Nina Bouraoui

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Nina Bouraoui
Description de l'image Nina Bouraoui.jpg.
Nom de naissance Yasmina Bouraoui
Naissance (52 ans)
Rennes, Ille-et-Vilaine, France
Activité principale
Distinctions
Prix du Livre Inter en 1991
Prix Renaudot en 2005 Commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres
Auteur
Langue d’écriture Français
Genres

Œuvres principales

  • La Voyeuse interdite (1991)
  • Garçon manqué (2000)
  • La Vie heureuse (2002)
  • Mes mauvaises pensées (2005)
  • Nos baisers sont des adieux (2010)
  • Standard (2014)
  • Beaux rivages (2016)
  • Tous les hommes désirent naturellement savoir (2018)

Nina Bouraoui est une romancière française née le à Rennes, d'un père algérien (originaire de Jijel, dans le pays des Kotama) et d'une mère bretonne.

Le déracinement, la nostalgie de l'enfance, le désir, l'homosexualité, l'écriture et l'identité sont les thèmes majeurs de son travail. Elle est commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres et ses romans sont traduits dans une quinzaine de langues.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ses parents se rencontrent à Rennes, en 1960, en pleine guerre d'Algérie alors qu'ils sont étudiants[1]. Son père souhaitait partir pour le maquis, où son frère avait été tué pour lutter pour l'indépendance, mais, brillant élève, il avait été envoyé en France à Vannes, pour poursuivre ses études[1]. Il y passe son bac qu'il obtient avec mention et, recommandé par le proviseur de son lycée, entre comme boursier à la faculté d'économie de Rennes. Il obtient un doctorat d'économie[1]. Parallèlement, il milite pour l'indépendance de l'Algérie[1]. Sa mère, fille de parents chirurgiens- dentistes, est étudiante en droit[1]. Ils se marient à Rennes en 1962, malgré l'opposition des parents maternels[1].

Nina Bouraoui passe avec sa sœur ainée les quatorze premières années de sa vie à Alger. Issue d'une double culture fortement marquée par la guerre d'Algérie, elle est une enfant réservée, un peu sauvage, sportive (tennis). C'est lors d'un été en Bretagne, dans sa famille maternelle, qu'elle apprendra la décision de ses parents de ne pas retourner en Algérie, ses parents craignant le début de violence dans le pays ; ici naît le déracinement, véritable fêlure accentuée par l'absence d'au revoir. Elle vivra son adolescence successivement à Paris, Zurich et Abou Dabi, puis revient à Paris après son baccalauréat pour étudier la philosophie et le droit. Attirée dès l'enfance par le dessin et l'écriture, c'est l'écriture qui lui permettra de « trouver sa place dans le monde ». Elle dit « écrire avec son corps ». Pour elle, l'écriture est un temps où « la sensualité n'est pas séparée de l'esprit[2] ».

C'est grâce à l'envoi de son manuscrit par la poste, sans recommandation, qu'est publié son premier roman La Voyeuse interdite (Gallimard) en 1991[3], qui connaîtra un succès international et recevra le prix du Livre Inter.

Certains de ses romans relatent des désirs ou amours homosexuels ; Nina Bouraoui elle-même ne cache pas son homosexualité[4]. Elle précise cependant qu'elle ne se sent « ni porte-drapeau ni vraiment pro-mariage[5] ». Dénonçant le catalogage souvent associé à l'homosexualité féminine, « entaché des fantasmes pornographiques des hommes », à ses yeux « l'homosexualité, ce n'est pas une identité. Je pense que le désir et la sexualité ne sont pas dissociables de l'amour »[6]. Elle se déclare gênée lorsqu'on lui demande d'aborder son intimité, chose dont elle ne parle jamais sinon à travers le « voile déformant de l'écriture[7] ». Nina Bouraoui partage sa vie « en âme-sœur », avec L'Amie, un personnage récurrent de ses romans.

Son neuvième roman, Mes mauvaises pensées, (Stock) obtient le prix Renaudot en 2005. En 2018, elle est dans la première sélection du prix Femina pour Tous les hommes désirent naturellement savoir[8] et dans la dernière sélection du prix Médicis.

Elle tient une chronique, Je vous écris, dans le magazine Têtu.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Ses romans abordent l'amour, le désir, l'exil, l'identité et ses troubles, avec en toile de fond une palette de paysages, de couleurs et de sensations issus d'une enfance algérienne dont elle conserve la nostalgie. Dès son premier roman en 1991 s’affirme l'influence de Marguerite Duras dans son œuvre. La vie et les œuvres d'Hervé Guibert, Annie Ernaux, Violette Leduc et David Lynch, parmi d'autres, se retrouvent aussi dans ses romans (et ses chansons), surtout dans Mes mauvaises pensées.

