusis
  8. Crateros
  9. le scholiaste d'Aristophane des Oiseaux (v.1073)
  10. a et b [Souda art. Διαγόρας ὁ Μήλιος (delta.524)]
  11. [BETEGH 2004], p. 374
  12. Aristophane, Les Oiseaux, v. 1072-73
  13. cf. Les Présocratiques (éd. Pléiade) : Démocrite B CCXCIX e (p.917 et note 5 p.1494).
  14. Tatien, Le Discours aux Grecs, XXVII
  15. [JANKO 2001]
  16. [WINIARCZYK 1981]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]