Événement indésirable grave

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Les événements indésirables sont considérés[1] comme ayant un caractère de gravité (événement indésirable grave, EIG) « à partir du moment où ils sont cause d’hospitalisation ou ils entrainent une prolongation de l’hospitalisation, une incapacité à la sortie de l’unité ou un risque vital. »

Cette définition rejoint celle de l'URCAM Poitou Charentes[2] : un effet indésirable grave est un effet ayant entraîné :

  • une hospitalisation ou une prolongation de l'hospitalisation du patient ;
  • une incapacité ou une invalidité permanente du patient ;
  • la mise en jeu du pronostic vital du patient ;
  • une anomalie congénitale pour la descendance du patient ;
  • ou le décès du patient.

Quelques chiffres[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

Mesure[modifier | modifier le code]

La Haute Autorité de santé recense les événements porteurs de risque (EPR ou « presque accidents »).

Les Enquêtes nationales sur les événements indésirables liés aux soins sont réalisées sur un échantillon d'établissements de soins aigus publics et privés. L'étude 2010 a été réalisée par l'équipe de Philippe Michel du CCECQA (Comité de coordination de l'évaluation clinique et de la qualité en Aquitaine) en collaboration avec la DREES (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques) du ministère de la Santé[3].

Nombre[modifier | modifier le code]

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), « plus de 30 000 patients décèdent chaque année d'accidents médicaux en France »[4].

Selon la deuxième étude ENEIS (Enquête nationale sur les événements indésirables liés aux soins), 275 000 et 395 000 EIG surviendraient chaque année dans les hôpitaux et cliniques français, soit environ neuf cents EIG par jour[5]. Près de 380 seraient évitables car liés à des erreurs médicales[3].

Causes[modifier | modifier le code]

Selon les études ENEIS 2004 et 2010, les EIG sont « associés en partie à une pratique médicale sous-optimale, une perte de temps, une rupture dans la continuité des soins, des déviances diverses, par rapport à des protocoles, des règles ou des recommandations ». Elles relèvent un nombre important de « défaillances humaines des professionnels, de supervision insuffisante des collaborateurs, une mauvaise organisation ou encore de déficit de communication entre professionnels ».

EIG « inévitables »[modifier | modifier le code]

Une part importante de ces événements est inévitable, car « ils résultent de risques auxquels le patient est exposé dans le cadre de soins optimaux », selon l'ENEIS. Ils touchent plus fréquemment des patients fragiles, âgés, souvent déjà dans un mauvais état de santé[5].

EIG « évitables »[modifier | modifier le code]

Entre 95 000 et 180 000 EIG par an sont évitables et « n'auraient pas eu lieu si les soins avaient été conformes à la prise en charge considérée comme satisfaisante au moment de (la) survenue (de l'EIG) ».

D'après une estimation incertaine[6] (en supposant qu’il n’y a pas de saisonnalité pour pouvoir généraliser), l'ordre de grandeur du nombre de ces EIG serait de 750 000, dont 145 000 + 155 000 = 300 000 évitables.

Selon Mme Anne-Marie Payet, « les chiffres les plus couramment avancés font état de 140 000 hospitalisations provoquées par des accidents médicamenteux et 13 000 décès avérés. »[7]. Ces décès sont peut-être bien plus nombreux (32 000 ?)[8].

Les EIG « évitables » représentent 160 000 à 290 000 cas par an. Ils n'auraient pas eu lieu « si les soins avaient été conformes à la prise en charge considérée comme satisfaisante au moment de leur survenue ».

Ce sont les actes invasifs (endoscopies, etc.) et chirurgicaux qui sont à l'origine du plus grand nombre d'EIG « évitables », suivis par l'administration de produits de santé (médicaments et dispositifs médicaux implantables, comme les pacemakers) et, enfin, par les infections nosocomiales[3].