L'écriture de Nina Bouraoui ne cesse d'évoluer au fil de ses romans. Les premiers, publiés dans les années 1990 (La Voyeuse interdite, Poing mort, Le Bal des murènes et L'âge blessé) sont faits d'une écriture poétique, très travaillée, qui contraste avec la violence des thèmes abordés (la condition de la femme, la mort, la guerre, la mémoire transgénérationnelle et collective...). Puis Le jour du séisme, Garçon manqué, La Vie heureuse et Poupée Bella s'inscrivent dans un cycle que certains rapprocheront de l'autofiction (Nina Bouraoui elle-même dit ne pas se reconnaître dans ce qualificatif), la structure des phrases se modifie (virgule, juxtaposition d'images et de mots, phrases courtes) et les thèmes abordés s'ouvrent plus concrètement sur le désir et la quête amoureuse, les problématiques du métissage[9] ou de l'identité, y compris sexuelle[10], les premiers sentiments et sensations de l'enfance et de l'adolescence, l'impuissance face à la violence du monde extérieur. Ce cycle se clôt par Mes mauvaises pensées (2005) qui reprend les thèmes, lieux (Alger, Paris, Zurich...) et personnages (l'amie, Diane, Marion...) abordés dans les romans précédents, mais qui surtout amorce un nouveau cycle où la structure du roman et l'écriture se densifient.

Avec Appelez-moi par mon prénom, publié en 2008, elle raconte la passion naissante entre une femme écrivain parisienne et l'un de ses admirateurs suisse, un jeune homme de près de 16 ans son cadet qui, lors d'une dédicace dans sa ville de résidence à Lausanne, lui apporte un DVD inspiré de son dernier roman et l'adresse de son site internet ; malgré les obstacles à leur relation (écart d'âge, rompre ou pas la barrière entre l'artiste et son admirateur, distances géographique et culturelle entre ces deux villes de pays différents : Paris et Lausanne), il naît un désir progressif et envahissant de cette femme pour ce jeune homme ; désir attisé par le renvoi à sa propre jeunesse lors de ses études passées justement en Suisse, par l'imaginaire, le fantasme de l'autre via son identité numérique (site internet), l'attente, les non-dits, et qui a pour support l'instantanéité des nouveaux modes de communication (sms, mails)[11]. La séduction par l'écriture, l'ajustement mystérieux des mots donnés ou non à l'autre, deviennent le support premier à la construction d'une possible relation amoureuse. Un écho en forme d'hommage à la relation qu'ont entretenu Marguerite Duras et Yann Andréa, que Nina Bouraoui avait d'ailleurs rencontrés à l'âge de 25 ans : « J'ai eu la chance de rencontrer Marguerite Duras et Yann Andréa il y a très longtemps dans le cadre d'une émission suisse, j'étais le fil conducteur, c'était le parcours d'un jeune auteur illustré par des auteurs plus que confirmés [...] »[12].

Fascinée par l'art contemporain, elle dresse en 2010, dans Nos Baisers sont des adieux une liste d'hommes et de femmes, portraits amoureux éclairés par les œuvres de Nan Goldin, de Robert Mapplethorpe et de Cindy Sherman. Avec Sauvage, elle effectue un retour au socle central de son travail : la terre poétique et algérienne, décor de l'histoire entre Alya et Sami son premier amour, qui disparaît, absorbé par la campagne à la veille des années 1980. Elle y développe une approche métaphysique de l'amour, « fusion entre la matière et le spirituel, entre Dieu et la nature »[13].

Outre les thèmes abordés, c'est bien par son travail sans cesse renouvelé de la langue française que se distingue Nina Bouraoui, elle qui aux questions d'appartenance culturelle ou nationale répond qu'elle préfère le « pays des mots ».

Elle est également parolière, pour le groupe Les Valentins en 1993, pour Céline Dion en 2007 et en 2012, pour Garou ainsi que pour Sheila avec la chanson Une arrière-saison. La musique n'est d'ailleurs pas absente de ses romans, ainsi des chansons populaires des années 1970-1980 accompagnent parfois certains passages de ses romans (Garçon manqué, Poupée Bella, Mes mauvaises pensées, etc.).

Œuvres écrites[modifier | modifier le code]

