Herboristerie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Herboristerie à Marseille dans les années 1920.

L'herboristerie consiste à la préparation et la commercialisation de plantes médicinales ou de préparations dérivées. Par métonymie, le terme désigne la boutique dans laquelle sont vendues les plantes médicinales, tenue par un herboriste. L'herboristerie a un but strictement pratique, la science qui d'une manière purement théorique étudie les vertus médicinales des plantes est l'herbologie.

Histoire[modifier | modifier le code]

Traité arabe (env. 1334) concernant les plantes médicinales, selon le médecin, pharmacologue et botaniste de l'Antiquité grecque Dioscoride.

Le premier code médical régulant l'usage des simples date de la Mésopotamie mais il est probable que des plantes étaient déjà utilisées pour se soigner durant la préhistoire[1].

En Europe, à partir du Moyen Âge, trois corporations se différencient et sont souvent en lutte : les herbiers (dénomination médiévale) qui deviendront les herboristes, qui récoltent et vendent des plantes indigènes séchées (médecine la moins chère et disponibles pour tous à l'époque) ; les apothicaires (qui deviennent pharmaciens au XIXe siècle, avec une école nationale et une centralisation de l'organisation du métier ; ce sont alors les pharmaciens qui forment les herboristes qui sont tolérés, mais souvent critiqués par les pharmaciens) qui fabriquent et vendent des remèdes plus complexes et préparés à base de plantes, de minéraux et de substances animales ; et les médecins qui soignent souvent des personnes et des animaux et ont obtenu des monopoles sur le suif des chandelles, ou les poids et mesures). La médecine des simples est en partie inspirée de la médecine des signatures qui lie la santé aux équilibres de l'univers et sous-tend une prédétermination divine.

Herboristerie à Genève, Suisse

Au XIXe siècle, la « médecine familiale »[2], l'herboristerie et la pharmacopée populaire restent très présentes dans les campagnes[3]. Les officines de pharmacie disposaient souvent d'une annexe faisant office de droguerie et herboristerie qui diffusaient aussi des produits vétérinaires[4], élevaient des sangsues[5]

Au XXe siècle, dans les pays dits en développement, l'herboristerie tient encore une place importante, dont en Chine et en Afrique[6].

Dans le monde[modifier | modifier le code]

Les herboristes modernes en Belgique[modifier | modifier le code]

En Belgique, plusieurs formations d'herboriste sont possibles dans des centres privées ou par l'enseignement à distance. Le métier d'herboriste remplace celui du droguiste d'autrefois. Le terme "herboriste" et non droguiste reste préservé afin de ne pas faire concurrence à la pharmacie. Au contraire des pharmaciens, le métier d'herboriste porte sur la santé et le bien-être mais n'est pas régulé par la loi belge et ne fait donc pas partie du cadre médical classique. La formation est de haut niveau et est reconnu par le gouvernement et par la Fédération d'herboristerie Européenne [7]. Elle porte sur les connaissances en phytothérapie, aromathérapie, gemmothérapie et des connaissances de base dans plusieurs domaines des médecines naturelles. Elle dure approximativement 2 ans et permet aux bacheliers d'obtenir un diplôme d'herboriste agréé qui donne également droit au métier comme indépendant. [8],[9].

Les herboristes au Canada[modifier | modifier le code]

Au Québec, la Guilde des herboristes, qui est le regroupement des professionnels et amateurs de plantes médicinales, a été fondée en 1995 et compte actuellement[Quand ?] plus de 300 membres[10]. Elle travaille pour faire reconnaître le droit à l'utilisation des plantes médicinales. La directrice actuelle de cette guilde dirige aussi une ferme biodynamique ainsi que l'Association de Biodynamie du Québec.

Les herboristes en France[modifier | modifier le code]

Les pratiques de l'herboristerie en Haute-Provence *
Image illustrative de l’article Herboristerie
Pharmacie herboristerie du Père Blaize à Marseille
Domaine Savoir-faire
Lieu d'inventaire Haute-Provence
* Descriptif officiel Ministère de la Culture (France)
Herboristerie à Paris.
Herboristerie à Lyon.

Le métier d'herboriste a été reconnu pour la première fois en France en [11].