Hospitalisation[modifier | modifier le code]

Un patient sur dix rentrant à l'hôpital subit un évènement indésirable lié aux soins. « 85 % des problèmes posés dans les accidents sont dus à des problèmes d'organisation. », selon le médiateur de la République Jean-Paul Delevoye, qui a doté sa structure d'un pôle « santé et sécurité des soins »[4].

Près de 70 % des EIG sont causés par une hospitalisation, actuelle (55 %) ou antérieure (15 %)[6].

50 % des EIG seraient liés à des actes invasifs, 50 % aux produits de santé (dont 38,7 % de médicaments)[9],[6].

Les infections nosocomiales (contractées lors de l'hospitalisation) sont de gravité variable er représentent 750 000 cas par an. Ils sont la cause directe de 4 000 décès par an, dont près de 30 % seraient évitables[4].

EIG médicamenteux[modifier | modifier le code]

La moitié des EIG serait due à des erreurs médicamenteuses. Ainsi, les EIG médicamenteux sont en cause dans quasiment la moitié des cas d'EIG ayant entraîné une hospitalisation. Près de la moitié des EIG médicamenteux sont évitables (50 % pour les EIG médicamenteux causant des hospitalisations, 42 % des EIG médicamenteux survenant au cours d'une hospitalisation)[5].

20 % des EIG « évitables » survenus à l'hôpital ou en clinique sont associés à des médicaments (accident médicamenteux).

Peu de progrès ont été enregistrés avec les anticoagulants, avec des traitements compliqués qui peuvent être difficiles à gérer par des patients âgés.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Le plus souvent, l'EIG entraîne un prolongement d'hospitalisation, mais également une incapacité à la sortie de l'hôpital, et, plus rarement, la mort.

À partir d'extrapolations d'études étrangères, la seconde ENEIS (2010) estime entre 10 000 et 15 000, le nombre de décès liés aux soins chez les malades hospitalisés en France. Cette étude, comme celle de 2004, ne permet toujours pas d'avancer un chiffre plus précis pour des raisons de fiabilité statistique[3].

Evolution[modifier | modifier le code]

Selon la seconde ENEIS (2010), il n'existe aucune évolution significative entre 2004 et 2009 de la fréquence des événements indésirables graves survenus pendant l'hospitalisation[3]. Cependant, des progrès ont été faits en anesthésie-réanimation ou dans la lutte contre les infections nosocomiales[5].

Cependant, l'étude ENEIS (2010) montre « une augmentation des hospitalisations pour infection du site opératoire, qui peut être liée à l'identification au domicile d'une infection contractée dans un établissement de santé. Mais cela peut être aussi la conséquence d'une mauvaise prise en charge des plaies opératoires en soin ambulatoire (hors de l'hôpital) ».

Les personnes âgées, plus fragiles, sont plus sujettes à ces EIG[modifier | modifier le code]

En France toujours, les victimes de ces EIG sont des personnes plus âgées que les autres patients : de 4 ans en médecine, et de 5 ans en chirurgie[10].

Par ailleurs la gravité de la situation clinique de ces patients a été jugée plutôt très importante chez 68 % des patients. ...

Elle tend à être plus importante pour les patients ayant vécu un EIG pendant leur hospitalisation (77,2 %) que chez ceux hospitalisés pour cause d'EIG (57 %).

De manière générale, la fragilité ou le comportement du patient, ou de son entourage, ont été jugés comme un facteur favorisant la survenue de l'EIG chez 71,5 % des patients}.

Lutte contre les EIG[modifier | modifier le code]

Projets[modifier | modifier le code]

Les hôpitaux pourraient être astreints à une enquête après chaque EIG ou décès, ce qui permettrait de disposer d'une base de données nationales et de mettre en place des mesures correctrices.

L'association « Le lien d'aide aux victimes d'infections nosocomiales et d'accidents médicaux » réclame un signalement obligatoire des EIG et des « sanctions dissuasives » pour les établissements qui ne s'y plieraient pas[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]