Prix Emmanuel Roblès 1991
Prix du Livre Inter 1991
  • Poing mort, Gallimard,
  • Le Bal des murènes, Fayard,
  • L'Âge blessé, Fayard,
  • Le Jour du séisme, Stock,
  • Garçon manqué, Stock,
  • La Vie heureuse, Stock,
  • Poupée Bella, Stock,
Prix Renaudot 2005
  • Avant les hommes, Stock,
  • Appelez-moi par mon prénom, Stock,
  • Nos baisers sont des adieux, Stock,
  • Sauvage, Stock,
  • Standard, Flammarion,
  • Beaux rivages, JC Lattès,
  • Tous les hommes désirent naturellement savoir, JC Lattès,
Textes (liste non exhaustive)
  • Dix ans sous la Bleue, collectif, 2004 Stock : ouvrage paru à l'occasion de l'anniversaire de la collection « Bleue » et réunissant des témoignages d'écrivains publiés par les éditions Stock.
  • Otages, théâtre, pour le Paris de Femmes, au théâtre des Mathurins, janvier 2015
  • La nouvelle Plus loin le désert incluse dans le recueil Vers de nouveaux horizons, 2005, Folio et le magazine Senso
  • Palaces, ouvrage collectif, Éditions Prisma, 2012
  • Une histoire d'amour aussi, texte inédit pour l'ouvrage collectif Toi, mon frère, Toi, ma sœur, Albin Michel 2013
  • Le corps géographique, texte pour l'ouvrage Alger sous le ciel, éditions Barzhac et le Bec en l'air, janvier 2014
  • La part manquante, dans Les Lucioles, 2014, pour l'association Le Refuge
  • Soleils, pour l'exposition photographique Venus, I'm not like everybody else de Richard Schroeder
  • « Séismes », Alexandre Fillon (dir.) Lire, vivre et rêver, Les Arènes, septembre 2015
  • « L'écriture féminine n'existe pas », préface de Crimes et châtiments, dix pièces courtes pour le Paris des femmes (éditions des quatre-vents, L'avant-scène théâtre) 2015
  • Naissance de la poésie, préface, Articles, Essays, Presentations d'Ingmar Bergman par Norstedst (Suède), 2017
  • Journal (fragments) et dessins, Ny Prosa / 10Tal (Suède), 2017
  • Je suis la faussaire de mon passé, La revue des deux mondes, février-mars 2019
  • Texte sur Aloïse Sauvage pour son EP Jimy (Initial Artiste Services), 2019
  • Une nuit à Timimoun pour le recueil de nouvelles Une nuit à l'hôtel Le Un, hors série, juin 2019
  • Le poisson d'argent pour OLI/ France Inter , diffusion juin 2019
  • Simone et moi, Zadig le Mag, septembre 2019

Chansons[modifier | modifier le code]

  • La Nuit de plein soleil poème mis en musique par Les Valentins, il en résulte une chanson de près de 19 min parue en 1993 sur leur album éponyme. Plusieurs voix récitent le poème, l'ambiance sonore est au spleen, se forme ainsi une spirale de mots qui envoûte l'auditeur. L'une des voix qui récite le poème est celle de Nina Bouraoui.
  • Immensité et Les Paradis, écrites pour Céline Dion, mises en musique respectivement par Jacques Veneruso et Gildas Arzel, parues sur le dernier album de la chanteuse, D'Elles, en 2007.
  • Un nouveau monde, Garou, musique Jacques Veneruso, album Version intégrale, 2010
  • Celle qui m'a tout appris, écrite pour Céline Dion, musique Jacques Veneruso, album Sans attendre, 2012
  • Les cinq doigts de la main, coécrite avec Jacques Veneruso, chantée par Chimène Badi pour le Grand show de Céline Dion diffusée sur France 2 le 24 novembre 2012
  • Une arrière-saison, écrite pour Sheila, musique J. Veneruso, album Solide sorti le 7 déc 2012 et reprise par Renée Martel en 2018
  • Dix chansons pour Mon album comptines. com (Sonacom/ M6)
  • Tu ne sais pas, écrite pour Laure Prechac, musique Jacques Veneruso

Décorations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e et f "Nina Bouraoui : « Quelle richesse, cette homosexualité qui fut un long chemin ! »" par Annick Cojean, Le Monde, 22 septembre 2018.
  2. « Nina Bouraoui », Le Vif / L'Express, 3 octobre 2008.
  3. « Nina Bouraoui publie un nouveau roman », La Dépêche de Kabylie, 28 mai 2007.
  4. « Nina Bouraoui : « Quelle richesse, cette homosexualité qui fut un long chemin ! » », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne).
  5. « Baisers brûlants », Libération, 24 mars 2010.
  6. « Écrire, c'est retrouver ses fantômes », L'Express, 31 mai 2004.
  7. « Un auteur a beaucoup de pouvoir », La Dernière heure, 19 septembre 2008.
  8. « Le Femina dévoile ses premières sélections 2018 », Livres Hebdo,‎ (lire en ligne, consulté le 19 septembre 2018).
  9. Le Renaudot à Nina Bouraoui, Libération, 4 novembre 2005.
  10. Nina Bouraoui. La Vie heureuse, Libération Next, 2 avril 2004.
  11. Appelez-moi par mon prénom, Mediapart, 017 mars 2010.
  12. Nina Bouraoui dans l'interview à propos de cet ouvrage, journal télévisé suisse de la RTS, octobre 2008. Consulté le 9 juin 2013.
  13. Sauvage, de Nina Bouraoui, Le Magazine littéraire, 5 juillet 2011.
  14. Arrêté du 31 août 2018 portant nomination et promotion dans l'ordre des Arts et des Lettres.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Olivier Clarinval, Temple of the unfamiliar: childhood memories in Nina Bouraoui, Ying Chen, and Gisele Pineau, University of Oregon, 2007 (thèse en anglais).

Liens externes[modifier | modifier le code]