Sylvothérapie

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Bain sylvatique dans le parc Futatabi de Kobe au Japon.

La sylvothérapie est une approche naturopathique reposant sur l'idée d'un effet curatif de séjours en forêts sur diverses pathologies. Elle englobe un grand nombre d'hypothèses, certaines avérées (ex. effet tranquillisant), d'autres s'approchant plus des pseudo-médecines (ex. thérapie énergétique). Les traitements par sylvothérapie consistent à installer des personnes convalescentes ou malades (notamment les victimes de maladies pulmonaires) dans des forêts. Le principe de la sylvothérapie repose sur la possibilité de l'existence d'un traitement curatif permettant la guérison notamment via la respiration de phytoncides, composés volatils antimicrobiens émis dans l'air par les arbres (terpénoïdes, pinènes, bornéol, linalol, limonènes) ou autres principes actifs naturels présents dans les forêts (phytothérapie, aromathérapie et gemmothérapie forestières). Cette pratique s'est étendue aux personnes en bonne santé qui réalisent des promenades dans des environnements forestiers, dans un but ludique, relaxant (à travers des exercices de méditation), ou de consommation de plantes (recherche de jeunes feuilles, fruits, champignons, écorces et graines comestibles)[1].

Historique[modifier | modifier le code]

La médecine antique attribue déjà des vertus curatives aux arbres. Pline l'Ancien tient pour certain « que l'odeur de la forêt où l'on recueille la poix et la résine est extrêmement salutaire aux phtisiques et à ceux qui, après une longue maladie, ont de la peine à se rétablir[2] ».

Au Moyen-Âge, les terpénoïdes présents dans l'atmosphère forestière notamment des conifères, sous forme d'oléorésines (ces métabolites secondaires qui se retrouvent dans le camphre et la térébenthine, sont des défenses chimiques des plantes contre les herbivores) contribuent à soigner concrètement les corps malades dans les familles (effet analgésique, sédatif, bronchodilatateur, antitussif, anti-inflammatoire, antibiotique et relaxant)[2].

Des cures sylvatiques sont développées dans certains pays depuis plusieurs siècles, et plus particulièrement au XIXe et au début du XXe siècle pour les tuberculeux en forêts tempérées ou nordiques. Des sanatoriums (et leur solarium) et divers types de centres de cures sont installés dans des environnements forestiers ou en bordure de lac où le programme thérapeutique implique de longues promenades dans les forêts de pins[3]. Certains fonctionnent encore.

En 1982, l'Agence forestière du Japon (ja) propose pour la première fois d'intégrer le Shinrin-yoku (森林浴[4]) dans les préconisations d'une bonne hygiène de vie[5].

Il faut attendre 1985 en France pour qu'un ingénieur des eaux et forêts, Georges Plaisance, publie un livre sur ce sujet : Forêt et santé[6].

En 2012, le Dr Qing Li et plusieurs de ses collègues fondent une nouvelle discipline appelée « sylvothérapie » (forest medicine)[7], science interdisciplinaire « qui rentre dans les catégories des médecines alternative, environnementale et préventive, et qui recouvre les effets des milieux forestiers sur la santé humaine[5] ».

Au Japon en 2020, « il existe 65 bases de thérapie forestières certifiées par l'association japonaise Forest Therapy Society (森林セラピーソサエティー) qui est aussi l'organisme certificateur des guides de thérapie forestière et des thérapeutes de forêt, avec des postes de contrôle médicaux, sous la supervision de l'université de Chiba et de la Nippon Medical School (en) de Tokyo. Pour la seule année 2012, on a recensé jusqu'à 5 millions de visiteurs pratiquant les parcours de thérapie forestière »[8].

Principes[modifier | modifier le code]

Effet tranquillisant[modifier | modifier le code]

Le Forestry and Forest Products Research Institute, au Japon, démontre dans une étude que le sang de personnes ayant marché dans les bois contient un taux de cortisol beaucoup plus bas que celui de personnes ayant couvert la même distance en ville[9]. Or cette hormone est considérée comme une des principales hormone de stress. De plus, les chercheurs ont également mesuré une activité plus faible du lobe préfrontal du cerveau[9], signe d'un état de relaxation avancé. La tonalité verte de l'environnement semble favoriser la guérison ; Roger Ulrich, qui étudie le comportement humain à l'université Texas A&M note que les patients guérissent plus vite quand leur chambre donne sur un espace vert : ils ont moins besoin d'analgésiques et souffrent moins de nausées. La présence de grandes plantes vertes semble aussi avoir un effet déstressant, et certaines se sont montrées en laboratoire très efficaces pour adsorber ou décomposer de nombreux polluants urbains ou de l'air intérieur, cf. programme Phyt'air, à titre d'exemple ; mais l'ADEME considère que l'argument « plantes dépolluantes » n'est pas validé scientifiquement, au regard des niveaux de pollution généralement rencontrés dans les habitations et des nouvelles connaissances scientifiques dans le domaine[10].

Qualité de l'air[modifier | modifier le code]

Les bénéfices de la sylvothérapie sur la qualité de l'air respiré sont non-démontrés et dépendent du lieu choisit.

La rosée, les mousses et les lichens fixent rapidement et efficacement les aérosols et particules en suspension dans l'air forestier mais les spores de champignons peuvent cependant être nombreux dans les parties ombreuses et humides riche en matières en décomposition. Quelques-uns peuvent être allergènes.
Après l'avènement de l'hygiénisme, notamment inspiré par Pasteur, diverses mesures citées par G. Plaisance ont comparé différents airs et montré que l'air forestier contenait bien moins de microbes que l'air urbain (50 microbes par mètre cube d'air en forêt littorale, contre 1 000 dans le parc Montsouris de Paris, 88 000 sur les Champs-Élysées, 575 000 sur les grands boulevards et 4 000 000 dans les grands magasins à Paris selon Georges Plaisance[11]).

L'air forestier peut être naturellement enrichi en huiles essentielles (ex. : terpènes) et en phytoncides (molécules antibiotiques naturellement sécrétées par les arbres pour se défendre contre leurs pathogènes). Le cèdre en orient, le pin en Europe ou le sapin baumier en Amérique du Nord ont depuis longtemps la réputation d'être bon pour la santé de ceux qui en respirent les effluves.

Les scientifiques de la Nippon Medical School (en) mènent depuis de années des recherches sur la sylvothérapie. Le Dr Qing Li aurait ainsi démontré d'autres bienfaits sur la santé de simples promenades en forêt : accroissement d'indicateurs de la vitalité, renforcement de l'immunité[12],[13].

Évaluation scientifique et dangers[modifier | modifier le code]

La sylvothérapie est considérée par certains scientifiques comme une « escroquerie médicale »[14] ou ayant une dimension fortement culturelle au Japon, pas nécessairement reproductible ailleurs. D'autres estiment que c'est l'activité physique qu'implique la promenade en forêt plutôt que le milieu lui-même qui explique les effets positifs ou mettent en garde sur certains risques pour ceux qui la pratiquent (cf. maladie de Lyme par exemple)[15].

Promoteur de cette thérapie, Georges Plaisance précise lui-même que la cure sylvatique peut être un adjuvant à une autre cure ou une post-cure, et est surtout une médecine préventive dans un contexte de pollution de l'air qui affecte les zones urbaines et industrielles[16].

Des études menées principalement par des scientifiques japonais (autour de l'immunologiste Qing Li notamment, avec le shinrin yoku), mais également coréens ou chinois[17], tendent au contraire à conclure que la sylvothétapie présente plusieurs aspects bénéfiques, avec notamment des effets notables sur la santé mentale et cardiovasculaire, sur la glycémie, le système immunitaire[18] ou encore sur le stress[19]. Une partie de ce courant intègre aussi la forêt comme source d'aliments[20] (du gibier aux végétaux en passant par les champignons) ou de suppléments nutritionnels[20] (sève, écorces, bourgeons, feuilles, pollen, nœuds du bois…).

La Revue forestière française, avec la revue Santé publique ont coproduit en 2019 un numéro spécial sur le sujet, qui s'est appuyé sur des revues de la littérature scientifique (études asiatiques souvent et principalement publiées au Japon)[21],[22]. Ces travaux montrent une certaine influence des bains de forêt et de la respiration de phytoncides, composés organiques volatils antimicrobiens (terpénoïdes, pinènes, bornéol, linalol, limonènes …) émis dans l'air par les arbres, sur la santé, le bien-être physique (système immunitaire, cardiovasculaire, hormones…) et/ou mental (humeur, stress…). Au Royaume-Uni, l’administration écossaise des forêts a été pionnière pour la prise en compte des effets des immersions en forêt sur la santé[20].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Laurence Monce, Découvrir la sylvothérapie, InterEditions, , p. 7
  2. a et b Serge Bahuchet, L'homme et la forêt tropicale, éditions de Bergier, , p. 195
  3. Marie-Dominique Ribeyreau-Gayon, « Des puanteurs méphitiques au doux parfum de l'or », Odeurs et parfums, sous la direction de D. Musset et C. Fabre-Vassas, p. 47
  4. Terme inventé en 1982 par cette agence du ministère japonais de l'Agriculture, des Forêts et de la Pêche.
  5. a et b Qing Li, « Effets des forêts et des bains de forêt (shinrin-yoku) sur la santé humaine : Une revue de la littérature », Revue forestière française, nos 2-3-4,‎ , p. 273
  6. Eric Brisbare, Un bain de forêt, Marabout, , p. 36
  7. LI Q., 2012. Forest Medicine. In: LI Q., ed. Forest Medicine. Nova Science PubLIsHErs, Inc., NY. 316 p.
  8. Ernst Zürcher, Les arbres, entre visible et invisible, Actes Sud Nature, , p. 156.
  9. a et b (en) Park BJ, Tsunetsugu Y, Kasetani T, Hirano H, Kagawa T, Sato M, Miyazaki Y, « Physiological effects of Shinrin-yoku (taking in the atmosphere of the forest)--using salivary cortisol and cerebral activity as indicators », J Physiol Anthropol, vol. 26, no 2,‎ , p. 123-8. (PMID 17435354, lire en ligne [PDF]) modifier
  10. « Plantes et épuration de l'air intérieur – ADEME », sur ADEME (consulté le 4 septembre 2020).
  11. G Plaisance, né à Vesoul, mort à Dijon en 1998 était ancien élève de l’Institut agronomique de Paris, de l’École nationale des eaux et forêts de Nancy et docteur-ingénieur en écologie à la faculté des sciences de Dijon. il a notamment écrit un ouvrage évoquant largement la sylvothérapie, dans lequel il cite des analyses de l'air faites dans différents types d'environnement
  12. (en) Li Q, Morimoto K, Kobayashi M, Inagaki H, Katsumata M, Hirata Y, Hirata K, Suzuki H, Li YJ, Wakayama Y, Kawada T, Park BJ, Ohira T, Matsui N, Kagawa T, Miyazaki Y, Krensky AM, « Visiting a forest, but not a city, increases human natural killer activity and expression of anti-cancer proteins », Int J Immunopathol Pharmacol, vol. 21, no 1,‎ , p. 117-27. (PMID 18336737) modifier
  13. (en) Li Q, « Effect of forest bathing trips on human immune function », Environ Health Prev Med, vol. 15, no 1,‎ , p. 9-17. (PMID 19568839, PMCID PMC2793341, DOI 10.1007/s12199-008-0068-3) modifier
  14. Faire des câlins aux arbres, une nouvelle escroquerie « médicale ».
  15. « Sylvothérapie : câliner un arbre peut être dangereux »
  16. Georges Plaisance, La forêt française, Denoël, , p. 157
  17. Claire Dhouailly, « La sylvothérapie nettoie l’esprit des pensées stressantes », sur Le Monde, (consulté le 16 septembre 2018)
  18. Marie-Céline Ray, « Sylvothérapie : 4 bonnes raisons d'essayer un « bain de forêt » », sur Futura-Sciences, (consulté le 16 septembre 2018)
  19. « La forêt, espace vital de bien-être ! Les forêts comme thérapies anti-stress », sur Office national des forêts (consulté le 16 septembre 2018)
  20. a b et c « Forêts et santé publique » (RFF n° 2-3-4/2018), co-publié par la Revue forestière française et Santé publique, au printemps 2019
  21. Li, Q. (2019). Effets des forêts et des bains de forêt (shinrin-yoku) sur la santé humaine: une revue de la littérature. Sante Publique, 1(HS), 135-143.
  22. Meyer-Schulz, K., & Bürger-Arndt, R. (2019) Les effets de la forêt sur la santé physique et mentale. Une revue de la littérature scientifique. Sante Publique, 1(HS), 115-134.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Marie Defossez, Sylvothérapie. Le pouvoir bienfaisant des arbres, Jouvence, , 160 p. (lire en ligne)
  • Laurence Monce, Découvrir la sylvothérapie, InterEditions, , 176 p. (lire en ligne)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]