Durant l'empire, Fourcroy (chimiste) veut rénover la profession d'apothicaire et ouvrir leur monopole, mais il n'y parvient pas. Au XIXe siècle, avec l'apparition des vaccins et d'un grand nombre de médicaments de synthèse, l'herboristerie recule, souvent présentée comme désuète et associée à une civilisation paysanne jugée dépassée, au profit de l'industrie pharmaceutique. Certains médecins continuent pourtant à défendre la médecine des simples et les savoirs traditionnels, comme François-Joseph Cazin par exemple dans le nord de la France en 1917[12].

Alors qu'il existe encore en France environ 4 à 5 000 herboristes (souvent des femmes, non représentées et non défendues politiquement)[réf. nécessaire], aucun diplôme officiel d'herboriste n'est plus délivré, depuis la loi du votée par le régime de Vichy[13] qui a supprimé le certificat d’État d’Herboristerie, faisant que leurs titulaires se sont progressivement éteints sans successeurs. Cette loi organise l'industrialisation de la pharmacie, et transforme (sur le modèle allemand) le marché de manière à permettre à la finance d'entrer dans le capital du secteur de la pharmacie[réf. nécessaire]. C'est le chef de l'État français Philippe Pétain qui supprime le diplôme, en répondant à une demande déjà ancienne de certains pharmaciens et de l'industrie pharmaceutique[réf. nécessaire]. Le métier d'herboriste a donc de fait ensuite pratiquement disparu en France. De 4 500 herboristes en 1940[14], il ne reste qu'une dizaine d'herboristeries en France, la plus ancienne étant la pharmacie herboristerie du Père Blaize à Marseille, fondée en 1815.[réf. nécessaire] Cette situation contraste fortement avec l'Allemagne ou l'Italie, on l'on compte encore plusieurs milliers d'herboristes.[réf. nécessaire]

Dans les années 1970, alors que les maladies infectieuses (que les pastoriens et autres hygiénistes pensaient pouvoir faire disparaître au XXe siècle) persistent, l'herboristerie suscite un regain d'intérêt vers les plantes et les savoir-faire ethnobotaniques (repéré dans les années 1980 par une mission du ministère de la culture). Des enseignements non-diplômants renaissent, mais le métier n'est toujours pas officiellement reconnu ni enseigné.[réf. nécessaire]

Quelques herboristeries vendent encore des plantes médicinales au nom des derniers titulaires du diplôme d'herboriste et quelques coopératives ont pu s'en saisir[15]. Légalement, seuls les pharmaciens peuvent vendre les plantes présentées selon leurs propriétés médicinales. Une tolérance existait pour les personnes travaillant avec des herboristes diplômés, mais ceux-ci ont progressivement disparu.

L'une des dernières représentations officielles des herboristes en France a consisté à représenter l'herboristerie à l'office interprofessionnel des plantes à parfum, aromatiques et médicinales, lors de sa création en 1984. Le travail des plantes (organismes vivants non standardisés) est de plus en plus encadré par des lois et directives européennes, difficiles à appliquer au niveau artisanal[réf. nécessaire].

Les plantes déjà traditionnellement utilisées n'étant pas brevetables, il y a eu peu d'études concernant les avantages et risques de leur utilisation[réf. nécessaire], et l'empirisme a encore de l'importance. La menthe et certaines lavandes sont encore très utilisées, mais souvent comme source d'arômes ou d'huiles essentielles[16]. Thierry Thévenin, producteur-cueilleur de plantes médicinales, porte-parole du syndicat « Simples », syndicat des producteurs-cueilleurs de plantes médicinales, aromatiques, alimentaires, cosmétiques et tinctoriales, fait remarquer que la réglementation rend paradoxalement plus facile la vente et labellisation « bio » d'huiles essentielles dans le domaine alimentaire (ou l'aromathérapie[17]) plutôt que pharmaceutique. Il note aussi qu'un règlement européen sur les additifs pour l'appétence de la nourriture animale a interdit des extraits de plantes qui n'existent pas, et des produits tels que le cynorhodon, fruit le plus riche en vitamine C, spontanément consommé par les animaux dans la nature.

