Gemmothérapie

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La gemmothérapie est une pratique à visée thérapeutique inventée par le médecin belge Pol Henry qui utilise des tissus embryonnaires végétaux en croissance tel que jeunes pousses, bourgeons et radicelles, préparés par macération dans un mélange d'eau, de glycérine et d'alcool pour obtenir un extrait que l'on nomme « macérat glycériné ». Elle se base sur le postulat que le méristème (tissu végétal formé de cellules se divisant rapidement et qui constitue la zone de croissance des plantes) contient une « énergie informative » pouvant guérir.

La gemmothérapie est d'emblée une pratique infondée, car ses concepteurs et ses promoteurs n'ont jamais apporté d'éléments de preuve de l'efficacité thérapeutique qu'ils affirment. De plus, a posteriori, aucune étude scientifique n'a apporté de preuve d'une quelconque efficacité. Elle est donc considérée comme une pseudo-médecine.

Le mot gemmothérapie provient du latin « gemmae », qui signifie à la fois bourgeon et pierre précieuse (allusion à la stabilité apparente des bourgeons en hiver ainsi qu'à leur préciosité).

Bourgeons d'amandier, matière première utilisée en gemmothérapie.

Historique[modifier | modifier le code]

Pol Henry fut le premier à poser l'hypothèse que le méristème (tissu végétal formé de cellules se divisant rapidement et qui constitue la zone de croissance des plantes) devait contenir toute l'énergie informative[1] au développement des arbres. Il dénomma cette nouvelle face de la phytothérapie, la phytoembryothérapie qui deviendra plus tard la gemmothérapie, nom donné par l'homéopathe Tetau.

Les bourgeons[modifier | modifier le code]

Le bourgeon présente à sa base une zone mérismatique constituée de cellules indifférenciées ne créant pas de photosynthèse (plastes non fonctionnel) mais qui se multiplient très rapidement au moment du débourrage. Un méristème peut continuer à croître indéfiniment tant qu'il est en vie et produit chaque année les feuilles de l'arbre (une de ces cellules végétales, peut in vitro, reconstituer le végétal dans son entier).

Selon Philippe Andrianne, ces bourgeons renferment toute la « puissance du végétal »[2]. Les cellules embryonnaires se retrouvent en phase de multiplication cellulaire intense. Ils contiennent plus d'acides nucléiques (information génétique) que les autres tissus et renferment des minéraux, oligo-éléments, vitamines et facteurs de croissance divers tels que hormones (auxines, gibbérelline) et enzymes et également la sève minérale concentrée apportée par l'arbre ou la plante au printemps[2].

Selon Pol Henry, la gemmothérapie mobilise « les énergies biologiques potentielles »[1] des éléments embryonnaires. Les bourgeons constitueraient un véritable concentré d'information qui renfermerait le potentiel du totum de la plante. Ainsi le macérat glycériné de Tilleul argenté (Tilia tomentosa) possèderait à la fois les propriétés sédatives liées aux fleurs mais aussi les vertus dépuratives et diurétiques de l'aubier. De même, le bourgeon d'Aubépine (Crataegus oxyacantha ou Crataegus monogyna) posséderait à la fois les propriétés médicinales du fruit (action sur le muscle cardiaque) et celles de la fleur (rythme cardiaque).

Absence de preuve d'efficacité[modifier | modifier le code]

« Même si le savoir scientifique s’enrichit au sujet des vertus curatives des plantes, la gemmothérapie n’a fait l’objet d’aucune publication scientifique jusqu’à ce jour. En conséquence, on ne peut conclure à l’efficacité de cette thérapie. »[3]. De plus, aucune étude randomisée en double aveugle n'a été effectuée, seule méthode reconnue comme fiable par l'Ordre des médecins.

Cette pratique est notamment diffusée par des charlatans à l'occasion de salons dédiés au bien-être, au milieu d'u cocktail d'autres pseudo-sciences et « fake medicines »[4].

Forme galénique : le macérat glycériné[modifier | modifier le code]

Le macérat glycériné est la forme galénique classique de la gemmothérapie. Sa base est le Bourgeon ou la jeune-pousse d'un arbre, arbuste ou plante. Ses solvants sont l'alcool, la glycérine végétale (et l'eau).

Préparation galénique diluée[modifier | modifier le code]

Le bourgeon frais est mis en macération dans un mélange de solvant alcool/glycérine végétale sans eau ajoutée. Après macération et filtration, le liquide obtenu, appelé macérat-mère ou macérat glycériné, est dilué 10 fois dans un mélange eau/alcool/glycérine pour obtenir le macérat glycériné D1.

