Charlatanisme

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Pietro Longhi, Le Charlatan, 1757.

Le charlatanisme est la promotion de pratiques médicales frauduleuses ou ignorantes. En France, le charlatanisme est défini dans le code de déontologie médicale comme le fait pour un médecin de « proposer à des malades des remèdes illusoires ou insuffisamment éprouvés en les présentant comme salutaires ou sans danger[1]. »

Un charlatan est un personne « prétendant de manière frauduleuse ou par ignorance disposer de compétences médicales » ou « une personne qui prétend, professionnellement ou publiquement, posséder des compétences, des connaissances, des qualifications qu'elle ne possède pas[2] ». Ce peut être un vendeur de poudre de perlimpinpin. De manière plus générale, le charlatan pratique l'imposture, ou un jeu de dupes envers autrui, grâce à des trucages, des déformations de la réalité (par exemple via l'exploitation de biais cognitifs), ou des falsifications, en vue de gagner sa confiance, généralement pour obtenir de l'argent ou tout autre avantage.

Les éléments communs du charlatanisme comprennent des diagnostics douteux, ainsi que des traitements non testés, à l'efficacité non avérée, ou réfutés, en particulier pour les maladies graves telles que le cancer. Le charlatanisme est souvent décrit comme une fraude dans le domaine médical avec la caractéristique saillante d'une promotion agressive[3].

Outre les problèmes éthiques liés aux avantages prometteurs qui ne peuvent raisonnablement s'obtenir, le charlatanisme comprend également le risque que les patients choisissent de renoncer à des traitements susceptibles de les guérir, au profit de traitements inefficaces administrés par le charlatan[4],[5],[6]. Ces renoncements impliquent des retards de soins qui peuvent aller jusqu'à causer la mort des patients [7].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Attesté dès 1572, le mot est emprunté à l'italien ciarlatano « charlatan », issu du croisement de cerretano « habitant de Cerreto » (village de Cerreto di Spoleto dont les habitants vendaient des drogues sur les places publiques) et de ciarlare « bavarder, jaser »[8].

Histoire du charlatanisme[modifier | modifier le code]

Des médicaments et des traitements non éprouvés, généralement inefficaces et parfois dangereux ont été utilisés tout au long de l'histoire humaine. Des représentations théâtrales ont parfois été données pour renforcer la crédibilité de prétendus médicaments. Des affirmations grandioses ont été faites pour ce qui pourrait être en fait des simples produits : par exemple, au milieu du XIXe siècle, la revalenta arabica (en) était annoncée comme ayant des vertus réparatrices extraordinaires comme régime empirique pour les invalides; malgré son nom impressionnant et ses nombreux témoignages élogieux, il ne s'agissait en réalité que de farine de lentilles ordinaire, vendue aux crédules plusieurs fois leur prix réel.

Certains remèdes contenaient des substances telles que l'opium, l'alcool et le miel, qui donnaient un soulagement symptomatique mais n'avaient aucune propriété curative. Certains auraient des qualités addictives pour inciter l'acheteur à revenir. Les quelques remèdes efficaces vendus par les charlatans étaient les émétiques, les laxatifs et les diurétiques. Certains ingrédients ont eu des effets médicinaux : les composés du mercure, de l'argent et de l' arsenic peuvent avoir aidé certaines infections et infestations; l' écorce saule contenait de l'acide salicylique, chimiquement étroitement lié à l'aspirine ; et la quinine contenue dans l'écorce des jésuites était un traitement efficace contre le paludisme et d'autres fièvres. Cependant, la connaissance des utilisations et des dosages appropriés était limitée.

En France[modifier | modifier le code]

Le charlatanisme est défini dans le code de déontologie médicale comme le fait pour un médecin de « proposer à des malades des remèdes illusoires ou insuffisamment éprouvés en les présentant comme salutaires ou sans danger »[1]. Un certain nombre d’infractions permettent de sanctionner le charlatanisme bien qu'il ne fasse pas l’objet d’une incrimination autonome dans le Code pénal[9].

