Didier Lestrade

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Didier Lestrade
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Didier Lestrade en 2010.
Naissance (63 ans)
Burdeau, Drapeau de l'Algérie française Algérie française
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture français
Genres

Didier Lestrade, né le à Burdeau (Algérie française), est un journaliste et écrivain français. Figure du militantisme homosexuel français, il s'est également engagé dans la lutte contre le sida. Il a notamment joué un rôle clé au sein de l'association Act Up-Paris, dont il est cofondateur avec Pascal Loubet.

Biographie[modifier | modifier le code]

Après une enfance dans le sud-ouest de la France, Didier Lestrade quitte le Lot-et-Garonne en 1977 après deux échecs successifs au baccalauréat.

Carrière journalistique[modifier | modifier le code]

Homosexuel, il collabore dès son arrivée à Paris au journal underground Gaie Presse créé par Misti et Audrey Coz (publication antérieure à la création de Le Gai Pied), qui ne produira que quatre numéros (1978-1979).

À 22 ans, frustré par l’arrêt de Gaie Presse à la suite de son interdiction à l'affichage et à la vente aux mineurs (1978), il décide de créer sa propre revue, Magazine, avec Misti qui deviendra par la suite directeur artistique du Gai Pied. La revue cesse de paraître en 1987 après sept numéros et plus de 90 interviews. L'influence de Magazine est souvent mentionnée dans l'essor des nouveaux fanzines gays tels que Butt, qui a d'ailleurs publié une interview de Didier Lestrade en janvier 2011[1]. En 2010, la galerie 12 Mail a consacré une exposition sur l'impact de la revue sur la photographie masculine et l'art érotique des années 1980. Le site Web de The New York Times a aussi annoncé l'exposition, ainsi que Vice[2] et Vogue[3]

En 1986, à l’âge de 28 ans, Didier Lestrade apprend qu’il est séropositif. Sa carrière de journaliste indépendant prend parallèlement son essor à travers des collaborations régulières à Le Gai Pied, Rolling Stone et Libération où il participe au développement de la musique électronique, particulièrement la house. Il écrit aussi de nombreux articles sur le sida.

Il publie une chronique mensuelle dans le Journal du Sida, édité par l'association Arcat, de 1994 à 2009, date à partir de laquelle cette chronique devient trimestrielle.

En 1995, alors âgé de 37 ans, il crée le magazine gay et lesbien Têtu, avec l’aide de Pascal Loubet. Financé par Pierre Bergé, de la Fondation Yves Saint Laurent, le magazine est la principale publication LGBT française. Cette collaboration se termine en juillet 2008. De 2009 à 2014, il est rédacteur en chef de la revue en ligne Minorités.

Didier Lestrade quitte Paris en 2002 et il vit actuellement en Mayenne. Il figure dans l'édition 2006-2007 du Who's Who in France.

Parcours militant[modifier | modifier le code]

En 1989, il se consacre presque entièrement à la lutte contre le sida en créant la branche parisienne d’Act Up, avec ses amis Pascal Loubet et Luc Coulavin[4]. Il assure la présidence de l’association pendant les trois premières années. En 1992, il joue un rôle important dans la création du groupe interassociatif TRT-5, qui rassemble les principales associations de lutte contre le sida françaises. Didier Lestrade a été l’un des coordinateurs du groupe pendant plusieurs années. À partir de 2000, il se concentre sur les questions liées à la prévention du sida et devient la voix majeure contre le phénomène du barebacking (la pratique de rapports sexuels non protégés) en France. Ce point l'amène à s'opposer publiquement à l'écrivain Guillaume Dustan. Cet affrontement est une source d'inspiration pour le roman de Tristan Garcia, La Meilleure Part des hommes, publié en 2008, et récompensé par le prix de Flore[5] (ce livre a été publié sans l'accord de Didier Lestrade)[6]. Treize ans plus tard, dans son essai L'architecture du possible (PUF, 2012), Tristan Garcia revient sur ce livre en déclarant : « le chaînon manquant de l'activisme français, c'est lui » (page 112).

