Auriculothérapie

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L'auriculothérapie, anciennement appelée acupuncture auriculaire, est une approche de médecine non conventionnelle dérivée de l'acuponcture. Cette approche a été actualisée par Paul Nogier, un médecin lyonnais homéopathe et acupuncteur, dans les années 1960. Elle est considérée d'un point de vue médical comme une pseudo-médecine, c’est-à-dire une médecine non basée sur des preuves scientifiques[1], et dont les évaluations scientifiques n'ont jamais conclu à une efficacité tangible.

Elle se fonde sur l'idée que l'oreille serait un microsystème reflètant tout le corps, représenté sur la surface externe du pavillon. Elle postule que des flux d'énergies non matérielles passent à travers des canaux hypothétiques dits méridiens énergétique[2], centralisés sur la surface de la peau de l'oreille. Les affections de santé physique, mentale ou émotionnelle du patient sont supposées être traitables par stimulation de la surface de l'oreille.

Des cartographies similaires sont utilisées dans de nombreuses zones du corps, par les pratiquants de réflexologie ou d'iridologie. Ces cartographies n'étant pas étayées sur des preuves médicales ou scientifiques ; elles sont donc considérées comme des pseudosciences [3],[4],[5].

Historique[modifier | modifier le code]

L'acupuncture auriculaire était, en Chine, très peu développée. Jusque dans les années 1960, l'acupuncture chinoise n’utilisait les points de l'oreille qu’en cas de maladies des yeux, de la gorge et de maladies accompagnées de fièvre.

C'est avec les travaux du Dr Paul Nogier (1908-1996), et notamment à la suite d’une conférence avec le médecin allemand Gerhard Bachmann en 1956, que les premiers écrits en langue chinoise sur l'auriculothérapie voient le jour[6]. Selon Paul Nogier, la plupart des zones corporelles posséderaient sur l’oreille une correspondance précise et leur piqûre par une aiguille courte d'un millimètre d’épaisseur provoquerait « une vive douleur en même temps qu’une sédation ou une guérison de la maladie de l’organe correspondant ».

Certains la présentent comme l'une des formes de la neuromodulation[7].

Hypothèse de l'approche[modifier | modifier le code]

Elle relève de la somatotopie (cartographie du corps, permettant ici de construire des représentations des différents organes du corps sur le pavillon de l’oreille, reconstituant grossièrement l’image d’un fœtus inversé. Selon Nogier, l'atteinte d’un organe se traduirait sur l’oreille par l’apparition de zones douloureuses à la pression. Et selon le Dr Bourdiol, il existerait une action sur l’organe en cas de puncture ou stimulation de la zone auriculaire correspondante chez l’homme et l’animal. Les mécanismes de cette action seraient sous-tendus par une convergence neuronale, réunissant, les signaux en provenance de l’organe malade, et des zones cutanées de l'oreille.

Critiques[modifier | modifier le code]

Manque de fondements théoriques[modifier | modifier le code]

Le mécanisme de fonctionnement de cette pratique ne correspondent à aucune données physiologique humaine ou animale. Il n'y a pas de raison logique de croire que les cartes auriculaires sont valides.

Aucune voie anatomique ou physiologique connue relie les points de l'oreille au reste du corps, que ce soit par le biais de neurones, ou de méridien énergétique (dont le concept scientifique n'existe pas[2]). Et si de nouvelles voies étaient découvertes, il faudrait encore expliquer comment les dysfonctionnements d'organes pourraient être détectés sur l'oreille, et comment les emplacements pourraient varier en fonction du stade de la maladie.

La communauté scientifique rejette le concept de méridien comme étant issu d'une vision obsolète de la médecine, tout comme la théorie des humeurs. Il n'existe pas de preuve scientifique de leur existence.

Et l'acupuncture, supposée reposer sur la connaissance des méridiens, n'a pas été démontrée plus efficace que l'effet placebo[réf. nécessaire].

