Théorie du complot de Big Pharma

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La théorie du complot de Big Pharma est une théorie du complot selon laquelle les établissements médicaux, et les compagnies pharmaceutiques en particulier, s'organisent à des fins financières contre le bien commun.

Histoire et définition[modifier | modifier le code]

Le terme de Big Pharma est utilisé pour désigner collectivement l'industrie pharmaceutique mondiale[1]. Selon Steven Novella, le terme en est venu à désigner une forme diabolisée de l'industrie pharmaceutique. Le professeur de littérature Robert Blaskiewicz écrit que les théoriciens de la conspiration utilisent le terme de Big Pharma comme abréviation pour désigner une entité abstraite [sic] formée de sociétés, d'organismes de réglementation, d'ONG, de politiciens, et souvent, de médecins, partageant un intérêt pour la prescription de produits pharmaceutiques qui leur rapportent de gros revenus[2]. Le complot de Big Pharma s'organiserait dans le cadre du lobbying pharmaceutique[3],[4].

Selon Blaskiewicz, la théorie du complot de Big Pharma a quatre grands traits[2] :

  1. Le complot est commis dans un but malveillant ;
  2. le grand public est ignorant de la vérité ;
  3. l'absence d'éléments de preuve tient lieu de preuve ;
  4. les arguments avancés à l'appui de la théorie du complot sont irrationnels, erronés, ou contiennent d'autres erreurs.

Manifestations[modifier | modifier le code]

Cette théorie du complot a une variété de manifestations spécifiques. Chacune d'elles a différentes versions, mais elles ont pour point commun la responsabilité de Big Pharma.

Traitements alternatifs[modifier | modifier le code]

Dans Natural Cures "They" Don't Want You to Know About, Kevin Trudeau propose des remèdes naturels pour des maladies graves telles que le cancer, l'herpès, l'arthrite, le sida, les reflux gastro-œsophagien, diverses phobies, la dépression, l'obésité, le diabète sucré, la sclérose en plaques, le Lupus érythémateux disséminé, le syndrome de fatigue chronique, le Trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité et la dystrophie musculaire de duchenne, affirmant que ces remèdes sont tous délibérément cachés et supprimés d'accès au public par la Food and Drug Administration, la Federal Trade Commission, et la plupart des entreprises de l'alimentation et du médicament[5].

VIH/sida[modifier | modifier le code]

En 2006 dans une colonne pour Harpers magazine, la journaliste Celia Farber a prétendu que la névirapine fait l'objet d'un complot par le "complexe médico-scientifique" pour favoriser la propagation de médicaments toxiques[6]. Farber a dit que le sida n'est pas causé par le VIH, et que la névirapine a été administrée de manière non-éthique à des femmes enceintes pendant des essais cliniques, ce qui entraîne la mort. Les allégations de Farber ont été réfutées par les scientifiques, mais selon Seth Kalichman, la publicité qui en a résulté a créé une percée pour la contestation de la responsabilité du VIH dans le SIDA[7]

Cannabis médical[modifier | modifier le code]

La théorie du complot de Big Pharma est invoquée de façon différente dans le cas du cannabis médical, puisque l'industrie pharmaceutique est relativement ouverte à ce sujet. En raison des intérêts financiers de certaines compagnies pharmaceutiques, des inquiétudes liées à l'industrie du cannabis médical pèsent sur les ventes de médicaments d'ordonnance, l'industrie pharmaceutique (avec l'aide de l'industrie de l'alcool[8]) a ouvertement fait pression et une campagne intense contre la dépénalisation et de la légalisation du cannabis médical[9], y compris les entreprises comme Insys Therapeutics Inc. (fabricant de l'analgésique fentanyl), qui a dépensé 500 000 $ pour la publicité à l'encontre de la Proposition 205[10]. Insys a directement admis qu'en tant qu'investisseur de dépôt, la légalisation de la marijuana pourrait « considérablement limiter (notre) succès commercial »[11].

