Apostasie dans le christianisme

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L'apostasie consiste à renier ou à renoncer à son ancienne foi religieuse. Cet article examine cette question du point de vue du christianisme.

D'une façon générale, lorsqu'il y a une scission pour des raisons doctrinales, chaque groupe qui en est issu accuse l'autre d'apostasie. Ces sentiments agressifs s'estompent plus ou moins avec le temps. Des rapprochements peuvent alors s'opérer, sans forcément renoncer à ses convictions : les relations entre catholicisme et orthodoxie en sont un exemple actuel.

Église catholique romaine[modifier | modifier le code]

L'apostasie est, littéralement, une « désertion ». Dans l'Église catholique, le terme est appliqué dans deux domaines différents : l'apostasie dite « de foi » consiste à abandonner la foi chrétienne, éventuellement pour embrasser une autre religion ; l'apostasie « des vœux de religion » consiste, pour un(e) religieux(se) à quitter l'ordre où il (elle) a fait profession. Thomas d'Aquin définissait l'apostasie comme « une certaine façon de s'éloigner de Dieu », et distinguait bien « l'apostasie de la vie religieuse » de « l'apostasie par incroyance » : cette dernière « sépare totalement l'homme d'avec Dieu, ce qui n'arrive pas dans n'importe quel autre péché »[1].

On peut donc définir l'apostasie comme le reniement de la foi et des principes de la foi catholique, ce qui inclut également les dogmes et des traditions et articles de foi formulés par les papes et les conciles, les enseignements des Pères de l'Église et les enseignements ordinaires du magistère. Thomas d'Aquin et, à sa suite, les théologiens et canonistes établissaient une distinction très nette entre l'infidèle (celui qui n'a jamais reçu le baptême et qui professe un autre religion que la catholique) et l'apostat : ce dernier était plutôt assimilé à l'hérétique (celui qui dévie du dogme et des enseignements de l'Église). En effet, le sacrement du baptême était considéré comme définitif, du moment que les conditions de validité énoncées par le droit canonique avaient été respectées. De plus, le baptisé devait obéir aux préceptes de l'Église qui, à travers les tribunaux des évêques, exerçait un pouvoir de juridiction sur les fidèles. Le juriste romain Prospero Farinacci (1554-1618) assimilait ainsi l'apostat et l'hérétique : il suivait l'opinion commune des Docteurs car, malgré la nuance entre hérésie et apostasie, les normes et les peines canoniques concernant le crime d'hérésie s'appliquaient également au crime d'apostasie[2]. L'apostasie était même considérée comme plus grave, puisqu'il s'agissait d'un abandon total, et pas seulement d'une contestation partielle, de la foi chrétienne par l'individu : or si l'apostat refusait la foi chrétienne, il était toujours considéré comme justiciable des tribunaux d'Église et, en particulier, de l'Inquisition dans les pays où elle était établie.

Un cas spécifique posé aux canonistes et aux évêques était celui des apostasies forcées : les persécutions de chrétiens dans l'empire romain ou, plus tardivement, la capture de chrétiens par les musulmans en Méditerranée pouvaient conduire à ces reniements sous la contrainte. Sur cette question, canonistes et inquisiteurs ont fini par énoncer une modulation des peines en fonction des circonstances du reniement. Les apostats concernés pouvaient ainsi être réintégrés dans l'Église moyennant une pénitence[3].

Dans l'Europe des XIIIe-XVIIe siècles, les nouveaux convertis venus du judaïsme et de l'islam étaient fréquemment soupçonnés de rester fidèles à la religion de leurs ancêtres. Puisqu'ils avaient reçu le baptême (soit sous la menace de la mort ou de l'expulsion, pour éviter diverses violences ou pour être libérés des discriminations touchant les infidèles dans la société du temps), ils étaient considérés comme des apostats et des hérétiques. Le droit canonique leur appliquait les mêmes sanctions qu'aux hérétiques, c'est-à-dire la peine capitale[4]. Article connexe : marranisme.

Comme l'Église, pour infliger les peines prévues par le droit canonique, devait recourir au « bras séculier » (le pouvoir civil), en pratique le châtiment des apostats était pris en charge par les États. Par la suite, la sécularisation des États en Occident et la reconnaissance de la liberté de conscience ont contribué à faire de l'apostasie une affaire d'ordre purement spirituel entre l'individu et l'Église.

