Têtu (magazine)

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Têtu
Image illustrative de l'article Têtu (magazine)

Pays Drapeau de la France France
Langue Français
Périodicité Mensuel
Genre LGBT
Prix au numéro 5 €
Diffusion 32 775 ex. (2014)
Fondateur Pascal Loubet
Didier Lestrade
Date de fondation Juillet 1995
Date du dernier numéro Juillet 2015
Éditeur Communication Presse Publication Diffusion (CPPD SAS)
Ville d’édition Paris

Propriétaire Pierre Bergé
Jean-Jacques Augier
Rédacteur en chef Thomas Doustaly
Gilles Wullus
Yannick Barbe
ISSN 1265-3578
OCLC 35712662
Supplément
  • TÊTU+
  • SO TÊTU
  • TÊTU Voyage

Têtu était un magazine mensuel gay français créé en 1995 par Didier Lestrade et Pascal Loubet avec le soutien financier de Pierre Bergé. Après vingt ans d'existence et 212 numéros, Têtu a cessé de paraître en juillet 2015. Le magazine est resté la propriété de Pierre Bergé de 1995 à 2013, date de sa revente à Jean-Jacques Augier. En 2014, l'année précédant sa disparition, Têtu était diffusé à près de 33 000 exemplaires par mois.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le premier numéro du magazine paraît en à l’occasion de la Gay Pride parisienne, à l'initiative de Didier Lestrade[1] et Pascal Loubet[2]. Pour la première fois, un magazine homosexuel obtient dans ses pages des annonceurs généralistes : couturiers, stylistes, opérateurs de téléphone, fournisseurs d'accès à Internet, parfumeurs, marques d'eau minérale, etc. Deux numéros suivent le premier opus, avant une interruption jusqu'au mois de , date à partir de laquelle le magazine sort de manière ininterrompue aux alentours du 20 de chaque mois. Dès la sortie de son premier numéro, Têtu prend le relais du magazine Le Gai Pied, disparu à l'automne 1992 (1979-1992), en devenant très rapidement le magazine référent de la communauté homosexuelle.

À son origine, Têtu s'est défini comme « le magazine des gays et des lesbiennes », slogan abandonné en 2007. Cependant, son lectorat principalement masculin va orienter le magazine vers des couvertures montrant surtout des hommes. Au mois de , une nouvelle rubrique consacrée aux filles apparaît : « TÊTUE ». Cette rubrique exclusivement lesbienne voit le jour sous la forme d’une section de quatre pages, jusqu’en . À cette date, la ligne éditoriale choisie est de faire de Têtu un magazine masculin. Chaque numéro comprend une rubrique sur le sida nommée « TÊTU + » coordonnée par Luc Biecq. Un guide d'information sur le VIH, appelé également « TÊTU + », est diffusé tous les deux ans depuis à raison de 200 000 exemplaires.

Certaines personnalités choisissent Têtu pour faire leur coming out (Emmanuel Moire, Bruno Julliard) ou parler pour la première fois en longueur de leur homosexualité (Franck Riester, Muriel Robin[3]), tandis que certains hommes politiques y acceptent les interviews pour montrer leur ouverture d'esprit ou leur solidarité avec la communauté homosexuelle (notamment dans la lutte contre les discriminations et pour l'égalité des droits). En , Lionel Jospin et Jacques Chirac, candidats à la présidentielle, accordent une interview au magazine : c'est alors la première fois qu’un Premier ministre et un président de la République en exercice répondent aux questions d’un magazine homo. Depuis, les principaux candidats aux élections présidentielles de 2007 (Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy…) et 2012 (François Hollande, Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, François Bayrou, Eva Joly…) ont répondu aux questions de Têtu.

Au fil des années, de nombreuses célébrités répondent aux questions de Têtu et en font parfois la couverture, telles que Catherine Deneuve à deux reprises (1996 et 2010), Valérie Lemercier, le nageur Frédérick Bousquet, Jamel Debbouze, Diane Kruger, les rugbymen Nick Youngquest et Alexis Palisson, ou encore Mylène Farmer en 2008 : la chanteuse, qui n’accorde que de rares interviews, choisit cette année-là le magazine pour s’y dévoiler puis en 2012. En dehors des célébrités, ce sont généralement des modèles masculins qui sont choisis pour poser en couverture. Ceux que le magazine appelle les « cover boys » sont photographiés par de grands noms tels que Jean-Baptiste Mondino, Mathias Vriens, David Amstrong ou encore Walter Pfeiffer.

Au mois de juin 2013, pour la première fois, le magazine choisit de mettre en couverture un père homosexuel tenant son enfant dans les bras[4].

