Étiopathie

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L'étiopathie est une thérapie manuelle née en France, proche de l'ostéopathie et de la chiropratique, qui s'inscrit dans la tradition des rebouteux. Des écoles privées en France ou en Suisse délivrent des diplômes d'étiopathe[1].

Elle a fait l'objet en 2010 d'un rapport de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires[2] et ne figure plus dans les médecines listées[pas clair]. Il n'existe pas de preuve scientifique de l'efficacité de l'étiopathie.

Définition[modifier | modifier le code]

Du grec « aitia », cause, et « pathos », souffrance, l'étiopathie est une méthode d'analyse des pathologies et de traitement manuel basée sur l'approche systémique du corps humain[réf. souhaitée].

Son fondateur Christian Trédaniel (1934-2011) décrit sa technique comme une « science qui s'attache à déterminer les causes des maladies pour les éliminer ».

La méthode de Christian Trédaniel s’appuie sur les travaux des plus grands médecins du passé comme Hippocrate ou encore Ambroise Paré, ces derniers étant parmi les précurseurs de la médecine manipulative.

En paraît la première édition des Principes fondamentaux pour une médecine étiopathique de Christian Trédaniel[3], rééditée de nombreuses fois. La principale particularité des principes posés par Trédaniel est de faire reposer sa pratique sur la théorie générale des systèmes, théorie de cybernétique développée par Ludwig von Bertalanffy (1968).

Malgré les similitudes entre Dutton et Trédaniel, c'est à ce dernier qu'est attribuée la paternité de l'étiopathie[4],[5]. Les étiopathes, héritiers de la méthode de Trédaniel, distinguent l'étiopathie de ce dernier de celle de Dutton qu'ils rejettent totalement[3]

Conception générale de l'étiopathie[modifier | modifier le code]

Dans ses Principes fondamentaux pour une médecine étiopathique, Christian Trédaniel conçoit l'organisme selon le concept mécaniste. L'étiopathe ne se sert jamais d'appareils et ne prescrit pas de médicaments, il ne se sert que de ses mains dans la tradition de la chirurgie non instrumentale[6] qui tenait tant à cœur à Hippocrate. L'étiopathie repose sur le principe de causalité adapté au vivant, suivant lequel l'identification de la cause d'un symptôme permettrait le traitement ou l'auto-traitement[4]. Elle appréhende le corps humain comme un ensemble de systèmes en interaction, à la fois entre eux et avec le milieu extérieur. C'est une approche systémique qui vise à rétablir la stabilité des systèmes biologiques en agissant soit sur leurs déséquilibres structuraux acquis, soit sur leurs variables d’entrée inadaptées au maintien de leur stabilité. Elle limite cependant son champ d'application car, pour être traitées, les atteintes doivent être considérées comme réversibles, cela conduit parfois l'étiopathe à réorienter le patient lorsque cette condition n'est pas remplie[3].

Différents types de techniques manuelles sont décrites dans l’Atlas des Techniques Mécanistes en Étiopathie[7] : méthodes de palpation, techniques de manipulation, de sédation, de réduction, de rotation, techniques de manipulation de pression, d’étirement, de mise en tension, de percussion, de compression... Certaines de ces manipulations, notamment gynécologiques, sont des reprises des travaux anciens de Thure Brandt (1819-1893)[8] et de Horace Stapfer (1848-1913)[9]

Qualification des praticiens[modifier | modifier le code]

L'étiopathie n'est pas réglementée en France contrairement à l'ostéopathie. Actuellement, le diplôme d’étiopathe est délivré uniquement en France dans quatre établissements d’enseignement supérieur privé qui sont :

  • La Faculté Libre d’Étiopathie de Paris ‐ FLEP (fondée en 1979),
  • La Faculté Libre d’Étiopathie de Bretagne à Rennes ‐ FLEB (fondée en 1986),
  • La Faculté Libre d’Étiopathie de Toulouse ‐ FLET (fondée en 1996),
  • La Faculté Libre d’Étiopathie de Lyon ‐ FLEL (fondée en 2004).

Ces établissements sont organisés en association à but non lucratif relevant de la loi du 1er juillet 1901. Ils proposent une formation standardisée d’une durée de six années à plein temps. Le cursus s’organise en trois cycles représentant entre 3250 et 4100 heures de cours et de stage. L’accès en première année est réservé aux personnes détentrices d’un baccalauréat ou d’une équivalence après examen de leur dossier. L’accès direct en deuxième année peut être proposé aux candidats diplômés de l’enseignement supérieur, notamment dans les disciplines médicales. Au cours des trois dernières années du cursus, encadrés par un directeur de mémoire, les étudiants rédigent un mémoire de fin d’études dont la soutenance, en 6ème année[pas clair], permet l’obtention du diplôme d’étiopathe[10].