Le rapport bourgeon/solvant de départ est de 1/20e (équivalent poids sec de bourgeon). La préparation d'une teinture mère "pharmacopée française" est 2 fois plus concentrée que le macérat glycériné (elle s'effectue au 1/10e équivalent plante sèche).

  • Inconvénients
    • L'eau n'est pas utilisée en tant que solvant. Elle ne peut alors jouer son rôle dans l'extraction des principes actifs et la « transmission énergétique » du bourgeon[réf. nécessaire] (à laquelle le docteur P. Henri accordait une grande importance)
    • Les posologies varient en moyenne de 50 à 150 gouttes par jour. Ce nombre de gouttes est fastidieux à compter.
    • La quantité d'alcool ingérée est importante, ce type de préparation est déconseillée aux femmes enceintes, aux enfants et aux animaux.
  • Avantages
    • La dilution plus importante réduit les risques de surdose.

Préparation galénique concentrée[modifier | modifier le code]

L'école belge préconise cette méthode. Le bourgeon frais est mis en macération dans un mélange de solvants alcool/glycérine végétale/eau, de manière que chaque liquide occupe 1/3 du poids total. Après macération et filtration, on obtient le macérat glycériné.

  • Avantages
    • L'eau est utilisée en tant que solvant. Elle peut alors jouer son rôle dans l'extraction des principes actifs et la « transmission énergétique » du bourgeon[2].
    • Les posologies varient en moyenne de 5 à 15 gouttes par jour. Ce nombre de gouttes est aisé à compter.
  • Inconvénients
    • Une utilisation irraisonnée de ce produit peut vite s'avérer dangereuse. Il faut donc respecter scrupuleusement les doses prescrites par le médecin.

Principes d'utilisation[modifier | modifier le code]

La gemmothérapie s'utilise par voie interne. Un macérat glycériné se conserve 3 ans. Il s'utilise seule ou sous la forme de complexes. La forme complexe est récente et rassemble dans un même flacon plusieurs bourgeons entre eux soit associés à des teintures-mères, des dilutions homéopathiques, voire des oligo-éléments.

Posologie du Macérat glycériné
Macérat glycériné concentré Macérat glycériné dilué
2-3 gouttes, 3 fois par jour ; 20-30 gouttes, 3 fois par jour ;
5-10 gouttes 1 fois par jour ; 50-100 gouttes 1 fois par jour ;
Jusqu'à 30 gouttes par jour Jusqu'à 300 gouttes par jour

Comme on le voit la posologie est très variable suivant la forme galénique.

Une pratique occidentale marginale en augmentation[modifier | modifier le code]

La gemmothérapie est une pratique marginale. En effet, elle n'a fait l'objet d'aucune étude randomisée en double aveugle, seule méthode reconnue comme fiable par l'Ordre des médecins et n'a pas fait, non plus, l'objet de publication dans une revue à comité de lecture reconnue[3]. Seule la revue Phytothérapie éditée par Springer a édité des articles la concernant.

La gemmothérapie est pratiquée principalement en France, en Belgique, en Italie et au Canada. Elle est pratiquée surtout par des médecins homéopathes. Elle n'est ni reconnue en tant que médecine ni remboursée par les mutuelles. Selon la législation française, un macérat glycériné est un médicament et n'est pas assimilé à une denrée alimentaire[réf. nécessaire] (concentré à diluer pour obtenir une boisson aromatisée). Ces macérats sont utilisés par des praticiens des médecines non conventionnelles avec pour but annoncé le drainage de l'organe que chaque bourgeon de plante aurait pour cible privilégiée.

Index des plantes utilisées en gemmothérapie[modifier | modifier le code]

Bourgeons Quercus robur
bourgeon de marronnier
Bourgeon de tilleul

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Henry P.(1982): Gemmothérapie. Thérapeutique par les extraits embryonnaires végétaux. Imprimerie St Norbert, Westerlo, dépôt légal N°D/1982/2322/O1, édition personnelle de l'auteur
  2. a b et c La gemmothérapie, Philippe Andrianne, Editions AMYRIS, 2004
  3. a et b Passeportsante.net
  4. Olivier Hertel, « Salon Marjolaine : le rendez-vous des fakemed », sur Sciences & Avenir, .

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]