Un diplôme universitaire de phytothérapie (DUMENAT) réservé aux médecins, pharmaciens et vétérinaires existe à la faculté de médecine Paris XIII mais semble menacé[18]. Une formation validée par un diplôme universitaire en « Plantes médicinales, phytothérapie et aromathérapie » (DESIU) a été créée en 2013 à l'université d'Aix-Marseille en partenariat avec l'université Claude Bernard Lyon 1, ce cursus est dirigé par le professeur Evelyne Ollivier[19].

En France, cent quarante-cinq plantes (puis 148) dites « plantes médicinales libérées » peuvent toutefois être vendues par des non-pharmaciens (du fait de leur usage alimentaire notamment)[20], depuis un décret en 2008[21].

Une mission d’information sénatoriale, créée en avril 2018, présidée par Corinne Imbert (rapporteur : Joël Labbé) a adopté son rapport[20] en septembre ; en estimant que la filière a un fort potentiel notamment pour les territoires ruraux et d'outre‑mer[22]. Parmi ses 39 propositions, la mission suggère la création d'un label « Plantes de France » (en visant 50 % de surfaces cultivées en « bio » avant 2025), le développement d'une filière agroécologique dans les outre-mer, des critères de cueillette durable, de la vente directe, de renforcer la formation et la Recherche dans le domaine, de « rééxaminer la liste des 148 plantes médicinales « libérées » du monopole pharmaceutique, en étudiant la possibilité d’y associer leurs usages traditionnels reconnus contre les « petits maux du quotidien. » et d'inscrire sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco les connaissances et savoir-faire liés à la culture et à l'usage traditionnels des plantes médicinales[20].

Les herboristes au Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Au début du XVIIIe siècle, les calculs rénaux et vésicaux sont soignés chirurgicalement en ouvrant la cavité abdominale et les organes touchés afin d'en retirer les calculs. Cette opération est extrêmement dangereuse à l'époque compte-tenu de l'absence d'asepsie, dont l'intérêt sera découvert plus tard. De nombreuses recettes de préparations par voie orale visant à la dissolution du calcul sont connues des profanes, mais aucune ne semble efficace. Cependant, une de ces préparations connait un tel succès que le Parlement d'Angeterre octroie une récompense conséquente à sa créatrice, Joanna Stephens, pour la publication de sa recette[23] qui connait une renommée européenne[24]. Si, actuellement, l'efficacité de cette préparation est remise en question, faute de preuves, l'intervention de Joanna Stephens a cependant ouvert la voie au traitement des calculs par dissolution en Angleterre[23].

Les herboristeries en ligne[modifier | modifier le code]

Les herboristeries en ligne sont les herboristeries qui exercent leurs activités par Internet.

Préparation des plantes médicinales[modifier | modifier le code]

Les plantes médicinales sont préparées par infusion, par décoction ou par macération.