En , Jacques Mézard publie un rapport au nom de la commission d'enquête sur l'influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé. Ladite commission du Sénat observe « l'existence de dérives thérapeutiques dues à des pratiques commerciales, proches de la charlatanerie, qui exploitent les peurs et les attentes de la population en matière de santé et de bien-être et qui peuvent insidieusement orienter leurs victimes vers des pratiques thérapeutiques souvent dénuées de fondement scientifique, compromettant ainsi leurs chances de guérison. Elle s'inquiète que ces deux phénomènes - dérive sectaire et dérive thérapeutique - en se combinant, cumulent les dangers liés à une forme d'emprise et les risques dus à l'exploitation mercantile de la crédulité de personnes vulnérables[10]. »

En , une tribune signée par 124 médecins et professionnels de santé est publiée dans Le Figaro[11] critiquant les médecines alternatives ou pseudo-médecines, « ces fausses thérapies à l’efficacité illusoire », et en particulier l'homéopathie, rappelant que « l’ordre des médecins tolère des pratiques en désaccord avec son propre Code de déontologie et les pouvoirs publics organisent, voire participent, au financement de certaines de ces pratiques ». Dans une chronique sur France Inter, le journaliste Mathieu Vidard déclare : « En accusant les médecins homéopathes de charlatanisme et en ignorant la fonction humaniste essentielle apportée par ces thérapeutes, les signataires de ce texte se trompent de cible et font courir le risque à des patients de se retrouver vraiment entre les mains de pseudo médecins. On se demande bien quel est l’intérêt d’une tribune aussi péremptoire à l’heure où la médecine allopathique pourrait largement balayer devant sa porte plutôt que d’avoir le mauvais goût de dénigrer le travail de ses confrères[12] ». Il existe néanmoins, comme le rappelle la tribune, un réel danger d'utilisation exclusive de traitements alternatifs, « car leur usage retarde des diagnostics et des traitements nécessaires avec parfois des conséquences dramatiques, notamment dans la prise en charge de pathologies lourdes comme les cancers[11]. » Ainsi en est-il par exemple de la méthode Hamer du nom du médecin allemand condamné pour exercice illégal de la médecine[13].

Sur son site internet[14], la Miviludes met à disposition une série de critères pour identifier les charlatans et leur pseudo-thérapies. Comme le relève Le Figaro, « deux signes doivent alerter. D’abord, le soi-disant thérapeute remet en cause et dénigre les traitements de la médecine conventionnelle, qu’il s’agisse de vaccins ou de médicaments. Ensuite, il vous promet en échange une guérison miraculeuse, en vous expliquant qu’au-delà de la maladie les soins vous apporteront d’innombrables bienfaits évidemment impossibles à mesurer[13]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Article 39 intégré à l’article R. 4127-39 du code de la santé publique.
  2. (en) « Definition of quack | Dictionary.com », sur www.dictionary.com (consulté le 27 juin 2020)
  3. (en-US) « Quackery: How Should It Be Defined? | Quackwatch » (consulté le 27 juin 2020)
  4. Tabish, « Complementary and alternative healthcare: is it evidence-based? », International Journal of Health Sciences, vol. 2, no 1,‎ , v–ix (ISSN 1658-3639, PMID 21475465, PMCID 3068720)
  5. Angell et Kassirer, « Alternative Medicine – The Risks of Untested and Unregulated Remedies », New England Journal of Medicine, vol. 339, no 12,‎ , p. 839–41 (PMID 9738094, DOI 10.1056/NEJM199809173391210)
  6. Cassileth et Yarett, « Cancer quackery: the persistent popularity of useless, irrational 'alternative' treatments. », Oncology, vol. 28, no 8,‎ , p. 754–58 (PMID 22957409)
  7. HAS, « ÉVALUATION DES MÉDICAMENTS HOMÉOPATHIQUESSOUMIS ÀLA PROCÉDURED’ENREGISTREMENTPRÉVUE ÀL’ARTICLE L.5121-13 DU CSP »
  8. Définitions lexicographiques et étymologiques de « Charlatan » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales
  9. Lavaud-Legendre 2008
  10. « Dérives thérapeutiques et dérives sectaires : la santé en danger (Rapport) - Sénat », sur www.senat.fr (consulté le 15 mai 2019)
  11. a et b « L’appel de 124 professionnels de la santé contre les «médecines alternatives» », sur sante.lefigaro.fr, (consulté le 15 mai 2019)
  12. « Charlatans d’homéopathes ! », sur www.franceinter.fr (consulté le 15 mai 2019)
  13. a et b « Comment éviter les charlatans dans la jungle des thérapies », sur sante.lefigaro.fr, (consulté le 15 mai 2019)
  14. « Santé | Miviludes », sur www.derives-sectes.gouv.fr (consulté le 15 mai 2019)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

  • Bénédicte Lavaud-Legendre, « Charlatanisme et droit pénal », Les Tribunes de la santé, Presses de Sciences Po (P.F.N.S.P.), vol. n° 20, no 3,‎ , p. 67-75 (ISSN 1765-8888, résumé, lire en ligne)
  • Nicole Edelman, « Médecins et charlatans au XIXe siècle en France », Les Tribunes de la santé, Presses de Sciences Po (P.F.N.S.P.), vol. n° 55, no 2,‎ , p. 21-27 (ISSN 1765-8888, résumé, lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]