Autisme causé par la vaccination[modifier | modifier le code]

Une controverse scientifique relative au rôle joué par la vaccination dans l'autisme a donné lieu à des théories du complot. Bertrand Jordan cite en exemple[12] l'introduction de l'ouvrage de la journaliste et essayiste française Sylvie Simon, publié en 2007 chez Guy Trédaniel : Autisme et vaccination : Responsable mais non coupable ![13]. Elle y affirme que les pouvoirs publics prétendraient que l'autisme est d'origine génétique afin de cacher l'existence d'une épidémie d'autisme d'origine vaccinale à la population[12]. De même, le médecin retraité François Choffat estime que les médecins participant à la conférence de Simpsonwood en 2000 « se sont surtout préoccupés de ne pas révéler ces informations [à propos des vaccins contenant du mercure] au public », et ont ensuite mandaté une étude pour démentir tout lien entre vaccins, mercure et autisme[14]. David Icke évoque une conspiration reptilienne mondiale[15].

De nombreux articles du mouvement antivaccination, utilisant principalement les médias alternatifs, évoquent la responsabilité de Big Pharma dans la multiplication de cas d'autisme par la vaccination, dont la preuve scientifique n'a toujours pas été apportée[16],[17].

Réception[modifier | modifier le code]

Steven Novella écrit que, bien que l'industrie pharmaceutique mérite à juste titre la critique par un certain nombre d'aspects, la diabolisation est à la fois cynique et intellectuellement paresseuse[18]. Novella estime que les attaques exagérées sur Big Pharma détournent l'attention des professionnels de l'industrie pharmaceutique de problèmes considérés comme réellement critiques.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Big Pharma », dans Oxford English Dictionary.
  2. a et b R. Blaskiewicz, « The Big Pharma conspiracy theory », Medical Writing, vol. 22, no 4,‎ , p. 259 (DOI 10.1179/2047480613Z.000000000142).
  3. Véronique Vasseur et Clémence Thévenot, Santé : le grand fiasco, Flammarion, , 311 p. (ISBN 9782081323674, lire en ligne), « L'industrie la plus influente : entre marketing et lobbying »
  4. Clotilde Cadu (en collaboration avec Irene Frachon), Effets indésirables, Hugo et compagnie, , 156 p. (ISBN 9782755625080, lire en ligne)
  5. Michael Shermer, "Cures and Cons: Natural scams "he" doesn't want you to know about," Scientific American, Mars 2006.
  6. A. (2006) Schaffer, « Drug trials and error: conspiracy theories about big pharma would amuse, if they were not a matter of life and death », MIT Technology Review, vol. 109, no 2,‎ , p. 70, May 1 (lire en ligne).
  7. N. Nattrass et S. Kalichman, Denying AIDS: conspiracy theories, pseudoscience, and human tragedy, Springer, (ISBN 9780387794754, lire en ligne), p. 183.
  8. (en) Alfonso Serrano, « Inside big pharma's fight to block recreational marijuana », The Guardian,‎ (lire en ligne)
  9. (en) Joel Warner, « Is Big Pharma Out to Stop—Or Take Over—Marijuana Legalization? », Motherboard,‎ (lire en ligne).
  10. (en) Sam Levin, « Big Pharma's anti-marijuana stance aims to squash the competition, activists say », The Guardian,‎ (lire en ligne)
  11. (en) Lee Fang, « Pharma Company Funding Anti-Pot Fight Worried About Losing Business, Filings Show », The Intercept,‎ (lire en ligne)
  12. a et b [Jordan 2012] Bertrand Jordan, « La « conspiration » des vaccins », dans Autisme, le gène introuvable. De la science au business, Le Seuil, , 224 p. (ISBN 2021075028 et 9782021075021).
  13. Sylvie Simon, Autisme et vaccination : Responsable mais non coupable !, Guy Trédaniel éditeur, , 311 p. (ISBN 2844458483 et 978-2844458483).
  14. François Choffat, « Autisme et vaccinations », dans Vaccinations : le droit de choisir, Jouvence, , 224 p. (ISBN 2889054527 et 9782889054527).
  15. David Icke (trad. de l'anglais), Le guide de David Icke sur la conspiration mondiale: (et comment y mettre un terme), Macro Editions, , 752 p. (ISBN 8862297939 et 9788862297936).
  16. Didier Raoult et Olivia Recasens, La vérité sur les vaccins, Michel Lafon, , 130 p. (ISBN 9782749935683, lire en ligne)
  17. Luc Vinogradoff, « Aux Etats-Unis, période électorale et rougeole ne font pas bon ménage », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  18. (en) S. Novella, « Demonizing 'Big Pharma' », Science-Based Medicine, sur Science-Based Medicine, .