Le 1er juin 2015, le magazine est placé en redressement judiciaire[5]. Les pertes ont atteint 1,1 million d’euros en 2014 et devraient s’élever à 600 000 euros en 2015[6].

Le 23 juillet 2015, le magazine est placé en liquidation judiciaire[7]. Le numéro de juillet-août 2015 est le dernier à paraître.

Ligne éditoriale et finances[modifier | modifier le code]

Thomas Doustaly a été le rédacteur en chef, puis le directeur de la rédaction de Têtu pendant plus de dix ans. En , le magazine subit une crise interne[8] avec le licenciement de plusieurs membres de la rédaction, la presse s'en est fait écho, dont le site Rue89[9],[10] et le journal Le Monde 2[11]. Finalement, Thomas Doustaly quitte ses fonctions en . Le , Pierre Bergé nomme Gilles Wullus rédacteur en chef, puis directeur de la rédaction à partir de . Journaliste à Libération depuis 1994, il en était le rédacteur en chef Édition quand il a quitté le quotidien en 2007. Dans un contexte de crise de la presse depuis l'automne 2008, il parvient à contenir l'érosion des ventes dans les limites de celle du marché des magazines. En 2011, il inverse la tendance et les ventes progressent de 1,64 %, première année positive depuis 2007[12].

Une nouvelle formule paraît en  : le magazine se décompose alors entre un journal principal, axé sur la culture, la mode, le people, les voyages, le lifestyle, la psycho, et un deuxième magazine plus petit, TÊTU News, inséré à l'intérieur centré sur l'actualité LGBT en France et dans le monde et sur les associations LGBT françaises.

Après le recrutement d'un nouveau directeur artistique en , et d'un nouveau directeur délégué, Jean-Marc Gauthier, venu du Lagardère SCA fin pour redresser les comptes, le magazine paraît sous une nouvelle formule à partir du , entièrement re-designée, enrichie de nouvelle rubriques (sport, cuisine, auto, sexo, 15-20 ans, déco), et qui voit l'arrivée de nouveaux chroniqueurs, les écrivains Philippe Besson, par ailleurs animateur de l'émission Paris Dernière, et Abdellah Taïa, prix de Flore 2010. Le format du magazine change et un nouveau cahier central, SO TÊTU remplace l’ancien TÊTU News. SO TÊTU se veut la partie la plus communautaire du magazine, incluant un annuaire des adresses gays et gay-friendly à Paris et en régions, les dossiers sexy et pages associatives.

En , Têtu lance son application iPad, avec lecture optimisée du magazine, possibilité d’achat d’anciens numéros en format numérique avec possibilité d’abonnement via le Kiosque de l'Apple Store.

Plusieurs fois dans l'année, le magazine édite des hors-séries, dont TÊTU Voyage une fois par an, seule publication tourisme dédiée au public homosexuel masculin. Cette nouvelle formule rencontre le succès : le magazine voit ses ventes augmenter de plus de 10 % sur les 6 premiers numéros selon le journal et selon l'OJD[13]. Du coup, début 2012, le magazine obtient deux nominations (« magazine de l'année », prix de l'innovation) dans le concours organisé chaque année par le Syndicat de la presse magazine.

Néanmoins, en octobre 2012, Pierre Bergé met en vente le magazine après une perte de 2,3 millions d'euros, pratiquement le double de l'année précédente et cherche un repreneur. Jean-Jacques Augier, homme d'affaires et ancien trésorier de campagne et proche de François Hollande, rachète le titre en février 2013[14].

Un plan social est alors annoncé. Sur 27 salariés, il prévoit la suppression de 16 postes, dont celui de Jean-Marc Gauthier. Gilles Wullus, quant à lui, est remercié dès mars 2013. Les postes sont supprimés essentiellement à la rédaction, à la maquette et dans les services administratifs. Une grève des salariés est observée pendant un jour[15]. Autre changement, la liquidation de Têtu.com (et la disparition de Têtue.com, seul site français à destination des lesbiennes), à cause des pertes du site web de Têtu, estimées à 400 000 € en 2012[16].

Yannick Barbe, rédacteur en chef adjoint du magazine de 2001 à 2006, rédacteur en chef de 2006 à 2007 puis rédacteur en chef du site internet Yagg jusqu'en 2013, prend la direction de la rédaction du magazine[17].

Pour Pascal Bories, rédacteur en chef du journal en ligne Causeur, la fin du soutien financier de Pierre Bergé s'expliquerait par le fait que celui-ci ayant atteint ses objectifs politiques, « il n’avait plus de raison de porter à bout de bras ce coûteux organe militant »[18].

Diffusion[modifier | modifier le code]

Le magazine était diffusé à 32 775 exemplaires en moyenne en 2014[19]. En 2012, il était diffusé à 41 961 exemplaires.

Rubriques et chroniqueurs notables[modifier | modifier le code]

Site internet[modifier | modifier le code]

Têtu.com, site officiel du magazine, voit le jour en 1997. La première version du site propose seulement des portraits de l'équipe, sondages en ligne, éditos et albums photos. En octobre 1999, têtu.com se refond dans une nouvelle version, plus complète, plus axée sur l’actualité. La rédaction web devient un service à part entière. Peu à peu, le magazine et le site vont se redéfinir l'un par rapport à l'autre pour devenir complémentaires.

En février 2009, têtu.com est relancé, avec un design entièrement neuf et de nouveaux contenus. Le site se décline en deux, l'un à destination des gays, Têtu.com, l'autre à destination des lesbiennes, Têtue.com, seul site web francophone d’actualité 100% lesbien. Cette nouvelle version est récompensée du prix du meilleur site de magazine pour l'année 2010 par le Syndicat de la presse magazine. Sur Facebook, Têtu se classe premier magazine masculin en nombre de fans[20].

À l'issue du rachat du magazine par Jean-Jacques Augier, le site internet du magazine a rejoint la plate-forme du site Yagg fin juin 2013. LGNET, société éditrice de Yagg, et CPPD, qui édite Têtu, ont signé un contrat de prestation rédactionnelle et technique valable jusqu'en décembre 2014[21]. Depuis, têtu.com a retrouvé un site indépendant géré par la rédaction du magazine.

Après la fin de la parution papier, le site disparaît en octobre 2015[22], avant d'être remis en ligne au début 2016[23].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Vous avez interviewé Didier Lestrade », sur 20minutes.fr,‎ (consulté le 19 novembre 2012).
  2. « Des personnalités fêtent les 15 ans de Têtu- Regardez », sur jeanmarcmorandini.com,‎ (consulté le 19 novembre 2012).
  3. « Muriel Robin dans TÊTU: « Avant, je disais que j’étais bisexuelle, je me suis trompée » , tetu.com, le 19 octobre 2011
  4. « Un père homosexuel et son bébé en une de Têtu », leparisien.fr, 29 mai 2013
  5. « Opération sauvetage pour le magazine gay Têtu », lemonde.fr, 1er juin 2015.
  6. « Têtu placé en redressement judiciaire », 20minutes.fr, 1er juin 2015.
  7. « Le magazine « Têtu » placé en liquidation judiciaire », lemonde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  8. Tentative de suicide d'un salarié administratif
    « Licenciements, tentative de suicide : Têtu en pleine crise », sur rue89.nouvelobs.com,‎ (consulté le 8 septembre 2015)
  9. « Licenciements, tentative de suicide : Têtu en pleine crise », sur rue89.com,‎
  10. Autre article sur Site89
  11. Crise à la rédaction du journal « Têtu », Le Monde (archive payante).
  12. 39 761 exemplaires en moyenne par mois en 2011 selon l'OJD OJD
  13. http://www.ojd.com/adherent/document/4941DSH201101201112
  14. http://www.bfmtv.com/societe/vendu-tetu-navigue-eaux-troubles-426838.html
  15. http://www.telerama.fr/medias/les-salaries-de-tetu-en-greve-contre-un-plan-social,95019.php
  16. I.H., « Têtu.com et Yagg.com s’acoquinent », sur liberation.fr, Libération,‎ 18 juin 2013 à 21 h 16 (consulté le 28 juin 2013) : « Pour justifier ce rapprochement, Augier avait affirmé qu’en 2012, les deux sites de Têtu (Têtu.com et Têtue.com) affichaient des pertes de 400 000 euros. »
  17. Yannick Barbe, co-fondateur de Yagg, devient directeur de la rédaction de Têtu, « Coulisses » de Yagg.com
  18. « De quoi Têtu est-il l’adjectif ? », causeur.fr, 27 juillet 2015
  19. « Têtu – Chiffres – OJD », sur ojd.com (consulté le 20 juillet 2015).
  20. « Réseaux sociaux : Le Monde est champion, France 24 cartonne », sur rue89.com,‎ (consulté le 7 septembre 2015)
  21. « Le mariage de Yagg et Têtu attendra », sur pressenews.fr,‎ (consulté le 7 septembre 2015).
  22. http://rue89.nouvelobs.com/2015/10/17/apres-magazine-site-tetu-a-disparu-261709
  23. « Le magazine gay « Têtu » se relance sur Internet », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)