Carrière d'écrivain[modifier | modifier le code]

En 2000, Didier Lestrade publie son premier livre, Act Up, une histoire (Denoël), qui relate les onze premières années de l’association. Son second livre, Kinsey 6, journal des années 80 (Denoël, 2002) est un journal intime écrit pendant les années durant lesquelles est publié Magazine. Ce journal recouvre la période de à , début de l'épidémie de sida en France. Publié en 2002, le journal comporte une préface dans laquelle l’auteur raconte son enfance et son adolescence provinciales et d’une post-face. Il comprend également un index des personnalités mentionnées. Cet ouvrage est important pour la compréhension de la période. Durant ces années 1980, l'auteur est alors au cœur du milieu homosexuel underground de l’époque et fréquente des célébrités : des pages de son journal sont notamment consacrées à sa relation avec Jimmy Somerville. L’ouvrage relate ses rencontres multiples et évoque la vie et les lieux mythiques de ce milieu (Le Palace, Le Pim's…). Au fil des pages, l’auteur se découvre : énergie artistique et professionnelle, affirmation homosexuelle. Le mot SIDA n’apparaît encore qu’en filigrane, les pages sont l’instantané des derniers moments d’insouciance, l’instant d’avant l’épidémie.

Dans The End[7] (Denoël, 2004), il poursuit sa posture résolument critique face à l’échec de la prévention en milieu gay et sur le phénomène du bareback en France. Il fait le constat de l’augmentation importante du nombre de personnes homosexuelles séropositives et aborde les différentes composantes de la problématique : place de l’épidémie dans l’histoire (« Je pense que peu d’hétérosexuels ont compris la profondeur du drame du sida »), aspects épidémiologiques et questions de santé publique, liberté sexuelle, place de la communauté (« Mais nous n’avons pas réussi à régler le problème central du respect entre les homosexuels. Et c’est là, pour moi, notre principal échec »), représentation des malades et des personnes homosexuelles. L’épidémie est analysée en regard d'un ensemble large de composantes[8].

Son quatrième livre, Cheikh, journal de campagne (Flammarion, 2007) est un récit personnel et polémique sur sa nouvelle vie à la campagne, à l'écart de la communauté gay parisienne. En 2010, un recueil de ses chroniques parues dans le journal Libération est édité par l'éditeur Singulier sous le titre Chroniques du dance floor, Libération 1988-1999[9].

En 2012, il publie deux livres : Sida 2.0. 1981 - 2011, 30 ans de regards croisés (Fleuve Éditions) en collaboration avec le professeur Gilles Pialoux, qui retrace les trente premières années de l'épidémie du sida et Pourquoi les gays sont passés à droite (Le Seuil) sur la droitisation des gays et leur égoïsme politique.

En 2017, il salue le succès de 120 BPM, primé à Cannes, mais dénonce la perte de mémoire de la société française envers plusieurs décennie de lutte contre le VIH/sida[10].

Clubbing[modifier | modifier le code]

En 2000, avec l'aide de Robert Renaud, Michel Cerdan, Christophe Vix, Philippe Laugier, Fabrice Gadeau et Julien Pot, Didier Lestrade crée la soirée mensuelle K.A.B.P. qui durera jusqu'en 2004. Ce club house gay mixte a pour DJ résident Patrick Vidal. En 2004, Robert Renaud fait appel à Didier Lestrade ainsi qu'à Nick V (DJ résident) et à Mohamed Benhamadi pour lancer la soirée Otra Otra. K.A.B.P et Otra Otra avaient pour résidence La Boule noire. Didier Lestrade a aussi signé deux compilations house avec Patrick Thévenin : Paradise Garage (Pschent, 1997) et Paradise Garage 2 (Pschent, 1999). Une autre compilation, plus funk, est sortie en 2008 : Slow Jamz & Hot Songs (WEA).

Blog[modifier | modifier le code]

Après avoir quitté Têtu, Didier Lestrade développe son travail sur Internet, car la plupart de ses articles durant les trois décennies précédentes ne sont pas accessibles en ligne. Il a ouvert un blog. En 2010, il lance son site personnel, où il réunit les archives constituées pendant toute sa carrière, à propos de sujets aussi divers que la musique, la photographie, le militantisme sida et le porno gay.

Prises de positions récentes[modifier | modifier le code]

Dans le cadre de l’affaire Tariq Ramadan, il signe une tribune le sur le site Mediapart aux côtés d'une cinquantaine de personnalités « pour une justice impartiale et égalitaire » pour Tariq Ramadan, mis en examen pour viols et placé en détention provisoire, et dans laquelle il est demandé de libérer immédiatement ce dernier en raison de son état de santé[11].

Le 17 octobre 2017, dans le cadre de la révélation d'accusations de viols et d'agressions sexuelles contre Harvey Weinstein, il publie sur Twitter : « C'est quand même drôle. Ceux qui défendent #Weinstein (comme DSK avant) ont l'air d'avoir des affinités sionistes. » Il le supprime ensuite sans vouloir s'en expliquer, tweetant : « Je l’enlève mon tweet, j’ai d’autres choses à faire qu’expliquer le financement des partis et autres par les gens riches[12],[13]. »

Œuvre[modifier | modifier le code]

Essais, reportages, récits autobiographiques[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. « BUTT • Didier Lestrade », sur buttmagazine.com (consulté le ).
  2. « Didier Lestrade est le fondateur du meilleur magazine pédé de tous les temps », sur viceland.com.
  3. Maud Charmoy, « 12Mail expose Didier Lestrade », sur vogue.fr, (consulté le )
  4. Didier Lestrade, « Le dimanche 27 février 1994, Luc Coulavin est mort du sida à l’âge de 32 ans », Action, 23, mars-avril 1994, p. 2.
  5. « Tristan Garcia remporte le prix de Flore », sur liberation.fr.
  6. Les Inrockuptibles hors série Nouvelles littératures françaises mars 2010 p. 69, interview de Tristan Garcia « J'avais envoyé le livre avant publication à Didier Lestrade, qui m'a répondu très intelligemment, en étant à la fois critique et en me reconnaissant une forme de droit à faire ce que je faisais. »
  7. « Sans relâche », sur liberation.fr.
  8. Marc Bessin À propos de l’homosexualité masculine et du sida MOUVEMENTS no 35 septembre-octobre 2004
  9. « Chronique : Didier Lestrade : Chroniques du dancefloor », sur soul-kitchen.fr, .
  10. https://www.liberation.fr/debats/2017/05/30/apres-120-bpm-epargnez-nous-vos-louanges_1573285/
  11. https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/210218/tariq-ramadan-pour-une-justice-impartiale-et-egalitaire, blogs.mediapart.fr, le 21 février 2018.
  12. Causeur.fr, « Eric Zemmour vs Omar Sy : la défaite de la pensée - Causeur », Causeur,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  13. « France : l’affaire Weinstein, ‘Soutiens sionistes’, ou ‘communautarisme’ ? », The Times of Israël,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  14. « 15 textes cultes pour comprendre les luttes LGBTQ+ », sur Les Inrocks (consulté le )
  15. « À propos de l'homosexualité masculine et du sida », Mouvements, vol. 5, no 35,‎ , p. 166-171 (lire en ligne)
  16. L'agité du bocage, 360°, 4 mai 2007
  17. «Pourquoi les gays sont passés à droite», de Didier Lestrade: un coup d’épée dans l’eau, Yagg 4 février 2012

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christophe Broqua, Agir pour ne pas mourir ! Act Up, les homosexuels et le sida, Paris, Les Presses de Sciences Po, 2006 (ISBN 978-2724609813).
  • (en) Barbara Gould, Moving Politics: Emotion and ACT UP's Fight against AIDS, Chicago, Chicago University Press, 2009 (ISBN 978-0226305301).
  • Florent Manelli, 40 LGBT+ qui ont changé le monde. 1, Éditions lapin, 2019 (ISBN 978-2-37754-036-5)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]