En France, les instances représentatives de l’étiopathie[10] sont:

  • L’Institut Français d’Étiopathie (IFE) créé en 1972, est une association professionnelle assurant la représentation et la défense des intérêts de la profession et sa promotion, elle est réservée aux étiopathes diplômés.
  • Le Registre National des Étiopathes[11] (RNE) est une association à vocation ordinale réservée aux membres de l’IFE, diplômés d’étiopathie et exerçant en France. Son objectif est l’enregistrement des étiopathes et des différents organismes représentatifs de la profession ainsi que des différents établissements d’enseignement.
  • L’Association pour le Développement de l’Étiopathie (ADE) dont l’objectif est le développement de l’étiopathie auprès du grand public ainsi que l'organisation de formations professionnelles pour ses membres.
  • La Haute Autorité Etiopathique (HAE) assure la gestion et le contrôle de la science étiopathique, garantit la cohésion du mouvement étiopathique, contrôle la pratique de l’étiopathie et coordonne tous les événements qui s’y rapportent.

Les membres du RNE, de l’ADE et de l’HAE sont également des membres de l’IFE qui est l'association pilote.

Différence avec l'ostéopathie[modifier | modifier le code]

Selon les textes de loi et les théories étiopathiques, il est difficile de différencier l'étiopathie de l'ostéopathie :

  • Le champ d'action de l'étiopathie est similaire à celui de l’ostéopathie qui s'intéresse aux affections ostéo-articulaires, myofasciales, mais aussi au traitement des troubles fonctionnels, circulatoires, respiratoires, gynécologiques, digestifs, urinaires et ORL.[12]
  • L'uniformité de l'enseignement qui aboutit à un unique courant étiopathique mécaniste[13]. L'ostéopathie possède différents courants théoriques : structurelle, crânienne (souffle de vie), viscérale et somato-émotionnelle[14] ; Toutefois, depuis les décrets de 2014, la formation en ostéopathie a été uniformisée à l'ensemble des établissements [15]
  • Les techniques manipulatoires utilisées qui, héritées des rebouteux et ayant parfois des similitudes avec les autres thérapies manuelles, sont propres à l'étiopathie dans leurs applications[16].
  • Plus généralement, les principes fondamentaux et les approches sont différents entre ostéopathie et étiopathie : bien que certaines manipulations soient semblables, [pas clair]. La théorie propre aux deux professions est quasi-semblable. Seule la reconnaissance officielle permet de différencier les deux approches.

Enfin, on peut noter que les étiopathes sont représentés par une unique association à vocation ordinale, l'Institut français d'étiopathie[17], contrairement aux ostéopathes qui possèdent différents syndicats : Ostéos de France, Ostéopathes de France, Chambre Nationale des Ostéopathes, Syndicat français des ostéopathesetc.[18].

Prise en charge d'une séance d'étiopathie[modifier | modifier le code]

En France, le coût d'une séance en étiopathie est remboursé par certaines mutuelles[19]. Mais l'étiopathie n'étant pas une profession ou un titre reconnu officiellement, ni encadré légalement, certaines complémentaires santé refusent le remboursement.

En Suisse, les étiopathes sont agréés ASCA et RME[20], ce qui offre une excellente prise en charge du coût d'une séance par les caisses complémentaires de santé.

Statut de l'étiopathie[modifier | modifier le code]

En France, l'étiopathie n'est pas reconnu officiellement et ne bénéficie d'aucun encadrement légal. Cette thérapie n'est pas visée par les lois et décrets de 2007 et 2012, au contraire de l'ostéopathie et de la chiropraxie. Actuellement les étiopathes ne bénéficient d'aucune obligation légale d'assurance, et ne sont soumis à aucun code de déontologie validé par l’État.

De plus, depuis le , les praticiens étiopathes sont officiellement reconnus comme exerçant une profession libérale de santé par le Régime social des indépendants[21] (caisse de Sécurité Sociale), ce statut ne garantissant aucunement la fiabilité du praticien, ni ses compétences.

Critiques[modifier | modifier le code]

Dans le rapport de la Miviludes, plusieurs questions sont posées au sujet de l'étiopathie sur le plan des preuves scientifiques ainsi que sur la formation permettant d'accéder à une profession qui, en réalité, n'est reconnue que par son créateur et par ceux qui l'enseignent et la pratiquent[22]. À la suite de ce rapport, les autorités étiopathiques ont entrepris un long travail de clarification auprès du public et des autorités gouvernementales notamment sur des sujets comme la formation et la pratique des étiopathes. Le résultat de ce travail se constate avec la disparition de l'étiopathie dans les rapports de la Miviludes depuis [23]. Aucune mention de l'étiopathie n'est visible dans le guide Santé et dérive sectaire publié par la Miviludes en 2018[24].

Le rapport de l'INSERM Évaluation de l’efficacité et de la sécurité de l’étiopathie[10] publié en septembre 2018 conclut : "Le manque d’études et l’absence de preuves scientifiques ne permettent pas de confirmer ou d’affirmer l’intérêt du recours à l’étiopathie dans au moins une de ses indications ni de s’assurer de la sécurité de la pratique. On ne peut donc pas juger de la balance bénéfice/risque de la pratique."

Certains étiopathes ont été attaqués en justice pour exercice illégal de la médecine à plusieurs reprises, à l'exemple de Jean-Paul Moureau qui l'a été trois fois au cours de l'exercice de sa profession[25].

Notoriété[modifier | modifier le code]

Une partie de la notoriété de la méthode vient du fait que l'ancien président Nicolas Sarkozy y avait recours[26].

De plus, en , certains parlementaires français questionnent la ministre chargée des Affaires sociales et de la Santé pour faire reconnaître l'étiopathie comme une méthode de soins à part entière, qui répond : « Ce n'est que lorsque le bénéfice de telle ou telle pratique sera scientifiquement démontré que celle-ci pourra justifier d'une inscription dans notre système de santé. À l'heure actuelle, l'évaluation de l'étiopathie n'est pas encore au programme d'évaluation du groupe d'appui sur les pratiques non conventionnelles »[27],[28],[29].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gilles Mondoloni, Le Guide de l'ostéopathie: Édition 2017, Odile Jacob, , 192 p.
  2. Nicolas Pinsault et Richard Monvoisin, Tout ce que vous n'avez jamais voulu savoir sur le thérapies manuelles, PUG, 312 p.
  3. a b et c Christian Trédaniel, Principes fondamentaux pour une médecine étiopathique, Éditions de la Maisnie, 1979, 178 p. (OCLC 417345541)
  4. a et b Nicolas Pinsault, Richard Monvoisin, Tout ce que vous n'avez jamais voulu savoir sur les thérapies manuelles, Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, , 310 p. (OCLC 880268020), p. 94-96
  5. « Site de l'étiopathie - Page sur l'histoire de l'étiopathie », sur www.etiopathie.com
  6. Principes fondamentaux pour une médecine étiopathique, « De la relecture du système nerveux », p. 157
  7. Charles Aemmer, C. Trédaniel, Atlas des Techniques Mécanistes en Étiopathie, éditions avenir des sciences, 1981
  8. Thure Brandt, Traitement des maladies des femmes, Avenir des Sciences, 2e édition (15 novembre 2010)
  9. Horace Stapfer, La kinésithérapie gynécologique : traitement des maladies des femmes par le massage, Hachette Livre BNF, réédition (1er juin 2013)
  10. a b et c « Rapport thématique de l'INSERM - Evaluation de l’efficacité et de la sécurité de l’étiopathie », sur www.inserm.fr, (consulté le 6 octobre 2019)
  11. « L'enseignement en France », sur www.etiopathie.com
  12. Registre des Ostéopathes de France (ROF), « Site du Registre des Ostéopathes de France », sur https://www.osteopathie.org/ (consulté le 6 octobre 2019)
  13. « Formation des étiopathes », sur www.etiopathie.com
  14. « Etiopathe », sur www.etiopathe-lyon6.com
  15. « Décret n° 2014-1505 du 12 décembre 2014 relatif à la formation en ostéopathie | Legifrance », sur www.legifrance.gouv.fr (consulté le 8 novembre 2019)
  16. François Franceschi, Atlas des techniques mécanistes en étiopathie, Avenir des sciences, , 235 p. (ISBN 2-910089-38-X)
  17. « Présentation de l'IFE », sur www.etiopathie.com
  18. « Syndicats et associations d'ostéopathes », sur osteopathe-annuaire.fr
  19. « Étiopathe et mutuelles en France »
  20. « Étiopathie et RME »
  21. « Communiqué de Presse de l'Institut Français d'Étiopathie du 11 juin 2015 », sur etiopathie.com
  22. Miviludes - Rapport 2010, p. 165 à p. 182
  23. « Rapports de la Miviludes depuis 2011. »
  24. « Guide Santé et dérive sectaire », sur www.derives-sectes.gouv.fr, (consulté le 6 octobre 2019)
  25. Philibert Humm, « Jean-Paul Moureau soigne sa réputation : L'étiopathe des stars et du tout-politique défend dans un livre cette médecine alternative », Paris Match,‎ (lire en ligne)
  26. Jean Paul Moureau, Soigner Autrement, Seuil, , 204 p. (ISBN 9782021103878), p. 137 ; “La parole des patients” ; Urgence au palais
  27. « Question écrite de M. Philippe Gosselin (Union pour un Mouvement Populaire - Manche), question no 41708 », sur questions.assemblee-nationale.fr, (consulté le 30 septembre 2013)
  28. « Question écrite no  de M. Ronan Kerdraon, sénateur socialiste des Côtes-d'Armor | Reconnaissance des éthiopathes », sur www.senat.fr/questions, (consulté le 30 septembre 2014)
  29. « Étiopathie - Sénat », sur www.senat.fr (consulté le 18 août 2016)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]