Le modèle théorique de l'auriculothérapie n'est pas scientifiquement validé. Et pour l'INSEM, l’enseignement et la pratique de l’auriculothérapie en France sont insuffisamment structurés. L'enseignement est majoritairement associatif. Il existe une formation universitaire (DIU), mais elle n’est pas reconnue par le Conseil national de l'Ordre des médecins et n’a été suivie que par peu de praticiens. Il existe de ce fait une hétérogénéité certaine des pratiques [8].

Inefficacité[modifier | modifier le code]

Les critiques, dont émises par la plupart des médecins, se basent sur l'absence de preuve scientifique des assertions de l'auriculothérapie[4]. Les données cliniques n'indiquent pas de corrélation entre une maladie présente dans le corps et la convergence d'informations sur la peau du pavillon de l'oreille.

  • Une expertise approfondie titrée Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’auriculothérapie a été faite par l'unité Inserm U669 à la demande du ministère français de la Santé (Direction générale de la Santé) en [8]. Cette expertise n'a pas permis de mettre en avant une supériorité de l'effet thérapeutique de l'auriculothérapie comparé à un placebo. Toutefois, l'inserm conclut que dans le traitement de la douleur peropératoire ou de l’anxiété préopératoire, quelques études bien faites sont positives. Il y a là une piste intéressante, qui incite à confirmer ces résultats, à les étayer par des études permettant de comprendre le ou les mécanismes d’action et, à terme, à réfléchir à la place à donner à l’auriculothérapie dans ces indications.
  • En 2007, un rapport de la Haute Autorité de Santé (HAS) ne recommandait pas l'utilisation de l'auriculothérapie dans la stratégie de sevrage tabagique, arguant qu'elle n’avait pas fait la preuve de son efficacité thérapeutique[9].

Sur l'utilisation commerciale[modifier | modifier le code]

Sa pratique commerciale a été contestée en France par un arrêt du Journal officiel : une équipe de commerciaux non-médecins s'est vue privée de toute publicité dans la mesure où pour cette technique aucune preuve scientifique n'a été apportée[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « La vérité sur l’acupuncture / Afis Science - Association française pour l’information scientifique », sur Afis Science - Association française pour l’information scientifique (consulté le ).
  2. a et b (en-US) Miles J. Belgrade, « Acupuncture Energetics: A Clinical Approach for Physicians. », The Clinical Journal of Pain, vol. 14, no 2,‎ 1998-06-xx, p. 178–179 (ISSN 0749-8047, lire en ligne, consulté le ).
  3. R. Melzack et J. Katz, « Auriculotherapy fails to relieve chronic pain. A controlled crossover study », JAMA, vol. 251, no 8,‎ , p. 1041–1043 (ISSN 0098-7484, PMID 6363735, lire en ligne, consulté le ).
  4. a et b (en-US) Mike Powell, « Auriculotherapy: A Skeptical Look | Quackwatch », (consulté le ).
  5. « Vrai et faux placebo / Afis Science - Association française pour l’information scientifique », sur Afis Science - Association française pour l’information scientifique (consulté le ).
  6. Nogier P (mai 1956) Le pavillon de l’oreille. Zones et points réflexes, Bulletin de la Société d’Acupuncture, no 20, article repris dans la revue Auriculomédecine no 21 (1980), Maisonneuve, Sainte-Ruffine
  7. Claire-Marie Rangon, « L’Auriculothérapie : Au-delà de la réflexothérapie, la neuromodulation cérébrale », Hegel, vol. N° 1, no 1,‎ , p. 78 (ISSN 2269-0530 et 2115-452X, DOI 10.3917/heg.081.0078, lire en ligne, consulté le ).
  8. a et b https://www.inserm.fr/sites/default/files/2017-11/Inserm_RapportThematique_EvaluationEfficaciteAuriculotherapie_2013.pdf
  9. « Stratégies thérapeutiques d'aide au sevrage tabagique : efficacité, efficience et prise en charge financière », sur Haute Autorité de Santé (consulté le ).
  10. (en) Gates S, Smith LA, Foxcroft DR. « Auricular acupuncture for cocaine dependence » Cochrane Database of Systematic Reviews 2006, Issue 1. Art. no  CD005192. DOI:10.1002/14651858.CD005192.pub2.
  11. Décisions du interdisant les publicités.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]