Protestantismes[modifier | modifier le code]

Dans le protestantisme, notamment dans la période ouverte par le Réveil du début du XIXe siècle, et jusqu'aux mouvements fondamentalistes et pentecôtistes du début du XXe, l'affrontement théologique a été très fort, et cette accusation très fréquente. Il arrive aujourd'hui encore que des Églises fondamentalistes considèrent comme apostates d'autres Églises, accusées d'avoir abandonné les « fondamentaux » de la foi chrétienne.

Toutefois, environ 420 millions de chrétiens évangéliques et 3 millions d'églises dans 128 pays collaborent avec l'association (loi 1901) « Alliance Évangélique » qui date de 1846 et est présente en France depuis 1847. Elle rassemble des individus, des associations et des églises issues de la Réforme protestante du XVIe siècle en Europe, unis par les convictions communes aux chrétiens évangéliques.


Pour le sens de l'apostasie individuelle dans le protestantisme, il faut d'abord avoir une définition précise du cadre de l'appartenance au groupe : pour savoir qui est dehors, il faut définir ce qu'est « être dedans ». Dans le christianisme, globalement, appartient à l'Église celui qui appartient au Christ, à savoir, qui reconnaît Jésus-Christ comme son sauveur. Le protestantisme assume globalement cette définition, mais il reste divisé sur les modalités de son application :

  • appartenance par le baptême pour les pédo-baptistes (pratique du baptême du nourrisson) : appartenance par la naissance (ex. : églises « historique », réformée, luthérienne) ;
  • appartenance par profession personnelle de sa foi: appartenance par choix. ex: beaucoup d'églises protestantes et évangéliques, de pratique baptiste (baptême des adultes).

Ici donc, l'apostasie correspond au rejet ou à la modification de ce principe fondateur du groupe, à savoir, la reconnaissance de Jésus-Christ comme son sauveur et seigneur.

Pour ce qui est de l'attitude protestante concrète face à l'apostasie, après quelques balbutiement houleux durant les premières décennies de la réforme et une répression violente par endroit des mouvements dissidents, l'attitude globale face à une personne ou un groupe qui tourne le dos à la Foi, après l'avoir acceptée, ne suscite pas de violence physique. Il reste de toute évidence une pression morale ou sociale selon l'intensité des liens au sein du groupe rejeté ; toutefois cette pression reste difficilement quantifiable ou généralisable à l'ensemble du protestantisme (grande diversité de chacun des groupes). Précisons toutefois que le terme est actuellement très rarement utilisé dans les milieux protestants; on parlera plutôt de rejet de la Foi ou d'éloignement/rejet de l'Église.

Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours[modifier | modifier le code]

Selon l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, quand des gens ou des groupes se détournent des principes de l'Évangile, ils sont en état d'apostasie. Lorsque les hommes corrompent les principes de l'Évangile et apportent des modifications non autorisées à l'organisation et aux sacrements de l'Église, l'apostasie est généralisée.

Selon la doctrine mormone, il s'est produit plusieurs périodes d'apostasie générale tout au long de l'histoire du monde. La période appelée la Grande apostasie s'est produite après la mort des apôtres et a duré jusqu'au Rétablissement. Selon la doctrine mormone, il n'y aura pas d'autre apostasie générale avant la seconde venue de Jésus-Christ[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Thomas d'Aquin, Somme Théologique, IIa IIae, q. 12, art. 1 et 2, trad. française : La Somme de théologie (Tome III), Paris, Les Editions du Cerf, p. 93-95.
  2. P. Farinacci, Tractatus de haeresi, Anvers, 1616, question 183, p. 105-108.
  3. Isabelle Poutrin, « L’Église et les consentements arrachés. Violence et peur dans le baptême et l’apostasie (Espagne, XVIe-XVIIe siècle) », Rivista di Storia del Cristianesimo, 7, 2/2010, p. 489-508.
  4. Bulle Turbato Cordo (Clément IV) reprise par Grégoire X (1273) concernant les juifs ; même bulle, cette fois contre les Sarrasins, sous Grégoire XI (1372) : Cherubini, Magnum Bullarium Romanum, vol. 1, p. 184, p. 284.
  5. James E. Talmage, La Grande Apostasie (Salt Lake City, 1909)

Lien externe[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]