Leur mode d'utilisation est varié :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Aubry I (1993) L'herboristerie: historique et devenir (Doctoral dissertation, Paris 5)
  2. Loux F (1990) La médecine familiale dans la France rurale.(Note de recherche) in Culture et clinique. Anthropologie et sociétés, 14(1), 83-92.
  3. Trépardoux, F. (1999) « Pharmacopée populaire des comtés de l'est de l'Angleterre: Gabrielle Hatfield, Hatfield Gabrielle, Country Remedies, traditional East Anglian plant remedies in the 19th century » Revue d'histoire de la pharmacie, 87(322):283-4.
  4. Carole B (2008) La Phytothérapie pour les animaux. Éditions Le Manuscrit.
  5. Portenart M. (1993) « Une facture de pharmacie de 1869 » Revue d'histoire de la pharmacie, 81(296):57-8.
  6. Lo M, Diallo I. & De Lauture H. (1995) « Place des plantes médicinales dans le système de santé au Sénégal : Exemple d'un enseignement d'herboristerie et de phytothérapie pratique applicable aux agents du développement communautaire » Revue de Médecines et Pharmacopées Africaines, (9):43-50 (résumé)
  7. http://www.feh.be/
  8. http://www.ifapme.be/formations-a-un-metier/trouver-une-formation-a-un-metier/catalogue-des-formations-a-un-metier/herboriste-chef-d-entreprise.html
  9. https://www.formationadistance.be/cours/herboriste/
  10. Site de la Guilde des Herboristes
  11. Patrice Ragni, « Entraîner : métier d'homme ou destin ? », Les Cahiers de l'INSEP, vol. 32, no 2,‎ , p. 341–344 (ISSN 1241-0691, DOI 10.3406/insep.2002.1669, lire en ligne, consulté le 20 avril 2020)
  12. Guitard EH (1917) « La busserole et la bruyère; Le drosera ; Tisanes aromatiques : Dr H. Leclerc, in Revue générale de clinique et de thérapeutique, 1916 et Union pharmac., 1916 » Bulletin de la Société d'histoire de la pharmacie, 5(16), 267-267)
  13. art. 59 de la loi du 11 septembre 1941
  14. « Histoire de l'herboristerie : 2ème partie : le métier d'herboriste », sur Ina.fr, Club d'Ulysse, (consulté le 7 novembre 2019)
  15. Chapeyroux C (1994) L'herboristerie à travers le service d'un répartiteur : la coopérative ouest france (COF) (Doctoral dissertation, Fiche SUDOC
  16. Bertjpmp G. & Voirin B. (1984) Développement sur le sol national de la culture de menthe à des fins industrielles(huiles essentielles, herboristerie), rapport n°FRT - 84 G 0848 (|Notice Inist-CNRS)
  17. Voyé, L. Raphaële Garetta, Des simples à l’essentiel. De l’herboristerie à l’aromathérapie, pratiques et représentations des plantes médicinales. Toulouse, Presses universitaires du Mirail, coll.«Les Anthropologiques», 2006, 368 p. Archives de sciences sociales des religions, (148), 75-342.
  18. Dumenat à la faculté de Bobigny – UFR SMBH
  19. http://www.fmc-marseille.com/fr/formations/id-504-plantes-medicinales-phytotherapie-et-aromatherapie-d-e-s-i-u-
  20. a b et c Rapport d'information de M. Joël LABBÉ, fait au nom de la mission d'information "Développement de l'herboristerie" : "Les plantes médicinales et l'herboristerie : à la croisée de savoirs ancestraux et d'enjeux d'avenir" ; Sénat Français, 25 septembre 2018 ; et sa synthèse et son infographie
  21. Liste des 145 plantes médicinales libérées, c’est-à-dire en vente libre (décret datant de 2008)
  22. Sénat (2018) [Les plantes médicinales et l’herboristerie, à la croisée de savoirs ancestraux et d’enjeux d’avenir : La mission d’information a adopté son rapport (communiqué du 27 septembre 2018)] communiqué du 27 septembre 2018
  23. a et b (en) Jonathan Charles Goddard, « Joanna Stephens's cure for the bladder stone », history of urology,‎ 01. 06.2015 (lire en ligne)
  24. A historical dictionary of British women., Europa Publications, (ISBN 0-203-40390-8, 978-0-203-40390-7 et 978-1-85743-228-2, OCLC 62241832, lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Serge Bernard et Bruno Vaesken, Les recettes de l'herboriste, éd. Dargaud (1985)
  • Maria Treben, Ces plantes qui guérissent, éd. du Rocher (1987)
  • Michel Pierre, Les plantes de l'herboriste, éd. Robert Jauze (2002)
  • Marie-Antoinette Mulot, Secrets d'une herboriste, éd. Dauphin (19e édition - 2007) (ISBN 978-2716312752)
  • Jos Triponez, Trésors au bord du chemin : Manuel d'herboristerie moderne éd. Cherix et Filanosa (1957)
  • Thierry Thévenin, Plaidoyer pour l'herboristerie. Comprendre et défendre les plantes médicinales, Actes Sud (2013)
  • Darquenne, R. (1986) « Cultures industrielles au pays des collines: plantes médicinales, chicorée, tabac (1890-1914) » Revue belge de philologie et d'histoire, 64(2):440.
  • Bureau L (2012) « Le retour des infusions de plantes médicinales et tisanes » La phytothérapie européenne, (66):26-29.
  • Benoist J (1990) « La plante-médicament, entre ses usages et ses témoins » Écologie Humaine, 8(2):53-61.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :